L’avis des libraires - 92ème chronique : Le Cycle des Chats Volants

28/08/2018

L'avis des libraires : 92ème chronique

Le Cycle des Chats Volants d'Ursula K. Le Guin

Des félins ailés par l'impératrice du fantastique !

Afin de protéger Thelma, Harriet, Roger et James, leur mère Jane décide de les envoyer à la campagne - elle sait que pour ses quatre curieux chatons, nés avec des ailes sans qu'elle ne puisse expliquer pourquoi, la ville recèle bien des dangers. La fratrie va désormais devoir voler de ses propres ailes…. Les aventures des Chats Volants ne font que commencer !

 

En janvier 2018, Ursula K. Le Guin, l'impératrice du fantastique, nous quittait, laissant derrière elle une foule d'ouvrages majeurs. Nous lui devons les sagas de Terremer et de L'Ekumen, L'Autre Côté du rêve, La Main gauche de la nuit...

Si elle est surtout connue pour ces romans, elle a également écrit une saga destinée à la jeunesse : Le Cycle des Chats Volants. Cette quadrilogie, magnifiquement illustrée par Steven D. Schindler, est considérée comme culte dans les pays anglophones. Elle reste malheureusement méconnue dans nos contrées, en raison d'une traduction tardive. Une erreur corrigée en 2005 par les éditions Folio, lorsque ces dernières nous ont enfin délivré la version francophone de Catwings, 17 ans après la parution originale ! Un choix éditorial judicieux car ce Cycle est une véritable pépite.

Les chats volants est une oeuvre emprunte de merveilleux, de poésie et de rebondissements. Ces quatre courts romans exploitent des thèmes primordiaux, tels que la différence, la cupidité, la discrimination, l'autonomie, la famille...

La quadrilogie insiste sur l'idée que chacun peut trouver sa place et s'y sentir épanoui - cet idéal n'est d'ailleurs pas le même pour tous. Ainsi, bien que le chemin emprunté par chacun diffère, ils ne s'aiment pas moins pour autant et ne s'éloignent pas les uns des autres : l'attachement filial entre les chats ne fait aucun doute, même s'ils ne partagent pas ou plus le même environnement.

Contrairement à ce qu'on pouvait craindre, les chats acceptent totalement leurs ailes et donc leur différence ; elle ne leur pose aucun problème en tant que telle mais provoque bien des déboires auprès d'autrui, qu'il s'agisse des hommes (vénaux) ou des oiseaux (méfiants et envieux). A côté de cela, cette différence est totalement acceptée par d'autres, qu'il s'agisse des enfants de la ferme, de la vieille dame citadine ou du chat Alexandre qui, sans être doté d'ailes, se joint sans problème à la fratrie. Au fil des tomes, les chats s'entourent de personnalités qui leur sont bénéfiques et les acceptent tels qu'ils sont : une philosophie que chacun pourrait adoptée de son côté.

Le Cycle ne mise pas sur des animaux anthropomorphes, à l'inverse de nombreuses œuvres jeunesses - Le vent dans les saules, Alice au Pays des Merveilles, les contes de Beatrix Potter etc. : les réactions des chats ailés face à la nature et ses dangers sont ceux de chats normaux et s'ils sont dotés de la parole, elle reste celle des félins et ne peut être comprise par les hommes - point soulevé lors de la rencontre avec les enfants. Si ces dangers n'ont aucune conséquence vraiment funeste, ils montrent bien la difficulté à survivre par soi-même : la chasse, le froid, l'hostilité des autres animaux... Ainsi, tout en insufflant une dimension féerique à cette histoire, Le Guin prend malgré tout un parti très réaliste.

Au passage, elle n'hésite pas à allègrement souligner l'absurdité de l'Homme : sa cupidité, sa curiosité malsaine, qui le poussent à s'approprier toute créature jugée exceptionnelle pour en tirer profit. Jamais manichéenne, l'auteure offre une belle diversité de personnages, tant au niveau des animaux que des humains ; ainsi, les bipèdes rencontrés par nos chats volants ne sont pas tous mercantiles, loin de là.

Les chats volants ainsi que ses suites (Le Retour des chats volants, Alexandre et les chats volants, Au revoir les chats volants) sont une fresque pétrie de bons sentiments, d'aventures et de magie, ancrée dans un quotidien bien réel. Un coup de maître qui a valu à son auteure le prestigieux prix Tam-Tam dans la catégorie roman J’aime lire. Une fresque qui saura séduire les bons lecteurs dès sept ans tout comme les parents.

Nos chats, de leurs côtés, se prendront peut-être à rêver... Qu'ils ont des ailes.

 

« Mme Jane Tabby était incapable d'expliquer pourquoi ses quatre enfants avaient des ailes. [...]

- Peut-être ont-ils des ailes parce qu'avant leur naissance, j'ai rêvé que je m'enfuyais loin d'ici. »

~ p 7 / Les chats volants

 

« Dès le premier jour, celui où ils avaient découvert les chats volants, les enfants avaient compris qu'ils ne devaient en parler sous aucun prétexte. Ils craignaient en effet que les gens ne soient tentés de les exposer dans des cirques ou des foires, de les mettre dans es cages ou des laboratoires, bref, d'essayer d'en tirer de l'argent d'une manière ou d'une autre. » 

~ p 8-9 / Le retour des chats volants

 

« Les chats sont patients. Même lorsqu'ils sont inquiets, voire effrayés, ils attendent tranquillement ; ils restent aux aguets jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose. » 

~ p 30-31 / Le retour des chats volants

 

« Si seulement je savais voler ! soupira Alexandre. Cela me serait  utile car, bien que je sois un magnifique grimpeur, je n'ai certes rien d'un grand descendeur. » 

~ p 26 / Alexandre et les chats volants

 

« De mon temps, les chats volants n'existaient pas. Mais le monde évolue. Et cela semble être une bonne idée, ma foi. Bien sûr, si j'étais un oiseau, je ne serais peut-être pas de cet avis. Je crois d'ailleurs qu'il serait plus sage de ne parler de toi à personne. Si je le faisais, les gens diraient : "Oh, Sarah est bien vieille, elle commence à perdre la tête !" Ce n'est pas facile d'être différent, n'est-ce pas ? » 

~ p 50, Sarah Wolf / Au revoir les chats volants

Les Chats volants, Le Retour des chats volants, Alexandre et les chats volants et Au revoir les chats volants d'Ursula K. Le Guin, aux Editions Folio, environ 60 pages par tome, 6€40 l'unité.

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