• Chloé

Bonne résolution livresque n°29 : Redécouvrir le Petit Chaperon Rouge

En ce début d’octobre, la forêt se pare de son manteau automnal. Les sentiers étendent un tapis mordoré sous les pas des promeneurs. Au-dessus des têtes, les branches laissent rougir leurs feuillages en arche écarlate. L’air se charge du parfum humide de l’arrière-saison, effluves du sous-bois qui embaument le nez à chaque foulée. Réminiscence des lectures de jadis, au coin de l’œil, semble apparaître un museau pointu. Au milieu d’une frimousse grise aux crocs aiguisés, des yeux sombres balaient les fourrés. Devant lui passe une fillette. Cape vermeille, panier glissé sous le bras, petits pas furtifs. Le loup et le Chaperon, conte narré depuis des siècles, immortalisé sous la plume de Perrault et des Grimm, premier grand amour de Dickens, tient toujours une place de choix dans les albums.

Le sous-texte est bien sûr nettement moins innocent. Certains psychanalystes y voient la métaphore du prédateur par la figure lupine, associent la couleur de la cape à la sensualité exacerbée de la gent féminine. Ils mettent ainsi sur un pied d’égalité l’agresseur et la victime, tous deux séduisants, tous deux tentateurs. Sous peine de finir dévorer, la femme doit redoubler de prudence, de la plus jeune à la plus âgée. Il lui incombe bien sûr de faire attention à son attitude, à sa coquetterie vestimentaire, au chemin qu’elle emprunte – et non à la bête de maîtriser ses pulsions… Dans le cas contraire, les conséquences sont funestes, la punition s’avèrera mortelle : Perrault laisse ses héroïnes trépasser, digérées par un loup manipulateur. Les Grimm, en revanche, assurent le salut de la mère-grand et sa petite-fille par un autre exemple de virilité violente : le chasseur. La mort comme la délivrance viennent donc toujours de l’homme pour « le sexe faible ». A mon sens, je n’y vois qu’une fille en passe de devenir femme, sexualisée malgré elle et devenue la proie rêvée des pervers.

Aujourd’hui, les créateurs modernes ont largement réinterprété l’histoire. L’innocente est devenue une guerrière, le loup la proie. Le rouge ne se rapporte plus ni aux menstruations ni au désir charnel qu’elle évoque aux hommes mais au sang qu’elle verse pour se défendre.

A l’aube des 80’s, le génial Neil Jordan adapte une nouvelle de la non moins formidable Angela Carter : La compagnie des loups fait du chaperon une louve-garou – la séduisante Ruby aura le même traitement dans la série Once Upon a Time, courant 2011. En 1996, Freeway dévoile l’affrontement d’une jolie blonde analphabète issue des milieux défavorisés face à un bourgeois psychopathe. Une décennie plus tard, dans Hard Candy, une collégienne à la veste et aux collants grenat s’en prend à un réseau pédophile. Au début des années 2010, Le Chaperon Rouge, production certes moyenne, a le mérite de la montrer assumer pleinement sa libido en s’éprenant du loup, puis lutter pour la sauvegarde de son couple quitte à renverser le patriarcat. La saga trash et racoleuse des Contes Interdits fait d’elle une vengeresse impitoyable sur fond de torture, fétichisme sexuel et massacre.

Bref la Miss a bien fait du chemin depuis sa livraison de galette et de pot de beurre ! Mais quid des albums, des romans graphiques, où elle fut également moult fois réinterprétée ? Voici un petit tour du Chaperon Rouge, par le prisme d’ouvrages divers.


Le Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault (auteur) & divers illustrateurs / Editions Editeurs & Cie / 48 pages / 9,95€. Dès 9 ans.

La miss et la bête : les originaux, maintes fois réinventés depuis.

Quel est ce chaperon-ci ? Une fillette doit rejoindre sa grand-mère pour lui porter de délicieux mets. Mais un loup, qui passe par là, trouve la petite ô combien appétissante…

Pourquoi s’aventurer à leurs côtés ? Avant d’évoquer les réinterprétations d’un récit, il est toujours important de se pencher sur l’original. S’il existe de nombreuses éditions de l’œuvre de Perrault aucune, à mon sens, ne lui rend autant hommage que celle d’Editeurs & Cie.

Dès l’introduction, la maison met cependant en garde : « Certains passages ou dessins pourraient choquer les plus jeunes par leur cruauté ou par ce qu’ils révèlent des mœurs appartenant au passé. Cependant, ils sont un gage d’authenticité de ces trésors que l’éditeur a choisi de vous offrir dans leur intégrité. » Le ton est donné ; les esprits les plus impressionnables seraient fort avisés de passer leur chemin ou de s’orienter vers un autre album.

La collection Contes d’autrefois illustrés s’avère une pure merveille rétro qui régalera les nostalgiques comme les nouvelles générations. Le tout, très qualitatif, se veut abordable pour tous les budgets – une démarche d’autant plus louable. En résulte un très beau petit livre relié à la couverture rigide, agrémenté d’un relief doré, renfermant le texte original dans son intégralité. Il est enrichi de nombreuses illustrations au charme suranné, signées par différents artistes plus ou moins connus.

Parmi les plus saisissantes, une fresque à l’huile de Charles Leaver : à la lisière de l’hiver, la petite s’éloigne de sa maisonnette dans une superbe palette de blanc et de brun où se détache la teinte vive de son manteau. Minuscule, elle semble déjà perdue au cœur de ce paysage enneigé… On retiendra également l’inquiétant tableau de Fleury François Richard, sombre et oppressant, où la (future) victime fait face au monstre. Le sentiment de claustrophobie, de tragédie inéluctable s’insinue dans chaque parcelle de la toile.

Un incontournable de Perrault à (re)découvrir d’urgence dans le plus bel écrin.


« Tire la chevillette, la bobinette cherra »



Le Petit Chaperon Rouge de Beatrix Potter (autrice) & Helen Oxenbury (illustratrice) / Editions Kaléidoscope / 45 pages / 13,50€. Dès 8 ans.

La miss et la bête : les originaux, version so british.

Quel est ce chaperon-ci ? Dans la coquette campagne anglaise, une jolie brunette, toute pimpante dans sa tenue de flanelle coquelicot, va rendre visite à sa grand-maman. En route, elle croise le chemin d’un loup, bien décidé à remédier à son jeûne forcé.

Pourquoi s’aventurer à leurs côtés ? Qui peut résister à Beatrix Potter, l’incroyable créatrice de Pierre Lapin, Madame Piquedru, Tom Chaton ? Personne.

Sans surprise, la romancière britannique interprète le conte de Perrault avec tout le talent qui la caractérise. L’aura bucolique, si cher à son cœur, fait des merveilles. Elle attribue au texte, imagé et poétique, un lyrisme bienvenu. L’atmosphère champêtre se révèle des plus soignées, de même que les protagonistes, de l’héroïne à la mamie en passant par un loup fourbe et aux bûcherons, joyeux drilles à la chansonnette facile – ces derniers régalent le lecteur de couplets à peine mentionnés par Perrault. L’angoisse, moins frontale, reste assez présente. Plusieurs fois, l’autrice avertit le public en insistant sur le fait que « nul ne vit passer le Petit Chaperon Rouge », indication du sort funeste qui la guette au bout du chemin…

A la plume reconnaissable de Potter s’adjoint la patte d’Helen Oxenbury, célèbre illustratrice au palmarès conséquent, récompensée par plusieurs prix prestigieux. La facétie d’Oxenbury, laquelle prend un malin plaisir à croquer les personnages, confère un sentiment de légèreté opportun. Dans ces paysages au charme pastoral, elle déploie sa malice sur l’antagoniste. Ce « grand loup maigre » devenu, au fil de ses péripéties gastronomiques, un gourmand au ventre rebondi, elle lui accorde beaucoup de caractère. Avec son complet en tweed, son foulard rouge et sa canne, il ressemble davantage à un dandy qu’à un tueur famélique…

Si Potter suit à la lettre la trame du conteur français, la dessinatrice se permet une légère entorse à la fin si pessimiste. Bercée par ses souvenirs d’enfants (nettement moins traumatisants), la dernière planche de l’album est libre à l’interprétation : elle montre le loup obèse, trop gras pour courir, poursuivit par les bûcherons… Des hommes en colère, bien décidés à en découdre ! Comme dans la version des Grimm, ces derniers sauveront-ils la petite et sa mère-grand ? C’est à vous d’en décider.


« Le chemin serpentait à travers champs, de colline en vallon,

tantôt au grand soleil, tantôt à l’ombre dansante des bouleaux. »



Le Petit Chaperon qui n’était pas rouge de Sandrine Beau (autrice) & Marine Desbons (illustratrice) / Editions Milan / 40 pages / 9,90€. Dès 6 ans.

La miss et les bêtes : une petite débrouillarde toute de bleu vêtue croise un ours, un tigre de Sibérie et un lapin…

Quel est ce chaperon-ci ? Anouchka est chargée par sa mère d’apporter un pot de miel à sa mamie malade, de l’autre côté de la forêt. En chemin, elle fait de nombreuses rencontres inattendues.

Pourquoi s’aventurer à leurs côtés ? Attention, coup de cœur : voici une petite pépite hilarante proposée par Sandrine Beau et Marine Desbons !

Le cadre délaisse nos contrées européennes pour nous plonger dans les territoires immaculés de la taïga. Les autrices rendent un bel hommage au monde russe, tant dans les dessins que le vocabulaire usité. On montre des matriochkas, des tigres de Sibérie ; on parle de chapka, de balalaïka. Il y a ici une véritable volonté d’immerger les jeunes lecteurs dans la culture slave.

Le style pimpant et candide de Desbons fait des merveilles sur les paysages enneigés, les intérieurs chaleureux, les héroïnes au visage souriant, la faune et la flore. De son côté, Beau détourne avec humour et pertinence les péripéties de Perrault.

Comme dans le conte original, l’héroïne est tout d’abord identifiée par sa tenue : « un long manteau bleu, de petits gants bleus et […] une chaude chapka bleue » qui lui donnent le surnom de Petit Chaperon Bleu. Elle doit, elle aussi, rejoindre sa mère-grand dans un village éloigné du sien. Toutefois, les similitudes s’arrêtent là.

La morale évolue au fil du récit, plus moderne, plus cocasse. Anouchka, au gré de ses pérégrinations, sympathise avec les bêtes féroces qu’elle croise. Elle calme la faim de l’ours avec du miel, ravie le tigre de sa mélodie. En suggérant l’entraide, elle parvient à se tirer indemne de toutes les situations périlleuses. La moralité est de ne pas se fier aux apparences. Une logique qui va encore plus loin avec la confrontation du lapin, où l’idée est poussée jusqu’à l’absurde !

Ici, l’autrice présente plusieurs dénouements, du plus atroce (la fillette et sa grand-mère mangent le lapin) aux plus saugrenus (le lapin dévore la fillette ou la grand-mère) avant de proposer une conclusion bienveillante où chacun s’en sort et festoie ensemble. Dans tous les cas, c’est à l’enfant de choisir l’issue qu’il préfère, voire de rédiger la sienne – deux feuilles lignées lui permettent d’écrire sa propre fin.

L’humour noir fonctionne très bien, d’autant qu’il amène plusieurs dénouements inattendus. C’est drôle, frais, un peu impertinent et surtout très surprenant.

Et vous ? Vous êtes plutôt soupe de grand-mère, fillette en potée ou lapin mijoté en ragoût ? Personnellement, je penche pour les choux croustillants et les crêpes sucrées – mon côté végétarien sans doute !


« Ses petites nattes dansaient sous la chapka,

et dans son dos se trouvait sa balalaïka,

la petite guitare qui ne la quittait pas. »



La petite sœur du Chaperon Rouge de Didier Lévy (auteur) & Clotilde Perrin (illustratrice) / Editions Milan / 48 pages / 12,90€. Dès 6 ans.

La miss et la bête : Carlotta, la cadette du Chaperon, et un grand méchant loup « plus tellement »

Quel est ce chaperon-ci ? Le Chaperon Rouge et sa mère-grand sont devenues célèbres… Et ambitieuses. Elles projettent de construire un immense parc d’attraction à leur effigie, en lieu et place de la forêt. La cadette, Carlotta, s’insurge. Elle qui a sympathisé avec les habitants des bois, dont un certain vieux loup, refuse de laisser son refuge sylvestre à la merci des bulldozers. Pourra-t-elle empêcher pareil désastre ?

Pourquoi s’aventurer à leurs côtés ? C’est un bien curieux projet sur lequel se sont penchés Didier Lévy et Clotilde Perrin. Ecrire une suite aux péripéties du Chaperon Rouge… Dans laquelle cette dernière fait figure d’antagoniste ! On l’avait découverte aventureuse, joyeuse et innocente. La voilà adulte, superficielle et cupide. Dans l’ombre de son illustre aînée, la jeune Carlotta peine à trouver sa place. Elle n’envie ni sa gloire, ni sa popularité, préfère la liberté et la nature. Elle s’épanouit en se rapprochant de l’essentiel. Sans surprise, elle finit par rencontrer l’antique ennemi familial. Le loup, vieillissant, ne fait plus peur à personne. Entre la fillette au grand cœur et le loup en pleine rédemption, une amitié forte se lie.

Autour de sa petite héroïne, Lévy tisse des thématiques fortes : l’écologie, les déviances de la célébrité, le pardon, l’émancipation, le mercantilisme, l’exil… Pour ses convictions, ses amis et son futur, Carlotta va devoir braver sa famille – quitte à couper les ponts. Le sous-texte est étonnamment mature, sans résolution idyllique ; la conclusion, pleine d’espoir, reste cependant emplie d’incertitudes.

Le ton reste pourtant optimiste, frais et drôle, épaulé en cela par les illustrations candides de Perrin. Ses tableaux regorgent de référence à l’univers des contes, du Chat Botté à la Belle au Bois Dormant, en passant par Raiponce, Blanche-Neige et un certain Charles Perrault. A chaque page, une sorte de Cherche et trouve subtile est à l’œuvre pour dénicher toutes les références féeriques.

Un album fort sur le droit à la singularité, les choix de chacun et la responsabilité de protéger la faune et la flore. Divertissant et sensible, une belle réussite.


« Un grand méchant loup sans dents.

Un grand méchant loup plus tellement.

Un ami, tout simplement. »



Le grand loup et la fée rouge de Véronique Cauchy (autrice) & Rebecca Galera (illustratrice) / Editions Cépages / 32 pages / 14€. Dès 7 ans.

La miss et la bête : une petite fille non-voyante et un loup un peu bêta

Quel est ce chaperon-ci ? Dans la forêt vit un loup, très fort et très grand, qui parfois se montre néanmoins un peu lent. Sa mère le charge un jour de porter un pot de miel et une peau de mouton à son grand-père souffrant. Une règle cependant : ne jamais s’approcher du sentier, où les villageois vont parfois se promener. Rien de plus dangereux que les humains, avec leurs armes et leur haine du prochain. Pourtant, quand le grand loup rencontre une fillette égarée, il comprend qu’il doit l’aider…

Pourquoi s’aventurer à leurs côtés ? Le grand loup et la fée rouge est l’une des plus belles surprises de cette sélection. Avec beaucoup de subtilité, d’empathie et de douceur, Véronique Cauchy narre une singulière amitié : celle d’un loup pas très finaud et d’une fillette à la vue vacillante. Leur singularité respective les isole et attise les méchancetés. Le loup est la cible des moqueries par ses voisins renardeaux, la petite fille endure les farces cruelles des autres enfants…

Qu’il soit mental ou physique, le handicap est omniprésent sans besoin de surenchérir ou d’expliciter. Les personnages ne sont jamais définis par ce dernier mais bel et bien par leurs actes. Si semblables et si proches, ils vont aller à l’encontre des préjugés et abattre leur solitude. La demoiselle ne le voit pas, ne l’associe donc à aucun péril. Quant au loup, profondément gentil et serviable, il comprend vite que cette humaine-ci n’est en rien une menace. Leur différence, vue comme un fardeau par autrui, n’en est plus une dans leur relation où seules la confiance et l’entraide prédominent. La candeur du loup et la détermination de la fillette se complètent.

Le texte en vers, fluide, se veut accessible au plus grand nombre. Quant à la forme, elle est à l’image du fond : d’une simplicité sublime. Les illustrations de Rebecca Galera privilégient le trait épuré, les tableaux sobres en noir et blanc. Dans ces paysages monochromes se détache une unique couleur – la capeline coquelicot de la petite « fée ». La plume et le dessin fusionnent tout en délicatesse. A découvrir et à offrir, sans hésiter.

Il était une fois un brillant hommage à l’amitié, l’entraide et la tolérance.


« Moi aussi, on me rejette souvent :

à leurs yeux, il faudrait être tous comme eux ! »



Cœur de bois de Henri Meunier (auteur) & Régis Lejonc (illustrateur) / Editions Notari / 32 pages / 19€. Dès 13 ans.

La miss et la bête : Aurore, Chaperon désormais quadragénaire, et le loup, vieillard impotent.

Quel est ce chaperon-ci ? Aurore est une femme magnifique, à qui tout semble réussir. Epanouie, solaire, piquante. Pourtant, elle cache un secret. Une visite au fond des bois, dans son passé. Un ancien pavillon de chasse où dépérit un vieillard solitaire. Entre eux un lien… Mais lequel ?

Pourquoi s’aventurer à leurs côtés ? Dans cet album à destination des adolescents et des adultes, Meunier et Lejonc renouent avec la métaphore du conte original.

Par les toiles de l’illustrateur, l’ambiance évoque les récits de jadis. Si le cadre est contemporain, il y règne un souffle de mystère ancien, une atmosphère inquiétante où la majesté bataille à la mélancolie. Lejonc a toujours su capter la noirceur en embuscade derrière la féerie. Il l’a magistralement démontré sur La promesse de l’Ogre et Peter Pan ; il récidive l’exploit ici.

A la plume, Meunier démontre une fois encore l’étendue de son talent. Le texte est maîtrisé de bout en bout, soigné dans ses moindres détails. La langue est fluide, percutante, poétique à bon escient, crue au besoin. Elle évoque la mélancolie envoutante de la forêt à l’orée de l’hiver, le charme explosif d’une femme en pleine possession de ses moyens, l’aigreur résignée d’un vieillard, le poids d’un habitat chargé de réminiscences. Dresse des descriptions immersives, donne foi au discours vertigineux de son héroïne.

Et quelle héroïne ! Le Chaperon est devenu une femme. Elle a grandi, s’est épanouie. Toujours plus belle, plus insaisissable. Une Faye Dunaway époque Bonnie & Clyde. Le rouge n’est plus celui de sa capeline mais de sa voiture, une Fiat 500 qui la guide jusqu’à son passé, à travers les routes, au cœur des bois.

Là où a été commis l’impardonnable.

En soignant le corps décati de son bourreau, c’est son âme à elle qu’elle panse. Son âme et son humanité. Après toutes ses années, il n’a pu anéantir ni son esprit, ni sa chair. Aurore respire la sensualité, l’émancipation, la force. Elle est devenue qui elle voulait être – là où lui restera pour toujours prisonnier de ses crimes et sera défini par eux. Quoi qu’il lui en ait coûté pour se relever, elle se sait triomphante : l’avenir est sien, son tortionnaire, lui, est dépossédé de tout. Famille, amis, futur. Il ne peut plus prétendre à quoi que ce soit. Elle le sait, ne s’en réjouit pas, constate simplement. C’est ainsi.

Plutôt que victime, Aurore se voit en survivante. Les souffrances d’hier sont devenues la force d’aujourd’hui. Ce Chaperon-ci est une guerrière moderne, une Amazone qui ne se bat que pour son moi profond, avec pacifisme. Elle n’accorde ni son pardon, ni sa pitié au prédateur. Elle ne peut lui offrir qu’une forme d’affection désintéressée, la plus pure et la plus impitoyable. Car on ne peut rien contre l’amour, la gentillesse et la résilience – pas même lorsque l’on est un grand méchant loup.


« Aujourd’hui vous êtes seul, et je ne le suis pas.

Vous êtes malheureux, et je ne le suis pas.

Vous êtes fragile, et je ne le suis plus.

Vous m’avez dévorée hier.

Je viens me promener avec vous aujourd’hui.

C’est que j’aime profondément la forêt, l’odeur du sous-bois,

le soupir des arbres, le vol fou des geais. Vous ne m’avez pas pris cela.

J’ai les lendemains radieux. […] Je suis là. Debout. Malgré vous.

Je veux croire qu’il est possible de devenir grand sans devenir méchant.

Et je prends soin de vous pour le croire toujours.

Je veux être assez forte pour pouvoir aimer. Même vous. »


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