L'avis des libraires - 149ème chronique : La fille de Vercingétorix

29/10/2019

L'avis des libraires - 149ème chronique

La fille de Vercingétorix

de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

 Élixir de jouvence pour la franchise !

Avant que le ciel ne me tombe sur la tête, je tiens à prévenir les gaulois qui liront cette chronique qu'elle comporte de légers spoilers...

A bon entendeur !

 

Lorsqu'Adrénaline, la fille du célèbre chef Vercingétorix, trouve refuge dans le village des irréductibles pour échapper à César, elle provoque bien du rififi chez nos gaulois !

Éprise de liberté, cette adolescente têtue va leur causer bien des déboires, à commencer par ses protecteurs fraîchement désignés : Astérix et Obélix...

 

Découvrir un nouvel Astérix est toujours un événement. A fortiori lorsque ce tome survient 60 ans après la création du petit héros, quasiment jour pour jour depuis la sortie du tout premier volet de ses aventures !

Monument de la BD francophone comme de notre beau patrimoine culturel, Astérix est de ces icônes que l'on se lègue, que l'on se partage, que l'on suit depuis toujours, avec tendresse et nostalgie. Il est le héros qui a fait rêver des générations de fillettes et de garçons, qui continue d'arpenter le monde dans la tête des adultes. Un lien fort entre les parents et leurs enfants, entre les grands-parents et leur descendance, entre les fratries et les amis.

L'oeuvre du duo René Goscinny/Albert Uderzo s'est révélée multigénérationnelle, indémodable et immortelle. Elle survit en effet au départ de ses deux auteurs, laissant les péripéties de notre vaillant gaulois entre les mains de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad. Après le sympathique Astérix chez les Pictes, le paisible Papyrus de César et surtout le superbe Transitalique, le tandem est de retour pour un 38ème opus riche en Histoire et en rebondissements : La fille de Vercingétorix.

Ce dernier volet en date a beau ne pas être aussi réussi que son prédécesseur, il fourmille de qualités qui le rendent plaisant. Faute d'être inoubliable, il reste très agréable à découvrir, notamment grâce à la fameuse fille de Vercingétorix - l'une des qualités indiscutables de cet album !

L’apparition de ce nouveau personnage, Adrénaline, fait souffler un vent de fraîcheur sur la saga. Si l'adolescence est un sujet fréquemment mal exploité, Ferri se penche avec bienveillance sur cette jeunesse moderne, engagée, indépendante et impliquée, désireuse d'embrasser son futur à bras-le-corps, de changer un destin tout tracé. Cette liberté revendiquée par les adolescents de l'album (Adrénaline en tête mais aussi Felfix et Blinix, les fils des éternels rivaux Cétautomatix et Ordralfabétix) est l'une des thématiques principales de l'intrigue et s'avère brillamment exploitée.

Le personnage d'ado retors était déjà mis en avant avec Goudurix mais sous un angle plutôt comique ; le blondinet finissait d'ailleurs par se plier aux valeurs belliqueuses des anciens. Goudurix et les jeunes de ce nouveau volet partagent bien entendu quelques similitudes : l'amour pour la musique "engagée" du génie incompris Assurancetourix, le poids de l'héritage familial, la révolte contre l'autorité parentale, le style vestimentaire affirmé (jean pour le neveu du chef Abraracourcix, look goth pour la descendante du roi des Arvernes)... Mais la comparaison s'arrête ici. Evolution notable : contrairement à Goudurix, Adrénaline reste fidèle à ses principes et, en digne héritière de Vercingétorix, entraîne les autres dans son sillage. Fière sans être hautaine, vaillante sans jouer les têtes brûlées, autonome sans égoïsme, la jeune fille est une excellente protagoniste, rousse volcanique au caractère bien senti. Bref : voilà de quoi présenter une génération digne de succéder aux parents. L'apparition de ces petits nouveaux montre une évolution au sein du village et dans la vie même de nos irréductibles gaulois.

Sous la plume de Ferri, ces derniers restent identiques à l'esprit Uderzo/Goscinny : bagarreurs, colériques, gouailleurs, courageux et terriblement attachants. Si l'auteur est très à l'aise avec le personnage d'Obélix, sans doute a-t-il une légère tendance à idéaliser Astérix, plus lisse qu'autrefois. Le meilleur guerrier du village est d'une nature moins irritable, plus moralisatrice. Il garde toutefois la générosité, la bravoure et la tolérance qui le caractérisent.

Des habitués de la BD, tels que les romains et les pirates sont également mis à l'honneur ; c'est toujours un plaisir de retrouver Barbe-Rouge, Baba et Triple Patte, à fortiori lorsqu'ils tiennent un rôle prépondérant dans la trame.

Pour le reste, Ferri reprend la recette de la potion originale : des bourre-pifs, des rebondissements, un banquet final et de l'humour. Beaucoup d'humour. Mais bien dosé et bien exploité, qui fait mouche à chaque case : des petites piques adressées à Macron en passant par la dédicace à Harry Potter et son fameux mage noir au nom proscrit, les plus attentifs verront également un Charles Aznavour croqué avec délice, ainsi qu'un clin d'œil aux Beatles et une référence directe à une bulle d'Astérix le gaulois et du Bouclier arverne.

L'album traite également de thèmes sociétaux forts et contemporains, tels que l'homoparentalité, la surconsommation, la difficulté à trouver un parcours scolaire adéquat... Le tout est souvent évoqué en ressort facétieux mais encore et toujours sans animosité ni moquerie. Le ton reste volontiers cordial. On rit avec et pas de, ce qui constitue une nuance majeure.

Côté dessin, Conrad semble de plus en plus confiant : il s'approprie l'univers sans trahir l'âme d'Uderzo. Les couleurs sont vives, sublimes, particulièrement soignées, comme toujours avec Thierry Mébarki. Visuellement, le tout est donc très agréable à suivre.

On peut malheureusement regretter un scénario un peu trop simpliste et un dénouement expéditif. On déplore surtout un antagoniste insipide : Adictosérix, le méchant de ce volume, ne restera pas dans les mémoires et connaît d'ailleurs un sort à son image - anecdotique. Il est très loin des infâmes Prolix, Détritus ou Amonbofis qui ont représenté des obstacles majeurs pour Astérix et Obélix.

Avant de passer à la cervoise et aux sangliers, glissons la conclusion suivante : La fille de Vercingétorix est un épisode distrayant, à défaut de compter parmi les incontournables de la franchise. Toutefois, son héroïne forte et l'attachement porté au village des fous suffisent à garantir une escapade sympathique en Armorique.

Par Toutatis, vivement le prochain !

Jean-Yves Ferri et Didier Conrad : La fille de Vercingétorix aux Editions Albert René. 48 pages. 9€99.

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