Cin’express : Novembre 2019

13/12/2019

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Novembre 2019

1/7

🎬  La belle Ă©poque : 4,5/5

Comment évoquer un film inclassable ? Comment classer quelque chose qu'on peine seulement à évoquer ?

TrÚs vite, La belle époque impose ce constat : le dernier long-métrage de Nicolas Bedos échappe aux rÚgles, aux codes. Il propose du jamais vu, la preuve concrÚte que le 7Úme art peut encore et toujours se ré-inventer.

Comme pour la plupart des ovnis apparus au hasard des écrans, le film suscite bon nombre d'émotions contradictoires au sein de son public. Il laisse perplexe, songeur, ému, amusé, colérique, enfiévré, tire les spectateurs hors de leur zone de confort. Il décontenance, par ses changements radicaux de ton ; passant de la comédie caustique à l'ironie douce-amÚre, se faufilant du drame intimiste à la violence du quotidien.

Là encore, ce qui lie le tout, donne à cet ensemble improbable toute sa grùce et sa réussite, repose sur la plume de Bedos, son art ciselé des dialogues, sa virtuosité du rythme.

Par ce film, il parle du couple, de notre rapport Ă  la technologie, de notre mĂ©lancolie face au passĂ©, de notre place dans le prĂ©sent. Des dĂ©cisions qui impactent une vie, de l'amour qui change un destin, au fil des pĂ©riodes. Il Ă©voque le temps passĂ© et celui qui passera dans un long-mĂ©trage nimbĂ© de science-fiction, oĂč le futur Ă©voque des nĂ©vroses bien contemporaines. Bedos dĂ©poussiĂšre les sempiternelles thĂ©matiques du cinĂ©ma français, ringardise les drames bobos dont raffolent les CĂ©sars. Il a ce talent innĂ© d'appuyer sur les petits travers douloureux, les traits hideux d'un tempĂ©rament, les contradictions humaines, et d'orienter sur les nĂ©vroses les plus secrĂštes la lumiĂšre de ses projecteurs : devant sa camĂ©ra, ceux-ci sont indiscutablement sublimes, percutants et vivants. Il se distingue aussi par son absence totale de manichĂ©isme, tant dans ses protagonistes que son message.

Sur la forme, le rĂ©alisateur-scĂ©nariste-dialoguiste-compositeur (excusez du peu) emprunte tant au thĂ©Ăątre qu'au cinĂ©ma, avec ses dĂ©cors en carton pĂąte, son Ă©clairage tape Ă  l’Ɠil - un monde fictif curieusement rĂ©el dont s'amuse beaucoup Victor, le personnage principal, avant de succomber Ă  son charme. L'illusion bien connue des planches se superpose Ă  la beautĂ© des plans, Ă  l'ingĂ©niositĂ© de la mise en scĂšne. Le mordant de la verve s'allie Ă  la beautĂ© des images, imposant d'emblĂ©e quelques scĂšnes cultes.

Bien sĂ»r, pour cette grande mascarade piquante orchestrĂ©e par Bedos, il fallait des artistes capables d'insuffler au texte toute sa grandeur et de donner le change lors des passages les plus exigeants : Daniel Auteuil est parfait en vieux dessinateur aigri rattrapĂ© petit Ă  petit par la fouge de sa jeunesse ; Guillaume Canet incarne avec maestria l'alter-ego de Bedos, personnage antipathique, attachant et ambigu, marionnettiste de cette sociĂ©tĂ© chargĂ©e de retranscrire les rĂȘves de ses clients dans un cadre grandeur nature ; Doria Tillier n'aura jamais Ă©tĂ© aussi belle, inspirante et insaisissable que par le prisme de cette camĂ©ra qui l'adule visiblement ; quant Ă  Fanny Ardant, elle retrouve enfin le souffle qui lui faisait si cruellement dĂ©faut lors de cette derniĂšre dĂ©cennie. S'ajoutent Ă  ce quatuor impeccable des seconds rĂŽles tout aussi bien interprĂ©tĂ©s, Pierre Arditi, Denis PodalydĂšs, MichaĂ«l Cohen, Jeanne ArĂšnes, Bertrand Poncet...

N'ayons pas peur des mots jetés dans cette chronique, ni des maux relatés au sein de cette histoire : La belle époque est non seulement un beau film, un grand long-métrage mais surtout un indéniable chef-d'oeuvre. Nicolas Bedos n'a pas fini de nous émerveiller.

🎬 J'accuse : 2,5/5

Avertissement : Le Chapelier Lettré ne cautionne en aucun cas les actes du réalisateur. Un film étant le travail d'une équipe et non d'une seule personne, la chronique ci-dessous s'emploiera à juger le long-métrage dans son ensemble et sans parti-pris.

 

Si l'Affaire Dreyfus est vaguement survolĂ©e lors de nos cours d'Histoire et de littĂ©rature, elle l'est encore davantage sur les Ă©crans de cinĂ©ma. Le dernier long-mĂ©trage Ă  s'ĂȘtre intĂ©ressĂ© au cas qui Ă©branlera la France et l'opinion publique remonte en effet aux annĂ©es 50... Toujours nappĂ© d'une aura scandaleuse, Dreyfus, plus de cent ans aprĂšs la conclusion de cette affaire ? Il semblerait bien que oui.

Pour ce simple fait, on ne pouvait que se réjouir de voir ce sombre pan de notre passé adapté par le prisme du 7Úme Art : le talent de Polanski derriÚre la caméra, la faculté indéniable du cinéaste à réaliser des longs-métrages en costumes et le casting cinq étoiles garantissaient un bon - si ce n'est un trÚs grand - film.

Pourtant, J'accuse est une déception à plus d'un titre.

Son titre, dĂ©jĂ . Le scĂ©nario est adapté par Robert Harris de son roman D. (An Officer and a Spy en version originale). Dans les deux cas, des titres autrement plus subtiles que J'accuse. Un choix d'autant plus douteux que Zola n'apparaĂźt mĂȘme pas dix minutes sur l'ensemble du long-mĂ©trage et que la scĂšne exploitant le scandale du journal L’Aurore est vite balayĂ©e.

Ce qui amÚne au second problÚme majeur du film : son scénario. Il n'est pas tant question ici de Dreyfus que de Picquart. Certes, Dreyfus est à l'origine du scandale mais la trame lui laisse peu de place pour exister en dehors du regard des autres. Tout en retenue, Louis Garrel est pourtant prodigieux, comme un témoigne la scÚne d'ouverture, celle de l'humiliation publique de l'officier, déchu de ses titres lors d'une cérémonie militaire effroyable.

Le film s'attache plus Ă  l'ambigu Picquart, antisĂ©mite et hautain, qui se retrouve Ă  mettre bien malgrĂ© lui en cause la lĂ©gitimitĂ© d'une telle sentence et ses prĂ©jugĂ©s. La trame suit l'Ă©volution du personnage et son enquĂȘte, sa volontĂ© de rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© alors que l'armĂ©e et la justice font front contre lui, que le gouvernement rechigne à s'impliquer dans le scandale... Le choix n'est pas mauvais en soi, il a d'ailleurs le mĂ©rite de mettre parfaitement en exergue les dĂ©rives Ă©thiques de l'Ă©poque - dont certaines encore d'actualitĂ©s aujourd'hui, de quoi Ă©pingler les travers contemporains qui sĂ©vissent en France. Il n'empĂȘche que Dreyfus reste un personnage secondaire, que l'affaire est davantage mise en avant que sa principale victime. Picquart est au cƓur de l'intrigue, narrĂ©e intĂ©gralement de son point de vue et Ă©clipse de fait des pans entiers de ce drame social et politique. J'accuse se vendait comme un film sur l'affaire Dreyfus, l'affiche criait la confrontation entre Picquart et ce dernier, pourtant seul le parcours du hĂ©ros incarnĂ© par Dujardin est rĂ©ellement mis en lumiĂšre. On comprend l'intĂ©rĂȘt de mettre en avant ce lieutenant-colonel si mĂ©connu du grand public mais le fait de centrer tout le rĂ©cit sur lui diminue du mĂȘme coup la force de Dreyfus. J'accuse est ainsi davantage un film d'espionnage historique, un policier politique, qu'une biographie romancĂ©e. Polanski et Harris nous dĂ©livrent une enquĂȘte labyrinthique avec moments de bravoure et retournements Ă  la clef, sauf qu'ils passent Ă  cĂŽtĂ© de l'essentiel.

Du mĂȘme coup, le scĂ©nario est particuliĂšrement confus et alambiquĂ© pour ceux qui ne connaissent pas (ou peu) cette machinerie de la TroisiĂšme RĂ©publique.  Ajoutons Ă  cela de nombreuses longueurs, une certaine froideur dans la mise en scĂšne, et le public nĂ©ophyte peut aisĂ©ment dĂ©crocher.

Ce qui constitue, enfin, le point fort de cette adaptation repose sur sa distribution : Jean Dujardin est à la hauteur de sa réputation et donne toute sa prestance à Picquart ; Garrel, comme dit précédemment, est magistral ; Grégory Gadebois incarne le commandant Hubert Henry avec tout le trouble requis pour un tel protagoniste ; Melvil Poupaud campe le flamboyant avocat Fernand Labori (un acteur majeur de l'affaire hélas trop sous-exploité ici) ; Vincent Perez fait une apparition remarquée en Louis Leblois, ami de jeunesse de Picquart... Face à ce casting trÚs impliqué et parfaitement à l'aise, Emmanuelle Seigner semble en revanche totalement absente, désincarnée. Elle ne parvient jamais à donner corps à cette femme supposément forte et fait pùle figure face à Dujardin, Îtant à leur couple toute crédibilité.

La réalisation est toujours aussi soignée quoique légÚrement trop académique, la reconstitution historique semble des plus minutieuses, l'ambiance véhiculée retranscrit parfaitement les tensions de l'époque, les acteurs principaux délivrent des prestations mémorables et pourtant... J'accuse ne parvient jamais à la hauteur de ses ambitions. Une déception qu'on regrette sincÚrement.

 🎬 Matthias & Maxime : 4/5 

AprÚs une excursion américaine mouvementée (Ma vie avec John F. Donovan), Xavier Dolan retourne à ses premiers amours : la chronique de vie douce-amÚre, l'orientation sexuelle, l'acceptation de soi, les rapports familiaux complexes, les amitiés bruyantes et... l'amour justement. Celui qui se teinte de pulsions inavouables, qui consume les deux protagonistes, qui les déchire et les rassemble.

Certes, le scénario est assez traditionnel et sonne comme un retour aux sources pour le jeune cinéaste ; la mise en scÚne inspirée de Dolan, la bande-son éclectique et les comédiens habités hissent toutefois largement le film au-dessus des productions romantiques actuelles. Elle se distingue d'ailleurs par une certaine sobriété, une pureté ingénieuse. L'intrigue est intimiste, tourne autour d'une bande d'amis et leur cercle familial, s'étend sur une période trÚs courte - celle qui précÚde le vol prochain de Maxime pour l'Australie et le malaise de Matthias face au trouble suscité par ce départ, par un baiser inattendu, devant témoins, un soir de vent.

Dolan est divin devant et derriÚre la caméra ; loin du narcissisme qui lui a été si souvent reproché, il sublime au contraire l'ensemble de son casting. Il iconise, non sans pudeur, un Gabriel D'Almeida Freitas sauvage et sensuel, tourmenté par ses émois et captif de son environnement consensuel, étouffant.

L'acteur-rĂ©alisateur n'a pas son pareil pour filmer le dĂ©sir, la valse des corps et des sentiments, cette lente dĂ©couverte de l'autre. Des Ă©lans souvent Ă  l'Ă©troit dans le quotidien. Les Ă©tiquettes n'ont pas leur place dans Matthias & Maxime, aucun protagoniste ne rentre dans des cases : ils existent au delĂ  de leur orientation sexuelle, Ă  travers leurs sentiments, leur sensualitĂ© Ă  fleur de peau, leur cheminement intĂ©rieur. Les personnages secondaires cassent aussi allĂšgrement les codes, notamment Harris Dickinson en ambigu playboy, Samuel Gauthier en grande gueule brute de dĂ©coffrage au cƓur tendre ou Pier-Luc Funk en musicien exubĂ©rant perspicace, le premier Ă  capter les regards, la tension, la beautĂ©, en opposition permanente avec une sƓur trĂšs trĂšs intrusive (hilarante Camille Felton).

Comme toujours, la figure maternelle n'est pas en reste et prend cette fois-ci les traits de la maladie dĂ©vorante (Anne Dorval), de la tendresse (Micheline Bernard) ou de l'indiffĂ©rence (Anne-Marie Cadieux).  Les rĂŽles fĂ©minins, mĂȘme les plus secondaires, sont tous trĂšs soignĂ©s et diversifiĂ©s, qu'il s'agisse de la compagne, de la tante ou de l'amie.

C'est sans nul doute son film le plus intimiste depuis J'ai tuĂ© ma mĂšre, le plus optimiste aussi. Le long-mĂ©trage s'avĂšre curieusement feel-good, porteur d’une rare revendication : le droit au happy-end. Les histoires d'amour existent encore. Et elles ne finissent pas toujours mal, contrairement au vieil adage. La preuve : nous, nous sommes tombĂ©s éperdument amoureux de Matthias et Maxime.

🎬  NoĂ«lle : 3/5 (exclusivitĂ© Disney +)

A quelques semaines du 24 dĂ©cembre, nous voilĂ  dĂ©jĂ  au cƓur de cette pĂ©riode festive, noyĂ©s sous les opportunitĂ©s bassement mercantiles... Le cinĂ©ma et le petit Ă©cran ne s'y sont pas trompĂ©s puisque c'est Ă©galement Ă  cette Ă©poque que dĂ©barquent les fameux "films de NoĂ«l". CQFD : des longs-mĂ©trages dĂ©goulinant de bien-pensance, d'amour et de guimauve sur fond de Merry Christmas, sensĂ©s vous rappeler Ă  quel point c'est cool de dĂ©penser l'intĂ©gralitĂ© de votre salaire pour une pauvre dinde shootĂ©e aux hormones et les cadeaux des mioches sous le sapin.

Entendons-nous bien : c'est aussi le cas de Noëlle, l'une des premiÚres productions du service de streaming Disney +. Mais le film se détache des produits types de cette saison hivernale pour proposer quelque chose de gentiment innovant. Sur de nombreux points, le long-métrage se distingue de ses concurrents : une absence totale de romance, une touche de féminisme, de l'humour, de la féerie, un ton vaguement auto-parodique, une petite pique bien sentie adressée aux nouvelles technologies... Bref, beaucoup de bonheur et un gros potentiel doudou dans ce cadeau inattendu signé Marc Lawrence, réalisateur du sympathique Come-Back  !

Ainsi, Noëlle évoque une sorte de penchant PÎle Nord à Il était une fois ; l'héroïne éponyme n'est d'ailleurs pas sans rappeler Giselle, la princesse de contes contrainte de vivre dans notre monde, à notre époque, avec les préoccupations et les prises de conscience que cela implique. Noëlle est d'ailleurs une excellente héroïne, elle est généreuse, déterminée, courageuse, curieuse et surtout, elle parvient à renvoyer une image candide mais dépourvue de niaiserie, une prouesse qui doit beaucoup à la performance de son interprÚte.

Car oui, l'atout du film, c'est aussi son casting haut en couleurs : la pĂ©tillante Anna Kendrick (Pitch Perfect, L'ombre d'Emily, Mr. Right), l'adorablement paumé Bill Hader (Barry, The Skeleton Twins, Ça - Chapitre 2) et surtout Shirley MacLaine, hilarante en Elfe ronchonne et  cynique...

Alors oui, c'est terriblement kitsch mais ses visuels aux effets spéciaux douteux rajoutent (presque) une petite touche supplémentaire à Noëlle. Comme si tout cela était pleinement revendiqué.

C'est charmant, parfaitement inoffensif, mignon au sens le plus noble du terme. Joyeux Noëlle !

🎬 La Belle & le Clochard : 3,5/5 (exclusivitĂ© Disney +)

Bien que les adaptations live des classiques Disney soient loin de faire l'unanimité, leur rentabilité pousse le studio aux grandes oreilles à multiplier les projets de ce type. Et peu importe si, pour quelques bons films (Christopher Robin & Winnie), le processus vire souvent à l'insulte pure et simple (Maléfique, Cendrillon)...

En la matiÚre, 2019 remporte la palme haut la main. Dans la foule des remakes sortis cette année, entre Le Roi Lion, Dumbo et Aladdin, peu d'entre nous auraient parié sur La Belle et le Clochard.

Pourtant, cette version ne dĂ©mĂ©rite pas. Bien au contraire. S'il reste un classique, le dessin-animĂ© ne jouit pas du mĂȘme statut culte, quasi-intouchable, d'autres productions phares. Le dessin animĂ© Ă©tait en effet perfectible sur quelques points majeurs et curieusement datĂ© - mĂȘme si le tout vĂ©hicule, encoure aujourd'hui, un charme dĂ©suet certain.

Le scénariste Andrew Bujalski s'est donc attelé à corriger les défauts du long-métrage de 1955 : des femmes plutÎt fragiles et passives, un racisme à peine voilé à l'égard de la communauté asiatique, un manque flagrant de diversité... Voilà qui n'avait guÚre sa place à notre époque - et tant mieux !

Dans cette version, l'intrigue a été transposée de la Nouvelle-Angleterre à la Géorgie mais l'époque est restée identique, tout comme le déroulement global de l'intrigue.

Il y a donc une grande part de nostalgie vĂ©hiculĂ©e par le long-mĂ©trage, et ce dĂšs les premiĂšres secondes, lorsque le morceau Que la paix soit Ă©ternelle rĂ©sonne au diapason avec les images d'un NoĂ«l idyllique, celui oĂč Jim ChĂ©ri offre Ă  Darling un jeune cocker : Lady.

La suite, vous la connaissez... Lady rencontre le Clochard, et c'est le début d'une grande histoire d'amour du point de vue des quatre pattes. A ce sujet, on peut d'ailleurs regretter que l'ensemble du long-métrage ne soit pas à hauteur de chien, comme ce fut le cas pour le dessin-animé mais le film de Charlie Bean possÚde bien d'autres atouts : le travail de Colleen Atwood, la costumiÚre attitrée de Tim Burton et Rob Marshall ; la bande-son qui reprend à la fois les musiques originales en les modernisant et en apportant quelques nuances bienvenues ; la beauté de la ville de Savannah et ses environs, avec son architecture, ses bateaux à vapeur, ses squares ; son casting, enfin, impeccable.

Kiersey Clemons campe une merveilleuse Darling, fiĂšre et dĂ©cidĂ©e, en contraste avec Jim ChĂ©ri, auquel Thomas Mann ajoute une certaine candeur, tout en conservant la gentillesse inhĂ©rente au personnage. Le couple est trĂšs attachant et il est toujours apprĂ©ciable de voir un couple mixte sur les Ă©crans. Le jeune homme est ici musicien et Mann lui ajoute un cĂŽtĂ© lunaire et sensible trĂšs sympathique. Face aux maĂźtres de Lady, l'inĂ©narrable Tante Sarah est incarnĂ©e par l'humoriste Yvette Nicole Brown, laquelle s'en donne visiblement Ă  cƓur joie. Enfin, la prĂ©sence de vĂ©ritables chiens au casting ajoute un charme canin des plus rĂ©jouissants, loin des hideuses images de synthĂšses tant redoutĂ©es... Du cĂŽtĂ© du doublage français, on notera la prĂ©sence d'AurĂ©lie KonatĂ© en Lady mais surtout, pour donner son timbre au Clochard, Boris Rehlinger. Ce dernier est la voix de Colin Farrell, Jason Statham, Benicio del Toro, Joaquin Phoenix ou encore du charmant Chat PottĂ©, et donne Ă  l'aventurier cabotin toute sa superbe, Ă  la fois gouailleur et attachant, sĂ©ducteur et touchant. Il rend ainsi le hĂ©ros vagabond encore plus attachant.

Comme dit précédemment, cette vision 2019 est également prétexte à corriger quelques défauts.

La douteuse Chanson des Siamois s'est métamorphosée en Quel dommage, sous la houlette de Janelle Monåe, offrant un morceau certes moins inquiétant, plus jazzy, plus entraßnant et sans nul doute moins problématique.

Lady est beaucoup moins passive, elle aide activement le Clochard, est de mÚche avec lui et offre une jolie évolution de la chienne de salon guindée à celle de véritable héroïne déterminée à protéger ceux qu'elle aime ; contrairement au premier film, on échappe à l'habituel cliché du malentendu car Clochard, comme Lady, agissent intelligemment.

Le scĂ©nario explore trĂšs bien les enjeux d'une famille soudĂ©e, l'arrivĂ©e d'un nouveau membre au sein de cette derniĂšre et les difficultĂ©s d'acclimatation qui en dĂ©coulent, et aborde mĂȘme frontalement l'abandon des animaux - le passĂ© du Clochard gagne ainsi en profondeur et la scĂšne de la fourriĂšre est toujours aussi tragique.

Certes, le film pÚche parfois par son manque de moyens (les effets spéciaux sont d'une qualité aléatoire) mais le tout reste prenant, l'implication de l'équipe reste palpable sur l'ensemble du long-métrage.

La Belle et le Clochard est une trÚs bonne adaptation du dessin-animé de 1955 : elle parvient non seulement à restituer l'esprit original avec son ambiance surannée, son charme rétro, sa BO inoubliable et sa jolie histoire idyllique mais également à améliorer le tout. Un joli moment d'émotion et de nostalgie, touchant et résolument craquant.

🎬 Joyeuse Retraite ! : 1,5/5

La derniÚre comédie française en date, c'est elle : Joyeuse retraite !, portée par le tandem Thierry Lhermitte/MichÚle Laroque et réalisée par Fabrice Bracq.

Sur le papier, le duo culte, l'apparition d'humoristes en plein essor (Nicole Ferroni, Gérémy Crédeville) et le ton vaguement mordant garantissaient, à défaut d'un grand film, un bon moment.

Au final, les pĂ©ripĂ©ties de ce couple sexagĂ©naire bien dĂ©cidĂ© Ă  dĂ©mĂ©nager au Portugal loin des ennuis et de la grisaille se rĂ©vĂšlent bien fades. Les acteurs ont beau ĂȘtre irrĂ©prochables et s'investir dans leur rĂŽle du mieux possible, leurs personnages ne brillent ni par leur sympathie, ni par leur caractĂšre. La faute a une Ă©criture qui multiplie les poncifs et s’essouffle bien vite, dĂšs sa premiĂšre demi-heure. La trame est tellement bĂąclĂ©e qu'elle ne se donne mĂȘme pas la peine de rĂ©soudre toutes ses sous-intrigues, notamment l'homosexualitĂ© cachĂ©e d'un protagoniste secondaire ; une ficelle grossiĂšre qui au final n'aboutie Ă  rien, hormis garantir LA blague LGBT... Le meilleur running-gag du long-mĂ©trage, c'est le chien - ce qui en dit long et tient plus de la bonne bouille du canidĂ© qu'aux vannes qui lui sont liĂ©s.

Cette éniÚme production centrée sur le milieu bobo, pas caustique ou subversive pour deux sous, dont l'intégralité des blagues sympathiques se retrouvent dans la bande-annonce, sent légÚrement la naphtaline. Evidemment, la conclusion dégouline de bons sentiments et de prévisibilité - il ne faudrait surtout pas remettre en question la bien-pensance à la française.

Une comédie poussive et fainéante qu'on placerait bien en maison de retraite...

Mirage : 4/5 (exclusivité Netflix)

C'est un fait :  Netflix est souvent l'occasion pour nous autres, spectateurs, de découvrir de petits bijoux dédaignés par les distributeurs francophones. Durante la tormenta est de ceux-là.

Ce film espagnol, largement ovationné dans son pays natal, a connu un grand succÚs en salles en 2018 et plusieurs candidatures aux Goyas avant d'apparaßtre sur nos petits écrans en 2019 sous le titre Mirage.

Ce long-mĂ©trage signĂ© Oriol Paulo est un singulier mĂ©lange des genres et s'avĂšre pourtant irrĂ©prochable : thriller, drame, fantastique, policier, romance... La trame passe de l'un Ă  l'autre sans souffrir de cette variation, perpĂ©tuellement sur le fil mais impeccablement relatĂ©e. Le rĂ©alisateur-scĂ©nariste dĂ©livre ici une enquĂȘte implacable se dĂ©roulant sur deux temporalitĂ©s diffĂ©rentes - les 90's et notre Ă©poque.

L'intrigue ménage de bons retournements de situation, une tension intacte maßtrisée de bout en bout et ne néglige jamais l'aspect psychologique de ses personnages. Il se distingue d'ailleurs par son choix singulier concernant son antagoniste. Ainsi, malgré sa durée (2h08 au total), le long-métrage est d'une efficacité redoutable et ne pùtit d'aucune longueur.

Le réalisateur nous propose quelques trÚs belles séances ainsi qu'une image particuliÚrement léchée, à la photographie superbe. Il donne également à Adriana Ugarte un trÚs beau rÎle principal  : celui d'une femme forte, épouse malmenée et mÚre farouchement combattante, qu'elle incarne à la perfection, habitée et sobre à la fois. A ses cÎtés, on retrouve la star de La Casa de Papel (Javier Gutiérrez) et surtout la révélation d'El Angel  (Chino Darin), tous deux excellents.

Dernier bon point de cette tempĂȘte espagnole : la musique de Fernando Velazquez, un habituĂ© des partitions tendues, lugubres et grandioses Ă  la fois, puisqu'on lui doit la bande-originale d'excellents films de genre tels que L'orphelinat, Le secret des Marrowbone, Crimson Peak, Quelques minutes aprĂšs minuits et Mama. On notera Ă©galement une chanson fort sympathique pour accompagner le gĂ©nĂ©rique, une ballade pop fort bien nommĂ©e : A travĂ©s del tiempo.

C'est donc un sans-faute pour Mirage, auquel il manque peut-ĂȘtre un soupçon de prise de risques pour ĂȘtre rĂ©ellement grandiose. Le tout reste nĂ©anmoins trĂšs bon : inutile de bouder son plaisir face Ă  cette enquĂȘte surnaturelle hispanique rondement menĂ©e.

🎬 La Reine des Neiges 2 : 3,5/5

Six ans aprÚs le succÚs phénoménal du premier opus, Elsa et Anna reviennent pour de nouvelles aventures. Si l'accueil est moins dithyrambique que pour le premier opus, la popularité de la Reine des Neiges n'a pas été démentie par son arrivée triomphale au box-office.

De fait, Disney ne dĂ©mĂ©rite pas avec cette suite. Elle est tout Ă  fait honorable et reprend pas Ă  pas les points positifs de son prĂ©dĂ©cesseur : chanson phare Ă©pique, pĂ©ripĂ©ties Ă  foison, relation fusionnelle entre les sƓurs, sidekick(s) tout(s) mignon(s) et bien sĂ»r... Des visuels absolument remarquables, d'une beautĂ© Ă  couper le souffle.

C'Ă©tait dĂ©jĂ  la plus grande force du film d'animation de 2013 : son esthĂ©tique sublime, fĂ©erique et grandiose. Ici, le studio pousse encore plus loin le parti-pris et repousse ses limites pour offrir des scĂšnes encore plus grandioses. L'Ă©clat et l'harmonie avec lesquels Elsa use de ses pouvoirs sont tout simplement Ă©blouissants. La jeune reine s'en donne ici Ă  cƓur joie et offre un tourbillon d'images spectaculaires, notamment sur la chanson titre Into the Unknown mais Ă©galement sur celle atteignant le point culminant de l'intrigue, Show Yourself.

Au niveau de la trame, celle-ci s'avÚre plutÎt satisfaisante : elle explore davantage le passé des souverains d'Arendelle ainsi que la mythologie de ces terres fantastiques à travers une toute nouvelle contrée.

Le film évoque également, en filigrane, avec beaucoup de subtilité, la xénophobie et offre une critique plutÎt réjouissante du colonialisme. C'est d'ailleurs la véritable force du long-métrage : il n'y a pas d'antagoniste, pas de véritable méchant à combattre. Ici, la menace est plus pernicieuse : elle repose sur les préjugés et les erreurs du passé. Le message se teinte également d'une jolie ode à la nature, notamment par la manifestation des quatre éléments, tous superbement exploités - un cheval des eaux, une salamandre de feu, les trolls de la Terre et enfin, l'air, entité malicieuse symbolisée par le vent qui tourbillonne constamment autour de nos héros...

Cet Ă©pisode offre de vĂ©ritables moments de bravoure Ă  Elsa mais Ă©galement Ă  Anna - lĂ  oĂč l'on pouvait lĂ©gitimement craindre que cette derniĂšre ne passe au second plan. Les personnages poursuivent leur Ă©volution petit Ă  petit, sans se trahir. Elsa reste rĂ©servĂ©e et Anna impulsive mais chacune commence Ă  esquisser des changements au niveau de son tempĂ©rament : la premiĂšre s'ouvre davantage, la seconde se montre plus responsable. Le dĂ©nouement va d'ailleurs grandement dans ce sens et offre aux deux sƓurs la plus belle des conclusions. L'une comme l'autre finisse par acquĂ©rir ce Ă  quoi elles ont toujours aspirĂ©.

Olaf connaĂźt, de son cĂŽtĂ©, un parcours assez sympathique et commence enfin Ă  sortir du stĂ©rĂ©otype agaçant de bonhomme de neige bĂȘta. Il commence enfin à Ă©voluer, Ă  montrer une curiositĂ© lĂ©gitime pour autrui et le monde qui l'entoure. Comme un enfant, il est dans l'apprentissage.

Pour autant, le film souffre de quelques défauts majeurs.

Ainsi, tout comme le premier opus, il accuse une certaine inĂ©galitĂ© dans sa BO. On peut d'ailleurs facilement le mettre en parallĂšle avec Frozen premier du nom : deux trĂšs bonnes chansons d'introduction (Frozen Heart / All is Found), deux titres cultes (Let it go / Into the Unknown), deux titres puissants au moment de la rĂ©vĂ©lation en apothĂ©ose (la reprise de For the First Time in Forever / Show Yourself)... La musique de Christopher Beck et Robert Lopez est d'ailleurs toujours aussi envoĂ»tante. Ce qui n'empĂȘche pas Olaf de nous assĂ©ner une ritournelle parfaitement inutile (ENCORE !) ; Kristoff de pousser la chansonnette sur une mĂ©lodie parodique de boys band dĂ©pourvue de tout intĂ©rĂȘt ; et l'ensemble du casting de nous fredonner un chant d'une absolue fadeur qui n'a d'autre intĂ©rĂȘt que de souligner l'amour au sein de la petite bande...

Kristoff est d'ailleurs parfaitement inutile dans cette suite et a beaucoup de mal Ă  exister face Ă  Anna et Elsa. C'Ă©tait dĂ©jĂ  un problĂšme majeur du premier volet : le couple principal est mignon, guĂšre plus, et Anna pourrait trĂšs facilement exister sans Kristoff, lĂ  oĂč l'inverse ne serait pas possible. Le personnage est plutĂŽt fade et, en l'absence de Hans pour opposer le caractĂšre noble du garçon Ă  l'opportunisme du prince retors, le constat est d'autant plus violent. Ici, il disparaĂźt pendant une bonne partie de l'intrigue sans faire dĂ©faut une seule seconde Ă  cette derniĂšre...

D'une façon générale, l'humour tombe plutÎt à plat, tant du cÎté du gentil blondinet que de l'insupportable bonhomme de neige. L'aspect comique est relativement mal exploité dans un scénario qui mise avant tout sur le souffle épique et la force des relations familiales. Ainsi, l'accent est bien entendu mis sur la force et la puissance d'Elsa mais les créateurs semblent avoir du mal à s'accorder sur les limites de cette derniÚre, tantÎt surpuissante, d'essence quasi-divine, tantÎt rapidement affaiblie au bon vouloir de l'histoire. Ce syndrome du super-héros n'est pas sans poser quelques incohérences...

Enfin, aprĂšs une heure plutĂŽt solide, la trame accuse un sĂ©rieux coup de mou en infligeant aux spectateurs un deus ex machina presque offensant oĂč tout se rĂ©sout par magie et ne connaĂźt pas la moindre consĂ©quence. Happy end ultime si souvent reprochĂ© au studio Ă  la souris - reproche pas tout Ă  fait vain de surcroĂźt.

Sous un angle purement français, la traduction des chansons se révÚle plus qu'aléatoire - notamment Dans un autre monde, transposition trÚs maladroite et peu inspirée de Into the Unknown. Toutefois, les comédiens de doublage demeurent tous excellents et convaincants ; Charlotte Hervieux, à qui revient la tùche difficile de succéder à Anaïs Delva, est digne de tous les honneurs.

En définitive, cette suite, si elle ne bénéficie pas de l'effet de surprise du premier opus, s'avÚre sympathique, plutÎt divertissante et époustouflante visuellement.

La magie reste intacte et l'amour que le jeune public porte Ă  Elsa n'est donc pas prĂšs de s'Ă©teindre... Tant mieux aprĂšs tout : la demoiselle immaculĂ©e offre une excellente hĂ©roĂŻne contemporaine Ă  tous les enfants avides de libertĂ©, prĂȘts Ă  revendiquer fiĂšrement leurs diffĂ©rences et Ă  transformer celles-ci en forces.

 A couteaux tirés : 3,5/5 

Avant de diviser les fans avec l’épisode 8 de la saga Star Wars, Rian Johnson avait dĂ©butĂ© sa carriĂšre sous des augures plus sereins : le thriller SF ambitieux Looper, le dĂ©complexĂ© Une arnaque presque parfaite et, surtout, son premier long-mĂ©trage populaire Ă  savoir Brick, film noir par excellence dont la singularitĂ© tenait au cadre – l’enquĂȘteur tĂ©nĂ©breux, la femme fatale, les suspects particuliĂšrement louches avaient la particularitĂ© d’ĂȘtre des lycĂ©ens.

A couteaux tirĂ©s Ă©tait, Ă  priori, la symbiose parfaite de ces trois projets : l’ambition, le ton rĂ©solument fun et l’utilisation revendiquĂ©e de codes bien dĂ©finis pour mieux les dĂ©tourner. L’inspiration principale de Johnson ? Agatha Christie. En effet, sa production quatre Ă©toiles se pose clairement en hommage dĂ©tonnant Ă  la romanciĂšre et son hĂ©ros culte, Hercule Poirot. De fait, elle est une vĂ©ritable mine d’or pour les inconditionnels du genre et son dĂ©tective privĂ© Benoit Blanc partage quelques traits de caractĂšre plutĂŽt jouissifs avec son illustre modĂšle moustachu : le patronyme francophone, le tempĂ©rament altruiste, l’attitude posĂ©e, la courtoisie, le modus operandi dans son analyse des suspects et mĂȘme l’image rassurante qui lui permet de berner son entourage, lequel a la fĂącheuse tendance Ă  ne pas le prendre au sĂ©rieux
 Dans le rĂŽle-titre (cela ne surprendra personne !), Daniel Craig est tout simplement excellent, cabotin et excentrique juste ce qu’il faut, attachant et un poil burlesque.

Pour le reste, on retrouve tout ce qui fait le charme d’un whodunit : l’immense bĂątisse gothique, la campagne cernĂ©e de brumes, les protagonistes excentriques, le meurtre Ă  la rĂ©solution tortueuse, le coupable dĂ©voilĂ© en toute derniĂšre partie.

Malheureusement, le film n’est ni assez piquant, ni assez surprenant pour s’affranchir tout Ă  fait du carcan poussiĂ©reux du policier classieux mais classique. En dĂ©coule beaucoup de longueurs (surtout dans la premiĂšre partie) et une enquĂȘte trop sage pour convaincre tout Ă  fait. Quel dommage que Johnson n’ait pas poussĂ© son dĂ©lire encore plus loin, campĂ© sur ses positions de sale gosse irrĂ©vĂ©rencieux, jouĂ© davantage avec les stĂ©rĂ©otypes et les archĂ©types chers Ă  la Reine du Crime
 Certes on jubile beaucoup : la mise en scĂšne est inspirĂ©e, les dĂ©cors Ă©voquent un Cluedo grandeur nature, les dialogues sont hilarants, le portrait de cette famille parasitĂ©e par l’arrivisme s’avĂšre mordant Ă  souhait et le casting brille par son talent, surplombĂ© par un Daniel Craig faussement dĂ©bonnaire et un Chris Evans Ă  contre-emploi. Toutefois, l'ensemble est rarement Ă  la hauteur de son remarquable marketing.

RĂ©sultat : un bon film, un divertissement de haut vol mais guĂšre plus.

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L’avis des libraires - 188ùme chronique : Carrie

06/10/2020

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