Histoires inavouables #En 3 points

09/11/2018

Titre : Histoires inavouables

Auteurs : Ovidie (scénario) & Jérôme d'Aviau (illustrations)

Genre : BD, érotisme

Date de parution : 2013

Résumé de l'éditeur : "Les dix histoires que vous allez découvrir sont toutes inspirées de faits réels, seuls les noms ont été modifiés. Trop croustillante pour être avouées, elles m'ont été confiées dans le plus grand secret. J'ai moi-même vécu certaines d'entre elles, et je n'avais jamais osé en parler jusqu'à ce jour. J'ai laissé quelques indices, je vous laisse deviner lesquels..." Ovidie

Note : 4/5

#En 3 points :

*Une BD signée Ovidie, la curiosité bien placée : Il y a des noms que l'on connaît sans avoir un savoir poussé de l'univers dont ils proviennent. Ainsi, même ceux qui n'ont jamais regardé un seul film porno connaissent Ovidie. De son vrai nom Éloïse Becht, cette femme engagée, emblème des films explicites, est devenue avec le temps une icone : philosophe, auteure, très impliquée dans le droit des femmes, sensible à la protection du corps (elle impose l'usage de préservatifs sur ses films) et de l'esprit (lutte contre le harcèlement), l'actrice devenue réalisatrice fascine autant qu'elle dérange. Il est plus facile en effet de stéréotyper les comédiennes de cet acabit que de leur reconnaître des facultés intellectuelles, de même qu'une carrière de "hardeuse" choisie par conviction et non par dépit. Ovidie a affirmé - une position qu'elle n'a jamais renié depuis - que l'industrie du X pouvait être un outil d'émancipation de la femme, à condition qu'il soit bien utilisé. Elle défend d'ailleurs l'idée d'un porno féministe, expression qui en a fait jaser plus d'un - et libérer plus d'une. Se faire plaisir sans s'avilir, un droit refusé trop longtemps au beau sexe ? Sans doute. Pour renforcer son discours, quoi de plus naturel, après de nombreux essais littéraires, de passer du côté fiction des mots ? En scénarisant sa première BD, Ovidie se lance un nouveau défi : celui de nous émoustiller autant par les bulles que par la pellicule, sans trahir ses convictions. Pari réussi ?

*Histoires variées : Passée la curiosité un peu défiante (la collection Erotix de Delcourt nous a offert le pire comme le meilleur), difficile de rester hermétique au charme de ces courtes histoires modernes et délurées ! Avec cette première BD, Ovidie frappe fort et juste. On ne peut que saluer leur extrême diversité, le choix des situations et des personnages. Saphisme, échangisme, plaisirs solitaires, photos de charme... Presque tout y passe, sans vulgarité - même si l’absence d'un couple d'hommes officiellement gay reste dommage. Chaque histoire s'étend sur quelques pages, de quoi varier agréablement d'un univers à l'autre, sans frustration ni lassitude : le rythme est très bien géré, le format court permet de glisser facilement d'un épisode à l'autre s'il n'y a pas d'attrait particulier pour l'intrigue en cours.

Surtout, on ne peut qu'apprécier les différents genres sur lesquels se calquent les histoires : si le lecteur reste dans le thème de la fesse, il passe avec plaisir d'un registre à un autre. Comique (Coincée, Brandon, Raziel, Sexting...), chronique de vie (Tel est pris..., Métrosexuelle, Déjeuner dominical), romantique (L'inconnu du Lyon-Paris)... Même si cela dépend des goûts de chacun, j'ai personnellement, été très réceptive aux intrigues de Métrosexuelle et A la belle étoile ; j'ai franchement ri au dénouement de Sexting et Raziel ; j'ai trouvé la chute de Brandon particulièrement bien trouvée, aux antipodes du cliché attendu, et donc jouissive. Quoi qu'il en soit je pense que chacun, homme et femme, devrait y trouver son compte.

*BD porno engagée : Autre point fort, le discours engagé qui filtre parfois sous le voile coquin des histoires ! Les corps, pour commencer, ne se ressemblent pas tous : les looks des personnages varient, de même que leur couleur de peau, leur morphologie etc.

Le message est souvent intéressant, voir dénonciateur... Et ce dès sa toute première histoire, A la belle étoile, où l'on voit un jeune homme coucher avec une copine de sa mère : ce dernier, calibré sur le (mauvais) porno, use de toute la panoplie virile du scénario habituel - violence, positions improbables, absence de préservatif... C'est elle, plus âgée et émancipée, qui va lui faire découvrir le sexe d'une façon moins stéréotypée, plus affectueuse - et protégée bien entendu, parce que les maladies sexuellement transmissibles restent un fléau, y compris dans les années 2010.

Brandon joue également sur la vision très masculine du lesbianisme et encore une fois, le dénouement, à l'opposé de l'érotisme classique, est tout simplement génial, hilarant et bien trouvé.

Enfin, Déjeuner dominical, se joue de la vision traditionnelle de la famille, avec ses nombreux membres, le patriarche aigri qui trône en bout de table et juge sans cesse que tout était "mieux avant" - à l'exception de sa famille, laquelle est bien entendue un exemple de normalité et de vertu... Alors qu'une fille dominatrice et son beau-frère s'empressent de faire leur affaire dans la salle de bain...

Bref, la bienséance, comme toujours, prend cher avec Ovidie !

Une BD grisante, coquine et engagée, que je ne peux que vous recommander.

 

« Nous nous sommes longuement embrassés pour la première et dernière fois.

Un moment d'éternité. Je ne connaissais même pas son prénom.

Je ne l'ai jamais revue.  »

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