Recherche Andy désespérément #En 3 points

14/03/2019

Titre : Recherche Andy désespérément

Auteure : Jenny Colgan

Éditeur : Florent Massot

Genre : Chronique de vie, comédie romantique

Date de parution  : 2003

Résumé de l'éditeur : Ellie est un adorable vilain petit canard aux boucles indomptables. À trente ans, elle n'arrive pas plus à se coiffer qu'à mener sa vie comme elle l'entend. Elle rêvait de succès, d'une existence dorée, d'amis drôles et célèbres, et bien sûr d'un appartement luxueux. Pourquoi se retrouve-t-elle prisonnière d'un job ennuyeux, coincée entre un logement miteux et une vie affective déprimante ? Une seule personne peut l'aider, et ce n'est autre que le prince charmant : Andrew McCarty, le plus séduisant des jeunes premiers de sa génération. Qu'est donc devenu ce merveilleux acteur ? Aussitôt dit, aussitôt fait, notre héroïne part à sa recherche et c'est le début d'aventures rocambolesques et hilarantes. Un incroyable périple à travers les États-Unis sur les traces de son idole.

Note : 1,5/5

#En 3 points :

Petite introduction digressive

(N'hésitez pas à sauter au premier point si cet

angle personnel ne vous intéresse pas ;) !)

 

Durant les 325 pages de cette lecture, une question a tourné en boucle dans ma tête : celle de l'objectivité. Je fais partie des inconditionnelles des années 80, des fans irréductibles de la culture extravagante qui naissait à ce moment précis, où on frôlait (souvent) le mauvais goût mais toujours avec panache, où le Brat Pack était au sommet et où John Hughes était roi.

Les 80's côté ciné américain, c'était l'ère Indiana Jones et Retour vers le futur ; la consécration Star Wars et Alien ; le grand frisson devant Shining ; les débuts de Die Hard ; les larmes devant Elephant Man, Rain Man ou Le Cercle des poètes disparus ; la période des grosses productions aux enfants débrouillards avec E.T, Les Goonies, Stand by Me...  Beaucoup beaucoup trop de films à citer sur cette décennie tant les Etats-Unis fourmillaient d'une effervescence créative qui allait bouleverser le cinéma.

A titre personnel, je tire de mes premiers visionnages de Pretty in Pink, Breakfast Club, St. Elmo's Fire ou La Folle Journée de Ferris Bueller de beaux souvenirs d'insouciance entre amis ou en famille.

A cette époque, je me suis rendue compte que j'étais née avec 20 ans de retard (et sur le vieux continent qui plus est), alors que je voulais désespérément virevolter sur Let's Dance, valser sur As the World Falls Down au bal de promo et enchaîner les cinés plein air dans une vieille Coccinelle... Bref, je n'ai aucun recul sur les 80's et encore moins sur le Brat Pack - ma passion pour Emilio Estevez en témoigne bien. D'où mon empressement à me procurer ce livre de Jenny Colgan, son second roman, sorti en 2001, même plus édité de surcroît qui, je le savais, mettrait mon impartialité à rude épreuve..

En partie, mon pressentiment était exact : en lisant Recherche Andy désespérément, j'ai retrouvé dans la nostalgie du personnage principal, Ellie, un peu de la mienne.

A la lecture de cette digression, vous pensez sans doute que j'ai adoré ma lecture, que cette critique allait être totalement subjective et que cette intro servirait à me disculper d'avoir aimé un livre au mieux sympathique, au pire médiocre.

Alors rassurez-vous, mon objectivé, mon acerbité et moi-même nous portons très bien. La preuve ? Il m'a fallu exactement deux chapitres pour déchanter sévèrement.

Prêts ? Tirez !

 

*Bienvenue dans les 80's : 

Les 80's, en plus d'avoir signé un certain renouveau hollywoodien, ont défini les codes de tout un genre : le teen movie. Ces films pour ados, amenés à devenir cultes, ont marqué leur génération et celles à venir, posant les bases des productions modernes destinées aux lycéens.

Ce sont précisément ces films qui ont marqué notre protagoniste, Ellie, au fer rouge. Alors qu'elle vit dans les années 2000 et vient d'avoir la trentaine, elle reste profondément accro aux teen movies de l'époque. De cette addiction ressort une insatisfaction chronique, centrée tant sur sa carrière que sur son quotidien, qu'elle juge médiocres. Ellie rêve toujours d'un amour façon Pretty in Pink et fantasme sur son acteur principal, Andrew McCarty - l'une des figures emblématiques du Brat Pack (nom donné à un groupe réunissant les jeunes acteurs les plus populaires des 80's). 

On peut s'en douter mais le roman est jalonné d'une multitude de clins d’œil sur cette période, ces acteurs, cette mode douteuse dont s'affublait les starlettes, ces musiques effroyablement entêtantes... Pour un peu que vous soyez sensibles à cette culture, fatalement, vous prendrez énormément de plaisir à vous la remémorer.

La méta-référence aux frères Frog de Génération Perdue, le culte autour d'Andrew McCarty, la rencontre avec C. Thomas Howell, le fait que chaque titre de chapitre soit celui d'un film culte des années 80 : la nostalgie est comblée. Il est vrai que Jenny Colgan n'est jamais aussi douée que lorsqu'elle évoque directement cette culture, voir qu'elle met en exergue ses défauts - elle souligne par exemple l'absence totale de diversité au sein du Brat Pack, composé uniquement de jeunes gens blancs au physique avantageux.

A priori, Recherche Andy désespérément promettait donc un bon moment, certes futile mais délirant et feel-good. On pouvait même espérer qu'il proposerait (pourquoi pas ?) une réflexion sur le Brat Pack, qu'il désacraliserait ce dernier aux yeux de l'héroïne, laquelle finirait par apprécier ces films pour ce qu'ils sont : "juste" des films et certainement pas une promesse de vie toute tracée.

En soi, c'est exactement ce qu'avançait son résumé... et c'est exactement là où le roman échoue.

 

« Tu n'as quand même pas cru qu'il suffisait de faire une soirée années 80 pour que le miracle des Brat Pack se produise ?  »

~ p 23 / Arthur à Ellie

 

*Des personnages et une histoire problématiques :

Premier constat à la lecture de Recherche Andy désespérément : un sérieux souci dans le traitement des personnages !

Notre héroïne, Ellie, n'est pas tant un vilain petit canard qu'une odieuse égocentrique dont la culture générale avoisine le 0 pointé. Elle est de plus un poil hystérique, fanatique et totalement déconnectée de la réalité...

Dans l'idée, ces trois dernières caractéristiques auraient très bien pu se révéler intéressantes à suivre. Ellie aurait ainsi pu s'avérer être une charmante anti-héroïne, un peu burlesque et barrée, dont les péripéties étasuniennes auraient permis une prise de conscience. Mais non. Car Ellie traîne non seulement ses amis loin de leur fief londonien à grand renfort de jérémiades mais elle les exploite, les manipule en jouant la culpabilité, ruine leur road-trip, se moque éperdument de leurs problèmes et manque de les tuer en voiture. Ce qui n’aboutit bien sûr à aucune remise en question définitive de sa part : elle restera centrée sur elle-même durant l'ensemble du roman. Le pire étant qu'elle a parfaitement conscience de son égoïsme et ne fait rien pour y remédier - une attitude payante puisqu'elle obtiendra absolument tout lors du dénouement (le mec parfait, la nouvelle vie aux Etats-Unis, etc.) !

Dans ses conditions, difficile de s'attacher à elle et lorsque Colgan s'évertue à rajouter du drame autour de cette protagoniste, le pathos est si lourd qu'il en devient risible. C'est d'autant plus problématique que toutes les tragédies qui surviennent sont tournées... A la rigolade, rendant toute tentative d'empathie encore plus ardue !

Les amis d'Ellie, Arthur et Julia en tête, mais aussi Colin, Loxy et Siobhan, sont tous plutôt attachants... Sauf qu'ils finissent toujours par agir de façon stupide ou mesquine, sans autre raison que celle de faire avancer un scénario bancal qui, clairement, ne tient pas sur 300 pages !

Exemple typique ? La très raffinée, brillante et sexy Siobhan qui, sans explication valable, va prendre pour amant la définition même du gros porc : le crétin en question, négligé, homophobe, sexiste et grossier, répond au surnom évocateur de Big Branleur. Vous avez perçu toute la subtilité de ce beauf britannique.

Résultat : il n'y a pas un seul de ces personnages qui ne m'ait été insupportable à un moment ou à un autre !

Seule bouffée d'air frais : la serveuse américaine Marilou, pin-up aux ambitions d'actrice et à la langue bien pendue, la seule qui ne se gêne pas pour remettre ouvertement Ellie à sa place alors que tout son entourage se plie à ses moindres volontés.

Quant à l'intrigue, qui ne sert que de réceptacles aux humeurs de notre insupportable héroïne, elle tourne vite en rond et ne raconte au final que du vide, rien qui n'aurait pu être bouclé en l'espace d'une courte nouvelle en tout cas. Ce n'est ni drôle, ni léger, ni palpitant. Au mieux, le fond est tout juste... Ridicule.

Et ce n'est pas la forme qui sauvera le tout.

 

« - Pardon, tu as dit quoi ? Auto-stoppeurs ou pas d'auto-stoppeurs ? demanda Arthur en retournant sa photo du Grand Canyon.

- Auto-stoppeurs. Tu sais, comme dans Thelma et Louise.

- Ou comme dans The Hitcher ! »

~ p 73 / Dialogue entre Ellie et Arthur

Au passage, petit conseil ciné impromptu : regardez The Hitcher, ce thriller est impressionnant de tension, de maîtrise, Rutger Hauer est glaçant à souhait et C. Thomas Howell est parfait en jeune conducteur dépassé (à voir en VO uniquement).

 

*Une plume aberrante :

Concernant la forme, il n'y a pas grand chose à retenir non plus. C'est un autre aspect du livre qui s'avère particulièrement difficile à digérer.

Là, je me dois d'intervenir à titre personnel : jusqu'alors, je n'avais jamais lu les romans de Colgan (et je doute d'en relire un prochainement d'ailleurs !) ; je suis totalement passée à côté des phénomènes de La Petite Boulangerie et du Cupcake Café, j'ignore donc tout de son style habituel ou de son sens narratif...

De même, le roman étant anglophone, je serai bien en peine d'affirmer s'il s'agit réellement d'un problème de plume ou si la faute en revient à la traduction, si la matière était de base médiocre ou si la traductrice a plombé le texte original. Je n'aurai pas la suffisance de favoriser une hypothèse plutôt que l'autre. Pour avoir écumé Goodreads et certains blogs francophones, j'ai vu que les détracteurs, quelle que soit leur nationalité, soulignaient les problèmes de langue - ils trouvaient d'ailleurs la saga de La Petite Boulangerie bien plus convaincante tant dans l'intrigue que dans la plume.

Mais une chose est sûre : cette version française, parue aux Editions Florent Massot, est tout simplement atroce. La plupart du temps, le style est lourd, les répliques tombent à plat, il n'y a aucune subtilité, aucune finesse... Contrairement a de nombreux romans feel-good, la plume n'est ni pétillante, ni agréable, ni fluide.

En conclusion, Recherche Andy désespérément est une désespérante déception. Andrew McCarty ne méritait pas ça. Et les lecteurs non plus.

Seul point positif, ce livre m'a donné envie de remater les films d'Andrew McCarty ! Voici donc un petit top 5 à (re)découvrir que je vous partage ici ;) :

  • Le plus profond : Heaven Help Us

  • Le plus déprimant : Less than Zero

  • Le plus politique : Year of the Gun

  • Le plus adulescent : St-Elmo's Fire

  • Le plus romantique : Pretty in Pink

  • Bonus - le plus What the Fuck ?! : Diptyque Week-end chez Bernie

Quelques (rares) bonnes répliques :

 

« - Et elles sont où, les blondes idiotes ? demanda Ellie.

- ça, il faut le demander aux scénaristes, c'est eux qui écrivent les rôles pour les blondes, répondit la serveuse. »

~ p 117-118 / Dialogue entre Ellie et Marilou

 « Arthur délaissa son exemplaire de Sur la route de Jack Kerouac, qu'il trouvait impossible à terminer. (Il ne savait pas que personne n'avait jamais terminé ce livre et que les cent dernières pages de la plupart des éditions étaient vierges pour coûter moins cher en encre. Personne n'a jamais vu la fin du film non plus.) »

~ p 245

 

« Ici, personne ne savait qui elle était. Elle était mystérieuse, étrangère. En voyage. Différente. Elle-même »

~ p 313 / Révélation d'Ellie sur sa vie et son road-trip américain

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