Série files : From Dusk Till Dawn / Une nuit en enfer (intégrale)

08/09/2018

🎥 Série files : From Dusk Till Dawn / Une nuit en enfer (intégrale) 🎥

 

⭐D. J. Cotrona, Zane Holtz, Eiza González, Jesse Garcia, Madison Davenport, Brandon Soo Hoo, Jake Busey…

Vous le savez mais j'adore la vision vampirique moderne imposée par Sheridan LeFanu avec Carmilla, en 1872.

Je suis fan d'Entretien avec un Vampire, Génération Perdue, Byzantium... Et je suis également une inconditionnelle du film From Dusk Till Dawn, réalisé par Robert Rodriguez et scénarisé par Quentin Tarantino ! Une odyssée aussi gore que guignolesque, au pitch simple mais efficace : l'intrigue évoque la virée dans un pub de deux frères hors-la-loi, flanqués de la famille qu'ils ont prise en otage. Sauf que le pub se trouve être un lieu infesté de vampires qui transforme leur arrêt en une nuit infernale !

Le film est violent, divertissant et cool, à l'image de son protagoniste principal, Danny Gecko, incarné avec beaucoup de classe par l’inénarrable George Clooney. A ses côtés, on retrouve Quentin Tarantino dans le rôle de son frère Richie ; Harvey Keitel en pasteur père de famille ; Juliette Lewis en ado revêche... A noter également l'apparition remarquée de Salma Hayek en goule langoureuse dont la danse vénéneuse, un serpent enroulé autour du corps, est restée culte.

Tout l'intérêt reposait sur le fait que les antagonistes étaient aussi les personnages principaux, à savoir Danny et surtout Richie, un psychopathe imprévisible et pervers. Dans la première partie tout du moins car la seconde voit les frères Gecko passer du statut de monstres à celui de proies, dès lors qu'ils franchissent la porte du bar Titty Twister. A noter que l'intrigue prend largement le temps de se mettre en place et de présenter ses personnages ; il faut ainsi presqu'une heure avant de voir se pointer un croc aiguisé.

Ce film de 1996 est relativement court - 1h40 au compteur. Aussi transposé une histoire si ordinaire, qui brille surtout par son ton décomplexé et la réalisation sanglante de Tarantino, en une série de 3 saisons (soient 30 épisodes, chacun d'environ 45 mn) n'était à priori pas l'idée du siècle. A priori et pourtant...

From Dusk till Dawn: The Series est une excellente surprise ! Largement à la hauteur du matériel original, elle surpasse de très loin les suites calamiteuses du film et certaines séries vampiriques ô combien moyennes récemment diffusées sur le petit écran - à savoir le très mauvais Dracula ou le décevant The Gates.

Niveau succube et psychologie tordue, c'est simple : on n'avait pas vu une si grande réussite depuis Hemlock Grove.

La 1ère saison reprend donc l'intrigue du film en se concentrant sur la psychologie de ses (anti-)héros et développe ainsi les histoires personnelles et le caractère de chacun : les Gecko, leur contact Carlos, la famille Fuller ainsi que la très sexy Santanico Pandemonium sont de la partie, de même que les rescapés du bar (Frost et Sex Machine).

Quant aux policiers, qui sont descendus sans sommation par les Gecko au début du film, ils jouent dans la série un rôle prépondérant : ici, un seul rend son dernier souffle, chargeant au passage son équipier et ami Freddie Gonzalez de traquer les frères jusqu'à ce que justice soit faite.

Tous gagnent au passage en complexité, à commencer par Richie, incarné  à la perfection par Richie, incarné à la perfection par Zane Holtz : ici, sa folie a une source bien précise, perpétuellement alimentée par la démoniaque et génialement complexe Santanico Pandemonium. Holtz est tout simplement incroyable dans son rôle : tourmenté, dangereux, inquiétant, brillant, charismatique, magnétique... Il joue de son regard bleu à la perfection, tantôt glacial, tantôt mélancolique, visiblement traumatisé par les incessantes visions mentales que lui infligent Santanico. Richie est d'ailleurs nettement plus fascinant que son alter-ego campé par Tarentino : ici, il semble présenter avant tout des troubles autistiques, être doté d'un esprit remarquable mais perpétuellement hermétique à l'empathie ou à la diplomatie. Il est aussi violent et imprévisible que dans le film mais ses pulsions meurtrières ont une source bien réelles et ne sont pas le fruit d'un esprit malade. Richie est très loin du pervers effrayant à la psychologie peu développée dépeint dans le long-métrage.

Tout comme dans la production Rodriguez-Tarantino, ce petit monde passablement sur les nerfs se retrouve dans un club de strip-tease, le Titty Twister, où ils vont devoir affronter des prédateurs aux dents longues...

Dès la fin de la saison 1 et le début de la saison 2, la série s'éloigne grandement du scénario de base : il était évident que les Gecko ne pourraient rester coincés dans leur pub durant vingt épisodes supplémentaires. Si la version signée El Rey avait jusqu'alors parfaitement bien orchestrée sa transition sur petit écran et avait su s'adapter à l'histoire originale sans la  trahir - voir même en l'améliorant - le baptême du feu commençait réellement ici : poursuivre une intrigue (inédite cette fois) et explorer les différentes possibilités offertes par la saison 1.

Richie, Seth et toute la bande sont donc de retour... Les saisons 2 et 3 offrent l'occasion d'explorer le mythe vampirique maya ; d'explorer la relation entre Kate et Seth ; les liens entre Richie et Kisa ; les états d'âme de Freddie ainsi que sa difficulté à concilier vie professionnelle et familiale ; de suivre l'évolution de Carlos et d'exposer ses différentes motivations ; de donner à Sex Machine tout son potentiel d'antagoniste ; d'approfondir la légende des  9 seigneurs vampires, les guerriers Otomis... Il y a beaucoup à développer dans les deux ultimes saisons de From Dusk Till Dawn et la série parvient à approfondir chaque aspect avec intelligence, misant largement sur le suspense et l'action. Si la saison 3, misant plus sur le côté Western, est plus divertissante, la 2nde, en revanche, lui est largement supérieur concernant le scénario.

L'un des points forts de From Dusk Till Dawn repose sur ses personnages, ambigus et complexes, dont les actes souvent amoraux remettent perpétuellement en cause l'image traditionnelle du héros classique.

La relation entre Seth et Richie est au cœur des péripéties : l'affection qui les lient, le soutien qu'ils se portent mutuellement... Leurs rapports ne sont pas simples pourtant, ils les rendent attachants et humains. La dévotion qu'ils se portent l'un l'autre, la peur de Seth pour Richie qu'il voit sombrer dans la folie sont des thèmes récurrents.

La culpabilité, le deuil, les liens familiaux, les difficultés matrimoniales, l'alcoolisme, les dilemmes policiers sont notamment abordés durant les épisodes.

Tout comme le film, la série a quelques moments drôles, liés particulièrement à la répartie de Carlos, au décalage qui subsiste entre Richie et les autres ou encore le cynisme de Seth.

Si dans les premiers épisodes, D. J. Cotrona semblait prisonnier de la vision que Clooney avait imposé au personnage, son interprétation de Seth finit par évoluer et gagner en maturité : il est particulièrement crédible dans les scènes de détresse ou lorsqu'il doit faire face à ses responsabilités. Il est certes moins cool que Clooney mais aussi plus torturé, plus profond et plus sombre, traits largement soulignés par le jeu sobre de Cotrona - il a ici une ex-femme, un rôle protecteurs envers Kate et surtout un amour indéfectible pour Richie.

Kate et Scott, les enfants Fuller, sont ceux qui évoluent le plus tout au long de la série : d'ados légèrement agaçants, ils deviennent au fil des épisodes des jeunes adultes indépendants, qui n'hésitent pas à agir. La qualité d'interprétations des acteurs Madison Davenport et Brandon Soo Hoo fluctuent beaucoup durant les premiers épisodes mais tous deux finissent pas réellement prendre possession du personnage. Et s'il était difficile de passer derrière Juliette Lewis, Davenport s'en tire plutôt bien lorsqu'elle abandonne ses airs ingénus et se transforme en fugitive forte et badass. Elle possède d'ailleurs un certain sens de la répartie qui la rend plutôt plaisante à suivre. Son duo avec Seth ou son attirance pour Richie fonctionnent très bien et restent crédibles : c'est une gamine paumée, orpheline de surcroît, qui cherche à la fois la protection en la personne de Seth (pourtant loin d'être un modèle) et la tentation, le danger avec Richie. La figure paternelle d'un côté, le désir de l'autre. Le trio reste néanmoins toujours très ambigu et leurs rapports sont difficiles à cerner, suffisamment en tout cas pour que l'on ne puisse évoquer un triangle amoureux - merci chers scénaristes d'avoir évité ce stéréotype totalement éculé !

Le personnage de Kisa, alias Satanico Pandemonium gagne aussi largement en background puisqu'elle bénéficie d'une histoire tragique et de réels objectifs : sa relation malsaine et tordue avec Richie finit néanmoins par prendre une tournure plus romantique. De garce incandescente, elle révèle vite une personnalité plus profonde et déchirée. Elle est engagée, viscéralement opposée à l'esclavage, profondément désintéressée et droite, ce qui l'éloigne de ses potentiels compagnons, Richie  comme Carlos. Bisexuelle, Kisa est une meneuse, libre sur tous les fronts. Elle revendique clairement ses idées et sa liberté de corps, d'où son refus d'être assujettie à quiconque - et qu'importe, dès lors, les souffrances endurées pour parvenir à acquérir sons statut de femme libre. Contre toute attente, c'est bel et bien la personnalité la plus intègre de From Dusk Till Dawn et à titre personnel mon personnage favori. Salma Hayek était sans nul doute la plus sexy mais Eiza González donne une dimension de martyr vraiment intéressante à son personnage.

Enfin, petit dernier de la troupe, Freddie Gonzalez (Jesse Garcia), sans doute le personnage le plus héroïque de notre bande de bras-cassé, c'est un Ranger droit dans ses bottes et en apparence irréprochable. S'il a tout du boy-scout déterminé et intègre, il dévoile au fil des saisons un aspect plus sombre et une soif de vengeance qui tourne vite à l'obsession. Comme dit plus haut, sa difficulté à concilier sa vie professionnelle et mystique (chasseur de Culebras à ses heures) avec sa famille (en danger permanent) est très intéressante. Ce père aimant, mari dévoué et justicier sans pitié est donc aux antipodes du cliché du flic froid et solitaire souvent croisé dans les œuvres policières. Le duo qu'il forme avec Ximena Vasconcelos, une Culebra, est également fascinant à observer car il pousse Feddie à remettre en cause sa vision simpliste du bien et du mal. Entre Ximena et lui, une véritable relation de confiance s'installe ; c'est toutefois elle qui a la sagesse de ne pas tomber dans le piège d'une relation romantique , sachant pertinemment à quel point son équipier est perdu, fragilisé par les nombreuses pertes subies. Aucun personnage n'est manichéen dans From Dusk Till Dawn est c'est sans conteste l'un de ses atouts.

La photographie est particulièrement soignée, les couleurs sont toujours très travaillées. La série a une esthétique prononcée, y compris dans ses scènes gores, dont la mise en scène macabre est aussi glauque qu'ébouriffante visuellement - un peu à la manière d'un Hannibal mexicain.

Les paysages poussiéreux et caniculaires du Texas ainsi que le talent des décorateurs confèrent à l'ensemble des visuels très sympathiques.

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