L’avis des libraires - 101ème chronique : Loup

30/10/2018

L’avis des libraires - 101ème chronique :

Loup de Nathalie Marie

Garous romantiques

Loup-garou aux dons particuliers, Yanaël est exclu de son clan à la suite d’évènements traumatisants. Esseulé, il ne peut compter que sur Loup, son alter ego lupin. Alors qu'il est parvenu tant bien que mal à se reconstruire, un loup-garou prénommé Adam le retrouve et cherche à le réintégrer à son ancienne meute... Entre Adam et Yanaël, une relation s'ébauche, mise en péril par les capacités incroyables de ce dernier.

 

Pour cette dernière chronique spéciale Halloween, parlons loups-garous !

Si les vampires ont été exploités jusqu’au sang, à la page comme à l’écran, c’est moins le cas de leurs compatriotes poilus. Ces derniers restent quelque peu en retrait des œuvres récentes, à quelques exceptions notables - les écrits d’Anne Rice ou Maggie Stiefvater, la série à succès Teen Wolf ainsi que la méconnue Hemlock Grove (où les vampires sont aussi de la partie d’ailleurs). Côté ciné, il y a eu le troublant film sud-coréen A Werewolf Boy ou le saisissant long-métrage danois When Animals Dream. Mais hormis ceux-là... On compte surtout beaucoup, beaucoup de productions teenagers très oubliables ou de nanars tout juste bons à passer un dimanche pluvieux.

D’où la légère méfiance envers ce Loup, roman fantastique français signé Nathalie Marie et qui, à première vue, promettait une succession de clichés éculés comme le premier Twilight. Succession de clichés que l’auteure, patiemment, avec talent et imagination, va s’empresser de détruire les uns après les autres.

Du long de ses 650 pages, elle signe un quasi sans faute via son univers complexe, parfaitement maîtrisé, dont elle distille savamment les informations. De fait, si le monde des loups-garous est dense, le lecteur n’est jamais perdu et prend un réel plaisir à suivre Yanaël durant ses aventures. L’interprétation de la lycanthropie est ici profonde, tout en gardant une part de mystère revendiquée. Certes, elle reste consensuelle et pourrait ne pas se démarquer d’autres ouvrages modernes traitant du même thème : les loups-garous sont beaux et dangereux, dotés d’une grande force physique, vivent souvent en autarcie (meute) et ne se transforment pas en monstres hideux assoiffés de sang selon les phases lunaires. Mais la mythologie que dresse Nathalie Marie autour de ce postulat de base est véritablement fascinante.

Autres atouts majeurs : ses personnages. Chacun est mémorable ou sympathique, à commencer par le duo principal de Yanaël et Adam. Leur couple est efficace, agréable et son évolution, encore une fois, est véritablement travaillée. Leurs personnalités sont complémentaires, leurs joutes verbales (et physiques...) sont des plus plaisantes. Il faut également saluer leur diversité sexuelle, encore trop rare dans nombre d’écrits modernes : Adam est bisexuel, Yanaël homo tandis que leurs meilleurs amis, Sihat et Siam, sont hétéros. Siam est d’ailleurs particulièrement charmant et touchant ; il est défini par Adam comme étant « irrésistible [...], effronté, courageux, bourré d’énergie et sûr de lui, derrière une certaine nonchalance teintée d’un humour pince-sans-rire », description parfaite s’il en est.

Au fil de l’intrigue, il semble évident que l’écrivain a eu à cœur à cœur de proposer des protagonistes variés, tant sur l’orientation que le caractère. Détail important, si ses héros sont masculins, elle ne mésestime par pour autant les femmes, qu’elles soient bénéfiques ou néfastes – ce qui est toujours appréciable.

Sous couvert de fiction, Nathalie Marie aborde des sujets primordiaux : l’homophobie, l’adoption, l’amitié, la maternité, la vie en communauté, les rapports charnels... Et surtout, le couple, bien au delà de son statut lupin : elle évoque avec brio les sentiments amoureux, sensuels et personnels qui fleurissent au sein d’une relation naissante. C’est d’ailleurs ce qui rend Yanaël et Adam si attachants : leur authenticité. Les questionnements, les peurs, les envies, le chagrin, les disputes, la jalousie, l’amour, la confiance, la sensation de s’épanouir totalement avec l’autre... Inutile d’être un garou gay pour s’identifier à ces états d’âme !

Quant à la plume de Nathalie Marie, travaillée et fluide, elle excelle tant dans le romantisme, l’érotisme que la violence ou l’émotion. Une certaine poésie aussi, l’auteure débutant chaque chapitre par un haïku.

Loup est une découverte riche et tendre, charnelle et brutale, où l’on prend plaisir à flirter avec le danger, un soir de pleine lune, en compagnie de Yanaël et Adam.

« Il avait sa fierté et son orgueil, et rien, rien de ce qu’il était ne lui faisait honte. Ils avaient échoué à le persuader qu’il était une anomalie, une erreur de la nature. Yanaël était différent, certes, mais il ne valait pas moins qu’eux, bien au contraire. Sa vision des choses était plus large, plus ouverte et plus humaine. Son cœur ne vivait pas à l’étroit, ses idées n’étaient pas étriquées. Non, il ne valait pas moins qu’eux et, avec un peu de chance, il en ferait une vérité. »

~ p 10 / Yanaël

 

« Ses yeux humains sont marron, marron chocolat, mais ceux de son loup sont bleus, d’un bleu transparent. Une teinte incroyable. En deux secondes, ils sont passés de la chaleureuse terre à un iceberg glacial. »

~ p 18 / Adam au sujet de Yanaël

 

« C’est le concept d’âme sœur. Je trouve ça très bien, sauf qu’il me donne l’impression d’être dépossédé de mon libre arbitre. Ce serait différent si cette idée m’était venue plus tard. Là, j’ai l’impression que l’on n’a pas le choix. Je ne te connais pas, tu ne me connais pas. Si l’un de nous deux était un parfait connard, est-ce que les choses seraient différentes ? J’aurais préféré une rencontre normale, puis que l’on apprenne à se connaître, que l’on se plaise, que les sentiments naissent et que l’on se rende compte petit à petit que l’on s’accordait parfaitement. Alors, ce concept d’âme sœur m’aurait paru génial. J’ai l’impression que tout se passe à l’envers. »

~ p 105 / Yanaël à Adam

 

« Ma vulgarité est dans mes mots, la tienne est dans ton attitude. Un juste équilibre… »

~ p 201 / Adam à Manuel

 

« Loup et son loup s’étaient rejoints et communiquaient à travers leur lien. C’était eux qui lui suggéraient de se connecter au réseau de couleurs qui peuplait la tête et l’âme de Yanaël. Il s’y glissa et l’observa : du bleu, dans un camaïeu magnifique, tissé avec des filaments de rouges et de roses. C’était d’une joliesse sans nom, paisible et ardent, calme et passionné, de feu et de glace, Yanaël dans toute sa splendeur. Alors, il sut ce qu’il voulait. »

~ p 247

 

« Nous traversons tous des turpitudes, des moments difficiles et douloureux, tout autant que des moments de joie. La seule question vitale, à laquelle il faut apporter une réponse, est de se demander ce que nous allons en faire. Va-t-on s’en servir pour gagner en humanité et devenir plus forts ou allons-nous en faire un ramassis d’aigreurs et de plaintes qui ne peuvent que nous détruire ? On a toujours le choix [...] »

~ p 409 / Sihat à Adam

 

« Il est des histoires dans lesquelles il est bon de se perdre. Lorsqu’un écrivain est talentueux, qu’il a le don de t’emmener dans ses mots, tu peux partir en voyage sans quitter ton canapé. Il est des lieux plein d’esprit et de connaissance que j’aime arpenter parfois. J’ai appris à lire tard et ça m’a demandé quelques efforts. Un monde m’a été offert, j’aimerais te le faire découvrir. »

~ p 448 / Adam à Yanaël

 

« Quelle saveur infernale que le bonheur ! »

~ p 577

Loup de Nathalie Marie, paru aux Editions Reines-Beaux, 662 pages, 20 €. Attention, l'ouvrage comporte des scènes explicites.

 

Article paru en version écourtée dans le Pays Briard du 30.10.18

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