Cin’express : Août 2018

06/09/2018

🎥 Cin’express : 🎥

Août 2018

🎬  Zoe (exclusivité Netflix) : 3/5

Dans le petit monde du cinéma indé, un nom commence doucement à sortir du lot : ce nom, c'est celui de Drake Doremus, jeune rêveur prometteur habité par la poésie et le romantisme d'un autre temps. On lui doit la comédie sentimentale À la folie, le drame anxiogène Breathe In, la dystopie romantique Equals et enfin, le remarquable Newness, qui relate les difficultés d'un couple dépendant des nouvelles technologies (site de rencontres, réseaux sociaux etc.).

Pour son nouveau film Zoe, une réflexion autour de l'impact qu'exerce une intelligence artificielle sur les relations amoureuses, Doremus s'entoure une nouvelle fois d'une flopée d'acteurs talentueux. On retrouve ainsi Ewan McGregor, Theo James, Miranda Otto, Rashida Jones ainsi que la frenchy Léa Seydoux et - SURPRISE ! - Christina Aguilera.

Difficile de dire que la chanteuse a brillé sur grand écran et pourtant, dans le rôle de la prostituée synthétique Jewels, elle est réellement bouleversante - qu'importe dès lors que ses scènes soient si courtes : elle est indiscutablement magnétique et touchante à chacune de ses apparitions. Cheveux noirs, frange très droite, yeux de biche mélancolique... Cette transformation physique est aussi saisissante que bienvenue car Aguilera se glisse dans la peau du personnage à la perfection, quasi méconnaissable.

Seydoux, dont la seule prestation véritablement inspirée résidait en son personnage d'Emma dans La vie d'Adèle,  livre ici une performance plutôt convaincante car son manque d'expressivité est ici un atout certain. Il en va de même pour Theo James, poulain de l'écurie Woody Allen, dont le physique de bellâtre athlétique lui a valu une place de choix dans des productions calibrées plutôt moyennes (les sagas Divergente et Underworld).

Sans surprise, Ewan McGregor est parfait en génie torturé par la solitude, effrayé par les sentiments qu'il a lui-même fait éclore, partagé entre l'amour qu'il éprouve et le statut de Zoe... Miranda Otto, en tenancière de bordel aux escort girls synthétiques, donne au personnage toute la froideur et la distance qu'un tel rôle doit susciter.

Et que vaut le film en lui-même ? Comme toujours avec Doremus, les questions posées sont réellement intéressantes. Elle questionne l'Homme sur l'affection qu'il voue aux êtres, son addiction à l'amour, sa peur de la solitude... Dans un monde froid et désincarné où les nouvelles technologies remplacent le contact humain, il n'est pas si étonnant que des robots, garantis d'une relation épanouie et durable, soit une alternative probable. L'intelligence du réalisateur, c'est d'avoir minimisé tous les décors futuristes de son film : Zoe pourrait très bien se dérouler à notre époque tant l'environnement nous semble familier. Cela créé une proximité certaine avec les personnages et leur dilemme moraux.

Certaines scènes sont magnifiques et romantiques, notamment le premier baiser échangé par Zoe et Cole. Les lumières et les plans sont soignés, sans jamais paraître clinquants ou racoleurs.

Le problème majeur de Zoe consisterait plutôt en son scénario : en dévoilant trop vite le secret de son personnage éponyme, le film casse une bonne partie de l'intérêt du spectateur. Les questionnements de Cole sont bien sûr captivants à suivre mais n'insufflent pas la tension nécessaire à l'intrigue. Zoe reste au final plutôt insaisissable, ce qui la rend difficilement attachante, à l'inverse du protagoniste masculin principal incarné par McGregor.

Le dénouement, si beau soit-il dans l'idée, reste abrupte et plutôt facile. Il laisse de nombreuses questions dans le vague et oublie, du même coup, de s'attarder sur les personnages de la Créatrice, Ash et Jewels autant qu'ils le mériteraient. Pour un peu, ces blancs scénaristiques passeraient presque pour des incohérences.

Une petite déception pour cette Zoe donc qui, loin d'être à l'image des précédents productions de Drake Doremus, tient davantage du vilain petit canard que d'un gracieux cygne SF ; si bancal soit le résultat, il n'en reste pas moins sympathique.

🎬  La Part obscure / In Darkness(exclusivité Netflix) : 2,5/5

Dernier thriller en date à avoir fait son entrée au catalogue Netflix, voici In Darkness ! Premier film auto-produit, réalisé et scénarisé par Anthony Byrne, le postulat de base était prometteur : pianiste aveugle, Sofia est mêlée au meurtre de sa voisine Véronique, tuée dans un appartement adjacent. Mais cette dernière se trouve être la fille d’un homme d’affaires serbe accusé de crimes de guerre... Témoin gênant, Sofia doit s'extirper tant bien que mal du piège dangereux qui se referme sur elle, alors que rôdent aux alentours personnalités corrompues, tueurs à gages et mafieux russes.

Un pitch intéressant donc, avec, en tête d'affiche, deux rescapés de Game of Trones : Natalie Dormer (la regrettée Margaery Tyrell) et Ed Skrein (premier comédien à avoir incarné Daario Naharis, hélas remplacé par le fade Michiel Huisman en cours de route). On retrouve également au casting Emily Ratajkowski - une mannequin plus connue pour son apparition dénudée dans le clip sexiste Blurred Lines de Robin Thicke que pour ses talents d'actrice...

Dormer, ici actrice principale et scénariste aux côtés de Byrne, offre une performance à la hauteur de son talent. Il est vrai que la jeune anglaise n'a jamais failli à sa tâche, fussent dans les productions les plus bancales : faussement niaise et franchement drôle dans Casanova aux côtés d'Heath Ledger ; mortellement dangereuse dans Elementary ; séductrice dépassée dans The Tudors ; rebelle au look punk dans Hunger Games... Dormer semble doter du talent - rarissime - d'être convaincante quel que soit son rôle. In Darkness ne fait pas exception. Elle est attachante, sexy, brillante, combative, percutante... Le genre d'héroïne - handicapée de surcroît, qui fait plaisir à voir et encourage à une certaine diversité dans les caractéristiques des protagonistes phares sur grand et petit écran.

Le personnage de Sofia est génial et le film l'est autant... La première heure. C'est le problème majeur de ce type de production : plus fort vous commencez, plus dure sera la chute...

Un début prometteur se doit obligatoirement d'avoir un scénario béton qui assure au film une progression à la hauteur.

Une héroïne aveugle, un tueur charismatique et ambigu, un générique soigné, une multitude de plans soignés au style visuel très prononcé, des lumières singulières. La première partie de In Darkness est un thriller des plus convaincants, à la tension palpable et innovant dans sa mise en scène.

Puis, plus le scénario dévoile la résolution de ses énigmes, plus les tiroirs s'ouvrent, et plus l'intrigue montre ses limites et - pire ! - ses incohérences. L'innovation des débuts laisse place à une production plus traditionnelle, tant dans le scénario que dans la réalisation ; les scènes érotiques sont racoleuses en diable, elles cassent non seulement toute la sensualité des étreintes mais donne du coup à l'ensemble un aspect plutôt kitsch de production M6...

*Cette lumière violacée de bar à strip-tease ne vous rappelle pas quelque chose ?*

L'importance des corps, de l'érotisme au cinéma n'a jamais été remise en question : il permet à la fois d'exprimer l'animalité des personnages mais aussi de montrer à quel point le sexe peut être une arme et le corps, une carte à travers laquelle la psychologie d'un être se dessine.

Pourtant, Natalie Dormer et Ed Skrein sont impeccables et portent littéralement le film à bout de bras ; Emily Ratajkowski, de son côté, campe un excellemment un second rôle complexe ce qui n'est pas le cas de Joely Richardson, en sur-jeu constant.

Aussi bon soit le trio principal, il s'embourbe en même temps que le scénario, pris dans les marasmes d'une histoire indigeste, inutilement alambiquée, incohérente, voir totalement insultante lors du dénouement. Cette fin bâclée, désastreuse, est non seulement une offense à l'intelligence des spectateurs mais aussi au personnage de Sofia.

Une déception amère qui descend un film prometteur. A ce stade, c'est du sabotage en règle.

De mon côté, je vous conseille de regarder L'Accordeur, qui aborde également le thème d'un pianiste supposément aveugle (Grégoire Leprince-Ringuet) confronté à un meurtrier. Cette production de 13 mn signée Olivier Treiner est autrement plus convaincante et s'est vue décernée le César du meilleur court-métrage en 2012.

🎬  En eaux troubles / The Meg : 2,5/5


L'auteure tient à s'excuser pour les jeux de mots bateaux qui vont parsemer cette critique. Elle tient à être parfaitement raccord avec le film. Et il y a de fortes chances qu'elle spoile aussi.

Sur ce, bonne lecture.

 

Depuis quelques années, les requins font de nouveau des carnages sur nos écrans. Qu'ils nagent largement au dessus du lot (The Shallows), se noient totalement dans la catégorie navet (la saga Sharknado) ou regagnent le box office sans trop de dégâts (Bait, 47 Meters Down), les squales prennent un malin plaisir à terrifier les spectateurs.

La raison, nous la connaissons tous : en 1975, Steven Spielberg inventait du même coup le blockbuster et le film de requin tueur, refaçonnant à jamais avec ses Dents de la Mer le paysage hollywoodien.

En eaux troubles se rêve clairement l'héritier des Dents de la Mer. Mieux, il voudrait être son penchant 2.0, la version 2018 d'un film culte. A la manière de Jurassic World reprenant les codes de son aïeul Jurassic Park, il faut aller toujours plus loin, avec une bestiole encore plus gigantesque, des scènes encore plus ébouriffantes, des effets encore plus spectaculaires et... Une subtilité définitivement reléguée en bouffe à poissons !

En eaux troubles connaît les mêmes lacunes que Jurassic World : en visant le show titanesque au détriment du reste, il en oublie de donner à son scénario la tension si chère à Spielberg.

La première partie est pourtant assez convaincante : on nous présente à merveille notre univers et ce qui en résulte et le scénario est bien moins stupide que ce que l'on pouvait craindre.

Des scientifiques, financés par un milliardaire excentrique, collaborent au sein d'une gigantesque plateforme en partie immergée, Mana One. Cette équipe aux recrues internationales va découvrir que, au cœur de la Fosse des Mariannes, se cache un monde sous-marin jamais exploré, plus profond que tout ce qui était connu jusqu'alors. Evidemment, la mission va dégénérer, contraignant l'océanographe chinois Minway Zhang (Winston Chao) et sa fille Suyin (Li Bingbing) à requérir l'aide de Taylor (Jason Statham). Taylor est l'archétype de la tête brûlée, compétent mais traumatisé, qui va devoir affronter ses démons pour sauver le maximum de personnes de la menace qui rôde en profondeurs, en l’occurrence le mégalodon - et d'autres bestioles pas franchement sympathiques.

Aussi convenu soit le pitch, les personnages sont plutôt intéressants, en partie parce que les acteurs les incarnent parfaitement. Jason Statham est toujours aussi génial dans ce type de rôle et se révèle donc à l'aise comme un poisson dans l'eau (jeu de mot, hahaha) ; les rapports entre Taylor et son ex-femme sont d'ailleurs plutôt sympathiques : ils ont fait l'erreur de se marier mais restent en bons termes, ce qui donnent lieu à de nombreux échanges convaincants. Aucun ne souhaite empêcher l'autre de refaire sa vie, ils sont amis au sens le plus noble du terme, se connaissent et s'entraident... Taylor est loin d'être l'homme bourru et asocial typique de ce genre de production : il a un certain sens de l'humour et est à l'aise avec les enfants, en particulier avec Meiying, la fille de Suyin.

Cette petite puce brillante, visiblement habituée à errer dans la station de recherches et capable de moucher n'importe quel adulte, est d'ailleurs jouée par une jeune actrice prometteuse, Shuya Sophia Cai. Sa mère est quant à elle campée par Li Bingbing qui, en dépit de quelques moments forts, peine à incarner pleinement la femme forte et brillante qu'elle doit jouer. Quant au patriarche de la famille, il prend les traits de Winston Chao, acteur fétiche d'Ang Lee vu notamment dans Salé, sucré et Garçon d'honneur, deux excellents films taïwanais. Il est du reste fort sympathique de voir une famille aimante et soudée au cœur d'un blockbuster, même si la formule, vue et revue, commence à légèrement s’essouffler.

Le reste du casting se compose d'acteurs de séries plutôt talentueux : Rainn Wilson (Six Feet Under), Cliff Curtis (Fear the Walking Dead) et Masi Oka (Heroes). Page Kennedy, Ólafur Darri Ólafsson et Robert Taylor, moins connus, incarnent des rôles plus dispensables : les premiers en tant que comic relief, le troisième en docteur borné tête à claques.

Les personnages féminins sont plus attachants, notamment Lori, l'ex-femme de Taylor, jouée par Jessica McNamee (déjà présente dans le petit bijou horrifique The Loved One). Côté femmes fortes, on retrouve également Ruby Rose, la nouvelle Michelle Rodriguez, qui tient sans doute le meilleur personnage du film, celui de Jaxx Herd, une ingénieure totalement badass. Ruby Rose est très convaincante dans son rôle et sa prestation mérite d'être saluée - nul doute que l'actrice aura un bel avenir devant les caméras si elle parvient à s'éloigner des productions aléatoires qui jalonnent sa carrière.

Pour ce qui est du film en tant que tel, la première heure est vraiment réussie : entre la découverte des fonds marins et de l'incroyable centre de recherches Mana One, l'exposition (réussie) des personnages, la tension permanente d'une attaque potentielle, les effets spéciaux bluffants, le spectateur en prend constamment plein les yeux. L'angoisse est à son comble durant cette première partie : la traque au mégalodon, sans que l'on sache qui prend l'avantage sur qui, de Statham et son équipe ou du monstre, est réellement bien menée.

Le réalisateur Jon Turteltaub s'accorde quelques plans subjectifs qui font de l'effet, de même que des plongées/contre-plongées véritablement bien utilisées. La réalisation, pas si simpliste que cela, est travaillée et orientée autour de la 3D. Pour ce que la 2nde partie a de désastreux, elle offre un panorama de Sanya Bay, magnifique plage chinoise à l'aura mondial.

Et oui, désastreux. Vous avez bien lu. Car le film se saborde totalement dans sa seconde partie, passant du thriller SF maritime au nanar stupide gaguesque : dès lors que le millionnaire prend une ultime décision absurde causant sa mort (le scénario lui ôtant dès lors toute la possibilité d'une rédemption pourtant intéressante), l'intrigue part littéralement en lambeaux. L'humour, quoique présent la première heure, est largement moins bien dosé et supplante la tension causée par le mégalodon.

On assiste à un naufrage de 45 mn dans les règles où, à grands renforts d'effets spéciaux nettement moins bien fichus, on voit le grand requin s'organiser tranquillement une razzia sur les côtes d'une station balnéaire... Si l'on pouvait espérer un hommage aux Dents de la mer, nous voilà devant un Piranhas 3D sauce squale ; cela n'aurait rien de grave si l'ambiance générale avait toujours oeuvrée en ce sens. Mais il est clair que l'objectif n'était pas de faire une comédie horrifique totalement déjantée : En eaux troubles se prenait trop au sérieux pour que ce revirement de ton brutal ait du sens. Son intrigue angoissante était-elle jugée trop sombre pour un blockbuster estival destiné à se rafraîchir entre deux glaces et une partie de beach-volley ? C'est en tout cas ce que le résultat laisse à penser. Et quel résultat... Un immense gâchis.

Après soyons positifs : En eaux troubles reste plutôt fun, rafraîchissant et haletant. Durant sa première partie en tout cas.

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