• Chloé

L’avis des libraires - 198ème chronique : Dictionnaire des séries télévisées

L’avis des libraires - 198ème chronique :

Dictionnaire des séries télévisées

de Nils C. Ahl et Benjamin Fau Dico rétro pour sériphiles

Allons bon... Sentez-vous la promesse d’un nouveau confinement se profiler à l’horizon et avec elle les interminables journées-canapés devant Netflix ? Sans jouer les pessimistes de service, il est vrai que les trois-quarts des Français guettent, avec un fatalisme résolu, la prochaine allocution du gouvernement. Ajoutez à cela l’ambiance anxiogène, la solitude forcée, les tensions qui explosent de toute part ou les théories du complot qui grouillent au sein des médias et 2021 a un petit air de déjà-vu…

S’il est impossible de trouver le remède miracle, il est acquis depuis fort longtemps que la culture est un formidable échappatoire, une évasion parfaite pour nos envies d’ailleurs. En attendant que les cinémas, les théâtres et les musées accueillent de nouveau les visiteurs, le petit écran s’impose comme le support créatif à ne pas sous-estimer.

Or, quitte à passer des heures devant l’écran, autant être bien informés et éviter les visionnages superflus. On peut vite se retrouver devant Riverdale dans le cas contraire et croyez-moi, ce n’est pas le genre d’expérience que vous avez envie de connaître !

Le premier confinement avait été l’occasion de revenir au 7ème Art via plusieurs chroniques, d’évoquer avec vous ces livres centrés sur les longs-métrages des années 80 et 90, les comédies romantiques, les chefs-d’œuvre intemporels, la presse spécialisée. A présent, il est temps de débuter notre périple au sein des productions télévisuelles avec l’ouvrage référentiel en la matière : le Dictionnaire des séries télévisées de Nils C. Ahl et Benjamin Fau.

Ceux qui suivent mes articles depuis un moment déjà savent que si la littérature est mon éternel amour, le cinéma est ma plus fidèle passion. Pour autant, j’ai rapidement compris que mon amour du 7ème art et ma curiosité des séries se répondaient, voire se complétaient. Buffy réduisait les suceurs de sang en cendres, Byzantium, Only Lovers Left Alive, Morse ou Entretien avec un vampire les rendaient immortels face aux fauteuils de velours rouges ; Star Wars permettait de gagner les étoiles dans les salles obscures, Doctor Who proposait de voyager dans le temps et l’espace sur France 4, au retour des cours ; le Roi avait dansé sous les traits de Benoit Magimel, il reprenait maintenant ses ballets avec George Blagden, dans l’étincelante Versailles ; les Pirates des Caraïbes nous emportaient chaque été, Black Sails nous a fait hisser leurs couleurs durant trois saisons passionnantes ; 300 voyait son potentiel testostéroné bourrin gore exploité au centuple dans Spartacus ; les bandes de potes étaient légions sur grand écran mais celles du petit, Friends surtout, restaient inoubliables...

Il se trouve que ce Dico des séries est le premier livre ayant trait au sujet qui m’ait été offert. C’était en 2011 et il est depuis devenu un incontournable de mes étagères. Il fut longtemps le seul à proposer un tel contenu dans la langue de Molière. Cinq ans plus tard, fort de son succès, une toute nouvelle version augmentée a été éditée. Ce mastodonte de papier propose une rétrospective sur 80 années de productions télévisuelles, un travail vertigineux qui se résume volontiers en chiffres : 1 glossaire, 2 auteurs, 2 index, 1 116 pages, 4 200 entrées.

Pour inaugurer le tout, une introduction passionnante retrace les débuts balbutiants des séries à leur règne incontestable, de leurs origines surprenantes puisées dans les feuilletons littéraires publiés chaque semaine sous la plume de Dumas ou Balzac à leur irrésistible ascension esquissée dans les années 80-90. Sont aussi détaillées les exceptions britanniques et allemandes, lesquelles concurrencent les Etats-Unis tant par leurs qualités que leur rythme de production. Ce prologue interpelle sur les profonds chambardements survenus au fil des décennies, jusqu’à l’avènement des supports physiques (cassette, dvd, blu-ray) puis l’utilisation massive d’Internet, le streaming (illégal ou non) permettant le visionnage des séries bien avant leur diffusion française.

Après cette quarantaine de pages, nous entrons dans le vif du sujet : le dictionnaire à part entière. Chaque titre est précédé d’une fiche technique concise (titre, note, pays de production, date, nombres et durées des épisodes, créateurs, casting, chaîne), puis d’une critique sur le sujet en question. Les auteurs ont choisi de se limiter aux séries, feuilletons et miniséries diffusés sur notre territoire, quel que soit le type de chaine. Seules les séries live sont acceptées, l’animation méritant un ouvrage à part entière. Une décision compréhensible, d’autant que le résultat est déjà très dense. Le but ici n’est pas tant l’exhaustivité que de proposer un ouvrage facile, accessible aux néophytes comme aux spectateurs confirmés, riche en trouvailles rétros et pépites modernes. Le ton y est érudit mais volontiers abordable. Les auteurs ne sont pas que des spectateurs passionnés : chacun est à la fois chroniqueur et romancier, leur style en témoigne. Tous deux manient l’art des répliques mémorables, ce qui donne à l’ensemble un côté familier et décomplexé, loin des pavés indigestes théoriques mille fois ressassés sur le sujet. Si bien qu’on se prend à feuilleter l’ensemble de temps à autre, à se laisser guider dans nos choix par leurs connaissances pointues ou à égrener les titres pour le plaisir, à lire avec autant de satisfaction leurs avis sur des chefs-d’œuvre que sur des obscurs navets disparus dans les limbes des chaînes câblées… Le lecteur se pique de confronter son avis aux leurs, s’indigne ou approuve selon les cas.

On peut ainsi reprocher aux chroniqueurs un certain élitisme dans leur notation, surtout lorsqu’ils s’attaquent aux programmes fantastiques destinés aux adolescents avec une mauvaise foi criante. Supernatural ou Angel o Demonio en ont fait les frais. En la matière, Ahl et Fau semblent bloquer sur le cultissime Buffy au point d’avoir méprisé toutes créations récentes – à ce sujet, ne les écoutez pas : From Dusk Till Dawn, c’est génial, surtout la saison 2 ! On peut aussi s’étonner de la présence de certaines adaptations classiques de la BBC mais pas de l’ensemble des mini-séries dédiées à Austen, par exemple. D’autres œuvres pourtant récentes et diffusées à la télé n’y sont pas, bien qu’antérieures à la date de rédaction de cette encyclopédie. Les séries traitées sont surtout américaines ou européennes, on croisera peu, voire pas du tout, de feuilletons russes ou des dramas asiatiques. On peut s’étonner de l’apparition de tel ou tel show au détriment d’un autre. A leur décharge, il est vrai que ces derniers étaient difficiles d’accès il y a quelques années, il était particulièrement ardu de les visionner sans outrepasser la loi. Ne jamais oublier, justement, que ce dico reste celui élaboré par Ahl et Fau. Le vôtre, comme le mien, différerait évidement mais avouons-le : peu d’entre nous atteindraient un tel niveau de connaissances. C’est justement ce qui rend un ouvrage indispensable au sein de nos rayonnages : non pas qu’il soit parfait, complet de bout en bout, mais qu’il le soit assez pour nous instruire davantage. Ici, l’objectif est totalement atteint.

Seulement voilà. Depuis la réédition du Dico, cinq années supplémentaires sont passées. De quoi s’interroger sur une période révolue qui, pourtant, reste étonnamment récente. En 2021, l’univers des séries, tel que nous le connaissons, en France ou au niveau mondial, a connu de nouveaux bouleversements importants. Netflix bien sûr mais aussi Prime Video, Hulu, Disney+ et j’en passe. Les auteurs ne sont pas dupes puisqu’ils mentionnaient déjà leur arrivée dans notre pays, en imaginant bien ses répercussions. Depuis, l’explosion des plateformes de VOD l’a bien démontré : le succès rencontré par les feuilletons de toutes les origines et de tous les genres est colossal, les séries jouissent à présent du même prestige que les grandes productions dédiées aux salles obscures, sont reconnues, louées pour leur audace, leur génie. On parle volontiers (et un peu facilement) d’une révolution, des profonds changements provoqués dans nos visionnages, de l’évolution des pratiques qui en a découlé, du vocabulaire qui s’est doucement ajouté autour de cette nouvelle forme de consommation souvent effrénée. Avec l’avènement du Roi Netflix au sommet du marché à la demande, les séries semblent avoir amorcé leur quatrième âge d’or – Umbrella Academy, Dark, Sex Education, The Queen’s Gambit sont tant de succès internationaux que chacun connaît, ne serait-ce que par le titre. Des productions phares ont entretemps été rachetées à leurs chaînes pour être exclusivement réservées à la firme au N rouge… De fait, c’est tout un pan de culture sériephile qui est absente de ces pages et vous trouverez peu de grands succès récents (contestables ou non) amenés par ces plateformes. Pas de Sabrina génération 2.0, pas de Casa de Papel, oubliez les gamins téméraires de Stranger Things ou les pectoraux huileux d’Henry Cavill dans The Witcher… Impensable pour toute une génération ado-adulescente assidue !

Ce qui m’a poussée à réfléchir à ces temps déjà lointains. Etant née dans les années 90, j’ai grandi dans une période prospère pour la télévision et, surtout, avec LA programmation hebdomadaire qui allait tout changer : la fameuse Trilogie du samedi, soit la succession de six épisodes de trois séries différentes, à heure fixe, chaque semaine. Pour les spectateurs de mon époque, tout a débuté avec ces soirées passées à suivre Buffy contre les vampires, Charmed, Stargate, Roswell, Smallville ou Supernatural. Une entrée fracassante en la matière et une addiction renforcée par l’attente, les débats ponctués d’incertitude, le rendez-vous quotidien en famille ou entre amis. Le choix était aussi plus limité, ce qui privilégiait d’emblée sa popularité. Une autre façon de regarder ses séries qui, peut-être, renforçait la nature exceptionnelle du visionnage ou son caractère mémorable. Ni plus louable, ni plus contestable : différente, tout simplement.

A bien des égards, ce dico représente la sériephilie d’avant, une ouverture sur le petit-écran du passé proche ou non, un témoignage des bouleversements constatés. Une encyclopédie résolument rétro, sans doute déjà un peu datée mais parfaitement ancrée dans son temps. En attendant une troisième réédition, profitez-en pour découvrir quelques œuvres méconnues ou injustement oubliées : l’accès aux séries, pour le meilleur comme pour le pire, n’a jamais été si facile.

~ La citation ~


« Toujours est-il que la série télévisée, dans son ensemble, n'avait pas bonne presse. Au mieux, on en parlait comme une forme inférieure de cinéma, au pire, on la méprisait.

Trop violente, trop bête, trop américaine.

Mais la situation est bien différente aujourd'hui. »

~ Prologue

10 séries pour 10 genres différents,

abordées dans le dico et à voir absolument,

avec la totale approbation de votre libraire

(et en + la note attribuée par les experts) :


Black Sails *** / Aventures

Buffy **** / Fantastique

Deadwood **** / Western

Doctor Who **** / Science-Fiction

Friends *** / Sitcom

Ripper Street *** / Thriller

Rome *** / Historique

Sherlock *** / Policier

Skins *** / Chronique de vie adolescente

Sons of Anarchy *** / Drame, thriller

10 séries pour 10 genres différents,

non abordées dans le dico pour raison X

mais chaudement recommandées par votre libraire :

  • Banana & Cucumber - Petite sœur de Queer As Folk, irrévérencieuse & sexy

  • Bromance ex-æquo Coffee Prince - Romances qui pulvérisent le genre

  • Crazy Ex-Girlfriend - Musical barré

  • Dark - Thriller surnaturel

  • Harlots - Historique féministe

  • Lonesome Dove - Western contemplatif

  • Skam - Chronique de vie adolescente connectée dans l'air du temps

  • Trust - Biographie romancée, anthologie glauque

  • Warrior Baek Dong Soo - Fresque historique à la coréenne

  • Good Omens - Fantastique feel-good

10 séries sous-cotées dans le dico pour raison X,

réponse(s) de la mauvaise foi,

plus ou moins recommandées par votre libraire :

  • Angel o Demonio : La variation intelligente, sexy et bien jouée de Twilight version séraphins et diablotins. Déjà vu certes mais pas de quoi bouder son plaisir, surtout pour le public cible.

  • Borgia ex-aequo Versailles : Mon amour pour ces productions Canal + ambitieuse me pousse à m’insurger du malheureux ** attribué à Cesare, Louis XIV et leurs familles délicieusement perturbées…

  • Penny Dreadful ex-aequo Hemlock Grove : Là, Messieurs les chroniqueurs, c’est non. Juste non. On ne crache pas sur certaines des productions gothico-horrifiques les plus ambitieuses de ces dernières années de façon si laconique !

  • From Dusk Till Dawn : Tant de mauvaise foi, ça se passe de commentaire : je vous renvoie simplement à la chronique ici.

  • Supernatural : On pensera ce qu’on veut du final des aventures des frères Winchester et de leur ange gardien Castiel mais une série qui a su se réinventer aussi souvent et aussi durablement, même de façon maladroite, ne méritait pas une misérable étoile. Même réflexion pour Hex – Michael Fassbender en démon, c’est un argument en soi.

  • Merlin : Si la critique de Nils C. Ahl est loin d’être mauvaise (** au compteur), on peut regretter que la chronique n’ait pas soulignée la belle évolution de la série, laquelle s’émancipe de son spectacle bon enfant pour se tourner vers la fable plus sombre et plus tragique – cette évolution qui, justement, lui octroie le droit à ses trois étoiles.

  • Fastlane : Dans la droite lignée de Fast and Furious, la série est exactement ce qu’elle prétend être : fun, exagérée et décérébrée, avec un bon trio principal. Elle bénéficie d’une esthétique (très voire trop) colorée soignée qui la rend d’ailleurs plutôt mémorable visuellement. Crétin mais cool. Pas de quoi la lyncher, loin de là.

  • Trinity : Avortée après une saison prometteuse, cette petite production ITV2 au casting irréprochable (Christian Cooke, Antonia Bernath, Charles Dance, Tom Hughes et David Oakes) regroupait tous les poncifs des séries pour ados… Mais avec un tel trash, une telle exacerbation des clichés et un ton si décomplexé qu’elle en devenait instantanément géniale ! Plus libre et plus provoc, nimbée de mystères, elle aurait mérité une popularité à la Riverdale plutôt que de sombrer dans l’oubli – popularité qu’elle méritait largement plus, au passage.

  • Being Human : Là encore, ** et un avis plutôt positif mais le souci de la chronique est ailleurs : le remake US, pourtant inférieur, a la même note et des retours quasi-similaires… Vu la qualité de cette version à la sauce américaine, franchement, on s’interroge. Regardez la version BBC, la colloc’ entre un vampire, un loup-garou et une revenante y est bien mieux abordée. L’émotion, les intrigues amoureuses et le drame, aussi.

  • The White Queen : Les auteurs témoignent ici une vision limitée et étrangement concise de cette ambitieuse fresque où les Femmes complotent dans les coulisses de la grande Histoire et où les Hommes occupent le devant d’une scène brutale et sanglante. Il y avait beaucoup à dire sur le fond, là où la critique s’attarde inutilement sur la forme sexy et classieuse. Ses spin-offs, The White Princess et The Spanish Princess, demeurent également de belles réussites.

Quelques chaînes YouTube

francophones & sériephiles à découvrir :


* Les ShowRunners : un duo sympa, des choix accessibles quoique très diversifiés, un humour savamment dosé, un engagement politique sous-jacent mais jamais lourd... La forme est très soignée, le fond bien exploité. Julia et Sébastien sont sans aucun doute mon tandem chouchou ! De toutes leurs émissions, ma préférence va au concept de La Loi des séries - allez jeter un coup d'œil ci-dessous.


* Le Binge Doctor : le petit nouveau qui commence à faire parler de lui ! Encore une fois, on loue son approche accessible et bon enfant, ce qui ne l'empêche pas de travailler son sujet à fond. S'il cherche encore un peu son style, son évolution constante et fulgurante l'impose comme un incontournable.


* PILOTE : la référence YouTube sur les séries, c'est incontestablement Nicolas Thomas. Sobre, efficace et toujours très documenté, une touche d'humour en plus, il a le don de nous apprendre une foule d'anecdotes passionnantes et de nous faire réfléchir à nos visionnages. Seul bémol : depuis un an, la chaîne est inactive...

Dictionnaire des séries télévisées de Nils Ahl et Benjamin Fau, paru aux Éditions Philippe Rey, 1116 pages, 34€90.


Article paru en version écourtée dans le Pays Briard le 29.01.2021

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