Mille & un mots avec... Renaud Hantson

26/03/2019

Mille & un mots avec...

Renaud Hantson :

Rock, Résistance & Renaissance

 

Un appel tardif le soir. Pas d'intermédiaire, pas d'attaché de presse. Au bout du fil, Renaud Hantson. Très vite, le tutoiement s'impose, la franchise aussi. On parle Deep Purple, famille, amour, intégrité artistique, addictions. Et, surtout, de Rock Star, son roman devenu album, projet endormi d'un opéra rock qui promet pourtant d'être révolutionnaire. Confidences qui mêlent littérature et musique, dont voici quelques extraits.

 © Renaud Hantson / Sand Mulas

 

On connaît tes goûts très éclectiques en musique mais j'aimerai que nous parlions de ton rapport à la littérature. Quel genre de lecteur es-tu ? Quels auteurs t'ont passionné ?

Mon rapport à la littérature est très basique. Je l'associe surtout à l'école : j'étais dans la filière littérature au lycée, je me suis brillamment planté au bac A au début des années 80 avec un 2 éliminatoire en philosophie... La mère de mon bassiste était prof de philo et m’a conseillé de faire appel, sans succès. On m'a juste répondu que mes écrits tenaient plus d'un devoir de français que de philosophie. J'étais sûrement tombé sur un mec d'extrême droite ou un flemmard qui n'avait lu que les premières pages sur les plus de 36 que j’avais écrites. Ça a démarré ma carrière dans la rébellion mais certainement aussi dans l’écriture. J'avais la réputation d'être un voyou doublé d'une tête et je n'ai pas supporté de redoubler. Le premier jour de la rentrée, j'ai lâché mes études, j'ai dit à ma mère que c'était terminé, que je deviendrai musicien et que je gagnerai cinq fois son salaire. Je me suis inscrit au conservatoire et j'ai eu la chance de tomber sur un des plus grands profs de batterie qu'on n’ait jamais eu en France : Guy Lefèvre. Mon groupe Satan Jokers était déjà en train de naître en parallèle.

Ma culture livresque s'est arrêtée plus ou moins à ce moment-là, elle est nettement plus limitée que ma culture musicale. Je détestais ce qu’on nous demandait de lire, Zola ou Hugo m'ennuyaient mais j'aimais bien Voltaire pour la rébellion qu'il véhiculait, son rapport au peuple, son côté working class hero comme dirait Lennon. Ça me parlait largement plus que la plupart des figures imposées. J'ai lu Baudelaire, Freud, Nietzsche et même Mein Kampf d'Adolf Hitler que j'avais dégoté chez un bouquiniste et lu par curiosité... Et autant je n'ai pas de sympathie particulière pour Yann Moix en tant qu’animateur TV, autant j'ai trouvé son livre, Partouz, brillant. J'ai aussi beaucoup d'admiration pour Joël Houssin, qui m'a inspiré mon titre Voyeur et avec qui j’ai pu échanger via Internet. J'ai surtout la passion des biographies, des romans de vie. J'ai toujours été fasciné par ce qu'il y avait derrière l'artiste. Ce que j'aime dans la littérature, c'est le choc, ce même impact que je ressentais dans le rock, cette espèce de violence, de tension.

 

Tu as déjà écrit deux autobiographies (Poudre aux yeux et Homme à failles), où tu évoques les addictions, la thérapie etc...

Sur le deuxième, je me suis mis moi-même dans une galère énorme. J'avais en tête de rédiger un abécédaire avec 7 mots pour chaque lettre, ce qui est suicidaire lorsque tu arrives à X, Y, Z !... Je voulais un ouvrage choc, raconter ce que j'avais vécu, le balancer à la gueule des gens et m'en débarrasser par la même occasion. Ce qui en vérité ne sert à rien : ce n'était qu'une grande séance d'exhibitionnisme. J'ai sincèrement cru que ce serait une autre forme de thérapie.

Le premier, Poudre aux yeux, a été écrit beaucoup trop tôt par rapport à ce que je vivais : il y a eu plein de faux-pas, je n'avais pas complètement arrêté ma consommation de substance. J'y croyais vraiment, je pensais que c'était l'acte final de la thérapie enclenchée avec le Docteur Laurent Karila... J'étais persuadé que l'écriture résoudrait plein de problèmes mais ce n'était pas tout à fait exact. C'était très compliqué, d'autant plus que le mec chargé d'apporter des modifications n'a rien corrigé au sens propre, il s'est contenté d'enlever des pans entiers de ce premier bouquin, des pans qui faisaient partis de ma vie et qui méritaient leur place au sein de l'autobiographie...

Évidemment, le but n'était pas de faire un pavé de 700 pages, je ne suis pas Keith Richards ou Michael Jackson, ç'aurait été indécent !

Quant au tome 2, c'était encore plus complexe car contrairement au premier, il n'est pas sorti chez Flammarion. Ces derniers ne voulaient pas d'un deuxième tome et j'y ai vu – au début – une forme de liberté : je pouvais écrire ce que je voulais, sans relecture. Je voulais appliquer la même méthode que sur le marché du disque où, depuis 2002, je contrôle totalement les productions que je sors. En musique, personne ne m'emmerde, il n'y a aucun directeur artistique qui me place sur un siège éjectable. Comme l'écriture d'Homme à failles restait un processus thérapeutique, je me suis mis en quête d'un petit éditeur, qui me laisserait toute liberté. Au début, en suivant cette logique implacable, ça semblait être le meilleur choix possible. J'ai signé aux Editions du Préau dont le directeur était fan de Starmania et de mes projets plus rock. Je ne prétends pas avoir écrit un grand bouquin mais Homme à failles était probablement la publication la plus ambitieuse du Préau avec une mise en page et des photos qui illustraient de manière assez classieuse chaque chapitre de façon intéressantes. Le mec était vraiment passionné.

© Renaud Hantson

 

Tu sors donc ton roman Rock Star après ces autobiographies. Il s'agit d'une fiction qui demeure pourtant implicitement liée à ta vie. Pourquoi ce besoin de t'investir dans cette auto-fiction ?

C'était un défi, un challenge. Avec le recul, j'aurai dû m'en tenir à Rock Star pour parler de tout ça ; c'est ma plus grande fierté, mon projet le plus cher et le plus abouti, le plus personnel en fin de compte. Le message est le même dans les trois bouquins mais exposé différemment. Je pensais hâtivement qu'exposer ma vie aurait un impact. Ce qui me plaisait, aussi, c'était le côté très américain : en France, il n'y a pas d'artistes qui ont le courage de balancer sur la table des trucs qui concernent en vérité plein de gens, des choses totalement personnelles et théoriquement impossibles à dire lorsque tu es censé avoir une vie publique.

Moi, j'ai eu cet avantage de ne pas avoir la médiatisation d'Obispo ou Calogero, d'être libre d'en parler ouvertement. J'ai mené une existence de rock star, sans que cela ne se sache ; ma culture est devenue la même que celle de mes idoles d'adolescence.

Très jeune, j'ai concrétisé 99% de mes rêves, j'ai eu de l'argent, j'ai très bien vécu de ma profession... Mais je ne suis pas devenu le Balavoine que beaucoup voyaient en moi à l'époque, j'étais cerné par les dealers et j'ai fréquenté très tôt les lieux de perdition. Sauf que lorsque tu as un penchant pour les excès, le sexe, les substances, etc. tout ça devient vite ingérable. Une joie est prétexte à se déchirer la tronche, un malheur est prétexte à fuir en avant également. Je n'en suis pas fier mais c'est de là qu'est né mon parcours et mon engagement dans la prévention.

Si ce trajet de vie peut me permettre d'informer d'autres gens, des jeunes, des parents, tout ça n’a peut-être pas été vécu pour rien.

 

Rock Star a été écrit en collaboration avec Aurélie Roux, comment s'est-elle retrouvée dans ce projet ?

La collaboration est née d'une rencontre peu banale. J'ai été contacté sur Facebook par cette jeune femme, totalement repliée sur elle-même, à l'écart du monde, une geek à la limite de l'autisme dans son rapport avec les autres, qui ne vivait que via Internet.

Elle bossait dans une pharmacie, elle était fan de musique mais vivait dans une sorte de solitude certainement très frustrante. J'ai trouvé sa plume très belle. Elle m'avait envoyé un message en privé sur une de mes pages Facebook. Spontanément, je lui ai suggéré d'écrire et n’ai pas tardé à lui parler d'un projet en chantier. Je lui ai suggéré un genre de "cap ou pas cap" : nous nous sommes rencontrés, je lui ai donné la trame de Rock Star et lui ai expliqué tout ça. Nos échanges étaient très compliqués au début, je monologuais, elle répondait par quatre mots grand max puis elle se mettait à travailler sur son ordinateur.

J'ai compris très vite qu'il fallait fonctionner de la manière suivante : la laisser démarrer les chapitres pour aller ensuite où je le souhaitais. Pour le chapitre 2 (NDLR : Métro transport très commun), elle a apporté la poésie qui me faisait défaut en tant que Parisien. Le métro est un miroir terrible de la société, une cour des miracles qui fait peur où les gens se regardent en chiens de fusil. Elle, elle vit en province, elle a pris le métro trois fois dans sa vie, et elle en a tiré une description de la ligne 13 mille fois mieux que ce que j'aurai pu faire.

Je corrigeais ce qu'elle amenait et elle corrigeait ce que je lui apportais. C'était très positif comme relecture, rien à voir avec mon expérience chez Flammarion !

Elle a donné à Rock Star la douceur que je n'aurais pas su lui apporter, ça aurait été beaucoup plus violent, plus cru. Ce qu'elle a amené au bouquin était fondamental, cette rencontre a été magique.

 

En parlant du chapitre Métro transport très commun, au-delà de la poésie d'Aurélie Roux, ta vision très pessimiste et cynique de la ville se rapproche un peu de celle que Michel Berger portait sur Monopolis, la capitale évoquée dans Starmania... Cette expérience reste ancrée en toi visiblement.

Starmania parle à tellement de gens, des gens qui ont un mal-être, une peur de la vie ! C'était prémonitoire à l'époque... On est en plein dedans aujourd'hui ! En écoutant Starmania, avant même d'intégrer la troupe, je me reconnaissais énormément dans Johnny Rockfort, un rocker, un rebelle (NDLR : personnage qu'il finira par incarner en 1989). Mon manager m'avait déconseillé ce rôle, il affirmait qu'aucun chanteur français ne remplacerait Daniel Balavoine dans le cœur des gens. Il m'a donc incité à choisir un personnage à qui je pourrais donner ses lettres de noblesse en lui apportant quelque chose. Je me suis donc dirigé vers Ziggy, le disquaire gay. Contrairement à ce personnage, je suis profondément hétéro mais j'ai, tout comme lui, une culture David Bowie. On a eu la chance de vivre à l'époque de Prince, Bowie et quelques autres, ce genre de génie qui avait toujours dix, quinze ans d'avance sur les autres – moi compris, je fais parfois preuve d'arrogance mais je sais m'incliner devant ceux qui font preuve d'une créativité sans limite.

J’ai essayé d’insuffler le maximum de choses personnelles au personnage. Ziggy, dans les représentations de 79, était plutôt bâclé. Au moment de l'audition, je suis seul face à Michel [Berger] pendant des heures, Luc Plamondon (NDLR : le parolier de Starmania) est au téléphone, il ne participe pas à l'entretien... Pourtant, à la toute fin, alors qu'il m'a tout juste entendu chanter, c'est Plamondon, avec son accent québécois à couper au couteau qui me dit : Est-ce que ça te brancherait de faire un numéro de batterie plutôt qu'une chorégraphie dans le spectacle ? C'était exactement l'idée que je voulais leur vendre pour éviter de faire danser mon corps disgracieux [rires] ! Il m'avait précédé dans la suggestion, je lui ai dit "tout à fait, avec plaisir mais quelle bonne idée !" Pour une fois, j'ai fait preuve d'une intelligence digne du show-business [rires].

J'ai continué à travailler avec Michel, dans La Légende de Jimmy, où il m'avait confié le rôle principal, celui de James Dean, au travers du Teenager qui s’identifie à lui. Il était persuadé que j'étais le meilleur chanteur de ma génération. A l'époque, j'étais déjà insomniaque, je sortais beaucoup mais j'étais plutôt discipliné, ni réellement alcoolique et encore moins drogué. Je suis rentré dans une espèce de déglingue à sa disparation et je suppose que cette autodestruction devait dormir en moi.

 Renaud & Réjane Perry dans Starmania en 1988

 

D'une façon générale, tu es très dur envers l'industrie musicale, envers le quotidien, envers tes personnages – dont le héros Franck. Le protagoniste navigue souvent en eaux troubles, il peut se montrer attachant, cocasse, pathétique et très antipathique tour à tour. Comment abordes-tu ce personnage ?

Je n'ai pas eu à le chercher très loin ! Franck, c'est moi. Initialement, je ne voulais pas qu'on sache qui était derrière ce chanteur. J'ai baptisé le personnage Franck car ma mère aurait aimé que je le porte en deuxième prénom. Ce personnage est un miroir, tout comme je pense être un miroir pour certains de mes fans... Je les renvoie à leurs névroses, j'attire sans doute un public qui connaît les mêmes problématiques. Franck me rappelle la chance que j'ai d'être en vie, quand tant de mes idoles ne sont plus de ce monde. Il était aussi une façon d'expier la rupture avec mon ex, il fallait que ça sorte. Je suis la synthèse la plus exacte de la vie d'une rock star française mais sans que ça se sache dans la presse baptisée aujourd’hui "people", sans avoir été over-médiatisé, mais en ayant vécu tous les excès possibles et imaginables, avec le pognon, la démesure, la luxure et surtout la lassitude...

 

Sont beaucoup évoquées la peur de vieillir du chanteur, la peur du regard des autres. Plus que le jugement sur l'art, c'est surtout la perception du corps que semble redouter le personnage principal... Qu'il s'agisse de celle des autres ou de la sienne, d'ailleurs. Est-ce que tu l'as ressenti ainsi ?

C'est un truc que la came n'a pas altéré chez moi. Je sais très bien ce que je vaux, artistiquement, vocalement. Je sais aussi que je peux flirter avec la mégalomanie sur mon niveau de chant ou de batterie [rires] ! Quant à la vision de son corps qu'à le personnage, c'est en phase avec ce que je ressens pour de vrai. C'était le reflet de ce que je voyais dans le miroir : la tendinite à l'épaule, les cernes, le vieillissement... Aurélie y a, de nouveau, apporté sa poésie, sa candeur, sa délicatesse féminine.

Le livre parle surtout de l'amour, de la perte de celui-ci et du début d'un autre. Ça évoque aussi le vieillissement d’un artiste en effet et ses doutes face à un marché du disque et de la scène en perdition au travers d’un retour qui pourrait être gagnant si sa profession n’était pas aujourd’hui nivelée vers le bas…

 

Le chapitre central du livre qui évoque la drogue et le sexe de façon très crue est particulièrement éprouvant à lire. Ecrire une situation pareille à dû également être un sacré défi, d'autant qu'elle évite toute la vulgarité liée d'ordinaire à ce genre de scènes...

Le chapitre n'est pas du tout flatteur. Il explique par A + B les répercussions qu'a ce genre de substances sur ton corps. Avoir un sexe digne d’un nouveau-né et toutes les extrémités refroidies. Robbie Williams a eu une remarque très juste là-dessus : "l'addiction, c'est savoir qu'on se fait du mal mais continuer quand même". Williams était un grand déglingo, parti de pas grand-chose, d'un boys-band connu plutôt naze vers une carrière solo au succès planétaire, et il a tout à fait raison sur ce sujet car le problème d'un addict, c'est lui-même. Un addict reste toute sa vie un ancien addict. Même si tu t'en sors, tu comptes chaque jour de sobriété à partir du moment où tu as arrêté, chaque jour tu penses à ça, en priant pour que le problème ne revienne pas.

Cette scène l'appuie bien. Avec Rock Star, j'ai voulu l'évoquer d'une façon un peu plus brillante, un peu plus romancée, enfoncer le clou une troisième fois sur ce qui n’est qu’un même sujet : la fuite en avant, les doutes, la dépression, tout ce qui fait partie de la panoplie de bon nombre d'artistes à fleur de peau.

Le chapitre reste de la pure fiction puisque je n'ai jamais fait de quasi-overdose dans un hôtel, avec une inconnue qui serait "déjà morte" ou envoyée du ciel. Par contre, je me suis inspiré des relations toxiques que j'avais entretenues brièvement avec deux nanas très jeunes qui avaient les mêmes vices que moi, j'ai fait un transfert de situation en m'inspirant de cet aimant émotionnel et physique qui nous liait.

Cette situation ne m'est pas arrivée en tant que telle et je ne souhaite pas que ça se produise. L'idée générale était que la rédemption de Franck Idol vienne d'une femme qui est encore plus toxique que lui, qui le fait retomber dans ses travers. Je ne veux pas que le succès d'un processus enclenché en 2009, qui a parfois pris dix ans de retard, soit lié à une conséquence physique.

 

Pourquoi le choix des Belles Lettres, maison d'édition-distribution très prestigieuse mais assez élitiste et plutôt méconnue du grand public malgré tout ?

C'était une opportunité. Michel Desgranges, l'ancien PDG des Belles-Lettres, grand intellectuel et écrivain, est un ami de longue date et quelqu’un que j’admire beaucoup. Michel avait un magazine dans les années 80 qui s'appelait Metal Attack, il est assez fan de mon groupe Satan Jokers et nous n'avons jamais perdu contact. On se donnait cycliquement des nouvelles. Quand les Editions du Préau ont mis la clef sous la porte, je me suis dit que Rock Star méritait malgré tout d'être publié par des gens sérieux.

J'ai voulu le faire lire à Michel, qui a accepté de me donner son avis. Je ne pensais pas qu'il le publierait. Lorsqu'on a discuté chez lui de Rock Star, il venait de me miner pendant quatre heures en critiquant l’essentiel du bouquin, de l'intro au dénouement [rires] !

Il avait édité Francis Lalanne mais ce dernier est un grand poète, ce que je ne suis absolument pas – un poète urbain, à la rigueur. Il m'a proposé de me publier dans la collection Manitoba, plus consacrée aux essais. Je lui ai demandé s'il était sûr de lui, il m'a rassuré en me disant que de toute façon tous les grands auteurs qu’il publiait aux Belles Lettres étaient morts [rires]...

 

Rock Star a été transposé en 2017 sous forme d'album, interprété notamment par Laurent Bàn, Sarah Jad, Jessy Roussel, Pablo Villafranca, Alex Ryder... Comment s'est passée la transition du roman au musical ?

J'ai composé ce que je considère être comme mon meilleur album actuellement, le tout en huit jours. Les chansons majeures de Rock Star sont venues comme une fulgurance : Si je t'attends, On n'oublie pas, La chanson du guitariste, Le ciel ou l'enfer, Etre seul... J'ai besoin de travailler ainsi, dans l'urgence. Aurélie Roux a également co-signé quelques paroles qui figurent sur l'album. Au début elle m'a traité de malade car elle n’avait jamais écrit de texte pour une chanson [rires] ! Mais je savais qu'elle en était capable.

Ensuite, il a fallu trouver les interprètes, qui sont tous excellents. Et puis il y avait la mystérieuse inconnue, celle qui enfonce le personnage principal dans le vice, à la frontière de l'overdose. Ça a été la chanteuse la plus complexe, la plus dure à trouver. Mon premier choix pour l'interpréter était Sarah Jad que je connaissais dans le circuit du rock parisien. C'est à mon sens la meilleure chanteuse de rock française du moment. Je lui avais déjà proposé d'apparaître sur l'album Sex Opera, de mon groupe Satan Jokers, mais la collaboration, au final, n'a pas aboutie. A l'époque, elle faisait The Voice et son entourage craignait que le rôle d'un transsexuel, sur un album de heavy metal, nuise à sa carrière. Elle est retombée sur ma route avec Rock Star. Je savais qu'elle regrettait Sex Opera qui avait été un assez gros succès pour le genre. Elle a accepté de suite et d'emblée, on a été sur la même longueur d'ondes.

 

L'album a été écrit pour être un opéra rock. Où en es-tu avec ce spectacle ?

On a contacté quelques producteurs pour le porter sur scène... Mais tous ont tellement peur, ils se consacrent à des projets dont je ne comprends même pas l'intérêt !

La plupart du temps, ce ne sont que des promesses sans lendemain, du vent, il n'y a jamais de suites. Rares sont ceux qui ont l'élégance ne serait-ce que de te répondre. A l'heure qu'il est, j'ai envie de recontacté Gilbert Coullier, le seul à avoir fait preuve d'honnêteté et d'écoute à mon égard et surtout à m’avoir répondu personnellement trois heures seulement après la réception de mon mail. Après avoir produit deux plantages, Les 3 Mousquetaires et Sathurday Night Fever, pourquoi ne se pencherait-il pas avec attention sur Rock Star ? Mais je ne sais pas si j’ai l’énergie pour repartir à la recherche d’une production de spectacles plus de deux ans après la parution de l’album, il faudrait quelqu’un de plus tenace que moi pour s’en occuper…

Même si je ne suis pas spécialement "bankable" ou dans l'air du temps, que le sujet est tendancieux, qu'il flirte avec l'addiction, le sexe etc., je sais qu'il a aussi un fort potentiel préventif. Ce qui me rassure d'une certaine manière, c'est que je ne suis pas le seul à subir ce système, Michel Berger a failli ne jamais monter Starmania qui est pourtant devenu l'opéra rock favori des français ! Actuellement, Rock Star est sans doute l'un des rares projets à s'illustrer dans la même veine que Starmania, avec toute la modestie que ce que je dis suppose. Même si, en soi, faire un spectacle sur la déchéance d'une rock star n'a rien de nouveau : David Essex l'avait fait dans le film Stardust, en 1974, bien avant que je n'écrive tout ça.

C'est malheureux que des millions d'euros soient investis dans des spectacles aseptisés au lieu d'être attribués à des projets ambitieux sur des idées originales et pas inspirés de Walt Disney ou de la vie d’un de nos contemporains... Je prends ça avec une philosophie – forcée certes –, de la morgue et pas mal de dédain. Je ne cherche même pas à combattre cet establishment, je me contente de faire ce que j'aime, dans mon coin, en bon trublion. J'applique la philosophie rock'n'roll : je les emmerde ! [rires]

 

En 36 ans de carrière, tu as multiplié les projets, sorti une centaine d'albums (comédie musicale, rock, métal, hard rock), donné une foule de concerts... Prochainement, tu sortiras un album hommage à Michel Berger. Tu te qualifies toi-même de boulimique de travail, ce qui est flagrant à la lecture de ton parcours. Pourquoi un tel rythme ?

J'ai envie de laisser une petite trace de mon passage dans la musique, c'est peut-être pour ça que je bosse autant. Je suis également créatif par nécessité, c'est un besoin vital renforcé par l'addiction : j'ai besoin d'occuper toutes mes cases libres sans ça je peux partir en vrille. Le problème c'est qu'en exerçant ce métier, des cases vides, tu en as énormément. C'est commun à beaucoup d'artistes addicts. Le batteur Charlie Watts affirme que les Rolling Stones représentent 50 ans de carrière mais surtout 35 ans d'attente. Béatrice Dalle dit que, lorsqu'elle ne joue pas, elle est morte. Elle me parle tellement, cette phrase…

 

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Que quelqu'un gagne au loto et finance Rock Star ! [rires]

© Renaud Hantson

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