L’avis des libraires - 142ème chronique : Jusqu'à l'aube

10/09/2019

L'avis des libraires : 142ème chronique

Jusqu'à l'aube de Seana Landchild

Yo Ho, Yo Ho... A Pirate's Life for Me !  

 Alors que la terre subit le joug des prêtres du Feu Purificateur, les hommes libres ont gagné les flots... Le Capitaine Tiago Martins et son équipage ont choisi l'océan depuis longtemps. Ces pirates, anciens proscrits de la société, se sont embarqués sur la piste du plus fameux trésor : le Cuer.

Lorsque leur route croise celle de l’étrange Noah, ils voient en ce potentiel sorcier un allié de taille. Ensemble, ils navigueront à travers les mers… Et jusqu’à l’aube.

 

Si vous êtes férus de films de cape et d’épée, de romans d’aventures, de ces histoires flibustières qui hélas se font bien rares dans le paysage culturel, voici une excursion littéraire qui devrait ravir les plus intrépides d’entre vous ! Des pirates, des magiciens, des tyrans religieux, une généalogie alambiquée, un trésor légendaire, des créatures mythologiques terrifiantes... Tous les ingrédients sont réunis pour embarquer à bord de l’Arche, fabuleux navire et patrie d’accueil de parias au lourd passé.

Seana Landchild a l’intelligence, contrairement à bon nombre d’auteurs du genre, de ne pas plomber inutilement son récit par d’interminables contextualisations et descriptions. La situation historique et géopolitique, le parcours difficile des protagonistes, sont explorés en filigrane, au fil des péripéties. Après un prologue énigmatique à souhait, l’action s’instaure dès le premier chapitre. La complexité de son univers et la richesse de ses héros sont ainsi savamment explorées au cours de ces 500 pages,  distillant des informations au compte-goutte.

Le monde post-apocalyptique mis en place par la romancière, l’aura mystique qui l’imprègne, les légendes qui se murmurent en son sein comptent sans nul doute parmi les (nombreux) atouts du livre. Ce dernier dégage une véritable ambiance, surnaturelle et violente, où le danger est bien vite palpable.

Car oui, les personnages de Landchild sont loin d’être des enfants de cœur : ce sont des hommes et des femmes sans pitié qui évoluent, de plus, sur une Terre devenue particulièrement hostile. Pirates avant tout, ils font preuve d’une loyauté exemplaire les uns envers les autres mais se révèlent implacables à l’égard de leurs adversaires. L’excitation glauque qui habite les flibustiers lorsque ces derniers se retrouvent mêlés à une bataille n’est absolument pas atténuée par l’auteure : il est évident qu’ils aiment se battre, répandre le sang et les viscères, vaincre et s’approprier des magots… A l’heure où il est de bon ton de lisser les personnalités ou, au contraire, de sacraliser des êtres nauséabonds, l’ouvrage n’idéalise guère ses protagonistes, pas plus qu’il ne cherche à justifier leur barbarie ou à les rendre grotesquement nobles : ils restent des forbans, des meurtriers et des voleurs, et entendent bien agir en tant que tels !

Pour autant, ces anti-héros réussissent à être véritablement attachants et chacun possède un arc suffisamment développé pour être clairement identifiable. Les personnages secondaires sont pour la plupart très convaincants, notamment les turbulents jumeaux David et Goliath, le séduisant William Plea, la bravache Rosa ou le bourru Joseph. Sur l’Arche comme dans la narration, chacun est mis sur un pied d’égalité, faisant fi de son sexe, de ses préférences amoureuses ou de son âge. Les compagnons de Tiago, de même que l’ensemble de la famille Martins, sont composés de caractères truculents à souhait qu’on suit avec un intérêt croissant.

Si la plume accuse certaines maladresses, le style déjà bien prononcé et le vocabulaire riche de l’auteure permettent de faire abstraction de ces menues erreurs.

Certes, on regrettera quelques longueurs, ainsi qu’un dénouement laissant en suspens plusieurs questions majeures – mais qui donne matière à espérer un tome 2 ! Toutefois, rien ne vient véritablement gâcher cette épopée en compagnie de Tiago et son équipage.

Une lecture qui vous tiendra en haleine… Jusqu’à l’aube. 

~ La Galerie des Citations ~

 

« C’est alors qu’il remarqua qu’une potence avait été dressée sur le promontoire. Elle se présentait sous sa forme la plus basique, à savoir une poutre en bois verticale plantée dans le sol avec une autre, horizontale, qui partait du sommet de la première. A celle-ci avait été attachée une corde terminée par un nœud coulant qui pendait dans le vide. Quelqu’un allait monter sur l’échafaud et y serait bientôt pendu.

Tiago avait horreur de ce genre de mise à mort. Outre le fait qu’il s’agissait de celle qui attendait la plupart des pirates, il trouvait les exécutions par pendaison particulièrement abjectes : les victimes n’avaient aucun moyen de s’échapper et le spectacle qui en résultait était pitoyable. Cette condamnation n’avait rien de l’ultime gloire à laquelle aspiraient tous les pirates. »

~  p 26-27 / Tiago

« La barrière qui séparait le mensonge et l’omission était mince. »

~  p 242 / Rosa

« Lorsque son corps rejoignit les flots, les rayons du soleil l’accompagnèrent dans son dernier voyage, aller sans retour, lumières perçant les ténèbres. »

~ p 522

Jusqu'à l'aube de Seana Landchild paru chez Mix Editions. 554 pages. 22 €

 

Article paru en version écourtée dans le Pays Briard le 10.09.2019

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