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Cin’express : Novembre 2019

ūüé• Cin‚Äôexpress : ūüé•

Novembre 2019

ūüé¨ La belle √©poque : 4,5/5

Comment évoquer un film inclassable ? Comment classer quelque chose qu'on peine seulement à évoquer ?

Très vite, La belle époque impose ce constat : le dernier long-métrage de Nicolas Bedos échappe aux règles, aux codes. Il propose du jamais vu, la preuve concrète que le 7ème art peut encore et toujours se ré-inventer.

Comme pour la plupart des ovnis apparus au hasard des écrans, le film suscite bon nombre d'émotions contradictoires au sein de son public. Il laisse perplexe, songeur, ému, amusé, colérique, enfiévré, tire les spectateurs hors de leur zone de confort. Il décontenance, par ses changements radicaux de ton ; passant de la comédie caustique à l'ironie douce-amère, se faufilant du drame intimiste à la violence du quotidien.

L√† encore, ce qui lie le tout, donne √† cet ensemble improbable toute sa gr√Ęce et sa r√©ussite, repose sur la plume de Bedos, son art cisel√© des dialogues, sa virtuosit√© du rythme.

Par ce film, il parle du couple, de notre rapport √† la technologie, de notre m√©lancolie face au pass√©, de notre place dans le pr√©sent. Des d√©cisions qui impactent une vie, de l'amour qui change un destin, au fil des p√©riodes. Il √©voque le temps pass√© et celui qui passera dans un long-m√©trage nimb√© de science-fiction, o√Ļ le futur √©voque des n√©vroses bien contemporaines. Bedos d√©poussi√®re les sempiternelles th√©matiques du cin√©ma fran√ßais, ringardise les drames bobos dont raffolent les C√©sars. Il a ce talent inn√© d'appuyer sur les petits travers douloureux, les traits hideux d'un temp√©rament, les contradictions humaines, et d'orienter sur les n√©vroses les plus secr√®tes la lumi√®re de ses projecteurs : devant sa cam√©ra, ceux-ci sont indiscutablement sublimes, percutants et vivants. Il se distingue aussi par son absence totale de manich√©isme, tant dans ses protagonistes que son message.

Sur la forme, le r√©alisateur-sc√©nariste-dialoguiste-compositeur (excusez du peu) emprunte tant au th√©√Ętre qu'au cin√©ma, avec ses d√©cors en carton p√Ęte, son √©clairage tape √† l‚ÄôŇďil - un monde fictif curieusement r√©el dont s'amuse beaucoup Victor, le personnage principal, avant de succomber √† son charme. L'illusion bien connue des planches se superpose √† la beaut√© des plans, √† l'ing√©niosit√© de la mise en sc√®ne. Le mordant de la verve s'allie √† la beaut√© des images, imposant d'embl√©e quelques sc√®nes cultes.

Bien s√Ľr, pour cette grande mascarade piquante orchestr√©e par Bedos, il fallait des artistes capables d'insuffler au texte toute sa grandeur et de donner le change lors des passages les plus exigeants : Daniel Auteuil est parfait en vieux dessinateur aigri rattrap√© petit √† petit par la fouge de sa jeunesse ; Guillaume Canet incarne avec maestria l'alter-ego de Bedos, personnage antipathique, attachant et ambigu, marionnettiste de cette soci√©t√© charg√©e de retranscrire les r√™ves de ses clients dans un cadre grandeur nature ; Doria Tillier n'aura jamais √©t√© aussi belle, inspirante et insaisissable que par le prisme de cette cam√©ra qui l'adule visiblement ; quant √† Fanny Ardant, elle retrouve enfin le souffle qui lui faisait si cruellement d√©faut lors de cette derni√®re d√©cennie. S'ajoutent √† ce quatuor impeccable des seconds r√īles tout aussi bien interpr√©t√©s, Pierre Arditi, Denis Podalyd√®s, Micha√ęl Cohen, Jeanne Ar√®nes, Bertrand Poncet...

N'ayons pas peur des mots jetés dans cette chronique, ni des maux relatés au sein de cette histoire : La belle époque est non seulement un beau film, un grand long-métrage mais surtout un indéniable chef-d'oeuvre. Nicolas Bedos n'a pas fini de nous émerveiller.

ūüé¨ J'accuse : 2,5/5

Avertissement : Le Chapelier Lettré ne cautionne en aucun cas les actes du réalisateur. Un film étant le travail d'une équipe et non d'une seule personne, la chronique ci-dessous s'emploiera à juger le long-métrage dans son ensemble et sans parti-pris.


Si l'Affaire Dreyfus est vaguement survolée lors de nos cours d'Histoire et de littérature, elle l'est encore davantage sur les écrans de cinéma. Le dernier long-métrage à s'être intéressé au cas qui ébranlera la France et l'opinion publique remonte en effet aux années 50... Toujours nappé d'une aura scandaleuse, Dreyfus, plus de cent ans après la conclusion de cette affaire ? Il semblerait bien que oui.

Pour ce simple fait, on ne pouvait que se réjouir de voir ce sombre pan de notre passé adapté par le prisme du 7ème Art : le talent de Polanski derrière la caméra, la faculté indéniable du cinéaste à réaliser des longs-métrages en costumes et le casting cinq étoiles garantissaient un bon - si ce n'est un très grand - film.

Pourtant, J'accuse est une déception à plus d'un titre.

Son titre, d√©j√†. Le sc√©nario est adapt√© par Robert Harris de son roman D. (An Officer and a Spy en version originale). Dans les deux cas, des titres autrement plus subtiles que J'accuse. Un choix d'autant plus douteux que Zola n'appara√ģt m√™me pas dix minutes sur l'ensemble du long-m√©trage et que la sc√®ne exploitant le scandale du journal L‚ÄôAurore est vite balay√©e.

Ce qui amène au second problème majeur du film : son scénario. Il n'est pas tant question ici de Dreyfus que de Picquart. Certes, Dreyfus est à l'origine du scandale mais la trame lui laisse peu de place pour exister en dehors du regard des autres. Tout en retenue, Louis Garrel est pourtant prodigieux, comme un témoigne la scène d'ouverture, celle de l'humiliation publique de l'officier, déchu de ses titres lors d'une cérémonie militaire effroyable.

Le film s'attache plus √† l'ambigu Picquart, antis√©mite et hautain, qui se retrouve √† mettre bien malgr√© lui en cause la l√©gitimit√© d'une telle sentence et ses pr√©jug√©s. La trame suit l'√©volution du personnage et son enqu√™te, sa volont√© de r√©tablir la v√©rit√© alors que l'arm√©e et la justice font front contre lui, que le gouvernement rechigne √† s'impliquer dans le scandale... Le choix n'est pas mauvais en soi, il a d'ailleurs le m√©rite de mettre parfaitement en exergue les d√©rives √©thiques de l'√©poque - dont certaines encore d'actualit√©s aujourd'hui, de quoi √©pingler les travers contemporains qui s√©vissent en France. Il n'emp√™che que Dreyfus reste un personnage secondaire, que l'affaire est davantage mise en avant que sa principale victime. Picquart est au cŇďur de l'intrigue, narr√©e int√©gralement de son point de vue et √©clipse de fait des pans entiers de ce drame social et politique. J'accuse se vendait comme un film sur l'affaire Dreyfus, l'affiche criait la confrontation entre Picquart et ce dernier, pourtant seul le parcours du h√©ros incarn√© par Dujardin est r√©ellement mis en lumi√®re. On comprend l'int√©r√™t de mettre en avant ce lieutenant-colonel si m√©connu du grand public mais le fait de centrer tout le r√©cit sur lui diminue du m√™me coup la force de Dreyfus. J'accuse est ainsi davantage un film d'espionnage historique, un policier politique, qu'une biographie romanc√©e. Polanski et Harris nous d√©livrent une enqu√™te labyrinthique avec moments de bravoure et retournements √† la clef, sauf qu'ils passent √† c√īt√© de l'essentiel.

Du même coup, le scénario est particulièrement confus et alambiqué pour ceux qui ne connaissent pas (ou peu) cette machinerie de la Troisième République. Ajoutons à cela de nombreuses longueurs, une certaine froideur dans la mise en scène, et le public néophyte peut aisément décrocher.

Ce qui constitue, enfin, le point fort de cette adaptation repose sur sa distribution : Jean Dujardin est √† la hauteur de sa r√©putation et donne toute sa prestance √† Picquart ; Garrel, comme dit pr√©c√©demment, est magistral ; Gr√©gory Gadebois incarne le commandant Hubert Henry avec tout le trouble requis pour un tel protagoniste ; Melvil Poupaud campe le flamboyant avocat Fernand Labori (un acteur majeur de l'affaire h√©las trop sous-exploit√© ici) ; Vincent Perez fait une apparition remarqu√©e en Louis Leblois, ami de jeunesse de Picquart... Face √† ce casting tr√®s impliqu√© et parfaitement √† l'aise, Emmanuelle Seigner semble en revanche totalement absente, d√©sincarn√©e. Elle ne parvient jamais √† donner corps √† cette femme suppos√©ment forte et fait p√Ęle figure face √† Dujardin, √ītant √† leur couple toute cr√©dibilit√©.

La réalisation est toujours aussi soignée quoique légèrement trop académique, la reconstitution historique semble des plus minutieuses, l'ambiance véhiculée retranscrit parfaitement les tensions de l'époque, les acteurs principaux délivrent des prestations mémorables et pourtant... J'accuse ne parvient jamais à la hauteur de ses ambitions. Une déception qu'on regrette sincèrement.

ūüé¨ Matthias & Maxime : 4/5

Après une excursion américaine mouvementée (Ma vie avec John F. Donovan), Xavier Dolan retourne à ses premiers amours : la chronique de vie douce-amère, l'orientation sexuelle, l'acceptation de soi, les rapports familiaux complexes, les amitiés bruyantes et... l'amour justement. Celui qui se teinte de pulsions inavouables, qui consume les deux protagonistes, qui les déchire et les rassemble.

Certes, le scénario est assez traditionnel et sonne comme un retour aux sources pour le jeune cinéaste ; la mise en scène inspirée de Dolan, la bande-son éclectique et les comédiens habités hissent toutefois largement le film au-dessus des productions romantiques actuelles. Elle se distingue d'ailleurs par une certaine sobriété, une pureté ingénieuse. L'intrigue est intimiste, tourne autour d'une bande d'amis et leur cercle familial, s'étend sur une période très courte - celle qui précède le vol prochain de Maxime pour l'Australie et le malaise de Matthias face au trouble suscité par ce départ, par un baiser inattendu, devant témoins, un soir de vent.

Dolan est divin devant et derrière la caméra ; loin du narcissisme qui lui a été si souvent reproché, il sublime au contraire l'ensemble de son casting. Il iconise, non sans pudeur, un Gabriel D'Almeida Freitas sauvage et sensuel, tourmenté par ses émois et captif de son environnement consensuel, étouffant.

L'acteur-r√©alisateur n'a pas son pareil pour filmer le d√©sir, la valse des corps et des sentiments, cette lente d√©couverte de l'autre. Des √©lans souvent √† l'√©troit dans le quotidien. Les √©tiquettes n'ont pas leur place dans Matthias & Maxime, aucun protagoniste ne rentre dans des cases : ils existent au del√† de leur orientation sexuelle, √† travers leurs sentiments, leur sensualit√© √† fleur de peau, leur cheminement int√©rieur. Les personnages secondaires cassent aussi all√®grement les codes, notamment Harris Dickinson en ambigu playboy, Samuel Gauthier en grande gueule brute de d√©coffrage au cŇďur tendre ou Pier-Luc Funk en musicien exub√©rant perspicace, le premier √† capter les regards, la tension, la beaut√©, en opposition permanente avec une sŇďur tr√®s tr√®s intrusive (hilarante Camille Felton).

Comme toujours, la figure maternelle n'est pas en reste et prend cette fois-ci les traits de la maladie d√©vorante (Anne Dorval), de la tendresse (Micheline Bernard) ou de l'indiff√©rence (Anne-Marie Cadieux). Les r√īles f√©minins, m√™me les plus secondaires, sont tous tr√®s soign√©s et diversifi√©s, qu'il s'agisse de la compagne, de la tante ou de l'amie.

C'est sans nul doute son film le plus intimiste depuis J'ai tué ma mère, le plus optimiste aussi. Le long-métrage s'avère curieusement feel-good, porteur d’une rare revendication : le droit au happy-end. Les histoires d'amour existent encore. Et elles ne finissent pas toujours mal, contrairement au vieil adage. La preuve : nous, nous sommes tombés éperdument amoureux de Matthias et Maxime.

ūüé¨ No√ęlle : 3/5 (exclusivit√© Disney +)

A quelques semaines du 24 d√©cembre, nous voil√† d√©j√† au cŇďur de cette p√©riode festive, noy√©s sous les opportunit√©s bassement mercantiles... Le cin√©ma et le petit √©cran ne s'y sont pas tromp√©s puisque c'est √©galement √† cette √©poque que d√©barquent les fameux "films de No√ęl". CQFD : des longs-m√©trages d√©goulinant de bien-pensance, d'amour et de guimauve sur fond de Merry Christmas, sens√©s vous rappeler √† quel point c'est cool de d√©penser l'int√©gralit√© de votre salaire pour une pauvre dinde shoot√©e aux hormones et les cadeaux des mioches sous le sapin.

Entendons-nous bien : c'est aussi le cas de No√ęlle, l'une des premi√®res productions du service de streaming Disney +. Mais le film se d√©tache des produits types de cette saison hivernale pour proposer quelque chose de gentiment innovant. Sur de nombreux points, le long-m√©trage se distingue de ses concurrents : une absence totale de romance, une touche de f√©minisme, de l'humour, de la f√©erie, un ton vaguement auto-parodique, une petite pique bien sentie adress√©e aux nouvelles technologies... Bref, beaucoup de bonheur et un gros potentiel doudou dans ce cadeau inattendu sign√© Marc Lawrence, r√©alisateur du sympathique Come-Back !

Ainsi, No√ęlle √©voque une sorte de penchant P√īle Nord √† Il √©tait une fois ; l'h√©ro√Įne √©ponyme n'est d'ailleurs pas sans rappeler Giselle, la princesse de contes contrainte de vivre dans notre monde, √† notre √©poque, avec les pr√©occupations et les prises de conscience que cela implique. No√ęlle est d'ailleurs une excellente h√©ro√Įne, elle est g√©n√©reuse, d√©termin√©e, courageuse, curieuse et surtout, elle parvient √† renvoyer une image candide mais d√©pourvue de niaiserie, une prouesse qui doit beaucoup √† la performance de son interpr√®te.

Car oui, l'atout du film, c'est aussi son casting haut en couleurs : la pétillante Anna Kendrick (Pitch Perfect, L'ombre d'Emily, Mr. Right), l'adorablement paumé Bill Hader (Barry, The Skeleton Twins, Ça - Chapitre 2) et surtout Shirley MacLaine, hilarante en Elfe ronchonne et cynique...

Alors oui, c'est terriblement kitsch mais ses visuels aux effets sp√©ciaux douteux rajoutent (presque) une petite touche suppl√©mentaire √† No√ęlle. Comme si tout cela √©tait pleinement revendiqu√©.

C'est charmant, parfaitement inoffensif, mignon au sens le plus noble du terme. Joyeux No√ęlle !

ūüé¨ La Belle & le Clochard : 3,5/5 (exclusivit√© Disney +)

Bien que les adaptations live des classiques Disney soient loin de faire l'unanimité, leur rentabilité pousse le studio aux grandes oreilles à multiplier les projets de ce type. Et peu importe si, pour quelques bons films (Christopher Robin & Winnie), le processus vire souvent à l'insulte pure et simple (Maléfique, Cendrillon)...

En la matière, 2019 remporte la palme haut la main. Dans la foule des remakes sortis cette année, entre Le Roi Lion, Dumbo et Aladdin, peu d'entre nous auraient parié sur La Belle et le Clochard.

Pourtant, cette version ne démérite pas. Bien au contraire. S'il reste un classique, le dessin-animé ne jouit pas du même statut culte, quasi-intouchable, d'autres productions phares. Le dessin animé était en effet perfectible sur quelques points majeurs et curieusement daté - même si le tout véhicule, encoure aujourd'hui, un charme désuet certain.

Le sc√©nariste Andrew Bujalski s'est donc attel√© √† corriger les d√©fauts du long-m√©trage de 1955 : des femmes plut√īt fragiles et passives, un racisme √† peine voil√© √† l'√©gard de la communaut√© asiatique, un manque flagrant de diversit√©... Voil√† qui n'avait gu√®re sa place √† notre √©poque - et tant mieux !

Dans cette version, l'intrigue a été transposée de la Nouvelle-Angleterre à la Géorgie mais l'époque est restée identique, tout comme le déroulement global de l'intrigue.

Il y a donc une grande part de nostalgie v√©hicul√©e par le long-m√©trage, et ce d√®s les premi√®res secondes, lorsque le morceau Que la paix soit √©ternelle r√©sonne au diapason avec les images d'un No√ęl idyllique, celui o√Ļ Jim Ch√©ri offre √† Darling un jeune cocker : Lady.

La suite, vous la connaissez... Lady rencontre le Clochard, et c'est le début d'une grande histoire d'amour du point de vue des quatre pattes. A ce sujet, on peut d'ailleurs regretter que l'ensemble du long-métrage ne soit pas à hauteur de chien, comme ce fut le cas pour le dessin-animé mais le film de Charlie Bean possède bien d'autres atouts : le travail de Colleen Atwood, la costumière attitrée de Tim Burton et Rob Marshall ; la bande-son qui reprend à la fois les musiques originales en les modernisant et en apportant quelques nuances bienvenues ; la beauté de la ville de Savannah et ses environs, avec son architecture, ses bateaux à vapeur, ses squares ; son casting, enfin, impeccable.

Kiersey Clemons campe une merveilleuse Darling, fi√®re et d√©cid√©e, en contraste avec Jim Ch√©ri, auquel Thomas Mann ajoute une certaine candeur, tout en conservant la gentillesse inh√©rente au personnage. Le couple est tr√®s attachant et il est toujours appr√©ciable de voir un couple mixte sur les √©crans. Le jeune homme est ici musicien et Mann lui ajoute un c√īt√© lunaire et sensible tr√®s sympathique. Face aux ma√ģtres de Lady, l'in√©narrable Tante Sarah est incarn√©e par l'humoriste Yvette Nicole Brown, laquelle s'en donne visiblement √† cŇďur joie. Enfin, la pr√©sence de v√©ritables chiens au casting ajoute un charme canin des plus r√©jouissants, loin des hideuses images de synth√®ses tant redout√©es... Du c√īt√© du doublage fran√ßais, on notera la pr√©sence d'Aur√©lie Konat√© en Lady mais surtout, pour donner son timbre au Clochard, Boris Rehlinger. Ce dernier est la voix de Colin Farrell, Jason Statham, Benicio del Toro, Joaquin Phoenix ou encore du charmant Chat Pott√©, et donne √† l'aventurier cabotin toute sa superbe, √† la fois gouailleur et attachant, s√©ducteur et touchant. Il rend ainsi le h√©ros vagabond encore plus attachant.

Comme dit précédemment, cette vision 2019 est également prétexte à corriger quelques défauts.

La douteuse Chanson des Siamois s'est m√©tamorphos√©e en Quel dommage, sous la houlette de Janelle Mon√°e, offrant un morceau certes moins inqui√©tant, plus jazzy, plus entra√ģnant et sans nul doute moins probl√©matique.

Lady est beaucoup moins passive, elle aide activement le Clochard, est de m√®che avec lui et offre une jolie √©volution de la chienne de salon guind√©e √† celle de v√©ritable h√©ro√Įne d√©termin√©e √† prot√©ger ceux qu'elle aime ; contrairement au premier film, on √©chappe √† l'habituel clich√© du malentendu car Clochard, comme Lady, agissent intelligemment.

Le scénario explore très bien les enjeux d'une famille soudée, l'arrivée d'un nouveau membre au sein de cette dernière et les difficultés d'acclimatation qui en découlent, et aborde même frontalement l'abandon des animaux - le passé du Clochard gagne ainsi en profondeur et la scène de la fourrière est toujours aussi tragique.

Certes, le film pèche parfois par son manque de moyens (les effets spéciaux sont d'une qualité aléatoire) mais le tout reste prenant, l'implication de l'équipe reste palpable sur l'ensemble du long-métrage.

La Belle et le Clochard est une très bonne adaptation du dessin-animé de 1955 : elle parvient non seulement à restituer l'esprit original avec son ambiance surannée, son charme rétro, sa BO inoubliable et sa jolie histoire idyllique mais également à améliorer le tout. Un joli moment d'émotion et de nostalgie, touchant et résolument craquant.

ūüé¨ Joyeuse Retraite ! : 1,5/5

La dernière comédie française en date, c'est elle : Joyeuse retraite !, portée par le tandem Thierry Lhermitte/Michèle Laroque et réalisée par Fabrice Bracq.

Sur le papier, le duo culte, l'apparition d'humoristes en plein essor (Nicole Ferroni, Gérémy Crédeville) et le ton vaguement mordant garantissaient, à défaut d'un grand film, un bon moment.

Au final, les p√©rip√©ties de ce couple sexag√©naire bien d√©cid√© √† d√©m√©nager au Portugal loin des ennuis et de la grisaille se r√©v√®lent bien fades. Les acteurs ont beau √™tre irr√©prochables et s'investir dans leur r√īle du mieux possible, leurs personnages ne brillent ni par leur sympathie, ni par leur caract√®re. La faute a une √©criture qui multiplie les poncifs et s‚Äôessouffle bien vite, d√®s sa premi√®re demi-heure. La trame est tellement b√Ęcl√©e qu'elle ne se donne m√™me pas la peine de r√©soudre toutes ses sous-intrigues, notamment l'homosexualit√© cach√©e d'un protagoniste secondaire ; une ficelle grossi√®re qui au final n'aboutie √† rien, hormis garantir LA blague LGBT... Le meilleur running-gag du long-m√©trage, c'est le chien - ce qui en dit long et tient plus de la bonne bouille du canid√© qu'aux vannes qui lui sont li√©s.

Cette énième production centrée sur le milieu bobo, pas caustique ou subversive pour deux sous, dont l'intégralité des blagues sympathiques se retrouvent dans la bande-annonce, sent légèrement la naphtaline. Evidemment, la conclusion dégouline de bons sentiments et de prévisibilité - il ne faudrait surtout pas remettre en question la bien-pensance à la française.

Une comédie poussive et fainéante qu'on placerait bien en maison de retraite...

Mirage : 4/5 (exclusivité Netflix)

C'est un fait : Netflix est souvent l'occasion pour nous autres, spectateurs, de découvrir de petits bijoux dédaignés par les distributeurs francophones. Durante la tormenta est de ceux-là.

Ce film espagnol, largement ovationn√© dans son pays natal, a connu un grand succ√®s en salles en 2018 et plusieurs candidatures aux Goyas avant d'appara√ģtre sur nos petits √©crans en 2019 sous le titre Mirage.

Ce long-métrage signé Oriol Paulo est un singulier mélange des genres et s'avère pourtant irréprochable : thriller, drame, fantastique, policier, romance... La trame passe de l'un à l'autre sans souffrir de cette variation, perpétuellement sur le fil mais impeccablement relatée. Le réalisateur-scénariste délivre ici une enquête implacable se déroulant sur deux temporalités différentes - les 90's et notre époque.

L'intrigue m√©nage de bons retournements de situation, une tension intacte ma√ģtris√©e de bout en bout et ne n√©glige jamais l'aspect psychologique de ses personnages. Il se distingue d'ailleurs par son choix singulier concernant son antagoniste. Ainsi, malgr√© sa dur√©e (2h08 au total), le long-m√©trage est d'une efficacit√© redoutable et ne p√Ętit d'aucune longueur.

Le r√©alisateur nous propose quelques tr√®s belles s√©ances ainsi qu'une image particuli√®rement l√©ch√©e, √† la photographie superbe. Il donne √©galement √† Adriana Ugarte un tr√®s beau r√īle principal : celui d'une femme forte, √©pouse malmen√©e et m√®re farouchement combattante, qu'elle incarne √† la perfection, habit√©e et sobre √† la fois. A ses c√īt√©s, on retrouve la star de La Casa de Papel (Javier Guti√©rrez) et surtout la r√©v√©lation d'El Angel (Chino Darin), tous deux excellents.

Dernier bon point de cette tempête espagnole : la musique de Fernando Velazquez, un habitué des partitions tendues, lugubres et grandioses à la fois, puisqu'on lui doit la bande-originale d'excellents films de genre tels que L'orphelinat, Le secret des Marrowbone, Crimson Peak, Quelques minutes après minuits et Mama. On notera également une chanson fort sympathique pour accompagner le générique, une ballade pop fort bien nommée : A través del tiempo.

C'est donc un sans-faute pour Mirage, auquel il manque peut-être un soupçon de prise de risques pour être réellement grandiose. Le tout reste néanmoins très bon : inutile de bouder son plaisir face à cette enquête surnaturelle hispanique rondement menée.

ūüé¨ La Reine des Neiges 2 : 3,5/5

Six ans après le succès phénoménal du premier opus, Elsa et Anna reviennent pour de nouvelles aventures. Si l'accueil est moins dithyrambique que pour le premier opus, la popularité de la Reine des Neiges n'a pas été démentie par son arrivée triomphale au box-office.

De fait, Disney ne d√©m√©rite pas avec cette suite. Elle est tout √† fait honorable et reprend pas √† pas les points positifs de son pr√©d√©cesseur : chanson phare √©pique, p√©rip√©ties √† foison, relation fusionnelle entre les sŇďurs, sidekick(s) tout(s) mignon(s) et bien s√Ľr... Des visuels absolument remarquables, d'une beaut√© √† couper le souffle.

C'√©tait d√©j√† la plus grande force du film d'animation de 2013 : son esth√©tique sublime, f√©erique et grandiose. Ici, le studio pousse encore plus loin le parti-pris et repousse ses limites pour offrir des sc√®nes encore plus grandioses. L'√©clat et l'harmonie avec lesquels Elsa use de ses pouvoirs sont tout simplement √©blouissants. La jeune reine s'en donne ici √† cŇďur joie et offre un tourbillon d'images spectaculaires, notamment sur la chanson titre Into the Unknown mais √©galement sur celle atteignant le point culminant de l'intrigue, Show Yourself.

Au niveau de la trame, celle-ci s'av√®re plut√īt satisfaisante : elle explore davantage le pass√© des souverains d'Arendelle ainsi que la mythologie de ces terres fantastiques √† travers une toute nouvelle contr√©e.

Le film √©voque √©galement, en filigrane, avec beaucoup de subtilit√©, la x√©nophobie et offre une critique plut√īt r√©jouissante du colonialisme. C'est d'ailleurs la v√©ritable force du long-m√©trage : il n'y a pas d'antagoniste, pas de v√©ritable m√©chant √† combattre. Ici, la menace est plus pernicieuse : elle repose sur les pr√©jug√©s et les erreurs du pass√©. Le message se teinte √©galement d'une jolie ode √† la nature, notamment par la manifestation des quatre √©l√©ments, tous superbement exploit√©s - un cheval des eaux, une salamandre de feu, les trolls de la Terre et enfin, l'air, entit√© malicieuse symbolis√©e par le vent qui tourbillonne constamment autour de nos h√©ros...

Cet √©pisode offre de v√©ritables moments de bravoure √† Elsa mais √©galement √† Anna - l√† o√Ļ l'on pouvait l√©gitimement craindre que cette derni√®re ne passe au second plan. Les personnages poursuivent leur √©volution petit √† petit, sans se trahir. Elsa reste r√©serv√©e et Anna impulsive mais chacune commence √† esquisser des changements au niveau de son temp√©rament : la premi√®re s'ouvre davantage, la seconde se montre plus responsable. Le d√©nouement va d'ailleurs grandement dans ce sens et offre aux deux sŇďurs la plus belle des conclusions. L'une comme l'autre finisse par acqu√©rir ce √† quoi elles ont toujours aspir√©.

Olaf conna√ģt, de son c√īt√©, un parcours assez sympathique et commence enfin √† sortir du st√©r√©otype aga√ßant de bonhomme de neige b√™ta. Il commence enfin √† √©voluer, √† montrer une curiosit√© l√©gitime pour autrui et le monde qui l'entoure. Comme un enfant, il est dans l'apprentissage.

Pour autant, le film souffre de quelques défauts majeurs.

Ainsi, tout comme le premier opus, il accuse une certaine in√©galit√© dans sa BO. On peut d'ailleurs facilement le mettre en parall√®le avec Frozen premier du nom : deux tr√®s bonnes chansons d'introduction (Frozen Heart / All is Found), deux titres cultes (Let it go / Into the Unknown), deux titres puissants au moment de la r√©v√©lation en apoth√©ose (la reprise de For the First Time in Forever / Show Yourself)... La musique de Christopher Beck et Robert Lopez est d'ailleurs toujours aussi envo√Ľtante. Ce qui n'emp√™che pas Olaf de nous ass√©ner une ritournelle parfaitement inutile (ENCORE !) ; Kristoff de pousser la chansonnette sur une m√©lodie parodique de boys band d√©pourvue de tout int√©r√™t ; et l'ensemble du casting de nous fredonner un chant d'une absolue fadeur qui n'a d'autre int√©r√™t que de souligner l'amour au sein de la petite bande...

Kristoff est d'ailleurs parfaitement inutile dans cette suite et a beaucoup de mal √† exister face √† Anna et Elsa. C'√©tait d√©j√† un probl√®me majeur du premier volet : le couple principal est mignon, gu√®re plus, et Anna pourrait tr√®s facilement exister sans Kristoff, l√† o√Ļ l'inverse ne serait pas possible. Le personnage est plut√īt fade et, en l'absence de Hans pour opposer le caract√®re noble du gar√ßon √† l'opportunisme du prince retors, le constat est d'autant plus violent. Ici, il dispara√ģt pendant une bonne partie de l'intrigue sans faire d√©faut une seule seconde √† cette derni√®re...

D'une fa√ßon g√©n√©rale, l'humour tombe plut√īt √† plat, tant du c√īt√© du gentil blondinet que de l'insupportable bonhomme de neige. L'aspect comique est relativement mal exploit√© dans un sc√©nario qui mise avant tout sur le souffle √©pique et la force des relations familiales. Ainsi, l'accent est bien entendu mis sur la force et la puissance d'Elsa mais les cr√©ateurs semblent avoir du mal √† s'accorder sur les limites de cette derni√®re, tant√īt surpuissante, d'essence quasi-divine, tant√īt rapidement affaiblie au bon vouloir de l'histoire. Ce syndrome du super-h√©ros n'est pas sans poser quelques incoh√©rences...

Enfin, apr√®s une heure plut√īt solide, la trame accuse un s√©rieux coup de mou en infligeant aux spectateurs un deus ex machina presque offensant o√Ļ tout se r√©sout par magie et ne conna√ģt pas la moindre cons√©quence. Happy end ultime si souvent reproch√© au studio √† la souris - reproche pas tout √† fait vain de surcro√ģt.

Sous un angle purement fran√ßais, la traduction des chansons se r√©v√®le plus qu'al√©atoire - notamment Dans un autre monde, transposition tr√®s maladroite et peu inspir√©e de Into the Unknown. Toutefois, les com√©diens de doublage demeurent tous excellents et convaincants ; Charlotte Hervieux, √† qui revient la t√Ęche difficile de succ√©der √† Ana√Įs Delva, est digne de tous les honneurs.

En d√©finitive, cette suite, si elle ne b√©n√©ficie pas de l'effet de surprise du premier opus, s'av√®re sympathique, plut√īt divertissante et √©poustouflante visuellement.

La magie reste intacte et l'amour que le jeune public porte √† Elsa n'est donc pas pr√®s de s'√©teindre... Tant mieux apr√®s tout : la demoiselle immacul√©e offre une excellente h√©ro√Įne contemporaine √† tous les enfants avides de libert√©, pr√™ts √† revendiquer fi√®rement leurs diff√©rences et √† transformer celles-ci en forces.

A couteaux tirés : 3,5/5

Avant de diviser les fans avec l‚Äô√©pisode 8 de la saga Star Wars, Rian Johnson avait d√©but√© sa carri√®re sous des augures plus sereins : le thriller SF ambitieux Looper, le d√©complex√© Une arnaque presque parfaite et, surtout, son premier long-m√©trage populaire √† savoir Brick, film noir par excellence dont la singularit√© tenait au cadre ‚Äď l‚Äôenqu√™teur t√©n√©breux, la femme fatale, les suspects particuli√®rement louches avaient la particularit√© d‚Äô√™tre des lyc√©ens.

A couteaux tir√©s √©tait, √† priori, la symbiose parfaite de ces trois projets : l‚Äôambition, le ton r√©solument fun et l‚Äôutilisation revendiqu√©e de codes bien d√©finis pour mieux les d√©tourner. L‚Äôinspiration principale de Johnson ? Agatha Christie. En effet, sa production quatre √©toiles se pose clairement en hommage d√©tonnant √† la romanci√®re et son h√©ros culte, Hercule Poirot. De fait, elle est une v√©ritable mine d‚Äôor pour les inconditionnels du genre et son d√©tective priv√© Benoit Blanc partage quelques traits de caract√®re plut√īt jouissifs avec son illustre mod√®le moustachu : le patronyme francophone, le temp√©rament altruiste, l‚Äôattitude pos√©e, la courtoisie, le modus operandi dans son analyse des suspects et m√™me l‚Äôimage rassurante qui lui permet de berner son entourage, lequel a la f√Ęcheuse tendance √† ne pas le prendre au s√©rieux‚Ķ Dans le r√īle-titre (cela ne surprendra personne !), Daniel Craig est tout simplement excellent, cabotin et excentrique juste ce qu‚Äôil faut, attachant et un poil burlesque.

Pour le reste, on retrouve tout ce qui fait le charme d‚Äôun whodunit : l‚Äôimmense b√Ętisse gothique, la campagne cern√©e de brumes, les protagonistes excentriques, le meurtre √† la r√©solution tortueuse, le coupable d√©voil√© en toute derni√®re partie.

Malheureusement, le film n’est ni assez piquant, ni assez surprenant pour s’affranchir tout à fait du carcan poussiéreux du policier classieux mais classique. En découle beaucoup de longueurs (surtout dans la première partie) et une enquête trop sage pour convaincre tout à fait. Quel dommage que Johnson n’ait pas poussé son délire encore plus loin, campé sur ses positions de sale gosse irrévérencieux, joué davantage avec les stéréotypes et les archétypes chers à la Reine du Crime… Certes on jubile beaucoup : la mise en scène est inspirée, les décors évoquent un Cluedo grandeur nature, les dialogues sont hilarants, le portrait de cette famille parasitée par l’arrivisme s’avère mordant à souhait et le casting brille par son talent, surplombé par un Daniel Craig faussement débonnaire et un Chris Evans à contre-emploi. Toutefois, l'ensemble est rarement à la hauteur de son remarquable marketing.

Résultat : un bon film, un divertissement de haut vol mais guère plus.

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