L’avis des libraires - 107ème chronique : Le Magicien d'Oz

08/01/2019

L’avis des libraires - 107ème chronique

Le Magicien d'Oz

par L. Frank Baum / Lorena Alvarez &

Sébastien Perez / Benjamin Lacombe

Excursion à la cité d’Émeraude

1/2

 

Au Kansas, Dorothée, une jeune orpheline, vit dans une ferme tenue par sa tante et son oncle. Un jour, une tornade se forme avant que la fillette ne puisse se réfugier dans la cave. Elle et son petit chien Toto sont alors transportés dans un monde merveilleux : celui du Pays d'Oz. Pour espérer retourner un jour chez eux, ils devront suivre une étrange route de briques jaunes...

 

Avant de débuter cette chronique, je vous dois une petite confession : je n'avais jamais lu ou vu Le Magicien d'Oz ! Mes seules connaissances sur le sujet se résumaient à la chanson Over the Rainbow et à la préquelle signée Sam Raimi... Autant dire que j'étais très loin d'être une experte sur L. Frank Baum et son univers ! Alors classique intemporel ou succès surcoté ?

Au sein de notre imaginaire francophone, le livre de Baum reste relativement méconnu ; c'est avant tout la vision de Victor Fleming, avec son film musical de 1939, qui prévalut chez nous. Pourtant, Le Magicien d'Oz a eu un impact considérable aux Etats-Unis : il a engendré de nombreuses suites et est considéré comme un immense classique de la littérature anglophone, particulièrement pour la double interprétation qu'on peut tirer de l'intrigue. En effet, il y a d'un côté le conte initiatique pour enfants, riche en rebondissements, haletant et féerique ; de l'autre, l'allégorie de la dépression économique américaine de la fin du XIXème siècle, destinée aux adultes... Autant le dire tout net : à moins d'être un expert en Histoire étasunienne, il y a fort à parier que ce second aspect vous échappe totalement à la lecture !

Portons donc sur Le Magicien d'Oz un regard innocent et voyons le message qu'un enfant pourrait en tirer.

Sur bien des points, l'ouvrage est un excellent classique jeunesse. Il véhicule des valeurs fortes, notamment l'importance de l'entraide, l'émancipation des peuples de l'esclavage et/ou de la manipulation politique... Baum met également en exergue des personnalités féminines fortes : les sorcières d'Oz (méchantes ou gentilles) ont des pouvoirs bien réels, à l'inverse du magicien de la cité d'Émeraude, charlatan qui profite de la crédulité de ses sujets ; Dorothée, pourtant fraîchement débarquée dans un royaume inconnu, n'hésite pas à venir au secours de ceux qui croiseront sa route et si elle ne résout pas les embûches seule, elle incarne réellement la cohésion au sein de son groupe. Elle témoigne également d'un grand courage (notamment lorsqu'il lui faut protéger son chien Toto), ainsi que d'un sens aigu de la justice.

Mais surtout, il y a une idée majeure qui ressort de toutes ces péripéties : celle que chacun peut tirer en son fort intérieur ce dont il a le plus besoin, pour peu de témoigner d'une certaine confiance en soi. La réflexion pour l’Épouvantail, le courage pour le Lion Poltron, la compassion pour le Bûcheron en fer blanc, la capacité à réaliser ses ambitions pour Dorothée... Au final, s'ils ont besoin d'un placebo pour prendre conscience de leur valeur, tous possédaient déjà cette capacité qu'ils cherchaient jusqu'alors en vain. Ici, l'intelligence, la bravoure, la générosité et la débrouillardise sont le fruit d'un parcours, plus ou moins difficile, destiné à révéler ce que l'on avait en soi depuis le début ; une conclusion majeure de l'oeuvre qui souligne la notion formatrice de la vie et des embûches qui la traversent.

Outre les beaux messages qu'il véhicule, Le Magicien d'Oz possède également un univers riche, peuplé des créatures féeriques, d'une flore impitoyable et d'habitants insolites, où l'on croise des villageois de porcelaine, des singes ailés et des coquelicots dangereux... Le lecteur s'y plonge d'autant plus que la plume de Baum est aussi belle que fluide.

Il existe de nombreuses versions du chef-d'oeuvre de l'auteur new-yorkais mais attention : toutes ne comportent pas le texte intégral ! Afin d'en conserver toute l'ampleur, optez par exemple pour celle des Editions Usborne, magnifiquement mise en image par Lorena Alvarez ; les personnages, très mignons, cheminent dans des paysages particulièrement colorés qui séduiront les plus jeunes.

Cette fin 2018 a également signé la sortie d'un album écrit par Sébastien Perez et illustré par Benjamin Lacombe : cette réécriture, centrée sur le personnage de l’Épouvantail, est sympathique et bien écrite, à défaut d'être indispensable. Elle a néanmoins le mérite de mettre en avant l'un des personnages les plus appréciés de l'histoire originale, même si son choix ampute de nombreux chapitres primordiaux. On retiendra surtout de cette version les peintures et dessins de Lacombe, sombres et somptueux. L'inégalable illustrateur a su exploiter le potentiel angoissant du pays d'Oz pour en tirer des planches renversantes, d'une beauté nébuleuse à couper le souffle.

Deux faces d'une même pièce, inexorablement liées, tantôt périple ingénu, tantôt rêve obscur.

~ La galerie des citations ~

 

« Peu importe si chez nous c'est gris et triste, nous, les gens de chair et de sang, désirons y vivre plus que dans n'importe quel autre endroit, même très beau. Rien ne vaut son propre pays. »

~ p 40-41 / Dorothée à l’Épouvantail

 

« Si seulement vous aviez un peu de cervelle dans la tête, vous seriez aussi bon que beaucoup d'hommes, et bien meilleur que certains. »

~ p 43 / Le vieux corbeau à l'Épouvantail

 

« Je crois que nous allons vivre encore un moment, et j'en suis fort aise, car être mort doit être bien inconfortable. »

~ p 74 / Le Lion poltron

  • Le Magicien d'Oz par L. Frank Baum (auteur) et Lorena Alvarez (illustratrice), paru aux Éditions Usborne, 244 pages, 16€50. 

  • Le Magicien d'Oz par Sébastien Perez (auteur) et Benjamin Lacombe (illustrateur), paru aux Éditions Albin Michel, 120 pages, 25€. 

 

Article paru en version écourtée dans le Pays Briard du 18.12.18

 

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