SĂ©rie files : Riverdale, S01-02

12/11/2020

Â đŸŽ„ SĂ©rie files : Riverdale, l’addiction au vide ? đŸŽ„Â 

⭐ avec K.J. Apa, Lili Reinhart, Camila Mendes, Cole Sprouse, Madelaine Petsch, MĂ€dchen Amick, Casey Cott, Vanessa Morgan


 

Depuis 2017, une sĂ©rie revient sans cesse dans mes suggestions. Cette sĂ©rie, c’est Riverdale. J’avais suivi de loin le phĂ©nomĂšne, entre l’hystĂ©rie des ados et l’incomprĂ©hension des mĂ©dias, comme une vieille rengaine obligatoire.

A 23 ans, je ne me sentais absolument pas concernĂ©e : les sĂ©ries clichĂ©es pour ados, j’avais dĂ©jĂ  du mal Ă  les mater quand j’étais le public cible alors l’idĂ©e de me poser devant X saisons de dramas alambiquĂ©s, de sexe chaste et d’intrigues poussives, trĂšs peu pour moi. A l’époque, 2017 c’était aussi la fin de Skam, Bates Motel, Black Sails et Girls alors j’avais concrĂštement d’autres prioritĂ©s tĂ©lĂ©visuelles XD !
Et puis, aprĂšs avoir rĂ©sistĂ© pendant trois longues annĂ©es, j’ai fini par craquer – confinement oblige. 
Verdict ? Un gùchis, ni plus ni moins. Je vous parle en détails ci-dessous de mon expérience avec Riverdale.

Oh et Ă©videmment...

 

 Le résumé adapté de Wikipédia (merci Wiki) : 
La petite ville de Riverdale se remet doucement de la mort tragique de Jason Blossom (Trevor Stines), athlĂšte talentueux et roi du lycĂ©e. Un deuil que Cheryl (Madelaine Petsch), sa sulfureuse sƓur jumelle, peine Ă  rĂ©aliser.
Pour autant, c’est la rentrĂ©e, l’occasion d’un nouveau dĂ©part pour Archie Andrews (K.J Apa) lequel s'est dĂ©cidĂ© Ă  faire carriĂšre dans la musique. Notre sportif flamboyant et chanteur-compositeur en herbes cherche son Ă©quilibre entre sa relation complexe avec son pĂšre (Luke Perry) et la fragilitĂ© de son amitiĂ© avec le trĂšs sexy Jughead Jones (Cole Sprouse).
Ce dernier, poussĂ© par l’envie d’écrire, mĂšne l’enquĂȘte sur les sombres secrets de leur bourgade tout en composant avec un chef de famille aux intentions troubles (Skeet Ulrich) et une attirance de plus en plus prononcĂ©e pour l’insupportable Betty Cooper (Lili Reinhart).
De son cĂŽtĂ©, Betty, secrĂštement amoureuse d’Archie, doit faire face Ă  une mĂšre tarĂ©e et conservatrice qui la drogue aux mĂ©docs et pourrit allĂšgrement la vie des habitants (MĂ€dchen Amick).
Ce quotidien dĂ©jĂ  instable devient explosif lorsqu’Hermione Lodge et sa fille Veronica (Marisol Nichols et Camila Mendes), dĂ©barquent dans l’espoir d’échapper au scandale qui a souillĂ© leur rĂ©putation. Elles sont puissantes, charmeuses, manipulatrices, brillantes... Bref, deux bombes latines qui ne laissent pas de marbre la gente masculine locale.
Alors que les événements étranges se multiplient, Archie, Jughead, Betty et Veronica vont faire équipe pour résoudre les mystÚres qui obscurcissent les lieux.

 

 Une saison 1 prometteuse : 
Contrairement Ă  mes prĂ©jugĂ©s, Riverdale n’est pas (du moins pas tout de suite) le ramassis d’idioties redoutĂ©. La premiĂšre saison s’en sort mĂȘme plutĂŽt bien. Cette rĂ©ussite, elle la doit avant tout Ă  une qualitĂ© trĂšs simple mais trop souvent dĂ©nigrĂ©e : sa parfaite connaissance d’elle-mĂȘme. Riverdale, c’est un peu un cocktail concentrĂ© et super sucrĂ© de la TV amĂ©ricaine des 50 derniĂšres annĂ©es. La recette est rigoureuse, simple et efficace.
Cette proximitĂ© revendiquĂ©e avec la culture Ă©tatsunienne permet d’emblĂ©e aux spectateurs de s’y retrouver : ils sont en terrain conquis, ils connaissent les rĂ©fĂ©rences, les clins d’Ɠil, les ficelles. De quoi garantir un plaisir coupable et nostalgique aux anciens, lĂ  oĂč les plus jeunes, les moins avertis, tiennent enfin LA sĂ©rie gĂ©nĂ©rationnelle faussement rĂ©volutionnaire. Tout est pensĂ© pour sĂ©duire les ados et leurs parents, ce qui est sans conteste la grande force de la saison 1. Cerise sur le gĂąteau ? Les parents des hĂ©ros lycĂ©ens sont incarnĂ©s par des stars des annĂ©es 90 : Skeet Ulrich rĂ©vĂ©lĂ© par la saga Scream, Luke Perry de 90210 Beverly Hills ou encore MĂ€dchen Amick, au casting de Twin Peaks
 Oui, plus mĂ©ta, tu meurs.

Et puisque l’on parle de la sĂ©rie culte de Lynch, autant avouer que Riverdale ressemble sur certains points Ă  Twin Peaks, qu’elle imite un peu maladroitement comme une petite sƓur admirative. Elle capte aussi l’attention des fĂ©rus de culture en glissant çà et lĂ  de nombreuses icones plus « adultes » telles que Truman Capote, Woody Allen, Toni Morrison, Stephen King

Visuellement, si la rĂ©alisation ne brille pas par son inventivitĂ©, quelques scĂšnes sont au demeurant trĂšs belles. Ici, on pense d’emblĂ©e Ă  celles liĂ©es aux Blossom, la famille aristocratique la plus trouble de Riverdale : manoir hantĂ© perchĂ© au sommet de sa colline ; bois brumeux oĂč le tandem des hĂ©ritiers Cheryl/Jason erre en symbiose, roux flamboyants tout de blanc vĂȘtus ; cĂ©rĂ©monie d’enterrement glauque Ă  souhait ; grand-mĂšre Ă©chappĂ©e d’un Tim Burton des grands jours
 Lorsqu’elle le souhaite, Riverdale tend sans problĂšme dans la fable gothique classieuse et lĂ©chĂ©e, un parti-pris qu’elle maĂźtrise assurĂ©ment – dommage qu’elle favorise trop souvent l’ambiance 50’s façon Grease Ă  celle d’un vĂ©ritable film noir lugubre. RĂ©sultat : le pilote, qui pose les bases de l’intrigue Ă  grand renfort de meurtre et de complots familiaux tordus, atteint une maestria que la sĂ©rie ne retrouvera jamais par la suite.

Hormis cette distinction artistique, on y croise tout le panel habituel : des intrigues tirĂ©es par les cheveux, un quatuor amoureux, une garde-robe Ă  faire pĂąlir d’envie n’importe quelle lectrice de Cosmo, une esthĂ©tique distinctive, des choix musicaux calibrĂ©s, des acteurs au physique plus qu’avantageux, des personnages emblĂ©matiques des teen shows – la petite fille riche Ă  Papa, la girl next door faussement niaise, le sportif gentillet, le brun tĂ©nĂ©breux, la peste cheerleader, le meilleur ami gay, la prof sexy

Et lĂ  encore, la sĂ©rie parvient souvent Ă  dĂ©jouer les clichĂ©s que l’on pourrait lui reprocher. Veronica et Betty, deux filles hĂ©tĂ©ros, qui s’embrassent pour jouer le cĂŽtĂ© sensuel et soi-disant rebelle ? Kevin qui se moque du cĂŽtĂ© prom queen tyrannique de Cheryl ? L’hĂ©ritiĂšre Blossom a tĂŽt fait de les rembarrer en soulignant la fausse rĂ©volte du premier et le clichĂ© du meilleur ami gay/personnage secondaire du second. Cheryl est, au passage, l’un des personnages les plus complexes et les plus savoureux de la trame, en plus d’ĂȘtre une redoutable machine Ă  rĂ©parties cinglantes. Le personnage doit beaucoup Ă  son interprĂšte, Madelaine Petsch, digne hĂ©ritiĂšre de la voluptueuse Veronica Lake.

D’une façon gĂ©nĂ©rale, le casting est d’ailleurs plutĂŽt convaincant et porte des thĂ©matiques rĂ©ellement intĂ©ressantes.

On parle de slut-shaming, de la culture du viol, des difficultĂ©s Ă  vivre pleinement son orientation sexuelle, du poids de l’hĂ©ritage familial, de la rĂ©appropriation de son corps, du racisme, des relations toxiques, de justice, de la face obscure des mĂ©dias, de l’objectivation de la femme, de la revendication Ă  la diffĂ©rence, du dĂ©tournement de mineurs

Sur ce dernier point, la sĂ©rie a magistralement abordĂ© le thĂšme via la professeure de musique qui couche avec l’un de ses Ă©lĂšves. Au dĂ©but, l’intrigue reste volontiers dans le flou et n’explicite pas sa prise de position. Nous sommes d’ailleurs tellement habituĂ©s Ă  ce genre de scĂ©narios glamourisant la « romance » interdite entre prof et Ă©lĂšve que nous passons rapidement outre. Ici, il nous place du cĂŽtĂ© de cet adolescent qui pense ĂȘtre consentant et Ă©perdument Ă©pris d’elle, nous incitant Ă  une certaine clĂ©mence Ă  l’égard de cette institutrice totalement idĂ©alisĂ©e par le regard amoureux. AprĂšs tout, cette affection est peut-ĂȘtre sincĂšre, il y a une vĂ©ritable souffrance de la part de cet Ă©lĂšve qui vit sa premiĂšre rupture sentimentale, une douleur qui semble d’ailleurs rĂ©ciproque. Toutefois, les scĂ©naristes ont tĂŽt fait de clarifier la situation ! DĂšs que les masques tombent, la prof apparaĂźt sous son vĂ©ritable jour, celui d’une prĂ©datrice sexuelle, sorte de Lolita inversĂ©e dans sa petite voiture rĂ©tro, avec son slush Ă  la main et ses lunettes de soleil en forme de cƓur sur le bout du nez. Elle semble innocente et n’en est que plus dangereuse, manipulatrice. Cette sous-intrigue est menĂ©e avec brio, elle est rĂ©aliste et terrifiante Ă  la fois, parfaitement intĂ©grĂ©e aux thĂ©matiques.

C’est pour sa capacitĂ© Ă  viser juste et Ă  frapper un grand coup lorsqu’elle le dĂ©sire que la saison 1 est rĂ©ellement attrayante. Mais la qualitĂ© tient aussi Ă  son format : 8 Ă©pisodes, c’est peu. Outre le fait que cela renforce nettement la dĂ©pendance – il y a la garantie d’avoir une fin rapidement –, cela permet d’emblĂ©e une certaine qualitĂ© ou, en tout cas, l’absence de redondance et d’épisodes fillers totalement superflus.
RĂ©sultat : une saison 1 certes pleine de dĂ©fauts et bourrĂ©e de poncifs mais qui tenait la route. Addictive, parfois intelligente et bien ficelĂ©e, elle suscitait surtout la sympathie pour son second degrĂ©, pour sa parfaite conscience d’elle-mĂȘme et sa tendance Ă  casser subtilement le quatriĂšme mur.
Alors comment pulvĂ©riser des dĂ©buts si prometteurs ? En prenant son pitch trop au sĂ©rieux, en l’étirant Ă  l’extrĂȘme et en cumulant TOUS les dĂ©fauts des teen shows...

 

 Une saison 2 qui s’effondre dùs sa seconde partie : 
AprÚs un cliffhanger dramatique en fin de saison 1, impossible de passer à cÎté de la suite

Visuellement, rien Ă  redire : l’univers est toujours aussi nĂ©buleux, l’ambiance brumeuse Ă  tendance gothique fait des merveilles, le dĂ©lire rĂ©tro marche et Cheryl cumule les tenues plus sensationnelles les unes que les autres. Pas de doute, niveau mode et esthĂ©tisme, c’est toujours un sans-faute.
Dans un premier temps, le scĂ©nario continue son dĂ©roulement, bon grĂ© mal grĂ©. Quelques larmes, des drames amoureux, des crĂȘpages de chignon, bref. Riverdale cĂŽtĂ© chronique de vie lycĂ©enne soporiphique. En tant qu’adulte, on prend son mal en patience, attendant vainement que Betty arrĂȘte de nous emmerder dans son triangle amoureux et que le scĂ©nariste dissĂ©mine des cadavres dans tous les coins. Ce qu’il se rĂ©sout Ă  faire, parce qu’il faut bien capter l’intĂ©rĂȘt des spectateurs – surtout ceux qui se dĂ©sintĂ©ressent des bluettes prĂ©pubĂšres ! DĂ©barque donc un nouvel antagoniste. Comment dire que c’est lĂ , exactement lĂ , que la sĂ©rie a commencĂ© Ă  virer lentement mais surement dans le grand guignolesque loufoque et pas crĂ©dible pour un bidon de sirop d’érable


Sans se mentir, Riverdale a toujours eu tendance Ă  la grandiloquence et aux intrigues tirĂ©es par les cheveux. C’est un parti-pris auquel on adhĂšre ou non. Mais, encore une fois, la sĂ©rie bĂ©nĂ©ficiait de son rythme trĂšs nerveux et de la briĂšvetĂ© du format, qui permettait de ne pas s’appesantir sur les passages les plus douteux. Or, la saison 2 dure 22 Ă©pisodes. C’est trop, beaucoup trop. En rĂ©sulte un nombre incalculable d’intrigues capillotractĂ©es, toutes plus dispensables les unes que les autres, voire franchement ridicules – le gang des cagoules rouges est une aberration sans nom.
Et si le plus gros du problĂšme reposait sur une trame ni trĂšs finaude ni trĂšs plausible, la chose serait encore passable – nanardesque, ennuyeux, mais passable, ce que Les frĂšres Scott s’est bien chargĂ© de dĂ©montrer en son temps. Mais non.

Premier constat : la sexualisation des protagonistes Ă  outrance (garçons ET filles, pour une fois que la paritĂ© est respectĂ©e
). L’hypersexualisation des personnages pose un rĂ©el embarras : Veronica s’habille en costume de Catwoman super moulant pour arpenter les Ă©gouts, Archie est mis torse nu dĂšs que le fan service le permet, Betty enchaĂźne les tenues sexy et dĂ©nudĂ©es sous des prĂ©textes fallacieux
 Du quatuor, seul Jughead Ă©chappe Ă  cet exhibitionnisme injustifiĂ© Ă  90%. C’est encore plus gĂȘnant lorsqu’il est avĂ©rĂ© que la plupart des acteurs, sur le tournage des premiĂšres saisons, Ă©taient encore mineurs !
Pourtant, Ă  cĂŽtĂ© de cette tendance de plus en plus patente, la sĂ©rie reste malgrĂ© tout trĂšs prude. Sortis de quelques gros plans suggestifs, on a surtout droit Ă  des prĂ©liminaires enfiĂ©vrĂ©s suivis d’un chaste fondu au noir. Plus gĂȘnant : le sexe est idĂ©alisĂ© sous tous rapports. Il se rĂ©vĂšle aussi plus que consensuel. Et lorsqu’il l’est moins, en mettant en avant une relation dominatrice par exemple, c’est si risible que 50 shades passerait pour un chef-d’Ɠuvre du BDSM en comparaison – on reviendra dessus. Inutile de chercher du cĂŽtĂ© de Sex Education pour trouver des contrexemples ! Il suffit de citer Skam (versions danoise, française, italienne et nĂ©erlandaise confondues) pour voir que la sĂ©rie est loin d’ĂȘtre progressiste.

Ensuite, les personnages, tous plus ou moins apprĂ©ciables dans la saison 1, commencent mĂ©chamment Ă  taper sur le systĂšme. Et Ă  ce niveau, nul duo de vipĂšres Ă  la chevelure blonde ne saurait ĂȘtre plus chiant que le tandem formĂ© par Betty et sa mĂšre Alice. Les femmes de la famille Cooper rĂ©ussissent l’exploit d’ĂȘtre insupportables ET incohĂ©rentes. Alice est une fausse bigote qui n’assume pas son passĂ© dans les gangs et du jour au lendemain joue les sĂ©ductrices hyper provocs sur le retour en poussant sa fille Ă  s’habiller de façon dĂ©vergondĂ©e alors que ce n’est pas du tout raccord avec son tempĂ©rament (soi-disant, on y reviendra aussi). Quant Ă  Betty, elle vire SM dĂšs qu’elle enfile sa perruque noire, fait les pires vacheries Ă  tout le monde mais a le symptĂŽme de la « gentille ado immaculĂ©e » qui sort indemne de toutes les situations qu’elle a ELLE-MÊME provoquĂ©. Outre sa reprĂ©sentation trĂšs problĂ©matique de la dominante branchĂ©e cuir et latex (mais bon, encore une fois, 50 shades nous avait bien prĂ©parĂ© Ă  ce niveau
) Betty s’avĂšre ĂȘtre une garce manipulatrice, Ă  tendance infidĂšle, qui se mĂȘle constamment de ce qui ne la regarde pas. C’est d’autant plus frustrant qu’elle s’en sort toujours sauve, dans le parfait syndrome Bella/Scarlett : une pouffe qui se la joue grandes victimes et dont tout le monde pardonne les actes ! C’est drĂŽle de voir les femmes Lodge ĂȘtre diabolisĂ©es Ă  ce point alors que les Cooper font largement pire et sont toujours excusĂ©es par le scĂ©nario – et donc par le reste des personnages – sans que ça ne pose problĂšme Ă  quiconque au sein de la sĂ©rie ou aux spectatrices.

Une seule (demi) exception : la fameuse scĂšne de strip-tease de Betty. Par tradition, toute femme liĂ©e aux Southside Serpents doit exĂ©cuter une danse lascive dans le club des Bikers de son petit ami, devant une floppĂ©e de quarantenaires en rut. Cette scĂšne, une fois n’est pas coutume, sonne trĂšs juste. D’emblĂ©e, avant qu’elle ne le fasse, on comprend que ce n’est pas normal. Quelques temps auparavant, Betty reçoit l’avertissement de Toni, une autre jeune femme membre du groupe (et second personnage fĂ©minin le plus cool de la sĂ©rie), laquelle lui dĂ©conseille fortement de respecter la tradition qu’elle juge sexiste. Betty s’entĂȘte et choisit de le faire, arguant qu’elle agit ainsi pour Jughead – pour le coup, on peut saluer le travail de rĂ©alisation car la camĂ©ra, toujours prompte Ă  filmer les courbes de Lili Reinhart, n’est jamais aguicheuse pendant cette scĂšne. Le point de vue est surtout celui des Jones pĂšre et fils, gĂȘnĂ©s et dans l’incomprĂ©hension totale. Il vient renforcer l’idĂ©e que Betty n’avait pas Ă  agir ainsi pour ĂȘtre des leurs. Au final, les seuls Ă  rĂ©ellement apprĂ©cier la scĂšne sont les vieux vicieux et les personnages nĂ©fastes. Ici, on pourrait enfin reconnaĂźtre que Betty cĂšde Ă  ses pulsions exhibitionnistes ou Ă  son envie d’ĂȘtre mise sous les projecteurs. Ce qui ne serait pas mal en soit : une femme peut faire ce qu’elle veut de son corps et il semblerait logique que la petite fille sage, toujours brimĂ©e par le carcan familial et dans l’ombre de sa grande sƓur, ait envie de revendiquer sa libertĂ© sexuelle. Mais encore fallait-il qu’elle l’assume. Mais non, ici, elle s’entĂȘte Ă  prĂ©tendre qu’elle a agi uniquement pour Jughead et ne comprend pas que ce dernier lui en tienne rigueur. Ah oui, pardon de vouloir te protĂ©ger du regard lubrique d’une bande de dĂ©linquants dans un bouge sordide, Betty ! Vraiment, quels affreux tortionnaires sont les Jones pĂšre et fils ! Sur ce, elle se fait quitter par Jughead qui sent que sa dynamique vis-Ă -vis de tout ça n’est pas saine – tu m’étonnes ! Bon certes, ça casse le message parce que toute la comprĂ©hension fĂ©ministe revient au sauveur mĂąle – mais on met un point pour l’effort ! Tout ça pour que la blondinette joue les fleurs fanĂ©es deux minutes plus tard en allant chouiner auprĂšs d’Archie.

Que ce couple est malsain
 Betty juge Ă©normĂ©ment son petit ami, elle lui force la main et s’avĂšre toxique Ă  plus d’une occasion envers lui. Encore une fois, non seulement elle ne comprend pas Jughead mais surtout, elle ne cherche pas Ă  le faire. Ce qui rappelle, dans des proportions certes beaucoup moins graves, qu’elle l’avait forcĂ© Ă  fĂȘter son anniversaire en grandes pompes, faisant fi des envies du concernĂ©.

Betty, qu’on essaie de nous faire passer pour une femme force et libĂ©rĂ©e, se plie bien davantage aux rĂšgles que Jughead, Toni ou Veronica. Elle organise une fĂȘte parce que c’est socialement incontournable et un strip-tease parce que la communautĂ© l’exige. Niveau femme Ă©mancipĂ©e, on a vu mieux. Betty est dĂ©cidĂ©ment le personnage le plus problĂ©matique de la bande et je ne laisserais PERSONNE affirmer le contraire.
Pour en revenir Ă  Betty et sa mĂšre, elles ont aussi la joyeuse idĂ©e de ramener un parfait inconnu pas trĂšs net chez elles et de s’étonner que les choses tournent mal
 Avant d’appeler les Jones Ă  la rescousse. Ah quel modĂšle de progressisme, vraiment. Et ce ne sont pas les seules Ă  souffrir de stupiditĂ© passagĂšre.
D’une façon gĂ©nĂ©rale, la plupart des personnages deviennent tous stupides Ă  un moment ou un autre, pour arranger le scĂ©nario – ce qui dĂ©montre un sacrĂ© problĂšme d’écriture. Betty Ă©videment, sur laquelle on ne va pas s’appesantir plus ; Archie qui prend les pires dĂ©cisions au dĂ©triment de tout bon sens ; et mĂȘme Jughead, prĂ©sentĂ© comme le protagoniste le plus intelligent de la sĂ©rie, qui vire dans le clichĂ© du dĂ©tective maladroit et abĂȘti le temps de l’épisode musical afin de ne pas griller tout de suite le vĂ©ritable responsable. Les personnages sont insupportables et la dynamique du groupe finit rĂ©ellement par en pĂątir : le quatuor principal s’envoie tellement de vacheries et de coups bas qu’on s’étonne qu’ils soient encore amis. Ils sont mĂȘme odieux avec leur entourage direct.

Au final, seules Veronica et Cheryl gardent une ligne de conduite logique et cohĂ©rente, chacune tĂ©moignant d’une vĂ©ritable Ă©volution : Veronica choisit d’assumer les sombres secrets des Lodge et son statut d’hĂ©ritiĂšre (pour le meilleur et le pire) tandis que Cheryl va accepter son homosexualitĂ© et tenir tĂȘte Ă  sa mĂšre d’une façon spectaculaire. Sa relation avec Toni, tendre, respectueuse et volcanique Ă  la fois, les Ă©rige en meilleur couple de la sĂ©rie.
Hormis quelques fausses notes, la famille Jones, aka les bruns tĂ©nĂ©breux gĂ©nĂ©rationnels, reste cependant trĂšs agrĂ©able Ă  suivre, le duo Jughead/FP bĂ©nĂ©ficiant d’une belle alchimie entre Cole Sprouse et Skeet Ulrich. C’est d’autant plus visible en comparaison avec Archie et Fred.
La relation filiale des Andrews s’est hĂ©las beaucoup dĂ©gradĂ©e et peine Ă  se remettre sur les rails, lĂ  oĂč leurs rapports pĂšre-fils Ă©taient l’un des points forts de la premiĂšre saison. La faute en revient Ă  Archie, lequel choisit de suivre aveuglĂ©ment un mafieux dans sa quĂȘte dĂ©raisonnĂ©e de vengeance et de justice. Disons que ce choix scĂ©naristique aurait pu faire sens, voire mĂȘme ĂȘtre intĂ©ressant, s’il rĂ©sultait d’une bonne trame. Ce qui n’est pas le cas. Archie retourne sa veste d’une façon trop abrupte, trop inconsidĂ©rĂ©e, pour que l’on arrive Ă  croire Ă  son revirement en bad-boy violent et magouilleur. Au pire, il est vraiment con, au mieux il est franchement niais. Et constater que le pauvre K.J Apa se dĂ©fend comme il le peut avec un personnage aussi mal Ă©crit rend la chose encore plus dĂ©primante. C’est bien beau de mettre tout ce joli petit monde Ă  poils dĂšs que l’occasion se prĂ©sente mais encore faut-il qu’ils aient quelque chose Ă  jouer ! D’une façon gĂ©nĂ©rale, on sent que les acteurs commencent doucement Ă  jeter l’éponge, que les rĂŽles sont trop mal Ă©crits pour qu’ils aient envie d’en tirer quoi que ce soit ou de s’impliquer rĂ©ellement. Skeet Ulrich a d’ailleurs fini par quitter le navire, ce qui se comprend.

Et puis, une polĂ©mique en entraĂźnant une autre, il y a aussi le problĂšme des minoritĂ©s laissĂ©es pour compte dans l’intrigue : les chanteuses afro-amĂ©ricaines de Josie and the Pussycats sont totalement laissĂ©es de cĂŽtĂ© ou ne sont mises en avant qu’en tant que potentiel amoureux ; seul personnage asiatique du casting, Reggie reste un bully musclĂ© dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© ; Toni, malgrĂ© tout l’amour qu’on porte au personnage, ne vit que dans l’ombre de Jughead puis de Cheryl.

C’est aussi le cas pour les minoritĂ©s sexuelles : Kevin, en dĂ©pit d'une volontĂ© proclamĂ©e de casser l’archĂ©type du meilleur ami gay, reste l’homo de service. Jughead, asexuel dans les comics, est devenu hĂ©tĂ©ro, correspondant davantage aux codes classiques du brun torturĂ©. Quant Ă  Joaquin, interprĂ©tĂ© par le charismatique Rob Raco, il s’est tout bonnement fait Ă©jecter en cours de route – spoilers : il reviendra pour mourir, parfaite illustration du syndrome "Bury your gays".

Pour finir, la saison 2 se conclut sur un autre retournement de situation totalement improbable. Certes, on n’est plus Ă  ça prĂšs mais, cette fois, l’ensemble des spectateurs ayant atteint sa majoritĂ© s’en foutra royalement. Perso, j’ai jetĂ© l’éponge aprĂšs l’épisode musical centrĂ© sur Carrie, lequel massacrait allĂšgrement la partition de Dean Pitchford et Michael Gore. Mon petit cƓur de fan n’aurait pas supportĂ© de voir le musical Heathers se faire laminer de la sorte la saison suivante
 Parce que oui, dans Riverdale, tout le monde chante, souvent avec beaucoup d’auto-tune et des effets sonores risibles visant Ă  cacher la pauvretĂ© de l’interprĂ©tation. A la base, le chanteur du groupe, c’était pas supposĂ© ĂȘtre Archie ? Bref. ArrĂȘtons-nous lĂ .
Je me suis donc contentĂ©e de jeter un coup d’Ɠil au rĂ©sumĂ© des saisons suivantes, histoire de ne pas gaspiller plus de temps de cerveau disponible. Soyez rassurĂ©s. Je n’ai rien manquĂ© et vous non plus.

 

 Conclusion : 

MystĂšre irrĂ©solu, malgrĂ© les scandales, malgrĂ© le dĂ©sintĂ©rĂȘt, malgrĂ© la qualitĂ© dĂ©clinante, Riverdale continue d’ĂȘtre renouvelĂ©e, encore et encore. Un choix rĂ©voltant lorsque Sabrina nouvelle gĂ©nĂ©ration, laquelle brille par son charme macabre et ses engagements sociaux, s’est fait annulĂ©e sans sommation aprĂšs deux saisons.

En dĂ©finitive, Riverdale, c’est un peu comme le fameux milkshake Ă  la fraise dont raffole Betty : la premiĂšre gorgĂ©e est agrĂ©able, la deuxiĂšme est Ă©cƓurante, on se force Ă  terminer par acquis de conscience, on finit par dĂ©tester et rejeter le tout...

 

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