• Chloé

L’avis des Libraires ~ Chronique HS : Si le Chat m'était conté...

L’avis des Libraires ~ Chronique HS

Si le Chat m'était conté...


😺 Akiko - Le chat-licorne en mission de Béatrice Ruffié & Ophélie Ortal / Editions Auzou / 24 pages / 5€95. Dès 3 ans

😸 La caution féline c'est… Akiko, une drôle de boule de poils immaculée pourvue d'une corne scintillante

😻 Ce dont ça miaule : Mia vient d’emménager dans le quartier. D'un naturel calme et réservé, elle peine à lier connaissance. Un soir où elle broie du noir, elle voit soudain apparaître... Un chat-licorne ! Stupéfaite, la fillette accepte de le suivre dans son village magique. Akiko entend bien montrer à la petite comment on se fait des amis.

🐱 L’avis du matou : Editeur emblématique de la littérature jeunesse, Auzou s’est distingué au fil de ses parutions par ses séries destinées aux petits lecteurs. Portées par des héros marquants et des intrigues aux thématiques incontournables, les éditions accueillent en 2021 un tout nouveau personnage : Akiko.

Cet adorable chat-licorne vient en aide aux enfants, leur offrant soutien et amitié, leur inculquant au fil des pages de précieux conseils.

On retrouve ici tous les points forts des sagas Loup et Azuro : un univers visuel reconnaissable, un protagoniste très mignon et une leçon de vie explorée à chaque tome.

Avec ses couleurs pastel, son chatoyant univers kawaii ainsi que sa morale amenée à pattes de velours, l’œuvre de Béatrice Ruffié et Ophélie Ortal a d’ores et déjà conquis son lectorat cible ! La touche nippone est un atout indéniable, elle confère une singularité pétillante à l’ensemble. Bambins ou adultes, on craque pour ce félin atypique et sa douceur communicative.

Vivement les prochaines péripéties d’Akiko, Yumi et leurs amis !


« Avec tes amis, vous aurez des points communs

et vous aimerez les mêmes choses !

Ou pas du tout ! Mais vous serez toujours curieux ! [...]

Ce n'est pas toujours simple de se faire des amis.

Mais l'important est d'être soi-même.

On a tous quelque chose à offrir aux autres,

sans tricher !

Essaie et tu verras. Quelqu'un sera là pour toi. »

~ Akiko à Mia


😺 Le chat botté de rouge d'Ayano Imai / Minedition, 20 pages, 14€ (épuisé) / Existe aussi en poche aux Editions Mijade, 32 pages, 5€20. Dès 5 ans

😸 La caution féline c'est… le chat botté de rouge, cousin nippon du célèbre chat de Perrault

😻 Ce dont ça miaule : Afin d’aider son maître, un cordonnier proche de la ruine, un chat futé déniche un client fort particulier : un ogre métamorphe. Celui-ci ordonne la fabrication des paires les plus prestigieuses mais refuse, le cas échéant, de payer… Fort heureusement, le matou botté d’écarlate a plus d’un tour dans sa besace.

🐱 L’avis du matou : Ah quel fantastique compagnon que ce maître chat ! Muse matoise des textes de Straparola, Perrault, Grimm ou Basile, il s’accorde un « pas de caractère » sur la musique de Tchaïkovski et crève l’écran pour les Studios Dreamworks. Ce félin filou est un incontournable des contes, à toutes les époques et sur tous les supports ; une légende qui court les continents sur ses coussinets agiles ou arpente le globe de ses chausses savamment cirées.

Car c’est à une artiste d’origine japonaise que l’on doit le second choix de cette sélection : la grande Ayano Imai. Autrice-illustratrice aux multiples talents, elle réinterprète ici l’histoire culte de Perrault.

Moralement moins douteux et scénaristiquement plus abouti, le petit fauve s’avère d’un naturel plus noble que son ancêtre et affronte un ennemi bien plus dangereux.

Une variation riche en aventures de l’illustre minet, qui vaut surtout pour la beauté et la splendeur de ses tableaux. L’ambiance est onirique, mêle l’imagination débridée à la délicatesse du trait. Des chaussures sont suspendues au plafond, des roses poussent à même le carrelage, une branche qui transperce le mur de l’atelier, des nuages qui flottent entre les cloisons, une pièce où le sol est recouvert de pelouse, avec ses coquelicots et son arbuste… La nature semble ainsi toujours à l’affût, profitant du moindre interstice pour s’épanouir en toute quiétude.

Chaque image recèle de détails et d’idées de mise en scène. Son élégant héros a par exemple les joues toutes rouges, reflet parfait de ses fameuses bottes écarlates. Maquillé de la sorte, il évoque aussi une performance théâtrale, tirant les ficelles en coulisses et définissant par sa ruse le dénouement. Il est d’ailleurs le seul personnage à être réellement mis en valeur ; les autres protagonistes ne s’exposent jamais qu’en partie, de dos ou de loin, là où le chat est magnifié dans toutes ses apparitions.

Une réinterprétation poétique et pertinente qui vaut aisément le coup d’œil.

A découvrir aussi : son album Le rat des villes et le rat des champs d’après Esope, toujours chez Minedition.


« Fais-moi donc une dernière paire de bottes !

Qu'elles soient rouges et à ma taille !

Ainsi chaussé, j'irai te chercher de nouveaux clients. »

~ Le chat au cordonnier


😺 Le rêveur de Ian McEwan / Editions Folio Junior / 128 pages / 6€80. Dès 10 ans

😸 La caution féline c'est… Guillaume, le matou de la maisonnée

😻 Ce dont ça miaule : Peter Fortune est un enfant rêveur et curieux. Les petits riens du quotidien suffisent à enflammer son imagination, à l'emmener dans des pérégrinations étranges et mouvementées. Un jour, alors qu'il scrute le chat de la famille, il parvient à troquer son apparence avec la sienne. Guillaume le chat est désormais Peter le garçon et vice versa...

🐱 L’avis du matou : En établissant la sélection pour cette chronique, plantée devant ma bibliothèque, j’ai d’emblée été attirée par un petit livre. Sur la couverture figure un corps humain surmonté d’une tête féline illustrée par Anthony Browne. Le titre, en police écarlate, surmonte le nom de Ian McEwan : Le rêveur. Un titre prometteur, une illustration fascinante et vaguement inquiétante, pour une œuvre unique.

A ce jour, ce recueil de nouvelles est la seule œuvre pour la jeunesse publiée par McEwan. Or, si vous suivez ce site depuis quelques temps déjà, sans doute savez-vous la passion que je voue au romancier britannique. Le choix tombait sous le sens et j’ai, sans surprise, été happée par le génie de McEwan.

Après un épilogue présentant son jeune héros, six de ses songes éveillés nous sont contés. S’il est possible de les lire séparément, un tel choix serait dommage car ils suivent une évolution concrète : celle de Peter. Le recueil suit donc un ordre chronologique, un parcours qui s’étend des dix ans aux douze bougies bientôt soufflées, de l’enfance à la préadolescence. Au fil des nouvelles, Peter grandit, n’a plus ni les mêmes craintes, ni les mêmes aspirations, ni les mêmes révoltes. McEwan s’amuse à troubler le lecteur, à le perdre entre réalité et rêve. La limite entre les deux n’est jamais clairement évoquée, l’un empiétant régulièrement sur l’autre. Il en ressort des intrigues remarquablement construites, qui flirtent avec l’horreur (Les poupées) ou l’absurde (Le bébé), sans délaisser la psychologie (Le tyran ; Les adultes). A l’exception notable de La Crème Evanescente, laquelle ramène davantage à un délire de sale gosse et détonne ainsi quelque peu avec le reste du recueil, chaque histoire est sobrement nommée et retourne à un/des êtres, une/des personne(s) précise(s). Les textes jouent régulièrement sur les corps et la perception de tout un chacun.

Parmi les six nouvelles, il y a celle du Chat. Elle est sans conteste l’une des plus belles et des plus touchantes du recueil. Le texte aborde, par le prisme d’une transformation très lyrique, l’échange d’enveloppes corporelles entre Peter et son chat Guillaume – le plus vieil ami du garçon. Peter va alors passer quelques heures dans la peau du greffier et découvrir le monde par les yeux de Guillaume. En filigrane, la trame évoque aussi l’adieu à un être cher, le deuil qui en découle, la symbiose entre un animal et son humain, la dignité qu’il sied d’accorder à chacun… Le tout avec beaucoup de finesse et une infinie pudeur.

Un recueil à la beauté étrange où chaque page est un songe.


« Les après-midi d'hiver, en rentrant de l'école, Peter n'aimait rien tant que d'envoyer valser ses chaussures et de s'allonger à côté de Guillaume, devant le feu de cheminée du salon. Il aimait se mettre exactement à la hauteur de Guillaume, son visage à deux doigts de la tête féline, et observer à quel point celle-ci était réellement extraordinaire, si merveilleusement non humaine, tout ébouriffée de poils noirs. Ils encadraient un minuscule visage enfoui sous la fourrure, paré de moustaches blanches légèrement incurvées vers le bas. Les poils des sourcils jaillissaient droit comme des antennes de radio et les yeux verts malachite fendus en amande étaient comme des fenêtres entrouvertes sur un monde dans lequel Peter ne pourrait jamais pénétrer. Son approche déclenchait un tonnerre de ronronnements intenses d'une sonorité si grave et si forte que le sol en vibrait. Peter savait qu'il était indiscutablement le bienvenu. »


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