• Chloé

L’avis des libraires - 202ème chronique : La Cuisine des Sorciers & La Pâtisserie des Sorciers

L’avis des libraires - 202ème chronique :

La Cuisine des Sorciers &

La Pâtisserie des Sorciers et autres desserts fantastiques

d'Aurélia Beaupommier

Mets enchanteurs pour magiciens gourmets


Chapitre I : Mets & Magie

C’est là un sort incroyable dont chacun peut témoigner : la culture possède le pouvoir d’émouvoir, de faire rire, d’apaiser les tourments, de vivre des aventures extraordinaires, d'ouvrir les esprits… Et elle sait également aiguiser l’appétit ! Les arts et le savoir-faire culinaire se sont ainsi souvent alliés pour notre plus grand plaisir.

Allons souvenez-vous... Les friandises fantastiques de Willy Wonka ; les festins gargantuesques des Nains sous les yeux médusés du Hobbit Bilbon ; le lembas elfique qui permet à la courageuse Communauté de l’anneau d’affronter leur périlleux voyage le ventre plein ; les Gaulois qui ripaillent autour d’un banquet présidé par Abraracourcix, Panoramix, Astérix et Obélix ; les chocogrenouilles et la bièraubeurre qui font fureur auprès d’Harry Potter et ses amis ; les loukoums envoûtants de la Sorcière Blanche servis à Edmund lors de son arrivée à Narnia ; les tartes aux poires safranées évoquées dans Le Conte d’Hiver de Shakespeare… Toutes ces pages regorgent de victuailles qui, par leur simple évocation, nous ont mis l’eau à la bouche !

Un constat partagé par Aurélia Beaupommier, au détour d'une discussion passionnée entre amis, où chacun s'interrogeait sur les pratiques culinaires des magiciens célèbres - Mary Poppins pour la pâtisserie, Gandalf pour la boisson, Jadis pour les confiseries... Comme quoi, le génie tient à peu de chose ! La question germa alors dans la tête de notre ensorceleuse sortie de derrière les fourneaux : « Lorsque les sorciers ne sont pas occupés à lancer des sorts, à sauver le monde ou à fomenter de sombres machinations, qu'aiment-ils manger ? »

De ce questionnement naquit sa plus envoûtante idée : s'inspirer des magiciennes, enchanteurs, mages noirs et autres wiccans pour concocter de savoureux petits plats.

C’est cette magie des papilles que la créatrice a souhaitée nous transmettre dans sa Cuisine et Pâtisserie des Sorciers : deux ouvrages aux allures de grimoires gourmets, purs délices à feuilleter et véritables régals à expérimenter. Pour la dernière chronique du Chapelier en cuisine, penchons-nous sur ce diptyque appétissant tiré des univers imaginaires et des sorciers de tous bords...

Galettes de sarrasin en illusion de truffes façon Kaamelott (La Cuisine des Sorciers)

Chapitre II : Pitances exquises & grimoires fantastiques

Les livres en eux-mêmes sont magnifiques : grand format relié, titres dorés en relief, superbes photographies... La couverture promettait beaucoup et le contenu est sans conteste à la hauteur.

Toute une équipe de talents s'est réunie pour mettre en lumières les pitances de Beaupommier ! Les recueils ont bénéficié du savoir-faire combiné des stylistes culinaires Alexia Janny-Chivoret et Vincent Amiel, des photographes Pierre Chivoret et Anne Bergeron ainsi que des illustrateurs du Moshi Moshi Studio. Si deux tandems se sont donc succédé, on constate d'emblée que l'inspiration était à chaque fois au rendez-vous et qu'un bel effort d'homogénéité est à l'œuvre. La collection reste ainsi dans le même esprit, avec ses superbes tableaux gastronomiques, son esthétique prononcée et sa mise en page irréprochable. L’ensemble, à la fois féerique et élégant, met parfaitement en valeur les idées folles, les recettes enivrantes signées Beaupommier.

D’emblée, on succombe à ses choix, à la diversité des œuvres sélectionnées. Elle puise son inspiration sur tous les supports, sans élitisme mais avec une passion contagieuse : pièces de théâtre, jeux vidéo, romans, contes, ballets, séries, cinéma, la sorcière des saveurs navigue de Circé à Shrek en passant par l’incontournable Mary Poppins ou notre Kaamelott nationale, enchaîne sur Docteur Strange et finit aux côtés de Casse-Noisette, passe des enchanteresses les plus célèbres aux mages injustement méconnus. Le tout avec talent et un sens de la référence qui laisse pantois les plus érudits !

Les livres sont en effet truffés de clins d’œil, jusque dans les ingrédients ou les détails de la préparation qui s’amusent parfois avec l’œuvre originale. Par exemple, pour la potion d’égarement de Songe d’une nuit d’été, l’autrice rend hommage à la tirade de Puck en écrivant des vers. Lorsqu’elle se penche sur La trilogie de Bartiméus, elle spécifie qu’il faut user de kisimmu pour le potage des Djinns ou, pour les cuisiniers modernes, de lait – nettement plus facile à trouver lorsque l’on ne vit pas à Babylone !

Certes, on notera çà et là quelques petites erreurs de frappes, de légères confusions ou des soucis liés potentiellement à la traduction des œuvres originales. A ma connaissance, il n'y a pas de Ganipodes dans Narnia... En revanche, un peuple ayant subi les foudres d'un sorcier existe bel et bien, il s'agit des Monopodes. Quant à la fameuse tarte poire/safran shakespearienne, elle ne figure pas dans Macbeth mais dans Le conte d'hiver ; l'absence de devineresse flippante dans la seconde pièce a sans doute poussé la créatrice à ce raccourci et peu importe au fond : le dessert en question est diablement divin et mérite amplement d'être testé. Et oui, Shakespeare, en plus d'être un dramaturge émérite, était aussi porté sur la dégustation de mets exquis ! Un homme de goût, on vous a dit.

Afin de faciliter notre immersion dans les mondes évoqués, chaque recette est introduite par un bref préambule remémorant sa source d’inspiration… De quoi redécouvrir ces textes fantastiques.

La bièraubeurre chérie par Harry Potter et ses amis (La Cuisine des Sorciers)

Chapitre III : Recettes & réussites

Autre point appréciable : les temps de préparation et de cuisson correspondent globalement à ceux annoncés. De quoi s'atteler sereinement aux fourneaux, sans stress de dernière minute ou mauvaise surprise.

Si le descriptif manque parfois d'un peu de précision, l'approximation des indications n'est pas vraiment fâcheuse - il est d'ailleurs facile de faire ses propres déductions.

Il arrive aussi que l'exécution de certains plats demandent un peu d'adresse (le pliage de la pâte phyllo pour les cigares du souk d'Aladdin, par exemple) mais, dans l'ensemble, la plupart des mets restent simples à réaliser. Aucun niveau, aucune difficulté n'est d'ailleurs mentionné, preuve que le tout se veut relativement accessible.

Parmi ses atouts indéniables, citons aussi le choix des ingrédients : ces derniers restent plutôt faciles à dénicher et correspondent à tous les budgets, parfaits pour les repas des grands jours comme les collations du quotidien. Le diptyque fourmille d'idées aussi tentantes que diversifiées, il est aisé d'établir plusieurs menus complets et originaux, entrées, plats, desserts et boissons inclues. En guise de conclusion, nous vous avons d'ailleurs rédigés quelques menus élaborés par nos soins, testés et approuvés !

Les saveurs correspondent également à tous les goûts (des associations classiques au sucré-salé en passant par des accords un peu plus originaux) et à toutes les envies. Que vous soyez carnassiers ou végétariens, vous trouverez donc aisément votre compte. D'autant qu'Aurélia Beaupommier ne donne pas dans la surenchère inutile de gras ou de sucre, ce qui est toujours appréciable.

Pas de mauvais tour en cuisine ni au moment des courses et le résultat est toujours à la hauteur une fois attablé... Il faudrait avoir la mauvaise foi d'un troll pour trouver matière à ronchonner !

Chaque tome est doté d’un index qui permet de se repérer aisément, d’une bibliographie des sorciers pour découvrir les œuvres originales et, cerise sur le gâteau, d’un glossaire réunissant tous les sorciers mentionnés dans l’ouvrage.

Un enchantement auquel on succombe volontiers et des manuscrits magiques qui, j’en gage, trouveront une place sur vos étagères. Toutefois, avant de vous exercer derrière vos fourneaux, n’oubliez pas la formule :

Je jure solennellement que mes intentions sont gourmandes !
Saumon façon Etienne figure dans un repas du Paris des Merveilles (La cuisine des sorciers)

Pour un repas 100 % enchanteur,

le chef vous propose :

~ A l'apéritif, cocktail émeraude magique : Boisson super Glou-Glou (Les animaux fantastiques de JK Rowling / La Pâtisserie des Sorciers)

~ En entrée, bruschettas à partager entre hommes-ours : Tartines de chèvre façon Béorn (Le Hobbit de JRR Tolkien / La cuisine des sorciers)

~ En plat principal, petites friandises venues de la Mer : Croquettes de l'Isle des Monopodes (Le Monde de Narnia, Tome III - L'Odyssée du Passeur d'Aurore de CS Lewis / La cuisine des sorciers)

~ En dessert, sombre envoûtement des papilles : Tarte de la Reine des Sorcières (Macbeth de William Shakespeare / La Pâtisserie des sorciers)

Tarte aux poires de la Reine des Sorcières, inspirée par le trio infernal de Macbeth (La Pâtisserie des Sorciers)

Pour un banquet digne d'un prince Sindar,

le chef vous propose ce menu végétarien :

~ A l'apéritif, cocktail écarlate : Vin des Elfes (Harry Potter de JK Rowling / La Cuisine des Sorciers)

~ En entrée, c’est la fête : Tartelettes de la Belle (La Belle et la Bête / La Cuisine des sorciers)

~ En plat principal, direction la caverne aux merveilles : Cigares du souk (Aladdin / La Cuisine des sorciers)

~ En dessert, délices so british : Petits gâteaux aux framboises (Mary Poppins de Pamela L. Travers /La Cuisine des sorciers)

Les madeleines aux framboises concoctées par Mary Poppins (La Cuisine des sorciers)

Pour les apprentis sorciers,

un goûter digne d’un non-anniversaire :

~ Bièraubeurre tiède (Harry Potter de JK Rowling / La Cuisine des Sorciers)

~ Chocolat chaud de Willy Wonka (Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl / La Pâtisserie des Sorciers)

~ Tartelettes de Paige (Charmed / La Pâtisserie des Sorciers)

~ Brioche des enfants perdus (Peter Pan de J.M Barrie / La Pâtisserie des Sorciers)

Les brioches des enfants perdus : une brioche à l'ananas, de quoi contenter les garnements disciples de Peter Pan (La Pâtisserie des Sorciers)

La Cuisine des Sorciers & La Pâtisserie des Sorciers et autres desserts fantastiques d'Aurélia Beaupommier, parus aux Éditions Solar, 192 pages et 24€90 par ouvrage.


Article paru en version écourtée dans Le Pays Briard le 23.02.2021

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