Série files : The Magicians - Saisons 1-2

23/06/2018

🎥 Série files : 🎥

The Magicians - Saisons 1-2 

 

⭐ avec Jason Ralph, Stella Maeve, Olivia Taylor Dudley, Hale Appleman, Arjun Gupta, Summer Bishil... 

Vous êtes-vous déjà demandé ce que donnerait un croisement entre le Poudlard d’Harry Potter, le concept du Monde de Narnia, le kitsch de Charmed et la sexualité décomplexée de Sense 8 ? Personne n’avait vraiment envisagé un mélange si improbable jusqu’à ce que Syfy décide de produire la série The Magicians, adaptée d’une saga de Lev Grossman en 2015.

Ici, l’école de magie s’appelle Brakebills, et c’est une université renommée sous la direction d’un doyen bienveillant du nom d’Henry Fogg. Oubliez les baguettes magiques et les cours de potions : à Brakebills, la magie est une énergie pure, très puissante et donc dangereuse qu’il faut longuement étudier pour parvenir à la manipuler, le tout en usant des compilations de gestes particulièrement complexes qui ressemblent vaguement à des mini Kamehameha.

Quant au monde de Fillory, fantasme ultime de notre héros nerd Quentin, si l’on s’y rend au moyen d’une armoire (coucou C.S Lewis) et qu’un humain peut aisément en devenir roi, la population locale n’est pas forcément des plus accueillantes…

En lisant ces quelques lignes, sans doute avez-vous eu l’impression que The Magicians était une série pour ados qui cumulait les stéréotypes. Des jeunes sorciers aux pouvoirs qui se baladent dans une école dédiée à la magie et cherchent à rejoindre un monde surnaturel, le tout avec maintes histoires de cœur et de problèmes familiaux plus ou moins envahissants… C’est daté non ?

Et bien non. La production Syfy dont nous parlons aujourd’hui est en réalité très différente de tout ce que la chaîne nous avait proposé jusqu’alors : si elle se pose en hommage aux classiques de fantastique et de fantasy, elle possède son propre ton et univers qui la rend unique.

Le pilote est à l’image de la série : déconcertant. A peine a-t-on vu Quentin, un garçon solitaire passionné par la saga romanesque de Fillory intégrer Brakebills que l’épisode se clôt sur un crevage d’yeux en bonne et due forme, le tout dans une scène particulièrement éprouvante et angoissante ! Et dire que tout cela commençait comme la version universitaire d’Harry Potter

Il faudra vous y habituer : The Magicians n’est clairement pas destinée à un jeune public. Les antagonistes sont monstrueux, captivants, complexes, aussi les actes de barbarie sont-ils à la hauteur de leur esprit tordu. Tortures, violence sur les animaux, meurtres, viols, amputation, manipulation, trahison, pédophilie… La série peut passer de la féérie la plus totale à l’horreur la plus brutale. Loin de donner dans le gore inutile, ces scènes récurrentes dans The Magicians permettent toujours de faire avancer l’intrigue et poussent les protagonistes à avancer dans leurs quêtes ou à redéfinir leurs objectifs.

Là où on tremblait peu devant Charmed (un seul personnage central réellement disparu au fil des saisons), il est évident que celle-ci ne cherchera pas à vous épargner : les personnages seront régulièrement mis à terre, poussés à bout psychologiquement, certains mourront ou encaisseront des pertes douloureuses. Quentin lui-même, pourtant principal héros, frôle la démence à maintes reprises et doit plusieurs fois lutter contre ses démons intérieurs – c’est le cas lors de l’épisode centré sur l’hôpital psychiatrique. L’univers est dangereux, haletant, passionnant, qu’il s’agisse de notre monde ou de Fillory et il vaut mieux surveiller ses arrières.

Mais la série n’est pas uniquement malsaine et violente, comme affirmé plus haut : elle est capable de la féérie la plus totale comme de l’horreur la plus brutale ! Si elle ne bénéficie pas d’un budget colossal et que certaines scènes sont clairement peu vraisemblables (notamment l’extérieur du château de Whitespire), dans l’ensemble, elle a le bon goût d’utiliser des effets spéciaux crédibles. Il en va de même pour les costumes qui ne sont jamais risibles, tout au plus délirants – mais comme ils sont portés par les personnages les plus excentriques du show, à savoir Margot et Eliot, ils sont au fond totalement adaptés.
Et certaines scènes sont tout simplement magiques ! Le tour de cartes conçu par la pensée, l’apparition nocturne de la Dame Blanche au cœur des bois, la transformation d’Alice et Quentin en renards polaires, la première séance de lévitation de Julia, les étreintes sensuelles en apesanteur…
Oui parce que, dans The Magicians, n’en déplaise aux pudibonds, il y a du sexe. Nos protagonistes sont jeunes, séduisants et leur libido est à la hauteur des évènements auxquels ils sont confrontés. Hétérosexualité, homosexualité, bisexualité, plan à trois, extase suspendue dans les airs ou sous apparence animale. La magie permet toutes les fantaisies et la tolérance est de mise, offrant une belle diversité.

A certaines occasions, la série se veut caustique ou réellement drôle – la plupart du temps grâce à Eliot, le trublion déjanté de la bande. Si cette rupture de ton est parfois totalement inutile (le premier épisode de la saison 2 en témoigne), elle donne parfois un véritable essor comique à l’intrigue ; tous les spectateurs se rappellent de ce moment hilarant où Quentin chante du Taylor Swift à Penny (au grand dam de celui-ci) ainsi que de l’orgie sexuelle des parents d’Alice à laquelle assistent, malgré eux, cette dernière et Quentin !

L’ultime point fort de la série repose sans conteste sur ses personnages, tous intéressants et variés, incarnés à la perfection par les comédiens. Globalement, il y a sept personnages primordiaux à l’intrigue, lesquels finissent par former une véritable bande d’amis : ils s’opposent les uns aux autres, sont en désaccord, s’affrontent mais ne renoncent jamais véritablement à l’équipe.
Alice, parfaitement imbuvable dans la saison 1, change radicalement de personnalité durant la 2nde saison, dans un retournement scénaristique des plus jouissifs.
Quentin, plutôt lisse et stéréotypé, se révèle vite attachant en jeune homme gaffeur fasciné par la magie, c’est un anti-héros qui ne brille pas par sa force physique, perturbé et instable, quoi que généreux et dévoué. Son amitié avec Julia est très belle, de même que sa liaison avec Alice qui prend un tournant véritablement intéressant par la suite.
Julia et Kady sont des femmes fortes, nullement cantonnées aux histoires de cœur, qui revendiquent leur indépendance ; si elles font des mauvais choix, elles tentent toujours d’agir pour ce qui leur semble juste. L’obsession de Julia pour  Brakebills, dont elle a été injustement rejetée, est tout à fait crédible et son parcours est aussi déchirant que saisissant.

Penny, en perpétuel conflit avec Quentin du fait de leur caractère radicalement opposé, est casse-cou, bagarreur, séduisant et terre-à-terre, il peine à contrôler ses pouvoirs ; sa relation avec Kady est l’une des plus attachantes qui soient.
Quant au « Roi Eliot » fêtard invétéré, aussi futile et dragueur qu’il se révèle passionné et plus profond que prévu : Eliot est l’un des héros les plus appréciés de la série et pour cause : il donne beaucoup d’entrain et d’humour à l’ensemble, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des moments véritablement tragiques. Ses rapports aux autres sont toujours forts : son amitié avec Margot, son histoire avortée avec Mike, sa relation complexe avec Quentin, son devoir envers Fen…
Seule Margot connaît une évolution pour le moins décevante et est de ce fait l’exact opposé d’Alice… Pour la simple et bonne raison que les showrunners s’entêtent à la cantonner au rôle de bimbo qui enchaîne les décisions catastrophiques.
Les personnages secondaires sont également tous très intéressants, qu’il s’agisse de la sorcière Marina, du doyen Fogg, des Professeurs Lipson et Mayakovsky, de Jane Chatwin ou de la Bête – antagoniste dont l’identité reste un choc, des épisodes après !

The Magicians est une série imparfaite mais un divertissement captivant, visiblement honnête et passionnée, dont les intrigues alambiquées et les personnages complexes apportent une véritable force à un univers inédit. Elle bénéficie également d'une belle identité visuelle, avec des couleurs travaillées et d'une BO correcte.

La production Syfy joue avec ses modèles, avec les attentes du public, se veut originale et atypique : magique, tout simplement.
Après une saison 1 captivante et une saison 2 inégale achevée sur un cliffhanger osé, reste à savoir ce que la saison 3 nous réserve !

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