Cin’express : Juin 2018

01/07/2018

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Juin 2018

1/5

🎬  Ocean's 8 : 2,5/5

Lorsqu'une suite aux Ocean's a Ă©tĂ© annoncĂ©e, portĂ©e par des personnages uniquement fĂ©minins, la nouvelle avait Ă  la fois de quoi rĂ©jouir et apeurer... Le bashing du dernier Ghostbusters Ă©tait encore bien prĂ©sent dans les esprits, de mĂȘme que ses retours critiques dĂ©sastreux.

Pourtant, le casting prĂ©sageait un film prometteur : Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway, Helena Bonham Carter, Sarah Paulson... Que de grandes actrices rĂ©unies sur une mĂȘme affiche ! Le postulat de base envoyait du rĂȘve et les premiĂšres images Ă©taient plutĂŽt rassurantes : Ocean's 8 s'annonçait comme cool, fĂ©ministe et glamour.

On ne croyait pas si bien dire concernant ce dernier point : le long-métrage de Gary Ross ressemble à une pub de 2 h pour Cartier, Gucci, Givenchy, Dolce & Gabbana, Prada, Valentino... C'est si sophistiqué, si surfait, entre overdose de paillettes et suffocation sous les taffetas ! Chaque plan est envahi par des robes luxueuses, des parures à plusieurs carats, des looks qui affoleraient Vogue, à un tel point qu'on se demande si on assiste aux Oscars ou si on essaie, tant bien que mal, de suivre une intrigue.

Il y a quelque chose d'offensant et de rabaissant dans le fait que, parce que ce sont des femmes, la mode et l'apparence prévalent sur le reste...

Et pourtant, quelles femmes ! La plupart s'en sortent remarquablement bien : Helena Bonham Carter en styliste dépressive accro au Nutella donne dans le sur-jeu hilarant à l'image de son interprétation de marraine la bonne fée dans Cendrillon (seule idée sympathique de Branagh) ; Sarah Paulson, impeccable comme toujours, campe une mÚre au foyer qui passe le temps en recelant des tonnes de biens dans son garage ; Anne Hathaway est clairement dans l'autodérision lorsqu'elle incarne Daphne Kluger, une starlette insupportable plus futée qu'il n'y paraßt ; tout en panache, Cate Blanchett, motarde et fraudeuse, n'a rien à envier au Brad Pitt de la belle époque - c'est elle qui a d'ailleurs le plus beau style du film, androgyne et original, inspirée par le Bowie de l'époque Glam Rock...

Quant aux deux seules vraies présences masculines du film, Richard Armitage joue avec talent de son statut de sex-symbol qu'il transforme en parfait goujat mais la participation de James Corden, à qui on attribue pourtant une histoire personnelle avec la famille Ocean, reste bien anecdotique.

Le seul problĂšme de ce casting impeccable reste Sandra Bullock, curieusement figĂ©e (Ă  l'image des derniĂšres prestations de RenĂ©e Zellweger) et qui semble perpĂ©tuellement en roue libre... Qu'il est loin l'Ă©poque oĂč elle brillait par son naturel et son charme pĂ©tillant dans Entre deux rives, Miss DĂ©tective, Collision, Gravity ou mĂȘme Les Flingueuses (2013).

Le vĂ©ritable faux-pas du film est qu'il se perd dans un kitsch girly totalement inappropriĂ© pour la saga, si focalisĂ© sur le style de ses braqueuses qu'il en oublie le scĂ©nario et multiplie les incohĂ©rences. Ocean's 8 n'est pas un Ocean. Et nous sortir de derriĂšre les lignes du (mauvais) scĂ©nario une sƓur Ă  Danny - supposĂ©ment mort - est presque une insulte Ă  l'intelligence du spectateur.

En 2001, Ocean's 11, remake de L'inconnu de Las Vegas, avait crĂ©Ă© la surprise en surpassant son modĂšle, en s'avĂ©rant plus dĂ©complexĂ©, plus inventif, plus dĂ©lirant que l'original. Magnifiquement rĂ©alisĂ©e, la trilogie de Steven Soderbergh Ă©tait innovante, drĂŽle et rĂ©volutionnait le film de casse - oui, mĂȘme Ocean's 13, pourtant grand mal aimĂ© de la saga. Et lĂ  encore, ses protagonistes avaient une classe folle sans que l'on se sente obligĂ© de zoomer sur leurs smokings, leurs montres hors-de-prix ou leurs chemises Tom Ford : Brad Pitt, George Clooney, Matt Damon... Tous Ă©taient terriblement classes sans que l'on se focalise Ă  outrance sur leurs vĂȘtements. Et il en allait de mĂȘme, tout naturellement, avec les hĂ©roĂŻnes de la trilogie, qu'il s'agisse de Julia Roberts, Catherine Zeta-Jones ou Ellen Barkin.

Hélas, Gary Ross, Yes man confirmé depuis Hunger Games, n'a ni le talent ni le génie d'un Soderbergh : les quelques bons plans tiennent plus du plagiat que de l'hommage aux Ocean's, le tout manque singuliÚrement de rythme et d'ambition...

Le gros problĂšme de ce long-mĂ©trage tient plus du fait qu'il s'inscrive dans une saga culte que de son statut de film Ă  part entiĂšre. Si Ocean's 8 avait Ă©tĂ© un film comme les autres, il aurait pu ĂȘtre futile mais agrĂ©able, portĂ© par un casting gĂ©nial mais Ă  la mise en scĂšne fade. Un blockbuster banal en somme. Mais le film est un Ocean, et revendique clairement son appartenance Ă  la saga, il est mĂȘme lĂ©gitimé par les trois personnes Ă  l'origine de la trilogie : Jerry Weintraub, Soderbergh et George Clooney.

Ce n'est ni charmant, ni drÎle, ni féministe : juste moyen et oubliable.

🎬  Love, Simon : 3/5

Voir la chronique dédiée à ce cas épineux ici.

🎬  Anon (exclusivitĂ© Netflix) : 2,5/5

AprÚs Bienvenue à Gattaca, The Truman Show ou Lord of War, c'est sur Netflix qu'Andrew Niccol signe son grand retour avec Anon et un duo tout simplement génial : Clive Owen et Amanda Seyfried.

AprĂšs les dĂ©ceptions Time Out et Les Âmes vagabondes, Niccol rĂ©ussit-il son come-back à la science-fiction ?

Hélas, Anon n'est en rien annonciateur d'un retour en grùce du célÚbre réalisateur de SF : son dernier long-métrage est un bel objet, dont les ornements ne parviennent pas à cacher les défauts ou le manque de profondeur.

Pourtant, le pitch de base avait de quoi sĂ©duire : dans un monde futuriste, des dispositifs bioniques avancĂ©s sont implantĂ©s Ă  tous les humains qui sont donc continuellement immergĂ©s par un flot de donnĂ©es visuelles : pubs, marques, nourriture, conseils de conduite ou de sĂ©curitĂ©... Les informations personnelles de chaque individu sont affichĂ©es publiquement. Surtout, l'existence de chacun est enregistrĂ©e jusqu'Ă  la milliseconde avant d'ĂȘtre ensuite tĂ©lĂ©chargĂ©e sur une vaste grille, accessible Ă  toute personne au service de l'ordre.

Un scĂ©nario dystopique on ne peut plus d'actualitĂ©s par les temps qui courent, oĂč sous prĂ©texte de protĂ©ger le plus grand nombre, l'anonymat et la vie privĂ©e sont mis à mal.

Mais tout systĂšme a ses failles et certaines personnes, hackers de gĂ©nie, s'opposent bien entendu Ă  ces rĂšgles. Ces dissidents sont appelĂ©s les fantĂŽmes ; certains gagnent leur vie en effaçant des donnĂ©es-souvenirs : actes honteux, illĂ©gaux, infidĂ©litĂ©s... Ces Ă©vĂ©nements jugĂ©s dĂ©shonorants pour son possesseur sont alors effacĂ©s de sa base et n'existent plus pour quiconque. Lorsqu'un fantĂŽme use de ses compĂ©tences pour commettre les crimes parfaits, l'inspecteur Sal est mandatĂ© sur l'affaire. Il rencontre alors une femme mystĂ©rieuse, un fantĂŽme, qu'il soupçonne d'ĂȘtre la meurtriĂšre tout en Ă©tant irrĂ©sistiblement attirĂ© par sa personnalitĂ© rebelle.

EnquĂȘte policiĂšre, monde fascinant, questions existentielles et politiques... Un tel scĂ©nario pouvait aboutir Ă  un chef d'oeuvre tel que Bienvenue Ă  Gattaca ou The Truman Show mais il n'en est rien.

Niccol n'exploite jamais réellement son sujet, alambique inutilement son intrigue au point d'y multiplier les incohérences, le tout pour aboutir à un dénouement sorti de nulle part, décevant au possible. Le réalisateur-scénariste ne fait qu'effleurer son sujet sans en tirer tout le potentiel, ce qui est le comble de la frustration.

Quant à la bande-originale, signée Christophe Beck, Yes-man de la chanson, elle est anecdotique au possible et manque de personnalité ou d'inventivité, à l'image du film.

CĂŽtĂ© casting, rien ne suffit rĂ©ellement Ă  sauver Anon. Face Ă  un Clive Owen en petite forme, seule Amanda Seyfried, magnĂ©tique et libre, tire son Ă©pingle du jeu - une prouesse qu'elle avait effectuĂ©e dans un autre film mal aimĂ© de Niccol, Time Out, oĂč elle avait dĂ» composer cette fois avec Justin Timberlake, totalement en roue libre. Nul doute qu'elle mĂ©ritait mieux que cela... Comme le spectateur.

🎬  Sans un bruit : 4/5

Depuis sa sortie en avril, Sans un bruit connaßt un joli bouche à oreille outre-Atlantique. Deux mois plus tard, le film de John Krasinski débarque en France. Alors ? Petit bijou horrifique ou succÚs usurpé ? Clairement, Sans un bruit est une excellente surprise, dense et complexe.

Les premiĂšres minutes sont prodigieuses et vĂ©hiculent une tension implacable : aucune musique, aucun animal, presque aucun bruit, une ville dĂ©sertique et une mort choquante... Clairement, depuis le Ça d'AndrĂ©s Muschietti, aucune introduction n'avait si bien dĂ©fini les bases d'un univers terrifiant.

En moins d'un quart d'heure, le long-mĂ©trage de Krasinski pose les bases : son intrigue sera centrĂ©e sur les rapports familiaux, la volontĂ© d'un couple de protĂ©ger ses enfants, la culpabilitĂ© de l'aĂźnĂ©e, la peur omniprĂ©sente du cadet, la lutte contre le dĂ©sespoir des parents... Les rapports entre les Abbott sont le cƓur du film - il est impossible de ne pas s'identifier Ă  cette famille si soudĂ©e, si rĂ©aliste, confrontĂ©e Ă  des crĂ©atures malveillantes Ă  l’ouĂŻe surdĂ©veloppĂ©e qui traquent leur proie au bruit.

Pour leur Ă©chapper, une seule clef : le silence est la survie.

Le monde dans lequel évoluent les Abbott est trÚs anxiogÚne, l'excellente maßtrise des bruitages et du son le rendant particuliÚrement immersif. La mort n'est jamais loin et l'espérance de vie considérablement réduite. L'humanité est clairement menacée, ce qui est souligné par des articles alarmants, des SOS qui n'atteignent jamais leur cible ou de rares feux qui permettent de signaler la présence de survivants, feux qui sont hélas de moins en moins nombreux. Clairement, ce monde post-apocalyptique pourrait voir toutes formes d'espÚces s'éteindre : aucun animal, aucun homme, n'est à l'abri. Les jours défilent et l'espoir s'amenuise, sans le moindre progrÚs.

Le silence pousse le spectateur au mutisme absolu, Ă  l'image des personnages du film. Chaque protagoniste use donc en grande partie du langage des signes afin d'Ă©changer avec les autres. En effet, le bruit est une source d'angoisse au mĂȘme titre que le silence : le moindre gĂ©missement, le moindre pas trop appuyĂ© suffisent Ă  ĂȘtre dĂ©tectĂ©s par les crĂ©atures.

Il y a cette scĂšne, formidable et touchante, oĂč Marcus et son pĂšre Lee se retrouvent au pied d'une immense cascade, protĂ©gĂ©s par son grondement assourdissant : ce dernier montre Ă  son fils qu'il peut crier, se dĂ©fouler, sans risque d'ĂȘtre entendu. L'angoisse de Marcus, sa crainte face au bruit, finit par ĂȘtre dissipĂ©e, grĂące au soutien de son pĂšre, et il peut enfin hurler et rire, comme n'importe quel gosse.

Les rapports entre les parents et les enfants sont rĂ©ellement touchants et sincĂšres ; cette vision de la famille n'est ni idĂ©alisĂ©e, ni clichĂ©e : c'est celle d'une famille ordinaire confrontĂ©e Ă  une situation de grand danger qui n'a rien de normal et va devoir s'adapter en fonction d'un environnement quotidien devenu hostile. Le couple lui-mĂȘme est touchant, les questions qu'ils Ă©changent, le fait qu'ils essaient de se rassurer, de se soutenir en permanence... Ils restent malgrĂ© les Ă©preuves profondĂ©ment soudĂ©s, comme le montre la trĂšs belle scĂšne de slow dans la cave oĂč, au moyen d'Ă©couteurs, ils s'abandonnent un instant Ă  la mĂ©lodie d'Harvest Moon, Ă©chappant briĂšvement Ă  la dure rĂ©alitĂ©.

Leur attachement est visible et le spectateur redoute la mort de l'un d'eux, alors qu'ils s'acharnent à survivre ensemble, à préserver leur unité familiale depuis si longtemps. On veut qu'ils s'en sortent, il faut qu'ils s'en sortent aprÚs toutes ces épreuves traversées, ces moments de doutes et de souffrances !

L'autre aspect fascinant du long-mĂ©trage, ce sont les techniques, les astuces que les Abbott ont mis en place pour se protĂ©ger des monstres, notamment les recherches effectuĂ©es par Lee pour attĂ©nuer la surditĂ© de sa fille Regan ou Evelyn qui crĂ©er un berceau insonorisĂ© pour son enfant Ă  naĂźtre. Ils ont fait de leur ferme une vĂ©ritable forteresse, usent d'ingĂ©niositĂ© et de savoir-faire pour crĂ©er le cadre le plus sĂ©curisant possible pour leurs enfants. Ils ne minimisent pas le rĂŽle de ceux-ci, conscients qu'ils seront tĂŽt ou tard amenĂ©s Ă  se dĂ©brouiller seuls : Regan et Marcus doivent apprendre Ă  s'en sortir en toute autonomie, mĂȘme s'ils doivent pour cela renoncer Ă  leur innocence et devenir adultes. Les jeux d'enfants, comme cela est montrĂ© Ă  plusieurs reprises, sont ici un danger que personne ne peut courir.

La premiÚre véritable réussite de la société de production Platinum Dunes doit aussi beaucoup à son casting : John Krasinski (également réalisateur et scénariste), Emily Blunt, Noah Jupe et Millicent Simmonds, véritable muette qui semble promise à une belle carriÚre au cinéma. Tous sont incroyables, constamment sur le fil, renvoyant une image éreintée, à bout, désespérés par instant, ils se refusent pourtant à perdre espoir.

Quelques regrets toutefois. En premier lieu, le film ne tient pas toutes ses promesses en abandonnant l'idée d'une musique intradiégétique, ce qui aurait sans conteste renforcé le suspense. Ensuite, le dénouement, trop rapide et facile, surtout qu'il survient aprÚs une scÚne aussi tragique qu'intense qui met passablement les nerfs à rude épreuve. Le long-métrage aurait gagné à durer une vingtaine de minutes supplémentaires afin de développer son final. Mais ces reproches sont minimes compte tenu de la qualité générale de l'oeuvre de Krasinski.

L'annĂ©e passĂ©e, Ça avait marquĂ© les salles obscures. En 2018, c'est Sans un bruit qui, sans conteste, s'impose comme LE thriller horrifique de l'annĂ©e.

🎬  Alex Strangelove (exclusivitĂ© Netflix) : 3,5/5

Voilà qui est plutÎt cocasse : Alex Strangelove respecte bien davantage l'esprit de Moi, Simon... que l'adaptation de ce dernier !

Tout d'abord parce qu'il ne renie pas les pulsions adolescentes, la tension sexuelle, l'euphorie amoureuse, ce feu dévorant propre aux premiers émois.

Ensuite parce qu'il bénéficie d'une véritable mise en scÚne, colorée et inspirée, de son réalisateur Craig Johnson.

Evidemment, Alex Strangelove n'a ni la poésie ni la délicatesse du livre de Becky Albertalli... Toutefois, il n'en reste pas moins une comédie romantique charmante, délicieusement barrée et engagée ! Le film de Johnson narre également le coming-out mais par le prisme du questionnement sur l'orientation sexuelle, l'opinion des amis, le regard de la (future-ex-) petite amie.

Les interrogations d'Alex sont au cƓur de l'intrigue et, bien davantage que son coup de foudre pour Elliott, c'est sa relation avec Claire qui est la plus dĂ©veloppĂ©e. La meilleure amie de toujours, devenue la petite amie par erreur, est un personnage fort, sincĂšre et sympathique ; elle aime Alex et pense avant tout Ă  son bonheur, l'incite Ă  s'assumer... Le fait que leur amitiĂ© ne soit pas brisĂ©e par l'homosexualitĂ© d'Alex rend leur histoire d'autant plus belle et positive. Le triangle amoureux formĂ© par Alex / Elliott / Claire est aussi intĂ©ressant qu'original car dĂ©nuĂ© de toute concurrence : aucun ne se dĂ©teste, Elliott et Claire reconnaissant ouvertement les qualitĂ©s de chacun tandis qu'Alex avoue son amour pour les deux - il s'agit simplement de deux sortes d'affection bien diffĂ©rentes.

Alex, nĂ©vrosĂ© et brillant, l'esprit et les hormones en Ă©bullition permanente, est un hĂ©ros attachant et atypique : on prend plaisir Ă  suivre ses rĂ©flexions, Ă  le voir lutter entre ses dĂ©sirs et le besoin maladif d'ĂȘtre considĂ©rĂ© "comme tout le monde". Il a peur d'ĂȘtre discriminĂ©, de perdre Claire... Il redoute les consĂ©quences de son coming-out et cette angoisse puise son origine dans un traumatisme bien ancrĂ©, qu'il a lui-mĂȘme refoulĂ© durant des annĂ©es.

Mais, s'il offre de beaux moments d'émotions ainsi qu'une réflexion sur des sujets douloureux (le regard des autres, l'homophobie, le rejet familial), Alex Strangelove est surtout une comédie drÎle, enlevée et décomplexée. Johnson, par ailleurs scénariste, alterne les ruptures de ton : on passe ainsi d'un Lolita malgré moi au masculin (l'analyse d'Alex qui compare le lycée au monde sauvage et réalise une web-série sur le sujet) à l'humour trash d'un American Pie, avant de revenir à la romance ou aux doutes existentiels.

Curieusement, ce mĂ©lange, aussi bizarre puisse-t-il paraĂźtre, fonctionne : certes, le long-mĂ©trage, Ă  la maniĂšre de son hĂ©ros, est Ă©trange. Mais, tout comme lui, il est aussi pertinent et attachant, en grande partie grĂące Ă  son esthĂ©tique pop, sa bande-originale gĂ©niale et son casting de jeunes acteurs talentueux - Daniel Doheny, Antonio Marziale et Madeline Weinstein en tĂȘte.

Alex Strangelove, réalisation indée gentiment barrée, est une trÚs jolie surprise.

 

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