Cin’express : Juillet 2019

10/08/2019

🎥 Cin’express : 🎥

Juillet 2019

1/7

🎬  Spider-Man - Far From Home : 3/5

Après le très réjouissant Homecoming, Spider-Man exécute son grand retour solo avec Far From Home.

Suite aux événements tragiques d'Endgame, la petite araignée sympa s'éloigne de son quartier pour des vacances bien méritées : direction l'Europe ! Comme on peut s'y attendre, Peter ne va pas connaître un voyage scolaire de tout repos puisqu'il va devoir affronter une toute nouvelle menace, toujours épaulé par Ned et surveillé de près par Fury. En parallèle, il doit gérer, comme n'importe quel adolescent, ses déboires sentimentaux et notamment son coup de cœur pour la cynique et (un peu trop) perspicace MJ...

Peter jongle donc entre son statut de lycéen lambda et celui de super-sauveteur, affrontant du même coup un ennemi sympathique et intéressant, quoi que prévisible.

L'Homme-Araignée de Tom Holland est toujours aussi attachant et le développement de son personnage continue d'être très satisfaisant - l'adolescent, crédule et généreux, est ici au cœur d'un parcours initiatique fort, entre deuil, prise de conscience et volonté d'affirmation. Il va devoir gagner en maturité, grandir, prendre conscience de ses responsabilités. Enfin, et c'est là son plus grand défi : mettre de côté sa nature profondément candide, renier sa foi en la nature humaine pour faire face à cet ennemi qui, sur de nombreux points, est son parfait opposé. Peter ne peut plus se permettre d'agir en ado et les rebondissements du long-métrage le lui font cruellement comprendre...

En sortant du visionnage de Far From Home, on ne peut que constater à quel point cette suite s'éloigne de son prédécesseur : exit le film pour ados super-héroïque, pop, intimiste, fun et bourré de références proposé par Homecoming.

Marvel nous offre une virée palpitante en Europe, augmentant drastiquement les enjeux autour de Peter, catapulté successeur de Tony Stark sans y avoir été préparé. Ce voyage aux quatre coins du vieux continent propose du grandiose et beaucoup d'explosions mémorables, le tout dans des décors de carte postale ; les paysages sont ceux de Venise, Londres, Prague ou encore des Pays-Bas - les Pays-Bas, largement stéréotypés, sont d'ailleurs le seul véritable loupé du film dans cet hommage touristique.

Mais cette volonté d'en mettre plein les yeux perd aussi l'ingénuité adolescente et l’effervescence lycéenne qui étaient pour beaucoup dans le charme du premier volet. Far From Home est nettement moins original qu'Homecoming et, à certains égards, moins réussi : le film souffre de sérieux problèmes de continuité, de rythme et d'humour - là où les ressorts comiques marchaient plutôt bien dans l'opus précédent, cette suite en fait des tonnes et atteint rarement l'effet escompté.

Toutefois, inutile de bouder son plaisir. Tom Holland reste parfait, tout comme l'ensemble du casting, à savoir les habitués Samuel L. Jackson, Zendaya, Marisa Tomei mais surtout le nouveau venu, Jake Gyllenhaal. La trame est suffisamment bien menée pour être appréciable, assez maligne pour offrir une réflexion intéressante sur le poids d'un héritage, le monde virtuel et la volonté de conserver son anonymat à l'heure où l'on sait tout, sur tout le monde. Le long-métrage nous offre quelques moments réellement ébouriffants - notamment des scènes psychédéliques à souhait dans la veine de Doctor Strange. Le dénouement, enfin, nous laisse entendre que le troisième volet des aventures de Peter possédera des enjeux majeurs quant au sort de Spider-Man.

Far From Home est une bonne transition, qui permet d'entamer le Second cycle du MCU en toute sérénité.

🎬  Charming : 2,5/5 (direct-to-video)

Après avoir sérieusement égratigné l'image supposément lisse et gentillette des contes façon Disney avec sa saga Shrek, le producteur John H. Williams s'attaque de nouveau à son sujet favori.

Charming dénonce ainsi la superficialité des princesses (La belle au Bois Dormant, Blanche-Neige et Cendrillon), détournant avec joie leur caractère et leur lubie : niaises et frivoles, toutes ont pour ambition de rafler leur "trophée", à savoir un mariage avec le Prince Philippe Charmant - chose qu'elles expliqueront très bien dans une chanson pop parodique dès le début du long-métrage.

Le Prince en question est tout aussi superficiel et nigaud que les trois gourdes qu'il risque d'épouser mais se voit en plus affublé d'une terrible malédiction : aucune femme ne peut lui résister, et tombe immédiatement amoureuse de sa petite personne... De quoi déclencher les foudres de tous les hommes du royaume ! Il est donc temps pour Charmant de trouver le véritable amour et ce avant son 21ème anniversaire, sans quoi son sort sera définitivement scellé. Dans cette quête pour trouver l'élue de son cœur, il est amené à faire équipe avec une voleuse cynique et avide, Lenore.

Partant de ce postulat, je suis sûre que vous avez d'ores et déjà compris la morale et la conclusion - pas très originales, il faut bien l'avouer ! Mais peu importe au fond : on ne regarde pas ce type de production pour sa singularité.

Premier choix judicieux, celui du casting. Comme souvent aux Etats-Unis, on fait appel au star talent pour doubler les personnages : ici, on a donc droit à Demi Lovato, Sia, Ashley Tisdale, G.E.M. et Avril Lavigne. Toutes s'en sortent relativement bien mais surtout, étant chanteuses, elles gèrent parfaitement les moments musicaux. Niveau VF, rien à signaler. C'est correct sans être faramineux, on recommande donc davantage la VO cette fois, ne serait-ce que pour la performance envoûtante de Sia.

Sur quelques autres points, la promesse est tenue : une héroïne badass façon Fiona ; l'amour qui n'est ni un trophée ni une redevance envers qui que ce soit ; les deux protagonistes qui vont doucement s'éprendre l'un de l'autre en appréciant leurs qualités réciproques ; des animaux de compagnie plutôt réussis en guise de comic reliefs ; des rebondissements en veux-tu en voilà... La trame comporte quelques bonnes idées qu'elle met habilement en scène et saura capter l'attention des plus jeunes.

Toutefois, ces bons éléments sont plombés par plusieurs défauts majeurs sur lesquels il est difficile de faire l'impasse. En premier lieu, un humour redondant au possible, ni très fin ni très drôle, au mieux passable au pire agaçant. Niveau BO, la plupart des chansons sont oubliables, à deux exceptions notables : Trophy Boy (un excellent pastiche entêtant à souhait) et Balladino composé et interprété par Sia. Mais le plus impardonnable, lorsqu'on s'illustre dans le domaine de l'animation, reste le visuel. Ici ce dernier s'avère véritablement hideux : les décors sont d'une laideur effarante, les couleurs criardes, Charmant est une copie bas-de-gamme du Flynn Rider de Raiponce quant aux héroïnes du film, elles ressemblent à des versions low-cost des femmes de Moi, moche et méchant - c'est dire. Tout ceci, couplé à un scénario qui perd peu à peu tout intérêt, ne rend pas le film mémorable, loin de là.

Un bon concept gâché par un manque flagrant de moyens. Niveau animation sorti directement en DTV, on optera donc davantage pour Princesse Mila & le sorcier au cœur de pierre.

🎬  Comme des bêtes 2 : 3,5/5

Quelle agréable surprise que ce second volet ! Après un premier opus anecdotique et plutôt convenu, cette suite se révèle hilarante et explosive ! Si elle mise moins sur l’émotion, elle s’avère aussi plus rythmée et barrée.
Les enfants n’auront pas une minute de répit face à l’avalanche de gags et d’aventures qui déferlent sous les yeux. L’humour omniprésent parviendra même à tirer quelques sourires aux adultes – dont une reprise totalement inattendue de La Grange de ZZ Top…
Le film appuie également son message sur la protection animale en s’opposant farouchement à la présence des animaux dans les cirques. Il nous offre de plus un nouveau personnage particulièrement truculent en la personne de Daisy, une petite chienne intrépide.
Le doublage français, porté par Philippe Lacheau, Julien Arruti, Willy Rovelli, Alain Dorval, Élodie Fontan et Dorothée Pousséo, est excellent ; le plaisir des comédiens à doubler ces personnages à quatre pattes est manifeste et leur énergie contagieuse.
On en attendait pas tant et on est, honnêtement, plutôt conquis.

🎬  Le Roi Lion : 3/5

Alors que les productions live adaptées de ses classiques continuent de déferler sur les écrans (et le box-office), Disney a battu son record en 2019 :  pas moins de trois remakes live étaient en effet programmés pour cette année ! Dumbo, Aladdin et enfin Le Roi Lion.

Dessin animé emblématique de la génération Y, Le Roi Lion était sans doute le projet le plus ambitieux et le plus attendu du studio. Le plus redouté aussi. Si Dumbo avait besoin d'un bon coup de jeune, Aladdin semblait déjà plus difficilement perfectible ; mais transposer le parcours de Simba par le prisme du photoréalisme, voilà qui s'annonçait comme une tentative au mieux bassement mercantile, au pire totalement suicidaire.

Pourtant, les fans avaient envie d'y croire, ils avaient envie de voir leur film d'animation culte, de retrouver les sensations fortes que le long-métrage leur avait procuré dans leur enfance, de se laisser à nouveau bercer par la musique emblématique du trio Hans Zimmer/Tim Rice/Elton John...

Pour un temps, la nostalgie est à son paroxysme : les premières images s'égrènent au rythme de L'Histoire de la vie (The Circle of Life), saisissent à la gorge, jouent à merveille sur l'émotion.

Et le constat tombe : oui, ce Roi Lion version 2019 est magnifique. Il est bluffant visuellement. La toute première séquence du film permet aisément de comprendre que Disney a franchi un cap jamais atteint dans l'histoire de l'animation. C'est une prouesse qui se vit dans les salles obscures, une formidable démonstration du savoir-faire de la firme à la souris : des décors aux personnages, tout est beau, d'un réalisme sidérant.

Pourtant, passé cette prouesse de réalisation, l'admiration et la fascination qui en découlent, le long-métrage de John Favreau ne parvient guère à masquer la vacuité de l'entreprise.

Le problème majeur repose sur ce sentiment de copier coller qui l'empêche de se distinguer, de posséder une identité lui étant propre : comme toute copie, le long-métrage montre rapidement ses limites en s'avérant moins spectaculaire, moins inspiré et moins drôle que l'original. Il n'y a aucune innovation, aucune prise de risque.

Si le Aladdin de Guy Ritchie a tant divisé, on ne peut réfuter qu'il parvenait à se démarquer du film d'animation de 1992, à y insuffler une nouvelle portée, un œil neuf et un style propre à son réalisateur.

Ici, les seuls moments réellement mémorables sont la transposition directe des scènes cultes du dessin animé, reprises pour ainsi dire plan par plan. En bon yes man, Favreau excelle à se calquer sur les directives données par des réalisateurs autrement plus talentueux que lui mais échoue lorsqu'il est laissé seul derrière sa caméra.

Son défaut le plus conséquent, toutefois, repose surtout sur les numéros musicaux. C'est le problème de miser sur une esthétique très réaliste : on ne peut pas intégrer le côté coloré, fun, féerique et dynamique de l'œuvre animée. Impossible à reproduire en conservant son cadre "plus vrai que nature", ces éléments sont tout simplement passés à la trappe.

Oubliez donc la pyramide abracadabrantesque des animaux sur Je voudrais déjà être roi (I Just Can't Wait To Be King), la tendresse malicieuse renvoyée par L'Amour brille sous les étoiles (Can You Feel the Love Tonight ?) ou encore l'exubérance d'Hakuna Matata. Résultat : les passages chantés sont d'une platitude abyssale...

Heureusement, les musiques comme les paroles sont presque inchangées, et si elles perdent de leur dynamisme à cause de la mise en scène, elles restent magnifiquement portées par l'incroyable doublage de la VO.

Niveau VF, elle est correcte : contre toute attente, Jamel Debbouze se glisse parfaitement derrière l'identité de Timon ; la seule véritable fausse note du casting est Rayane Bensetti dont la voix trop juvénile détonne sur le Simba adulte. S'il est souvent convaincant face caméra, niveau doublage le jeune acteur a donc encore tout à prouver.

De fait, il aurait été beaucoup plus osé et intéressant de pousser le parti pris réaliste à son maximum et d'ôter tout dialogue et toute chanson au long-métrage. Un choix forcément moins payant lucrativement-parlant mais fort et astucieux - Disney avait déjà esquissé un pas dans cette direction avec la première demi-heure de Wall-E, sans toutefois appliquer ce choix à l'ensemble de sa production familiale SF.

Le film n'est donc ni un fiasco, ni une réussite, juste un ersatz du dessin animé original et une formidable démonstration du savoir-faire technique des studios. A trop vouloir caresser les fans dans le sens de la crinière, on obtient un produit au marketing imparable mais curieusement désincarné. Ainsi, la nostalgie a beau être à son comble, cela ne suffit pas à masquer l'inutilité de ce remake.

À la place, vous pouvez toujours redécouvrir Aladdin - encore projeté dans quelques salles. Quant aux fans du Roi Lion, ils peuvent se procurer le très beau et très instructif ouvrage qui lui est consacré (paru aux éditions Huginn and Muninn) et regarder la superbe vidéo de M. Bobine sur le sujet ! Des passionnés qui évoquent l'un des plus beaux classiques animés de tous les temps, voilà qui nous permet davantage de rugir de plaisir !

🎬  Crawl : 3,5/5

Des alligators belliqueux ; une jeune championne de natation en froid avec son père mais contrainte de porter secours à ce dernier en plein ouragan ; une cave inondée ; une incapacité totale à joindre les secours...

Le scénario tient sur une pancarte mais s'avère curieusement habile, bien amené, ciselé et cohérent. Après une mise en place des plus soignées et une ambiance qui prend le temps de s'instaurer convenablement, l'angoisse, elle, monte crescendo. La tension est à l'image de cette inondation qui gagne du terrain et menace de submerger nos deux protagonistes.

La peur se veut omniprésente à tous les niveaux : la claustrophobie, l'angoisse liée à la noyade, la terreur provoquée par les rondes imprévisibles des deux alligators, la crainte de perdre un être cher... Ce long-métrage survivor joue ainsi une véritable course contre la montre.

Le gore est bien entendu de la partie mais dosé à la perfection, évitant la surenchère, le grand guignolesque de certains longs-métrages récents. De ce côté, le réalisateur insiste sur des plans particulièrement radicaux et douloureux : des os brisés, des membres arrachés, des chairs perforées par les mâchoires des prédateurs... Difficile de ne pas grimacer à la vision des corps martyrisés de nos héros !

Le tout est parfaitement maîtrisé. Rien d'étonnant en cela puisqu'on doit à Alexandre Aja ce film de crocodiliens tueurs.

La trame n'est certes pas sans évoquer deux co-productions australiennes des plus distrayantes : à savoir Solitaire, qui met en scène des touristes traqués par un crocodile et piégés par la marée ; et Bait, qui montre cette fois un petit groupe d'individus enfermé dans un supermarché inondé à la suite d'un tsunami et aux prises avec des requins blancs.

Dans la sous-catégorie formée par les films de bestioles aquatiques mangeuses d'hommes, Crawl ne se distingue donc pas spécialement par son pitch.

En revanche, il se différencie de ses prédécesseurs par le réalisme de ses effets spéciaux, la beauté de ses plans en totale immersion, la réalisation terriblement efficace d'Aja et surtout ses personnages principaux.

Ces derniers constituent sans aucun doute l'un des points forts du film. Dave Keller et sa fille Haley sont très bien développés, étoffés et attachants, profondément humains.

Le parcours d'Haley la rend crédible en femme de caractère, endurante et arrogante mais aussi fragile, perdue et emplie de culpabilité envers sa famille. Son statut de nageuse professionnelle lui permet d'accomplir des actions inaccessibles au commun des mortels et renforce surtout la vraisemblance du scénario. La légitimité d'Haley à accomplir ses prouesses n'est jamais remise en cause par les spectateurs car ses capacités sont établies dès les premières minutes du film.

Dave, quant à lui, a mené son existence par procuration, via le don de sa fille pour la natation, au point de se perdre dans ses ambitions pour elle, d'être davantage son entraîneur que son père, de délaisser sa femme et son second enfant. Il mène une existence morne, incapable de se détacher de son passé et de ce qu'il a perdu. Si Dave aurait pu être un fardeau pour Haley, il démontre une réelle intelligence, un soutien inébranlable et agit à la hauteur de ses moyens. Il n'est jamais inactif.

C'est l'absence de passivité ou d'actions irraisonnées qui permet au tandem de fonctionner à merveille et encore une fois de leur accorder du crédit.

Quant aux conflits moraux qui animent le père et la fille, contraints de se rapprocher et de compter l'un sur l'autre dans une situation terriblement anxiogène, ils sont très bien exploités. Cette alliance imprévue permet des retrouvailles difficiles mais salutaires, une mise au point intense qui établira de nouveau la confiance entre eux.

Seul petit défaut du film : Aja ne voulait pas se restreindre à un huit-clos et émaille donc le récit de quelques figures secondaires tout juste bonnes à servir de bouffe à crocos. Un choix qui ressemble plus à une facilité scénaristique - celle de pouvoir rajouter quelques trépas bien sanglants entre deux moments de tension pour rehausser l'intérêt des spectateurs. Une précaution qui s'avère parfaitement inutile puisque le public est déjà totalement happé par le sort de Haley et son père ! Ce parti-pris est donc décevant ; se focaliser uniquement sur les actions menées dans la propriété des Keller aurait été on ne peut plus suffisant.

Crawl est une très bonne surprise, un thriller angoissant à souhait et curieusement jouissif, porté par un duo d'acteurs talentueux - Kaya Scodelario et Barry Pepper.

Plonger dans Crawl vous permettra sous doute de vous rafraîchir en cette période caniculaire mais ce sera donc à vos risques et périls !

🎬  Le coup du siècle : 1,5/5

Disons le tout net : c'est mauvais !

La splendide Anne Hathaway, l'absurdement mignon Alex Sharp, la BO survitaminée et la beauté des paysages méditerranéens ne parviennent guère à sauver du naufrage cette comédie criminelle torpillée constamment par son humour poussif.

Ce n'est ni mordant, ni culotté, ni féministe mais, à l'exact opposé, d'une lourdeur, d'un conformisme et d'un sexisme qui donnent matière à grincer des dents..

L'intrigue, pas inintéressante en soit, est totalement plombée par la performance de Rebel Wilson. Cette dernière est encore une fois prisonnière de son rôle fanfaron et gaffeur, véritable ersatz de son personnage de Pitch Perfect. La comédienne défraie certes les standards étriqués infligés aux actrices mais se voit toujours proposer le même genre de rôles, trahissant l'absence totale d'évolution de l'empire hollywoodien quant à ses diktats. Résultat : Wilson cabotine, surjoue, s'ennuie à mort et nous avec.

Quant à Anne Hathaway, après le fiasco Ocean's 8, on s'inquiète quand même un peu pour elle. Bien que toujours parfaitement à l'aise dans ses rôles (elle l'est également ici), elle semble choisir des scénarios plus insipides que jamais. D'où notre impatience de la découvrir dans le drame intimiste Dry Run et surtout en reine de sabbat dans Sacrées sorcières, nouvelle adaptation du classique de Roald  Dahl, signée par Robert Zemeckis. Allez, disons que ces deux flops n'auront été qu'un bref égarement dans la trajectoire d'Hathaway. Pas sûr qu'on puisse être si optimiste pour la carrière de Rebel Wilson...

Heureusement, il y a Alex Sharp, qui offre l'un des rares rebondissements probants du film, et impose sa bonne bouille candide sur l'ensemble du long-métrage.

A part ça, jouons carte sur table : Le coup du siècle est un coup manqué.

🎬  Cold Skin : 4/5 (direct-to-video)

Après avoir écumé les festivals (BIFFF, l’Étrange Festival, Gérardmer) pendant deux ans et rencontré le succès, Cold Skin débarque enfin en France. La dernière réalisation de Xavier Gens n'aura hélas pas bénéficié d'une sortie cinéma dans nos contrées mais d'un direct-to-video. C'est d'autant plus regrettable que cette fable noire et tragique, inspirée du roman d'Albert Sánchez Piñol, se prêtait parfaitement au grand écran : ambiance lyrique, photographie sublime, paysages hors-du-temps de Lanzarote, maquillage bluffant, violence et dantesque des scènes se déroulant dans le phare... La trame aurait pu être écrite par Lovecraft et les visuels peints par Caspar David Friedrich tant le fond comme la forme sont sidérants de beauté.

Le dernier long-métrage de Gens est sans nul doute son plus beau, son plus abouti, son plus complexe aussi. Cold Skin ne se limite pas à l'horreur - cette dernière est d'ailleurs plutôt secondaire - mais tend vers différents genres : le conte, l'épouvante, la philosophie, le parcours initiatique, le survival, le fantastique... Il explore avec une sensibilité infinie le parcours d'un jeune météorologue exilé sur une île désertique, devant composer avec le gardien de phare aux motivations troubles Gruner et une horde de créatures amphibiennes prête à lancer l'assaut nuit après nuit.

Notre héros anonyme, jeune homme mélancolique et taciturne, voit très vite sa nature pacifiste être mise à mal : le caractère surnaturel de ces êtres étranges, l'isolement, l'incompréhension et la compagnie toxique de Gruner, manqueront à plusieurs reprises d'avoir raison de son esprit civilisé. Etre tué ou tuer, se cantonner au rôle de proie ou devenir le chasseur, laisser le bénéfice du doute ou tirer en premier. Affronter les monstres qui guettent à l’extérieur tout en affrontant ses démons intérieurs – soit la menace la plus fourbe, la plus intime : la nôtre.
Gens nous offre une plongée terrifiante dans les méandres de l’esprit humain : par l'intermédiaire de son protagoniste principal, il marque l'alliance malheureuse puis la confrontation véhémente avec Gruner. Le personnage est extrêmement malsain et ambigu, déstabilisant et imprévisible. Le gardien du phare, poussé dans ses derniers retranchements, nous montre comment un homme, ainsi acculé, peut retourner à l’instinct primitif, sauvage ; le scénario questionne perpétuellement sur la moralité et l’altruisme, de même que le sens revêtu par ces mots dans un contexte hostile.

On peut évidement y voir une allégorie fantastique de la xénophobie, de cette peur farouche de l’autre, si différent, si inconnu. Si bien que, très vite, une question se pose : qui est l'être civilisé et qui est la bête ?

Alors que Gruner s'avère tomber dans les pires  travers (notamment les violences physiques, psychologiques et sexuelles), notre héros va apprendre à connaître la créature que le gardien à réduit en esclavage : Aneris. Entre le jeune homme et l'être aquatique, un lent apprivoisement se met en place, fascinant et déroutant, dont la pureté détonne singulièrement avec leur univers cruel.

Le film étant particulièrement dense et la trame des plus éprouvantes, il fallait, pour incarner les trois personnages principaux, des acteurs à la hauteur. Et ils le sont, tous. Le trio de comédiens se résume en un adjectif : incroyable. Ray Stevenson tient là son rôle le plus marquant depuis Rome ; il s'avère saisissant en Gruner, parvenant à gérer à la perfection la nature tordue et brisée de son caractère. La sublime Aura Garrido (révélée par la série pour ados Ángel o demonio) campe une Aneris plus vraie que nature et parvient à conférer à son expression toute la subtilité nécessaire, sans que le maquillage ne soit en rien un obstacle. Enfin, David Oakes, habitué aux rôles dérangeants (Action ou Vérité, The Borgias, Les Piliers de la terre, The White Queen) gère une fois de plus magnifiquement bien les héros tourmentés : charismatique, habité, romanesque, doux et violent, il incarne à merveille cette âme de poète maudit et démontre de nouveau toute l'étendue de son talent.

Gens s'est bien entendu éloigné quelque peu de son matériel d'origine. Il a rendu son histoire plus manichéenne, moins pessimiste. Mais aussi beaucoup moins froide et désincarnée, davantage orientée vers l'humanité de son héros et la poésie. Les changements les plus notables sont d'ailleurs liés à son protagoniste principal, nettement plus sympathique que le narrateur du roman. Le réalisateur a choisi de conserver sa nature anonyme mais, contrairement au livre, il ne fait également jamais mention d'un quelconque passé. Ce changement simple rend l'identification au héros d'autant plus forte : il pourrait être n'importe qui, n'importe quand.

S'il a su se détacher de l'oeuvre de Piñol, Gens a su néanmoins extraire les thématiques et la puissance du livre, tout en lui donnant les atours d’une fable onirique.

Dans son univers, le Beau et la Bête s’y fréquentent dans de sombres contrées battues par les vents, menacés par la barbarie humaine, exilés au cœur d’un paysage sauvage où le noir du sable s’oppose au bleu glacé de la mer. Dans Cold Skin, la peau est froide mais le cœur est bel et bien chaud. De quoi tomber intensément amoureux de ce film à la croisée des genres.

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