Cin’express : Mai 2019

02/06/2019

🎥 Cin’express :

Mai 2019 🎥

1/4

🎬  Détective Pikachu : 3,5/5

On le sait, à Hollywood, il y deux sortes d'adaptations particulièrement mal loties : celle d’œuvres japonaises et celle de jeux vidéos.

D'où la crainte de beaucoup lorsque le projet Détective Pikachu a été annoncé. Il faut dire que l'adaptation d'un jeu vidéo lui-même inspiré de l'univers japonais le plus lucratif de tous les temps - Pokémon - avait de quoi en inquiéter plus d'un ! A première vue, le film semble cumuler les choix purement mercantiles ou totalement douteux : Ryan Reynolds prêtant son ton déjanté à la célèbre souris électrique, un réalisateur au succès tout relatif aux commandes, des scénaristes entièrement anglophones, le choix du support live-action pour porter à l'écran des personnages dessinés...

Et "coup de théâtre très théâtral" comme dirait Pikachu : le film marche. Il marche même très bien.

Premier constat : l'esthétique est extrêmement soignée. Les Pokémon sont (presque) tous excellemment bien retranscrits et c'est un plaisir de retrouver les plus emblématiques tout au long du film - Pikachu est encore plus adorable que prévu, le troupeau de Bulbizarres est absolument craquant, Drakofeu est un dragon tout feu tout flamme plus vrai que nature, on croise également des Caninos chiens policiers, des Carapuces venant en aide aux pompiers ou encore un Psykokwak en guise de comic relief... L'idée de créer un monde où les Pokémons sont parfaitement intégrés et respectés (ce qui n'est absolument pas le cas dans la série animée culte) est séduisante et fonctionne au-delà des espérances. Pour ce qui est du reste, on soulignera la singularité de la ville de Ryme City, croisement réussi entre une métropole japonaise et américaine. Visuellement le film est parfait, maîtrisé en tous points et comporte son lot d'images fortes - difficile de ne pas penser à un passage amené à devenir culte, mettant en scène des Torterras, qui frappe par sa démesure, son dantesque revendiqué !

Enfin, le rythme effréné et la densité du scénario permettent aux jeunes spectateurs, comme aux plus grands, d'être totalement investis dans le long-métrage.

Pour autant, tout n'est pas parfait au sein de ce Détective Pikachu. Bien qu'il soit l'une des meilleures adaptations de jeux vidéos toutes décennies confondues, devant le sympathique Tomb Raider ou le fulgurant Silent Hill, le film échoue à certains niveaux, notamment son casting, très inégal.

Evidemment, Ryan Reynolds est génial en Pikachu, qu'il incarne via la technique de la motion capture : il apporte un côté décalé à l'ensemble, se révèle drôle et touchant... Son Pokémon accro à la caféine, vantard et mignon tour à tour, est très attachant. Son duo avec le jeune héros Tim - Justice Smith - est également une réussite. Smith est considéré comme l'un des jeunes espoirs les plus prometteurs du cinéma hollywoodien, ce qu'il prouve une fois de plus ici.

De leurs côtés, Ken Watanabe fait le strict minimum et Bill Nighy s'éclate visiblement dans son rôle de milliardaire excentrique.

Le véritable problème vient de Kathryn Newton, l'actrice qui incarne Lucy, la journaliste avec laquelle Tim et Pikachu sont amenés à faire équipe : son jeu théâtral détonne face à celui, tout en subtilité, de Justice Smith. Le fait d'opposer deux personnalités radicalement différentes était sans doute une volonté de la production mais force est de constater que cela ne marche absolument pas ici. Sur-jeu constant, moue inexpressive façon poupée Barbie, déjantée sans jamais être drôle, Newton semble totalement perdue et peine à convaincre les spectateurs. Elle n'est pas aidée par son rôle qui, sur le papier, la dépeint en journaliste maligne, indépendante et barrée mais est vite cantonnée à la love-interest potiche du héros.

Quant à la BO, si la bande-annonce nous avait régalés en associant à son long-métrage des tubes décalés avec son sujet (Holding Out for a Hero ou Happy Together), le film ne prend pas le risque de poursuivre ce parti-pris ici. La partition se révèle des plus classiques, ni mauvaise ni bonne, mais anecdotique et donc franchement oubliable.

Détective Pikachu reste néanmoins un bon divertissement familial, à la fois nostalgique et sympathique, très abouti visuellement, qui offre une bonne décharge d'aventures et d'humour. Tout en revendiquant son côté enfantin, il insuffle à son intrigue une foule de rebondissements et traite de thématiques sérieuses. Pika-pika !

🎬  Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile (exclusivité Netflix) : 4/5

Les tueurs en série ont toujours capté l'attention du grand public tant ils questionnent sur la perversité de l'âme humaine, sur le basculement de l'Homme en monstre, sur la complexité psychologique d'un être destructeur entièrement dédié aux meurtres... C'est un fait : qu'ils révulsent ou fascinent, l'indifférence est rarement de mise lorsque leurs cas sont évoqués.

On ne compte plus le nombre de psychopathes qui hantent la fiction, devenant d'un même coup des antagonistes cultes - Hannibal Lecter, Patrick Bateman, Norman Bates, Dexter Morgan et bien d'autres encore.

Mais il est beaucoup plus difficile, en revanche, de s'attarder sur des œuvres mettant en scène un tueur ayant réellement existé, ayant ôté la vie à des victimes de chair et de sang, ayant commis l'irréparable hors des limites d'un livre, d'un film ou d'une série. Le malaise qui en découle, la crainte et l'horreur y sont d'autant plus présents. Pour l'équipe qui traite pareil sujet, du scénariste au réalisateur en passant par l'acteur/trice choisi(e) pour interpréter le rôle titre, le traitement est plus qu'épineux.

Il y a eu quelques réussites, comme le glaçant Monster où Charlize Theron incarnait à la perfection la tueuse Aileen Wuornos ou la prestation plus que convaincante de Jeremy Renner dans Dahmer.

Mais parmi tous les psychopathes à avoir inspiré tant le petit comme le grand écran, un nom se détache des autres : celui de Ted Bundy. Source d'une indiscutable fascination macabre, ce tueur à la gueule d'ange, violeur et nécrophile, a plongé l'Amérique dans le chaos : trente victimes avouées mais une centaine supposée, une enquête laborieuse, un procès qui vire à la prestation théâtrale, un physique aux antipodes des clichés véhiculés sur les meurtriers, un assassin qui aspirait à être avocat et était unanimement reconnu comme brillant, qui menait une existence familiale et sociale épanouie... De quoi l'ériger sans problème en personne principal d'un bon thriller sanglant et racoleur !

De fait, plusieurs films lui ont été consacrés, avec plus ou moins de succès. Le dernier en date ? Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile.

Derrière la caméra, on retrouve Joe Berlinger, un choix qui apparaissait comme l'évidence même : le réalisateur avait en effet dédié à Bundy une série documentaire, Conversations With a Killer, sortie quelques mois plus tôt et reçue positivement par la critique. Berlinger, visiblement fasciné par Bundy, s'était par la suite attelé à un biopic sur le « Lady Killer » en offrant (surprise !) à Zac Efron le rôle principal.

Un choix atypique pour un film qui l'est tout autant ! La grande force de Extremely Wicked n'est pas tant de retranscrire le parcours d'un tueur mais bel et bien de montrer la façon dont il était perçu par son entourage. Charmeur, intelligent, drôle, ambitieux, charismatique, orateur génial, séducteur, sympathique, athlétique... Devant la caméra, Bundy a tout d'un Leonardo Dicaprio façon Arrête-moi si tu peux. Le long-métrage retranscrit à la perfection l'image attrayante, la manipulation tordue dont use le psychopathe, notamment sur les femmes - sa compagne de l'époque Liz et son adoratrice éperdue Carole Ann en tête.

Mettant finement en place son piège, Berlinger s'abstiendra durant la plus grande partie du film de montrer toute scène violente incriminant son sujet : il se focalise sur la sympathie que véhiculait Bundy et entraîne le spectateur dans une illusion quasi parfaite. Pour ceux qui ignoreraient tout de l'affaire, il est impossible de ne pas s'attacher au personnage ; pour ceux qui la connaissent, le doute commence malgré tout à s'insinuer, perfide, violent, déstabilisant, écrasant. 

Cette image, glamour à outrance, évoque toute la supercherie démoniaque que Bundy avait tissée autour de sa personne. Le public veut qu'il soit innocent, le souhaite viscéralement, se demande si les arguments de son plaidoyer ne sont pas effectivement vrais...

L'absence de meurtres glauques et perfides rend, paradoxalement, le film d'autant plus dérangeant. Chaque scène où se dessine, en filigrane, la perversion de Bundy ne fait qu’en renforcer l’impact. Derrière la pellicule lisse et l'image exemplaire renvoyée par  le physique irréprochable d'Efron, il y a la bête, les pulsions qui palpitent, l'horreur et le sang. Lorsque la violence se déverse à l'écran, tardivement, le spectateur est déjà sous le charme de Bundy et le retour à la réalité est rude, suffocante, à l'image du ressenti de Liz. Ce passage, magnifiquement mis en scène, est sans nul doute le plus glaçant et le plus réussi de tout le film.

Un scénario diabolique, une réalisation inspirée, une BO séduisante qui combine de nombreux titres cultes - Lucky Man, Don't Leave Me This Way ou encore Crimson and Clover... Mais qu'en est-il du casting ? Là encore, c'est un sans faute.

Lily Collins est bouleversante en mère célibataire courageuse et déterminée, qui va voir son monde vaciller durant l'affaire Bundy : les transformations de l'actrice, apparaissant pétillante et épanouie puis amaigrie, livide, aux traits marqués par le doute et l’alcoolisme au fil de l’intrigue, sont remarquables. Collins est l’une des jeunes actrices les plus brillantes de sa génération et elle le démontre encore une fois, avec cette femme rongée par la culpabilité, le doute, l’affection.

Autre étoile montante, Kaya Scodelario qui, loin de ses personnages habituels de femmes fortes, incarne ici Carole Ann, une admiratrice de Bundy dont l’amour tourne à la dévotion tourmentée la plus totale. Un rôle difficile que Scodelario, presque méconnaissable, parvient à rendre parfaitement crédible.

Le reste du casting compte des apparitions remarquées de James Hetfield (cofondateur, chanteur et guitariste du groupe Metallica), Haley Joel Osment ou encore Jim Parsons. Mais c’est surtout la présence imposante de John Malkovich en juge Cowart qui reste en mémoire. Le singulier duo formé par Cowart et Bundy est l’un des points les plus réussis de la seconde partie ; l’alchimie entre Malkovich et Efron est palpable, leurs échanges fonctionnent incroyablement bien.

Zac Efron enfin, tête d’affiche du projet, incarne avec une classe glaçante le tueur le plus connu des Etats-Unis, se parant des différents visages de Bundy – petit ami aimant, avocat en devenir, prédateur sexuel, meurtrier sociopathe – avec une aisance remarquable. Après avoir été l’idole des jeunes filles pour ses capacités de chanteur puis démontré son sens de l’autodérision dans des comédies pataudes, Efron signe ici sa meilleure prestation. En dévoilant un côté plus sombre et plus mature, constamment sur le fil, il prouve du même coup ses véritables capacités devant la caméra. Quel chemin parcouru depuis High School Musical et Nos chers voisins… De quoi nous donner envie de visionner ces prochains projets avec beaucoup d’intérêt.
On achève le long-métrage de Berlinger sur un sentiment de malaise, une foule de questions en tête et une impression inoubliable. Nul doute que sa vision de Bundy, contrairement à beaucoup de ses prédécesseurs, saura marquée les esprits. Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile est un film extrêmement prenant, obsédant et réussi. La claque Netflix de 2019.

🎬  Aladdin : 4/5

Cette année, entre deux sorties Marvel et Star Wars, Disney a réussi à caser dans son planning non pas trois mais quatre adaptations live de leurs classiques animés : Dumbo, Le Roi lion, Maléfique - Le Pouvoir du Mal et Aladdin.

Maléfique 2 risque d'être hautement dispensable (la suite d’un film raté n’augure rarement quoi que ce soit de bon) ; Le Roi Lion promet d’être épatant ; quant à Dumbo et Aladdin, ils suscitent la curiosité pour les réalisateurs rattachés à leur titre : Tim Burton d’un côté, Guy Ritchie de l’autre, deux créateurs à la patte très reconnaissable, longtemps salués par la critique et populaires auprès du public. Embaucher Burton et Ritchie est un pari osé, les deux hommes cultivant un style singulier  qui ne colle pas forcément à l’image lisse et proprette véhiculée par Disney. Si Burton avait déjà collaboré avec les studios (Alice au Pays des Merveilles, Frankenweenie), Ritchie, lui, était loin d’être un familier de la firme à la souris…
Dumbo s’est avéré correct mais qu’en est-il d’Aladdin ? Et bien, c'est sans conteste l'une des meilleures adaptations live jamais signée par Disney, occupant le haut du podium avec Le Livre de la Jungle et Jean-Christophe & Winnie.

Premier point fort : le film est d'une beauté renversante - visuellement, c'est une escapade éblouissante dans l'univers des mille et une nuits qui nous est proposée ici. Aladdin version dessin animé brillait déjà par son univers chatoyant, la version live de Ritchie rend hommage à ces paysages et ces décors : souks colorés, palais d'or, chambre avec vue sur les toits de la cité orientale, mers turquoises, toilettes brodées, déserts infinis, caverne aux merveilles scintillant de tous ses feux... Entre féerie et grandeur, l'esprit du DA est parfaitement retranscrit.

Ritchie maîtrise incroyablement cet univers et se l'approprie. Sa patte est donc bien visible tout en respectant l'oeuvre originale : le rythme effréné des courses-poursuites (où il excelle toujours autant) est contrebalancé par de très beaux plans séquences qui permettent d'imprégner le public de cette magie si particulière.

Et puis il y a les chorégraphies, dont Ritchie parvient à capter toute la frénésie et l'intensité... En effet, le film revendique un côté très bollywoodien ; les passages chantés et dansés illustrent à la perfection ce parti-pris. Cet Aladdin étant une co-production américano-indienne, il semble emprunter de nombreux éléments au cinéma hindi - les chorégraphies endiablées et les couleurs chatoyantes notamment... Niveau musique, la partition d'Alan Menken est toujours aussi sublime et les titres cultes de 1997 n'ont pas pris une ride.

Le long-métrage dure 2h08 mais semble étonnamment  court : il est mené tambour battant dès son introduction sur Nuits d'Arabie, avec cette effervescence jouissive que le réalisateur affectionne tant, sans pour autant laisser la sensation d'avoir été bâclé. Il n'y a pas une seconde de flottement dans le long-métrage, tout s'enchaîne à une vitesse vertigineuse tout en exposant convenablement ses protagonistes et son intrigue. 

Et que dire du casting ?

La distribution est parfaite - à quelques détails près que nous évoquerons par la suite. 

Mena Massoud campe le personnage éponyme avec maestria : son Aladdin, virevoltant et terriblement craquant par sa maladresse et ses hésitations, est loin de son alter-ego animé, plus humain, plus touchant aussi. Il dégage une sorte de candeur rêveuse plus subtile que dans le film de 92. Il démontre aussi une grande aisance tant dans la danse que dans les cascades, résultats d'un entraînement rigoureux mais ô combien payant. Loin du bellâtre à la beauté classique, il renvoie une image charismatique et malicieuse, tout en étant parfaitement crédible en héros d'action.

Naomi Scott (Jasmine), mutine et impétueuse, lui donne la réplique avec aisance : leur alchimie est palpable, leur couple fonctionne très bien, glamour et taquin à la fois. Jasmine est à la fois une femme forte et une princesse éprouvée par le doute, revendiquant sa place tout en cherchant à assumer pleinement ses responsabilités et ses désirs. En un mot : une figure féminine moderne, parfaitement intégrée aux années 2010, qui s'illustre à merveille sur la chanson Parler / Speechless. On peut regretter toutefois que, contrairement au dessin animé où elle brillait par son audace et sa débrouillardise, Jasmine soit ici beaucoup moins fougueuse et intrépide. Laissons donc à Disney quelques temps pour comprendre qu'on peut à la fois être une femme d'action ET une intellectuelle... Niveau féminisme, il y a toutefois une avancée certaine par rapport à la Belle incarnée par Emma Watson en 2017, laquelle se distinguait par l'invention d'une machine à laver, un air hautain et ne jurait que par les ouvrages romantiques !

Will Smith incarne un Génie résolument contemporain : il est très loin de la vision de Robin Williams et, quoi que surprenante, cette idée est excellente. Les deux Génies sont si diamétralement opposés qu'ils sont incomparables ! Smith fait un excellent travail sur son personnage, qu'il rend attachant, agaçant, hyperactif et noceur, tel un DJ aux pouvoirs cosmiques phénoménaux... S'il fait le show une bonne partie du film, il n'empiète pas pour autant sur la psychologie d'Aladdin ou le parcours d'émancipation de Jasmine. Smith est incontestablement la star du long-métrage mais il n'en est pas pour autant la tête d'affiche et ses apparitions sont toujours maîtrisées.

Le reste du casting est tout à fait à l'aise mais on ne peut s'empêcher d'être légèrement dubitatif face à cette version de Jafar... Et voici la transition idéale pour entamer les quelques points négatifs du film – car malheureusement, il y en a.

Faire de Jafar un jeune vizir à peine plus âgé qu'Aladdin met d'emblée un parallèle entre les deux hommes : c'est intelligent, d'autant que le passé de Jafar est ici largement plus exploité. Mais, clairement, Marwan Kenzari ne parvient jamais à rendre son personnage aussi imposant, pince-sans-rire, sadique et sournois que le personnage original. Il est plutôt lisse et, au final, ne constitue pas un antagoniste digne de ce nom - sa supériorité ne fait jamais sens face à Aladdin ou au Génie, voir même à Jasmine. Il n'est pas aidé en cela par la conclusion de son personnage, insignifiante et oubliable - le final laisse quelque peu à désirer, il n'a ni l'ambition, ni la majesté revendiquées par l'ensemble.

Dans les points négatifs, citons la relation Jasmine-Aladdin, dont le coup de foudre tient davantage du pastiche, et qui n'a jamais vraiment droit à ses scènes de passion - leur rencontre et leurs baisers sont beaucoup plus classiques et expéditifs que dans le film d’animation par exemple. Le film semble également parfois embourbé dans une pudeur un peu excessive : tous les sous-entendus et blagues à caractère sexuel du dessin animé ont été gommé. Exit les baisers langoureux, les danseuses affriolantes apparues dans la Caverne aux Merveilles d'un claquement de doigts du Génie ou la scène qui montre Jasmine enchaînée dans une séduisante tenue rouge rubis. Coupé cette dernière scène est autrement plus regrettable car elle démontrait la misogynie de Jafar d'une façon beaucoup plus subtile que les répliques phallocrates balancées par le grand vizir : dès qu'il en a le pouvoir, il la réduit d'emblée à un fantasme, à une esclave, le tout dans une couleur associée généralement au désir. C'était à la fois beaucoup plus parlant et astucieux que de présenter dès les premières minutes le personnage comme un sexiste de la pire espèce.

La servante de Jasmine (Dalia, incarnée par Nasim Pedrad), ainsi que l'arc narratif du personnage, n'ont pas grand intérêt, si ce n'est rajouter une dimension comique inutile - l'humour se suffit largement en lui-même et Smith assure cette charge pour l'ensemble du casting.

S'ils sont de bonne facture, les effets spéciaux manquent parfois de réalisme, notamment pendant la parade sur la chanson Prince Ali.

Mais tout cela, en toute honnêteté, reste davantage de l'ordre du chipotage.

Avant de conclure, petit aparté sur le doublage français : il est globalement très bon, en particulier Anthony Kavanagh qui prête sa voix au Génie. Après s'être illustré dans La princesse & la grenouille et surtout Vaiana, il confirme une fois de plus son savoir-faire. Les paroles des chansons sont très proches des originales, la partition a été remixée et interprétée avec beaucoup de talent - la VO est pour une fois moins performante à ce niveau. En revanche, la synchronisation labiale est souvent aléatoire, voir catastrophique... A vous donc de choisir mais les deux, VF comme VO, sont hautement appréciables.

En conclusion, Aladdin est un grand et beau film d'aventures comme on en voit peu, entre magie et péripéties, romance et show musical... Le tout est délirant, jouissif et mené d'une main de maître par Guy Ritchie. Une adaptation libre qui séduira les puristes comme les petits nouveaux : elle nous propose un rêve bleu de plus de deux heures, une balade en tapis volant qu'on serait mal avisé de refuser.

🎬  Rocketman : 4/5

C'est le succès inattendu de l'année. Un départ en boulet de canon qui, pourtant, s'allumait sous de bien mauvais augure.

Rocketman était un projet kamikaze qui végétait depuis 2012 - un projet de longue haleine qui prédisait un fiasco, tant son thème semblait être au mieux dispensable au pire suicidaire. En effet, comment évoquer Elton John sans parodier le chanteur haut en couleurs, sans adoucir son parcours turbulent, entre drogues, sexe et rock ? Comment être fidèle à l'histoire dans un long-métrage à gros budget sans lisser ou pasticher l'homme ?

Sept ans plus tard, la réalisation est passée entre les mains de Dexter Fletcher et le rôle titre est offert à Taron Egerton - un duo prometteur, tous deux ayant déjà collaboré ensemble sur l'excellent Eddie the Eagle.

Ce choix s'avère plus que cohérent : Fletcher avait déjà montré son goût pour les biographies atypiques ; quant à Egerton, il s'était très vite imposé comme l'un des jeunes acteurs les plus talentueux de sa génération et ce dès sa révélation dans Kingsman. Au delà de ses capacités d'acteur, il avait au préalable démontré ses prouesses vocales en doublant un personnage central dans Tous en scène - un film d'animation lambda qui vaut surtout pour sa BO et où Egerton interprétait avec brio I'm Still Standing, d'un certain Elton John... Qu'il s'agisse de Fletcher ou d'Egerton, il y a toutefois fort à parier que Rocketman soit la consécration de leur carrière respective.

Car Rocketman n'est pas bon : il est incroyable !

Dès les premières images et l'apparition ubuesque d'Elton John en costume de démon à paillettes, déambulant d'un pas décidé dans des couloirs immaculés, le charme opère.

Et très vite, un constat : le film ne sera pas un biopic classique. La dernière collaboration Egerton/Fletcher s'impose de fait comme l'exact opposé de Bohemian Rhapsody, autre biographie centrée sur une légende qui hélas s'était avérée mal réalisée, trop consensuelle et bourrée d'inexactitudes...

Ni lisse, ni conformiste, Rocketman ne trahira ni n'idéalisera le chanteur mais sera parfaitement à son image - déjanté, décomplexé, brillant, déprimant, kitsch, addictif, touchant, intense, follement improbable et délicieusement rock... La mise en scène fourmille d'idées,  les chorégraphies et les tableaux musicaux sont d'une inventivité délirante. L'académisme et la bien-pensance n'ont pas davantage leur place au sein de Rocketman que dans la discographie d'Elton John. La banale biographie se transforme donc en véritable comédie musicale où tous les acteurs démontrent un talent hallucinant.

Le portrait est authentique et donc loin d'être toujours flatteur (il débute d'ailleurs sur la confession de ses addictions - nombreuses, destructrices, face auxquelles il lutte perpétuellement), tout en s'abstenant de juger. On ne condamne pas un parcours, on l'expose, avec sincérité et compassion, par le prisme de l'Art et non du voyeurisme. Jamais ne seront occultés ses failles, ses troubles, ses erreurs, de même que sa grandeur, sa passion ou ses prouesses scéniques et vocales...

Egerton incarne le chanteur aux célèbres lunettes avec toute la sincérité d'un grand acteur : ni imitation, ni parodie, son interprétation toute en finesse, sur le fil, insuffle à son rôle la mélancolie et le génie de John. Méconnaissable, le jeune homme offre une prestation déchaînée qui, sur 2 heures, ne comporte aucun faux-pas. Les acteurs qui campent des versions plus jeunes d'Elton (Kit Connor et Matthew Illesley) sont tout aussi à l'aise dans un rôle pourtant complexe.

Le reste du casting est également impeccable, qu'ils s'illustrent dans des personnages hautement antipathiques (Bryce Dallas Howard en mère castratrice, Steven Mackintosh en père absent, Richard Madden en amant-manager tortionnaire) ou attachants (Gemma Jones en mamie gâteau, Charlie Rowe en jeune producteur visionnaire, Jamie Bell en soutien indéfectible), tous sont excellents.

Il est vrai que, parmi ces protagonistes qui encadrent la personnalité flamboyante d'Elton John, celui qui se détache le plus du lot est Jamie Bell qui incarne ici le parolier et meilleur ami du chanteur, Bernie Taupin. En poète rêveur, lunaire, fidèle et sincère, il est sensationnel. L'alchimie entre Bell et Egerton est palpable et le duo parfaitement complémentaire. La bromance entre Taupin et John est sans nul doute l'un des points forts du long-métrage : leur amitié fusionnelle, qui dure depuis plus d'un demi-siècle, est l'un des enjeux majeurs du scénario et est de fait parfaitement exécuté.

Outre la mise en scène, le jeu des acteurs, il y a bien entendu la musique, ré-instrumentalisée pour l'occasion et interprétée avec brio par le casting - Egerton évidement mais aussi Bell, qui livre sur Goodbye Yellow Road une ballade toute en intensité. Une BO mémorable et un orgasme auditif à la clef.

Mais le plus fascinant, au final, c'est de constater à quel point Rocketman parlera aux fans comme aux néophytes. Chacun  y trouvera son compte. Car le long-métrage décrit un parcours au final universel : s'accepter, lutter contre ses démons, s'émanciper des personnes toxiques, connaître l'amour, s'épanouir dans la plus belle des amitiés, se battre pour ses idées, ne rien lâcher professionnellement et, enfin, être en paix avec son "moi intérieur" - ce qu'on a été et ce qu'on sera, ce qu'on est au quotidien... Sous les paillettes, les shows et le business, il y a l’authenticité et la complexité d'un homme, transcendées par une équipe passionnée. C'est là où réside toute l'universalité des propos, toute la beauté des images, toute la force du sujet.

L'implication émotionnelle est si forte, le film si ambitieux et honnête qu'on lui pardonne volontiers une scène inutilement niaise et un final un peu trop abrupt.

Rocketman plaira aux amateurs de comédies musicales.

Il plaira aux mélomanes.

Il plaira aux cinéphiles.

Il plaira aux adeptes de biopics atypiques.

Il plaira aux inconditionnels d'Elton John.

Il plaira aux fans de Jamie Bell.

Il plaira aux admirateurs de Taron Egerton.

Et il plaira à tous les autres.

Voici une apothéose détonante à laquelle personne n'était préparé.

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