Cin’express : Septembre 2019

03/10/2019

🎥 Cin’express : 🎥

Septembre 2019

1/5

🎬  Ça - Chapitre 2 : 4/5 (SPOILERS)

En 2017, Ça s'était imposé au box-office et dans le cœur des spectateurs comme LE film horrifique de l'année. Succès tonitruant, critiques pour le moins dithyrambiques... De quoi guetter la sortie du deuxième opus avec beaucoup d'enthousiasme.

Cette suite, toujours réalisée par Andrés Muschietti, adapte comme prévu le roman de Stephen King en s'attardant cette fois sur le passage à l'âge adulte du Club des Ratés.

Perfectionniste dans l'âme, ambitieux à l'extrême, Muschietti a décroché, grâce à la rentabilité du premier volet, la fameuse carte blanche : le film dure donc presque trois heures, trois heures maîtrisées de bout en bout qui, pourtant, auront de quoi déstabiliser les fans d'épouvante et les amateurs de King. En effet, il semble assez évident que le réalisateur a choisi d'imposer sa propre vision de l'oeuvre du Maître de l'Horreur, sans se soucier du public ou des critiques.

En résulte un long-métrage éminent personnel et sans concession mais qui en laissera plus d'un perplexe...

Ça - Chapitre 2 se focalise volontiers sur la psychologie des personnages, sur le développement de chacun. Le film pourrait sembler bavard, prétentieux, indigeste mais il ne l'est pas : les dialogues, les rapports humains, véhiculent une véritable justesse. La performance du casting permet une implication sans faille des spectateurs aux côtés de ces loosers magnifiques, de suivre avec un plaisir intact les retrouvailles de la bande vingt-sept ans plus tard.

Tout comme son prédécesseur, le long-métrage accorde une personnalité poussée à chaque protagoniste. Le Club des Ratés, si attachant dans le premier opus, l'est encore ici et l'alchimie entre eux est palpable : Muschietti a poussé ses acteurs à s'approprier la gestuelle, les mimiques des enfants qui les incarnaient au préalable. Le résultat est magistral. On retrouve à la perfection Bill, Beverly, Richie, Eddie, Ben, Mike et Stan sous les traits cette fois de James McAvoy, Jessica Chastain, Bill Hader, James Ransone, Jay Ryan, Isaiah Mustafa et Andy Bean.

Hader, qui prend la succession de Finn Wolfhard, est tout simplement incroyable : si tous les comédiens sont remarquables, on ne peut s'empêcher de retenir surtout sa performance de show-man exubérant et sensible, loin de l'archétype du comic-relief. Richie, meilleur personnage du roman, l'est également à l'écran. Le développement que Muschietti a orchestré autour de lui est aussi rafraîchissant que crédible, ajoutant une dimension supplémentaire au rigolo de la bande. L'arc autour du protagoniste a sans conteste de quoi briser le cœur...

Bill Skarsgård, de son côté, est toujours aussi sensationnel en Grippe-Sous : chaque apparition du clown tueur est soignée à l'extrême, parfaitement millimétrée, iconisant encore d'avantage la créature.

Entre 1989 et 2016, Derry, elle, a bien changé : la ville est dépouillée de son esprit 90's au profit d'une cité sur le déclin, souvent glauque, presque abandonnée, qui évoque vaguement la crise industrielle et Détroit. Elle montrait déjà ses aspects sombres dans le premier opus (ruelles obscures, recoins désaffectés) mais cette fois semble totalement livrée à elle-même, moribonde. Les teintes du film, pellicule un peu jaunie, un peu sépia, renforcent le côté daté de l'agglomération.

Pour le reste, Muschietti soigne comme toujours ses visuels : la fête foraine et ses néons, la prolifération de ballons rouges, les corps décharnés... L'ambiance est glauque, malsaine, soulignée par la partition de Benjamin Wallfisch.

Une fois encore, la menace représentée par Grippe-Sous n'est pas l'unique source de tourments des ratés : le chapitre 1 se concentrait sur le harcèlement scolaire, le racisme, l'oppression parentale, le deuil. Le second évoque l'homophobie, la violence conjugale, les difficultés professionnelles, le poids du passé, l'acceptation de soi... C'est dans ces moments, spécifiquement, que Muschietti laisse éclater son talent, son art de l'oppression, du malaise.

Le film joue beaucoup sur un effet miroir avec son premier volet, et, que ce soit voulu ou non, une fois encore, la scène la plus terrifiante repose sur l'introduction : cette dernière est portée par la confrontation entre une bande de malfrats et un couple homosexuel (impeccables Xavier Dolan et Taylor Frey)... Les conséquences tragiques de cette altercation aboutiront au retour de la créature, exilée jusqu'alors dans les bas-fonds de Derry. Ces dix minutes à elles-seules sont une raison suffisante pour voir ce second chapitre tant elles sont efficaces, suffocantes, déchirantes.

Et le problème de Ça 2 vient sans doute en partie de là : lorsque l'on débute un film sur un niveau pareil, il faut assurer la même qualité jusqu'au dénouement. Muschietti, hélas, n'y parvient pas tout à fait...

De nombreuses modifications ont été effectuées par rapport au diptyque de King. Une adaptation incluant une certaine forme de liberté, rien de plus normal. D'autant plus que le réalisateur et son équipe ont parfois effectué des changements bienvenus : l'absence de Maturin, impossible à retranscrire correctement sur grand écran ; les rôles plus importants joués par Stan et Mike ; Eddie qui est devenu analyste en risques financiers, progression logique de son caractère hypocondriaque ; toute la symbolique autour de la mémoire ; l'arc de Richie ; la réflexion sur ce qu'est une bonne fin - reproche souvent fait à King, qui apparaît d'ailleurs dans une scène évocatrice et hilarante...

D'autres points, en revanche, se sont avérés beaucoup plus discutables : la recherche des artefacts où, évidement, la bande va devoir se séparer (cliché éculé au possible des films horrifiques) ; Bowers totalement sous exploité ; le mari de Beverly trop peu présent alors qu'il constituait l'une des intrigues les plus pertinentes du roman ; et surtout, la quasi-disparition d'Audra, la femme de Bill. Le quatuor amoureux Audra/Bill/Beverly/Ben prend tout son sens par l'épouse de Bill : il comprend, en manquant la perdre, que son affection pour Bev appartient au passé et qu'il doit tourner la page, en compagnie d'Audra. Beverly, de son côté, saisit que Bill était une passion adolescente, une passion de plus basée sur un quiproquo, et qu'elle avait son véritable amour (Ben), sous les yeux depuis le début. L'absence de cette trame diminue grandement l’évolution de Bill ET de Beverly, même si la relation de cette dernière avec Ben est bien mieux exploitée ici.

Le problème le plus impardonnable du Chapitre 2 consiste surtout en sa débâcle d'effets spéciaux, parfaitement vaine, et à la qualité aléatoire. C'est dans la sobriété (scène d'introduction, opposition entre Bill et Grippe-Sous dans le Palais des Glaces) que le long-métrage est réellement effrayant, bien plus que dans cette surenchère d'images de synthèses souvent indigestes.

Le long-métrage a parfois du mal à trouver son ton entre l'épouvante, l'humour et le drame humain, ce qui le rend moins réussi que le premier volet, un peu décevant, certes. Pourtant, lorsqu'il parvient à trouver son équilibre, le résultat est à la hauteur de ses ambitions.

Ça - Chapitre 2 est un bon film. Juste un bon film, ni raté, ni grandiose. Un bon film qu'on aurait voulu excellent.

🎬  Le gangster, le flic & l'assassin : 3,5/5

Après le succès de Parasite, il semblerait que les distributeurs français se soient enfin décidés à élargir leurs frontières ! En témoigne la venue surprise sur nos écrans de ce polar sud-coréen, Le gangster, le flic & l'assassin avec à la barre le réalisateur-scénariste Lee Won-tae.

Le postulat de base est simple : un policier au sang chaud et un mafieux calculateur s'allient pour retrouver la trace d'un assassin insaisissable. Sur le fond comme sur la forme, tout cela reste relativement classique, le long-métrage étant un thriller typique du Pays du Matin Calme. Classique certes mais bourré de qualités : réalisation ultra-stylisée, tension palpable, scénario survitaminé, violence très graphique, photographie soignée, ambiance pluvieuse...

Côté casting, Kim Mu-yeol en enquêteur intègre au poing leste et à la verve bien sentie fait son effet et Ma Dong-seok, toujours aussi charismatique, incarne parfaitement les gangsters froids et manipulateurs. Le duo est déjanté, joue sur ses protagonistes aux antipodes et finit par dégager une alchimie notable, s'imposant comme l'une des principales qualités de ce long-métrage.

Face au tandem, on retrouve Kim Seong-kyu en tueur glaçant, mystérieux et inquiétant, ombre meurtrière rôdant autour des personnages, menaçant tout le monde, faisant fi de la profession, du sexe ou de l'âge de ses victimes.

Le long-métrage est très efficace lorsqu'il doit gérer l'action et la tension, il est redoutable sur sa faculté à remettre en cause la moralité et le bien fondé du système judiciaire : le questionnement du spectateur trouve un écho dans les interrogations du flic, lui-même s’interpellant sur l'utilité de sa profession et les moyens à employer pour mettre (définitivement)  un psychopathe hors d'état de nuire...

Si tout cela est sans doute un brin trop classique, les amateurs du genre seraient bien mal avisés de refuser cette virée coréenne : un duo d'enfer, un meurtrier implacable, un suspense nerveux, une utilisation magistrale de la violence, une pointe d'humour et un dénouement jouissif...

Bref, un défouloir brutal et délirant comme on les aime !

🎬  Music of my Life : 4/5

Il y a certains films qui n'ont d'autres vocations que celle de faire du bien. Music of my Life est de ceux-là.

La réalisatrice britannique d'origine indienne Gurinder Chadha reprend ici les clefs de ses précédents succès. Comme ce fut le cas pour Joue-la comme Beckam (conte moderne sur le football féminin porté par la très jeune Keira Knightley) ou Coup de foudre à Bollywood (transposition contemporaine d’Orgueil & Préjugés avec un couple mixte à l'appui), l'idée est de faire passer un message de tolérance, d'acceptation et de liberté, sans pathos ni tire-larmes. Dans les films de Chadha, les protagonistes affrontent les clichés et le racisme la tête haute et le public quitte la salle le cœur léger. C'est la promesse véhiculée, une fois encore, par Music of my Life.

Le long-métrage relate le parcours de Javed, un jeune homme d'origine pakistanaise qui étouffe au sein d'une éducation trop stricte et d'une ville étroite d'esprit, Luton. Nous sommes en 1987, Thatcher fait sa loi, le chômage est au plus haut. Javed rêve d'ailleurs. Un ailleurs qu'il va conquérir par l'amour des mots et une vocation qu'il ose enfin envisager : celle d'écrivain. Ballotté entre son héritage familial et son quotidien en Grande-Bretagne, partagé entre son besoin irrépressible de vivre son futur comme il l'entend et la pression subie par un père trop réservé, le jeune homme va découvrir par l'intermédiaire de Bruce Springsteen un cri de liberté et d'espoir...

Le long-métrage est, la plupart du temps, d'une justesse absolue : la difficulté à communiquer avec sa famille, les amours de jeunesse, la passion dévorante pour un(e) artiste, les premiers combats, les révoltes adolescentes, le fossé qui se creuse entre deux anciens camarades qui s'étaient jurés une amitié éternelle... Le scénario a la beauté simple et sincère des histoires vraies, il s'avère touchant et authentique.

Si la sobriété et la pudeur sont souvent de mise, Chadha se permet également de très beaux moments de mises en scène, notamment lorsque Javed découvre Springsteen via son morceau culte Dancing in the Dark. Ce passage, très inspiré, offre un moment d'évasion absolument jouissif.

La fable est certes candide, le dénouement propose un happy-end un peu trop forcé... Mais le film possède des qualités évidentes qui surpassent cette tendance à la niaiserie. Quant au plaisir et à l'énergie véhiculés par l'acteur principal, le tout nouveau venu Viveik Kalra, ils suffisent amplement à se laisser emporter. A ses côtés, on retrouve la sublime Hayley Atwell et la trop rare Sally Phillips, ainsi que deux rescapés de Game of Thrones, Dean-Charles Chapman et Nell Williams.

Chronique adolescente, ode à la culture, à l'acceptation et à la détermination, porté par une BO endiablée, Music of my Life compte parmi les bonnes surprises de cette année 2019.

Un film feel-good qui met indiscutablement de la musique et de la bonne humeur dans le quotidien !

 🎬  Le Dindon : 1,5/5 

De Yves Saint-Laurent à Versailles en passant par le plus controversé Iris, Jalil Lespert s'est imposé en cinéaste de la sensualité sulfureuse, de la perversion sur papier glacé, de la beauté-malaise... Aussi, cette excursion dans la comédie avec Le Dindon, vaudeville culte signé par le dramaturge Feydeau en 1896, avait de quoi en laisser plus d'un circonspect.

Et à raison puisque, pour reprendre une adaptation autrement plus réussie : un four, c'est un four !

Après un générique plaisant où l’on joue sur les couleurs et une dizaine de minutes à peu près potable où Guillaume Gallienne et Alice Pol nous régalent de leurs échanges truculents, c’est la débandade, dans tous les sens du terme. La plupart des acteurs cabotinent à n’en plus finir, le scénario souffre de sérieux problèmes de rythme, les vannes tombent à plat, la transposition dans les 60’s ne marche absolument pas… Il semble évident que Feydeau, vu à l’époque #metoo, est un pari risqué – un pari qui ne paye pas.
Parmi les points forts du long-métrage, citons néanmoins la classe fougueuse de Pol, le charme de Camille Lellouche et, en de plus rares moments, l’interprétation décalée de Gallienne en obsédé du jupon ; soulignons la musique entraînante de Marco Prince ; et, enfin, saluons la photographie splendide… Quelques atouts qui ne compensent guère le reste, affligeant de nullité.
La dernière collaboration Lespert/Gallienne est d’un ennui mortel, inconséquente au mieux, malaisante au pire. Le dindon, à n’en pas douter, c’est nous !

🎬  Un jour de pluie à New-York : 4/5
La balade d'un jeune couple au cœur d'un New-York anachronique, dans une ambiance romantique, mélancolique et pluvieuse, voilà la proposition que nous offre Woody Allen pour son dernier long-métrage.

Lui, c'est Gatsby (Timothée Chalamet), jeune dandy empli de spleen, déphasé, hostile à son milieu privilégié, pianiste à ses heures perdues et joueur invétéré, fume-cigarette au bec. Elle, c'est Ashleigh (Elle Fanning), ravissante sotte, apprentie journaliste, étudiante spontanée à la fraîcheur candide et désarmante, engoncée dans ses pulls sages et ses ballerines. Il aime la pluie, les questions existentielles, l'extase citadine, les artistes torturés. Elle préfère le soleil, la légèreté du moment, le milieu rural, les bellâtres un peu vides. A priori, un tandem épanoui. Pourtant, la ville, capricieuse et surprenante, va les séparer pour une journée des plus singulières. Le week-end en amoureux tourne à l'excursion solo, elle dans le milieu du cinéma entre réalisateur déprimé, scénariste lourdé et playboy hispanique ; lui dans cette ville qu'il chérie, de rue en avenue, de musée en café-bar, de retrouvailles en rencontres.

Le dernier Allen est une sucrerie douce-amère, l'une de ces comédies romantiques au charme inénarrable. Les dialogues qui font mouche, la photographie magnifique, la réalisation enlevée, la bande-originale jazzy à souhait, l'esprit vaguement suranné, le charme juvénile des interprètes, tout cela se mêle dans un timing parfait. Il y a toujours cette petite note nostalgique, ce ton pince sans rire, ces échanges volubiles, que l'on retrouve dans tous les grands films du réalisateur. Derrière la frivolité apparente, on retrouve aussi une critique des apparences, des faux-semblants, des petites mesquineries des milieux dits privilégiés, du cinéma intello à la bourgeoisie bien-pensante. La balade est certes délicieuse, virevoltante et loufoque, elle n'en ait pas moins inspirée et mordante. 

Face à Chalamet, Petit Prince aux boucles brunes et à la verve enlevée et Fanning, qui réussit l'exploit d'échapper au stéréotype de la "blonde ingénue", on retrouve un casting en or : le trop rare Liev Schreiber, Jude Law toujours aussi à l'aise, Diego Luna hilarant en séducteur à l'accent chantant et surtout Selena Gomez. La rescapée de l'écurie Disney tient ici son meilleur rôle : piquante et pétillante, la jeune femme démontre ici tous ses talents d'actrice. Elle incarne, aux côtés de Chalamet, un duo enflammé et jubilatoire, où les répliques fusent entre deux regards troubles. Et puis il y a New-York, héroïne à part entière, qui unit et défait les destins au gré de ses envies.

Une escapade américaine poétique et sentimentale, que l'on rêve de faire à notre tour, dans une calèche, un jour de grisaille.

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L’avis des libraires - 154ème chronique : Æternam Opéra

03/12/2019

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