L’avis des libraires - 164ème chronique : Rupture, Tarot & Confiture

03/03/2020

 L’avis des Libraires : 164ème chronique

Rupture, Tarot & Confiture de Céline Holynski

La vengeance est un plat qui se savoure avec humour ! 

Réalisatrice talentueuse, Camille connaît un douloureux revers de fortune lorsqu'elle se fait jeter par Éric, le scénariste auquel elle s’est exclusivement consacrée pendant trois ans. Une fois le choc encaissé, assez des crises de larmes et d’auto-apitoiement ! La jeune femme décide de se vouer aux deux objectifs majeurs de tout largué qui se respecte : se venger et reprendre sa vie en main !

C'est le début d'une succession de catastrophes totalement loufoques et imprévues, que notre narratrice gaffeuse aura bien du mal à gérer...

 

Après avoir passé un mois en compagnie des amants maudits de Vérone, je n'avais plus qu'une envie : une lecture légère, qui m'éloignerait looooiiiiiinnnn de toute tragédie shakespearienne !

Quoi de mieux pour changer de ton que de découvrir Rupture, Tarot & Confiture ? Céline Holynski est une vidéaste dont j'apprécie grandement le travail. J'aime son humour décontracté, son sens de la vanne, sa mise en scène cocooning et souvent inspirée, le sentiment de proximité amicale qu'elle instaure avec sa communauté YouTube... Ses sketchs véhiculent une grande bienveillance, une absence de langue de bois, une volonté de transmettre des messages positifs sous couvert de ressort comique, de dédramatiser, également, les petits tracas du quotidien. Céline est de ces créatrices qui font du bien, qui sortent du lot, qui apportent un peu de légèreté et de fraîcheur sur une plateforme souvent standardisée.

Son roman est à l'image de celle renvoyée par l'actrice-humoriste sur sa chaîne : pétillant, sans prise de tête, bourré d'esprit et d'un talent inné pour la réplique décomplexée. Constamment, on retrouve le style Holynski, les tournures de phrases qu'elle aurait pu employer au détour d'une vidéo ; l'effet est saisissant et ses spectateurs assidus ne s'y tromperont guère : Rupture, Tarot & Confiture porte à 100% la patte de Céline.

De la même manière, le feel-good-book se révèle plus malin qu'il ne le semble au premier abord. S'il oeuvre dans la comédie, il dresse néanmoins le portrait réaliste d'un pervers narcissique ayant exploité sa cible de tout son soûl, véritable sangsue spécialisée dans la dévalorisation, l'usurpation de talent et la condescendance. L'artiste faussement torturé (et faussement inspiré aussi), qui va éclipser tous les autres après avoir ponctionné jusqu'à la moindre goutte tout ce qu'ils étaient susceptibles de lui apporter. Ce genre d'individus - communément appelé le/a connard/sse vampirique - est légion : j'en connais, vous en connaissez aussi sûrement, de près ou de loin. Dans l'art, que ce soit au cinéma ou par le prisme de la littérature, il est régulièrement un antagoniste de choix, du moins lorsque l'auteur(e) n'a pas la laborieuse idée d'en faire un héros et d'appuyer ainsi l'image romantique d'une personnalité toxique dans l'esprit des jeunes gens en fleurs - on en connaît aussi, coucou Christian Grey...

Ici, fort heureusement, ce n'est pas le cas : la romancière va aborder frontalement le personnage d'Éric et ne jamais diminuer l'impact nauséabond qu'il aura sur Camille, les souffrances infligées et le chemin houleux qu'il lui faudra emprunter pour se reconstruire. Alors, oui, évidement, c'est drôle : les tribulations mystiques et ésotériques de la jeune femme, ses innombrables bourdes, ses tendances à cumuler les poisses, à prendre les pires décisions possibles, de même que ses envies de vengeresse du dimanche sont légions au sein du livre et plus hilarantes les unes que les autres... Mais au-delà de sa dimension cocasse, Rupture, Tarot & Confiture parle aussi de l'évolution d'une femme - la reconquête de son estime personnelle, de son indépendance, de sa volonté à s'affirmer dans le monde du travail, d'être bienveillante pour elle et d'être elle-même tout simplement. Et, à nouveau, de tomber amoureuse parce qu'elle le voudra, qu'elle se sentira prête et aux côtés de la bonne personne. A noter que, contrairement au cliché tant redouté, Camille n'obtient pas cette révélation par le biais du prince charmant mignon et gentillet mais bel et bien par son cheminement intime. L'amour s'invite au fil des chapitres, toutefois, la romance ne vient jamais éclipser ni les thématiques féministes (le mot est lâché), ni le potentiel humoristique.

Si la première partie est plutôt convenue, la seconde prend une tournure radicalement différente, offrant plusieurs retournements de situations inattendus. C'est réellement dans son second acte que la trame prend son essor, astucieuse et croustillante à souhait ! Les péripéties professionnelles de Camille risquent fort de vous faire relativiser les embrouilles du lundi matin...

Un roman-doudou qui se déguste par temps de grisaille, une tartine de confiture à la main et un chocolat-marshmallow dans l'autre.

« Bref, on avait 23 ans, pas de boulot mais beaucoup de temps, d'idées, d'espoir et suffisamment d'arrogance pour croire que le monde n'attendait que nous et nos futurs chefs-d'œuvre. » 

~ p  10 / Camille

 

« Mais quel chacal ! Quel enfoiré ! Il sort avec sa comédienne ?! C'est d'un cliché ! Le type se prépare pour le festival de Cannes ou quoi ?! Quand il a besoin d'écrire un scénario, il se met en couple avec quelqu'un qui a des idées, au moment du tournage, il se tape la comédienne... Qui sait, peut-être qu'à la projection du film, il jettera son dévolu sur la vendeuse de pop-corn ! »

~p 107 / Camille

 

« Camille, ne joue pas les blasées. On dirait le Grincheux des sept nains...

- Ça me va ! De la bande, c'est selon moi le personnage le plus abouti. » 

~ p 120-121 / Maddy & Camille

  

« Sa femme le quitte et lui se met à voir des fées et des gnomes ?! Si c'est ça les symptômes d'une rupture, j'ai hâte de voir une licorne... » 

~ p 189 / Camille

  

« Quel chantage ! Je constate que les méthodes envers les revenants sont peu scrupuleuses. Offrez des bonbons à un enfant en échange d'un service, et vous verrez tous les partisans de l'éducation positive vous tomber dessus. » 

~ p 257 / Camille

 

« Consacrer son temps à satisfaire les gens ou à les détruire revient malgré tout à ne pas prendre ce temps pour comprendre ce dont on a besoin et ce que l'on veut. » 

~ p 308 / Camille

Rupture, Tarot & Confiture de Céline Holynski, paru aux Éditions Larousse, 352 pages, 14€95.

 

Article paru en version courte dans le Pays Briard le 03.03.2020

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