L’avis des libraires - Chronique HS : Saga Mac

28/08/2020

En dépit des apparences, MacGyver n'est pas le héros à mulet d'une série des 80's mais bel et bien un matou matois un poil hautain. Et sa spécialité, à lui, ce n'est pas tant le bricolage d'engins en tous genres que le rafistolage des cœurs brisés.

Or, entre son "humaine attitrée" Jane et la cousine de cette dernière Briony, le Cupidon félin a bien du travail en perspective !

Heureusement, tout le monde sait que les chats sont des experts lorsqu'il s'agit de chasser le partenaire idéal...

 

*** Attention, légers spoilers ***

 

Pour achever notre Mois du Chat, penchons-nous sur une comédie légère, une chronique de vie pétillante : la Trilogie Mac de Melinda Metz. Si le dernier tome est pour l'heure inédit en France, les Editions l'Archipel nous propose d'ores et déjà les deux premiers volets des aventures du chat entremetteur ! Alors, faut-il se laisser entourlouper par Mac ?

 

Disons-le franchement : Un amour de chat offre un excellent moment de détente ! Il est drôle sans lourdeur, émouvant sans pathos, romantique sans niaiserie et si l'intrigue est cousue de fils blancs, le texte réserve néanmoins quelques jolies surprises.

La première singularité qui frappe à la découverte du récit c'est bel et bien son inspiration... Véridique. La romancière s'est en effet basée sur un fait divers survenu à Portland, où un chat un brin cleptomane dévalisait les maisons des voisins ! Adaptation oblige, les froides régions de l'Oregon ont laissé place au soleil de la Californie et à la clinquante Los Angeles. Malgré le peu d'attraction qu'exerce cette ville sur moi, il faut avouer que Melinda Metz voue une passion contagieuse à la Cité des Anges. Ainsi, sa L.A à elle est plus singulière, plus atypique, moins stéréotypée que celle rencontrée dans de nombreuses productions télévisuelles. Petits restaurants intimistes, maisons féeriques (inspirées des fameuses Storybook houses anglophones), cinéma dédié aux classiques hollywoodiens, extravagants artistes de rues... Le talent immersif de la plume fait le reste ; c'est une Los Angeles au charme presque suranné qui se dévoile à travers pages, où l'on imagine sans problème une ambiance rétro à souhait entre le chatoiement des robes pin-ups et les vieux juke-boxes qui déblatèrent leur boniment musical pour une piécette. L'atmosphère du roman est aussi colorée que détendue, invitation parfaite à une escapade californienne estivale.

Ajoutons à cela quelques dialogues enlevés, une concurrence félin/canin hilarante, des situations abracadabrantesques et des protagonistes attachants...

Car oui, c'est sans conteste l'une des plus grandes qualités de l'ouvrage : la trame bénéficie d'une galerie de personnages hauts en couleurs, particulièrement savoureux à suivre et plutôt diversifiés ! L’inénarrable MacGyver et le chien Doggy sont géniaux ; les heureux propriétaires d'un chat ou d'un chien reconnaîtront sans problème quelques traits de caractères vaguement familiers avec leur boule de poils personnelle... En outre, les humains sont aussi très sympathiques. Jane et David, les héros de ce premier tome, bénéficient d'une jolie alchimie, leur complémentarité saute aux yeux dès leur rencontre : ils ont tous les deux leurs failles, leurs traumatismes et vont apprendre, doucement, à se faire confiance et à donner une chance aux prémices chaotiques de leur histoire... Si le couple phare est attendrissant, les figures secondaires ne sont pas en reste. Chacun se révèle touchant, bénéficie d'un arc qui lui est propre, s'avère assez développé pour marquer le lecteur. Les liens entre les personnages se créent au fil des périples de Mac, si bien qu'on va de découverte en découverte au gré de ses excursions, qu'on s'attache à ce quartier et ses familles en même temps que lui. On appréciera aussi que le Cupidon à fourrure n'assortisse pas les tandems d'un point de vue purement amoureux mais aussi pour nouer des liens amicaux entre deux personnes esseulées - une femme qui regrette de ne pas avoir eu d'enfant et une petite fille dont la mère est très souvent absente, par exemple.

Bref, beaucoup de qualités dans cet opus ! Sans prise de tête, bien écrit et correctement mené, il garantit la lecture doudou par excellence.

 

Difficile, en revanche, d'en dire autant de sa suite : Le Chapardeur des cœurs tombe dans tous les écueils qu'avait si bien su éviter son prédécesseur ! La Californie perd son charme bohème au profit d'une fade image touristique ; les rebondissements sont plombés par des sous-intrigues improbables ; les péripéties traînent en longueurs ; le happy-end ultime semble effroyablement forcé avec excursion à Las Vegas (!) à la clef...

Surtout, le plus impardonnable repose sur les personnages : exit Jane, David et la quasi totalité des habitants de Storybook Court ! Ils se cantonneront ici à des apparitions fugaces. Hélas, force est de constater que les protagonistes de ce second volet ont du mal à tenir la comparaison. Si Nate s'en sort relativement bien en tant que nouveau personnage masculin principal, ce n'est absolument pas le cas de Briony ! Là où la quête identitaire de Jane était bien amenée et où l'héroïne n'apparaissait jamais comme égocentrique, sa cousine s'avère l'exact opposé : centrée en permanence sur son nombril, trentenaire en mode crise d'adolescence tardive, pleurnicheuse, odieuse, immature et irréfléchie, elle réussit l'exploit d'être en même temps hystérique et désespérément fade... Le genre de personnages féminins têtes à claques qu'on tolérerait TRÈS difficilement hors des pages d'un livre et qui me donne personnellement envie de lui faire avaler de force l'intégral de Jane Austen ! Les Mary Sue et autres figures idéalisées n'ont certes que peu d'intérêt et il est toujours bien plus captivant de suivre une héroïne moins lisse, plus profonde... Or, Briony est certes une catastrophe ambulante aux antipodes de la perfection mais elle échoue surtout totalement à être agréable ! Ajoutons à cela qu'évidement tout le monde finit par lui donner raison, qu'on lui pardonne l'ensemble de ses saloperies et que cette peste voit tous ses désirs réalisés et je pense que vous avez saisi le fond du problème !

 

En conclusion, pour un agréable moment de détente littéraire, on se laissera volontiers tenter par Un amour de chat... Et on ignorera royalement sa suite qui se révèle, à bien des égards, un immense gâchis. En attendant de découvrir le troisième tome, on sera tous d'accord sur un point : MacGyver (version Richard Dean Anderson ou quatre pattes) est génial !

 

Un amour de chat et Le Chapardeur des cœurs de Melinda Metz, aux Editions l'Archipel, respectivement 323 et 336 pages, 20€ l'unité. Un amour de chat existe aussi en format poche aux Editions Archipoche, 336 pages, 7€95.

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