Cin’express : Octobre 2019

14/11/2019

🎥 Cin’express : 🎥

Octobre 2019

1/4

🎬 Tall Girl : 1,5/5 (Exclusivité Netflix)

Si Netflix a su s'imposer parmi les plus grands avec des films forts aux réalisateurs emblématiques (Okja ; Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile ; Roma ; Annihilation), force est de constater que le géant américain s'est aussi distingué par le nombre faramineux de comédies romantiques estampillées à son nom...

Des jolies réussites (Alex Strangelove) aux nanars qui fleurent bon la guimauve (The Kissing Booth), Netflix est devenu la source d'approvisionnement principale pour les jeunes filles en fleurs. Dernier exemple en date : Tall Girl.

Une bluette somme toute plutôt inoffensive à première vue mais dont l'accumulation de clichés finit par atteindre des hauteurs largement plus problématiques que celles de l'héroïne Jodi, traitée comme un monstre par ses camarades de classe parce qu'elle les dépasse tous d'une tête...

Tall Girl, c'est une succession de poncifs recyclés non stop depuis les années 80 : le nouveau venu beau gosse timide qui s'attire les faveurs de l'ensemble de la gente féminine, la meilleure amie protectrice à la verve intarissable, la famille à côté de la plaque, le bon copain amoureux de la protagoniste depuis toujours, la garce populaire tyrannique, les coups bas, les moqueries centrées sur la singularité du personnage principal, la transformation du vilain petit canard en beauté irrésistible, le discours inspiré que tout le monde écoute béatement en se remettant en question, le bal de promo grandiloquent (objectif ultime de tout lycéen américain)...

On pourrait tolérer tout cela - après tout, les stéréotypes et la comédie romantique, c'est comme la Saint-Valentin et les chocolats : écœurants à la longue mais plutôt agréables sur le coup !

Sauf que l'héroïne est particulièrement fade, sa personnalité insipide n'étant en rien sauvée par l’absence de charisme d'Ava Michelle. Impossible donc de s'attacher à elle, puisque, en dépit de tous les efforts du film, elle est avant tout distinguée par son rôle de la "grande fille" et ne parvient jamais à s'en affranchir réellement.

De plus, la quasi-totalité des personnages, plutôt sympathiques à l'origine, finissent par être insupportables !

C'est le cas du meilleur ami de service, Jack (incarné par le très cool Griffin Gluck dont le look évoque vaguement certains films de John Hughes). Le jeune homme brise purement et simplement une idylle naissante entre Jodi et Stig par jalousie... Alors qu'il a déjà, de son côté, une adorable petite amie. A savoir Liz, la seule protagoniste véritablement agréable du début à la fin et qui plus est très bien incarnée par la pétillante Paris Berelc. Le mec est donc un manipulateur égoïste en puissance mais (comme c'est surprenant !) c'est bien entendu LUI qui gagnera le cœur de Jodi à la fin. Son adorable côté loufoque et son élan de violence pour défendre l'honneur de sa belle suffisent donc visiblement à compenser les crasses qu'il fait à Stig pendant 1h30. Car oui, malgré son tempérament de nigaud passif, notre blond attitré est autrement plus gentil, attentionné et cultivé que Jack ; il évolue d'ailleurs réellement durant le long-métrage, à l'inverse de son rival...

Bon, il faut reconnaître que Stig, de son côté, n'est pas franchement une lumière : il est d'une candeur tellement agaçante qu'il aurait tout à fait sa place dans Le dîner de cons. Luke Eisner fait de son mieux mais n'est pas vraiment convaincant pour autant.

Tout comme Sabrina Carpenter qui incarne la sœur aînée survoltée de Jodi mais ne parvient pas à rendre sa prestation réellement marquante : elle surjoue constamment, force son côté reine de beauté excentrique et finit par être plus épuisante qu'autre chose. 

Seuls trois acteurs tirent réellement leur épingle dans le long-métrage : Griffin Gluck et Paris Berelc, comme affirmé ci-dessus, mais également Steve Zahn, en papa poule dépassé, touchant par sa maladresse et son envie d'aider sa fille cadette, de la protéger et de l'aider à s'intégrer.

Ah oui ultime point négatif : le film se passe à la Nouvelle-Orléans (peuplée à plus de 65 % d'Afro-Américains) mais on dénombre seulement deux personnages noirs sur l'ensemble du casting dont l'un, en plus, se voit réduit au rôle de bouffon.

En résumé : un casting insipide, une réalisation inexistante, un scénario vu et revu, une pincée de racisme, une overdose de clichés... Tall Girl est aussi exaspérant qu'oubliable, sorte d'ersatz à la production japonaise culte Lovely Complex.

Alors on oublie, vite vite !

🎬 Joker : 4,5/5

(Attention : Légers Spoilers)

Il existe certains films dont on n'attend rien, dont on redoute presque la sortie, dont on rit jaune du carnage annoncé. Joker était de ceux-là.

Dernière sortie en date de DC Entertainment, maison mère d'une succession de productions à la qualité discutable, le long-métrage voyait échouer sa réalisation à Todd Phillips, créateur de la saga potache Very Bad Trip. Il n'en fallait pas plus aux fans et aux cinéphiles pour sortir les crocs.

Puis un nom : celui de Joaquin Phoenix, acteur caméléon à la filmographie presque parfaite. De quoi intriguer. Débarquent ensuite les bandes-annonces, les affiches, un marketing absolument parfait. La remise du plus prestigieux prix de la Mostra de Venise : le Lion d'Or. La toile s'emballe, les journalistes cessent de fixer le projet d'un air condescendant.

Et surgit l'improbable. Le vilain petit canard, longtemps décrié au profit du MCU, vient d'effectuer une mue remarquable. Ni un bon film, pas plus qu'un divertissement honnête. Non. Bien au-delà, une oeuvre à part entière, amenée à bousculer les codes des films de super-héros et le monde des blockbusters au passage. Il y aura un avant et un après Joker, une remise en question profonde du genre.

La ville de Gotham, telle que dépeinte par Phillips et Phoenix, est une métropole terne à la violence omniprésente. Loin du gothique de Burton, du kitsch de Schumacher, de la démesure de Nolan, la métropole est une cité malade, gangrenée par le Mal sous toutes ses formes. Une métropole curieusement proche de notre société mais poussée à son paroxysme, dans toute sa crasse, sa perversité et sa misère humaine. Les rues grouillent de rats, les bandes de gosses tabassent les passants, les magouilleurs en costard cravate harcèlent les femmes, les petites gens s'amusent d'un rien, surtout des autres et de leurs malheurs. Le chômage, la criminalité et la crise financière ont raison des institutions supposées soutenir les faibles et les malades. La ville est pourrie jusque dans ses dorures, dans sa haute société et renvoie ainsi un reflet de notre époque, comme un miroir grossissant qui accentuerait les pires défauts de notre ère. C'est dans ces moments, précisément, où le film s'avère le plus implacable : lorsqu'il pointe du doigt des dérives curieusement actuelles.

Dans ces rues circulent un clown triste, Arthur. Un homme à la pathologie étrange : il rit lorsqu'il est angoissé, incapable de refréner ce ricanement guttural qui lui sort des entrailles comme une fêlure. Mère toxique et alitée, abandon de poste de sa psy à qui on a coupé les vivres, incapacité à se procurer les médicaments adéquats, cerné par la méchanceté des autres, l'homme est d'ores et déjà sur le fil. Fragile, las, perdu, inadapté, pétri d'espoirs déçus, il tente de survivre et vivote dans son costume de bouffon, perruque sur la tête et chaussures démesurément grandes aux pieds.

Sous les traits d'Arthur, Phoenix respire ce mal-être, le suinte par tous ses pores. Position voûtée, dos bossu, d'une maigreur affolante, rictus inquiétant et regard fixe.

Dès les premières images, la folie est là, dans les gestes, les mimiques, les regards. Dans le désespoir patent du protagoniste, sa souffrance qu'il porte inlassablement depuis des années. Un à un, les garde-fous qui lui assurent un certain contrôle vacillent, lâchent, se brisent. Arthur est condamné à n'être rien, à être maltraité. La déchéance - ou l'élévation selon les points de vue - sera magistrale, violente, inéluctable. Le film n'excuse rien mais montre, insiste sur le parcours de son sombre héros, pousse les spectateurs à l'exercice le plus périlleux : s'identifier à un psychopathe, le comprendre et l'aimer. Souffrir avec lui et assister impuissant au carnage annoncé.

Phoenix véhicule cette image d'albatros évoquée par Baudelaire. Cloué au sol dans son malheur, son quotidien si laid, les personnes mal intentionnées qu'il croise, il est malhabile, grotesque, décalé, risible. Élevé par sa folie, il se voit doter d'une grâce surprenante, celle d'un artiste, d'un esprit incandescent, sans la moindre règle, la moindre barrière. Une icône sans l'avoir voulu, un anarchiste par défaut, un assassin entraîné par une mécanique savamment huilée. La création du Joker est fascinante et effroyable, elle n'exclut ni une certaine beauté, ni une certaine poésie - en témoigne la scène où le personnage dévale les marches à la manière d'un danseur, sur le morceau de Gary Glitter, les traits extatiques, parfaitement libre. S'il ne peut atteindre sa superbe dans les carcans modernes, il anéantira tout et renaîtra sous sa forme la plus exterminatrice. Un discours nihiliste qui parlera à bon nombre de défavorisés mais aussi aux personnalités les plus extrémistes - le parallèle avec l'actualité est terrible, il prend aux tripes, assène ses coups avec une précision terrifiante. Le film revendique clairement son engagement et sa faculté à déranger, à traîner le public hors de sa zone de confort.

L'acteur écrase le reste du casting par son talent, rend tous les autres personnages (secondaires) invisibles - DeNiro lui-même est incapable d'assombrir l'aura de ce bouffon tragique et magnifique. De quoi honorer le lourd héritage laissé par Jack Nicholson et Heath Ledger tout en imposant sa patte, son style, son goût immodéré par les déformations physiques. 

A la prestation magistrale de Phoenix, le film fait figure d'écrin. La caméra de Phillips colle à son protagoniste déviant comme une introspection visuelle. Elle épouse ses mouvements, le sublime, transcende la moindre expression, le moindre sentiment. En fond sonore, la musique d'Hildur Guðnadóttir gronde, entêtante ; les images, elles, portent la marque de la sublime photographie de Lawrence Sher.

Aussi pardonne-t-on au film quelques facilités, des clins d’œil légèrement trop appuyés. Les imperfections ajoutent à son charme, tout comme son potentiel dramatique surexploité jusqu'à l'asphyxie. Lorsqu'il flirte avec le mélodrame et menace de tomber dans le pathos, le long-métrage se redresse aussitôt, en funambule, jonglant avec ses travers sans jamais donner dans la surenchère.

Politique, grandiose, anxiogène, visionnaire, bouleversant, éprouvant, intense, dérangeant... Au final, bon nombre d'adjectifs colle à cet OVNI tonitruant et dépourvu de manichéisme, hallucination cauchemardesque et cruellement contemporaine. Joker vient de changer Hollywood avec son sourire sanglant, son rire malade, son corps de pantin désarticulé et sa pensée radicale.

🎬 Queens (Hustlers) : 2,5/5

Inspiré d'une incroyable histoire vraie, Queens se centre sur le parcours d'une bande de strip-teaseuses devenues expertes dans l'arnaque des gros bonnets de Wall Street.

Succès sur le territoire américain, le film a surtout attiré l'attention par son casting prestigieux, lequel met en exergue la collaboration d’icônes emblématiques de leur époque. Plusieurs générations d'actrices-chanteuses se côtoient ainsi dans l'univers tapageur des boîtes new-yorkaises, des vétérantes Jennifer Lopez et Julia Stiles aux nouvelles venues fraîchement catapultées au statut de stars - Constance Wu, Lili Reinhart...

Petit gage qualité à la suite : les péripéties de ces arnaqueuses aux talons démesurément hauts sont signées par la réalisatrice Lorene Scafaria, à qui l'on doit les très sympathiques Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare et Ma mère et moi.

Malheureusement, Queens est loin des attentes suscitées par un tel postulat et une telle distribution.

La première partie est plutôt laborieuse : elle essuie un sérieux manque de rythme, s'étire en longueur, s'avère laborieuse, malaisante, effroyablement kitsch, presque complaisante. Entrevoir le quotidien difficile de ces filles en les saupoudrant des grandes joies et des petites victoires du quotidien était évidement nécessaire pour s'impliquer à leurs côtés - hélas, en s'attardant plus sur la plastique que la personnalité de ses héroïnes, Scafaria n'échappe pas au fameux male gaze. On ne peut s'empêcher de penser que tout cela n'était pas franchement nécessaire et que la surdose de clichés n'aide pas à voir ces filles d'une façon positive - toutes ne jurent évidement que par les talons, les races de mini-chiens, les manteaux en fourrure, les motifs bien voyants... A noter qu'elles sont toujours sexy et langoureuses, y compris entre elles, lorsqu'elles ne sont pas sur scène - posture inconsciente prise au boulot ou opportunité racoleuse d'attirer un certain public ? A vous de trancher !

 Cf : cette scène...

L'erreur revient aussi au choix de sa protagoniste principale, Destiny (Wu) : la jouvencelle nouvellement débarquée dans ce milieu, jeune et pétillante, qui va se retrouver sous la coupe d'une mentor plus expérimentée et plus déterminée qu'elle (Lopez)... Une histoire vue et revue, un point de vue forcément un peu fade d'autant que Wu peine à s'imposer face à J-Lo. Sublime, féroce, incroyable, impitoyable, d'une sensualité affolante, Lopez incarne à la perfection Ramona. Une femme qui comprend que ses jours sur scène sont comptés et qu'il est temps, pour elle, de défendre ses intérêts, celle qui poussera les autres à l'arnaque. Une héroïne plus fascinante et complexe que Destiny, qui en plus dénonce le poids des ans, le regard méprisant de la société à son égard, le couperet "trop âgée" qui menace de s'abattre sur elle.

Les magouilles de Ramona étant au centre de la seconde partie, cette dernière est évidement la plus intéressante à suivre, plus palpitante. Le quatuor d'arnaqueuses principal oscille alors entre un Breaking Bad à paillettes et un Ocean's Eleven autrement plus ambitieux que le désastreux Ocean's 8.

La trame centrée sur les escroqueries toujours plus radicales donne tout son sens à Queens et sauve le long-métrage de la débandade. Pour le reste, difficile d'adhérer au parti-pris clinquant, au scénario ultra formaté et ironiquement très convenu.Ni jackpot, ni gamelle, un spectacle correct porté par une seule véritable reine : Jennifer Lopez.

🎬 Doctor Sleep : 4/5

(Attention : Légers Spoilers)

Après Joker, voici la seconde claque inattendue de l'année : Doctor Sleep. Une fois encore, un projet chaotique qui exhalait un doux parfum de catastrophe.

L'objectif de Mike Flanagan  ? Adapter à l'écran non seulement Doctor Sleep (la suite du Shining de Stephen King), mais offrir du même coup un héritier au classique de Kubrick. Deux univers à priori inconciliables : le film est froid, distant, porté par des visuels remarquables, l'exubérance de son acteur principal et un thème musical impitoyable signé Wendy Carlos ; le roman est plus intimiste, plus personnel, montre des personnages éminemment plus sympathiques et joue davantage sur les démons personnels du père Torrance... L'atmosphère du roman et de sa libre adaptation diffère totalement et ce jusque dans les choix narratifs : des fins très dissemblables, le personnage de la mère largement sous-exploité chez le cinéaste et beaucoup plus fort au sein de l'ouvrage et enfin, les divergences quant à la place accordée au surnaturel dans le récit. Comme l'a si bien dit King, leur désaccord repose sur la conception du Mal : Kubrick l'associe d'emblée à Jack Torrance, l'écrivain aux forces occultes qui rôdent en ces lieux.

Flanagan, pourtant, a réussi ce coup de maître. 

Déjà auréolé du succès de la série The Haunting of Hill House et d'une précédente adaptation du Roi de l'Horreur (Jessie), le réalisateur allie sa parfaite maîtrise de l'oeuvre de King à son indiscutable amour pour le chef-d'oeuvre de Kubrick.

Si Flanagan suit globalement la trame établie par le roman, il s’octroie néanmoins le luxe de l'améliorer sur certains points, la rendant plus rythmée, plus efficace. Il multiplie également les clins d’œil au film des années 80, tant par les visuels que la reprise du thème culte de l'Overlook Hotel. Certains plans sont reproduits quasiment à l'identique, renforçant le sentiment de malaise chez le public, en pleine réminiscence d'une terreur passée également ressentie par Danny - le héros incarné par Ewan McGregor, excellent comme à son habitude.

Au delà des références appuyées à ces deux génies qu'il révère, Flanagan s'émancipe rapidement du simple film-hommage. Son Doctor Sleep existe par lui-même, en tant que long-métrage à part entière. Et quel film ! Ce qui frappe en premier lieu, c'est sa beauté - la scène de projection astrale, poétique et sinistre, fera date, de même que la symbolique des esprits allant d'un labyrinthe glacé pour Danny à une cathédrale pour Rose en passant par un mur de tiroirs savamment agencé pour Abra. Certains passages mettant en scène la puissance du shining sont véritablement impressionnants.

Le réalisateur multiplie les plans les plus audacieux, les effets de caméra les plus ingénieux. Loin du froid clinique de Kubrick, son cinéma vibre de vie, de mouvements.

Entre deux scènes coup de poing, il prend néanmoins le temps de développer ses personnages, de poser son univers, d'instaurer une attente chez les spectateurs, de ménager l'épouvante, de créer une véritable ambiance. L'intrigue, très dense, est ainsi rondement menée.

Côté scénario, le traitement de Danny est tout simplement parfait : ce dernier subit non seulement le poids de son passé mais également les assauts des revenants. La question de l'hérédité, de l'impact du père sur sa progéniture, est magistralement exploitée. Adulte, le rescapé de Shining doit lutter contre ses démons intérieurs, légués par Jack. L'alcoolisme, la dépression et la violence ont gangrené son mode de vie. Perdu, il vivote de rades miteux en chambres insalubres, résiste difficilement aux failles paternelles. Le combat de l'enfant-lumière se poursuit surtout dans une réalité bien terne, loin des apparitions ectoplasmiques flippantes de l'hôtel. L'ombre de Jack continue de peser sur son fils, incapable de s'y soustraire et de rejoindre cette lumière à laquelle il aspire profondément. La rédemption, la prise de conscience du protagoniste, son long combat sont très bien exploités sans pathos ni misérabilisme. On retrouve dans l'homme l'image du garçonnet perdu et effrayé mais doté d'un grand courage et d'une profonde ténacité. La sympathie éprouvée pour notre protagoniste est omniprésente, et ce dès les premières images.

De fait, lorsque l'horreur se déchaîne à l'écran, l'attachement pour Danny et sa jeune protégée Abra (la révélation Kyliegh Curran) est déjà très fort.

Doctor Sleep sait ménager son angoisse, la distillant savamment au fur et à mesure de l'intrigue, et ses scènes horrifiques sont dosées à la perfection - qu'il s'agisse de l'apparition des fantômes (dont certains biens connus) mais surtout du traitement accordé au Nœud Vrai.

Ce groupe, principal antagoniste du film, est une secte dégénérée aux relents vaguement hippies : pour vivre le plus longtemps possible, ses membres traquent les possesseurs du shining et leur arrachent cette essence magique sous forme de vapeur. Jusque là, rien de bien effroyable. Mais tout réside dans le traitement infligé aux victimes. Plus ces dernières sont jeunes, plus elles sont apeurées, plus elles souffrent, plus la vapeur s'en trouve purifiée et délectable pour ces goules impitoyables. Un summum d'horreur dont Flanagan n'abuse pas, imposant une seule scène réellement insoutenable aux spectateurs.

Ce passage, d'une extrême violence, permet également de mettre en exergue toute la perversité du Nœud Vrai. Jusqu'alors, ces partisans sont montrés comme une famille soudée, vaguement inquiétante, bénéficiant d'une véritable alchimie. Leur communauté peut presque paraître attrayante à nos yeux, comme c'est le cas pour l'adolescente rebelle Andi (parfaite Emily Alyn Lind), séduite par le discours de Rose. De prime abord, les disciples semblent moins dangereux que d'autres antagonistes de King.

Et c'est au moment où une pseudo sympathie s'instaure vis à vis d'eux que le passage de torture juvénile survint, nous faisant prendre conscience de leur nature abominable !

Le mérite en revient pour beaucoup à Rose, cheffe de bande à la beauté glacée, magistralement interprétée par la divine Rebecca Ferguson. Magnétique, dangereuse, souveraine, vaniteuse, sadique, puissante, elle exhale le danger à chaque pas, chaque posture, chaque moue.

La fameuse scène, loin d'être gratuite, permet également d'exploiter toute la puissance de la jeune Abra et de définir toute la férocité de son combat face à Rose. C'est elle, plus encore que Danny, la véritable héroïne du film. A la fois proie et chasseuse, elle se lance dans une lutte éperdue contre le Nœud Vrai. On regrette toutefois que l’ambiguïté de l'adolescente n’atteigne pas un paroxysme aussi fort que dans le roman, où Danny perçoit une certaine violence en elle, violence qui est également son fardeau et contre laquelle il lutte depuis si longtemps.

Le trio principal (McGregor/Curran/Ferguson) est secondé par des rôles secondaires très forts, tous très bien interprétés : Bruce Greenwood en docteur dévot, Cliff Curtis en soutien inébranlable de Danny, Jacob Tremblay en jeune victime implorante, Zackary Momoh en père attentif... Du côté des adeptes du Nœud Vrai on retrouve Emily Alyn Lind en traqueuse d'obsédés dévorée petit à petit par la haine, Carel Struycken en patriarche de la secte et Zahn McClarnon en acolyte redoutable de Rose... On salue le retour du personnage de Dick Hallorann, le cuisinier sympathique du premier opus - Carl Lumbly succède à Scatman Crothers et se révèle particulièrement à l'aise dans son personnage d'excentrique un brin malicieux. Sa participation, au moyen d'une pirouette scénaristique très bien trouvée, est d'autant plus appréciable qu'elle véhicule une certaine émotion, une certaine tendresse dans ses rapports avec Danny.

Concluons à présent cette chronique sur le véritable tour de force effectué par cette séquelle. Doctor Sleep a réussi l'impossible : respecter l'oeuvre de King, offrir une suite honorable au Shining de Kubrick et exister par lui-même. Une excellente surprise au charme funeste et envoûtant, d'une inventivité folle.

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