Digressions, non-dits & qu’en-dira-t-on #8 : L'art du baiser

06/07/2018

Digressions, non-dits & qu’en-dira-t-on #8 :

L'art du baiser

 

Parce qu'Edmond Rostand est encore le mieux placé pour en parler, débutons cette chronique par cette réplique culte tirée de Cyrano de Bergerac :

Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ?
Un serment fait d’un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ;
C’est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d’un peu se respirer le cœur,
Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme !

 

Petit éloge du baiser

Qu'on en est conscience ou non, le baiser est un art ! Souvent, il concrétise une relation, signe le rapprochement de deux personnages, débute une relation charnelle encore hésitante... C'est direct, intime et, souvent, sensuel - en tout cas lorsque le réalisateur n'est pas pervers ou timoré !

En ce 6 juillet, journée internationale du baiser, je vous propose une petite sélection des baisers qui m'ont le plus marqués sur le grand et le petit écran. 20 scènes de cinéma ou de série, sans ordre particulier et sans raison, juste pour le plaisir.

 

! Attention spoilers !

Moulin Rouge ! : le plus musical

Je ne vous ferai pas l'affront de vous présenter Moulin Rouge ! dont je vous ai déjà allègrement rabâché les oreilles sur ce site. Il n'empêche que le premier baiser entre Satine et Christian, qu'ils échangent dans la chambre de l’Éléphant avec pour toile de fond le fameux cabaret, mérite largement sa place dans le palmarès. Après avoir poussé la vocalise sur quelques-uns des plus grands thèmes amoureux (Up Where We Belong, All You Need Is Love, I Was Made for Lovin' You, One More Night, Don't Leave Me This Way, Silly Love Song, Heroes, I Will Always Love You, Your Song), les lèvres du couple maudit se rencontrent pour un baiser passionné sur fond d'opéra. Culte.

 
Skam : le plus immergé

Le phénomène norvégien possède son lot de romances marquantes mais celle qui a indéniablement retenue l'attention des spectateurs n'est autre que la relation complexe que nouent Isak et Even. Les deux adolescents, après s'être introduits illégalement dans une piscine privée, entreprennent un concours d'apnée. Even, pour déconcentrer Isak, l'embrasse alors sous l'eau. Baiser que ce dernier lui rendra quelques secondes plus tard avec en fond la version instrumentale du tube Kissing You, interprété par Desiree. Un baiser tendre en totale immersion qui marque le début d'un des plus beaux couples du petit écran.

 
You who came from the stars : le plus surnaturel

Si les dramas ont durant longtemps été réputé pour leur excessive pudibonderie, certaines romances coréennes ont réfuté haut la main cette prétendue pudeur excessive ! C'est le cas pour You who came from the stars, qui dresse l'histoire conflictuelle entre un Alien promu professeur de bonnes manières et son élève, une starlette égocentrique. L'évolution entre le taciturne Min-Joon et la flamboyante Song-Yi a donné lieu a quelques scènes férocement drôles ou ô combien exaltées. Mais la plus romantique est indubitablement celle où, grâce à ses pouvoirs, il fige l'ensemble de la foule, sur le tapis rouge. Song-Yi est la seule à échapper à cet arrêt temporel et aperçoit alors celui qu'elle pensait ne jamais revoir avancer vers elle. Soulagée et profondément amoureuse, elle est au bord des larmes - nous aussi ! -, et effleure son visage sans savoir s'il est vraiment présent. C'est ce moment que choisit Min-Joon pour l'embrasser, après lui avoir assuré qu'il était bien de retour. Une liaison surnaturelle et passionnée qui a marquée les dramavores.

 
Populaire : le plus coloré

La classe frenchy, ça marche aussi très bien, surtout avec Romain Duris et Déborah François ! L’alchimie du duo était palpable dans Populaire, comédie 50's faussement sage qui voit Rose, une secrétaire pétillante, s'inscrire à des concours de dactylographie, épaulée par son patron Louis. A la veille de son grand concours international qui se tient à New-York, Rose et Louis laissent enfin leurs sentiments s'exprimer. Alors que la scène gagne en intensité, l'image se teinte des couleurs du panneau lumineux derrière eux, passant du rouge au bleu dans un tourbillon de sens et de couleur. Une scène plutôt sexy qu'on n'attendait pas forcément dans une comédie estampillée Tous publics...

 
3-Iron : le plus spécial

Retour à la Corée du Sud avec 3-Iron (Locataires en français) du sulfureux Kim Ki-Duk ! Dans ce film singulier et hors du temps, un jeune SDF, Tae-Suk, s'introduit dans les maisons temporairement inhabitées et y passe quelques temps. Un jour, il rencontre Sun-Hwa, une femme battue. Celle-ci, loin de le dénoncer, noue une relation complexe avec le jeune homme et s'enfuit avec lui. Le mari ne compte évidement pas la laisser partir aussi facilement.

Alors que le dénouement semblait à première vue dramatique, la scène de baiser apparaît comme un espoir : Tae-Suk rejoint furtivement Sun-Hwa (toujours enlacée par son époux violent) sans se faire repérer et embrasse son amour.

Ce baiser nous fait instantanément comprendre que leur liaison, si intense, n'est pas finie. Une bouffée d'air frais pour cette femme prisonnière et un pied-de-nez magistral à son monstrueux mari. On adore Tae-Suk et Sun-Hwa, leur irrévérence, la dangerosité de leurs rapports et la nature secrète de leur couple - bien plus réelle et charnelle que ce tout ce qu'elle a connu.

 
La Belle et la Bête / Le château ambulant : le plus magique

Niveau animation, les spectateurs ont aussi eu le droit à quelques scènes de bisous emblématiques. Mais les plus belles sont sans nul doute celles qui brisent une malédiction.

A ce niveau, Belle et Sophie sont sans conteste ex-æquo : dans les deux cas, ces jeunes filles vives, persévérantes et courageuses vont rendre à l'homme de leur vie son humanité et sa forme humaine, rompant au passage le sortilège dont ils étaient captifs. Le baiser symbolise ici la pureté des sentiments, l'amour véritable et désintéressé qui chasse le mauvais sort.

 

Diamants sur canapé  : le plus mouillé

Comédie romantique très très vaguement inspirée de la nouvelle Petit déjeuner chez Tiffany signée Truman Capote, le final de Diamants sur canapé à fait fantasmer de nombreux cinéphiles ! Après une ultime dispute, Holly a débarqué du taxi son chat de gouttière et Paul, son prétendant dont elle refuse l'amour.

Comprenant son erreur, elle quitte le taxi à son tour, voit Paul appeler l'animal... Elle le cherche à son tour et récupère son adorable matou roux sous une pluie diluvienne. Elle rejoint Paul, l'aspirant écrivain follement épris d'elle, et grisée par les sentiments qu'elle assume enfin, l'embrasse. Le tout sur la sublime mélodie Moon River. Depuis sa sortie en 1961, le film n'a pas pris une ride, son thème musical non plus et le duo Audrey Hepburn/George Peppard fait toujours rêver.

 
Some Kind of Wonderful : le plus amical

Les années 80 ont posé les bases de la comédie romantique moderne. J'avoue avoir un penchant pour ces histoires légères et douces-amères, où les ados portaient des looks improbables et étaient interprétés par des acteurs beaucoup plus âgés - oui bon ok, ça n'a pas tellement changé aujourd'hui, il n'empêche que l'ambiance était radicalement différente !

Si les fans de l'époque vous parleront de 16 bougies pour Sam, Rose bonbon, ou encore Un monde pour nous, j'avoue un fort penchant pour le méconnu Some Kind of Wonderful, paru en France sous le titre pas franchement accrocheur Le Monde à l'envers.

Si Some King of Wonderful n'a rien de spécialement original, j'adore son héroïne Watts : sa franchise, son style décalé, sa passion pour la batterie, sa relation amicale/amoureuse avec Keith, la façon dont elle se pose des questions et la subtilité de son interprète Mary Stuart Masterson... Watts est géniale ! Tout comme cette séance où elle enseigne à Keith comment embrasser, en prévision de son rendez-vous avec la jolie (et superficielle) Amanda.

Mais la leçon dérape légèrement lorsque Watts et Keith s'abandonnent totalement, bouche à bouche, yeux clos et caresses de plus en plus téméraires. Un baiser qui renforce les sentiments de Watts pour Keith et interroge ce dernier sur son supposé amour pour Amanda.

 
Titanic : le plus perché

Ah Titanic ! De tous les baisers, celui de Jack et Rose comptent parmi les plus célèbres. Et comment ne pas citer cette scène emblématique du film de James Cameron ?

Alors qu'elle vient de le rejoindre, balayant d'un coup toutes ses peurs et son mariage arrangé, ils se retrouvent perchés sur la proue, donnant l'illusion de voler, surplombant l'océan avec coucher de soleil rougeoyant en option.

Si c'est cliché ? Oui, absolument.

Mais ça n'en reste pas moins d'une beauté à couper le souffle, tant dans la mise en scène que dans l'alchimie évidente entre Kate Winslet et Leonardo DiCaprio.

 
Ghost : le plus manuel

Autre baiser culte, la fameuse scène de la poterie dans Ghost où, les mains enlisées dans la terre, Patrick Swayze et Demi Moore décident d'abandonner leur vase (loupé certes) au profit de quelques baisers langoureux qui aboutissent à une scène plutôt torride au rythme d'Unchained Melody. La scène marche tant par l'ambiance érotique instaurée que par son côté décomplexé (mains sales, chemise souillée, assis à même le sol) et son thème musical : elle démontre la parfaite symbiose qui unie Sam et Molly.

La musique est un classique, la scène aussi, le couple l'est tout autant... De quoi donner envie aux couples cinéphiles de s'exercer à un art manuel...

 
From Here to Eternity : le plus sableux

From Here to Eternity, aussi connu sous son titre français Tant qu'il y aura des hommes, baigne dans un érotisme et une violence à peine contenus, le tout dans un contexte historique bien précis : une base de l'armée US en 1941, à la veille du bombardement de Pearl Harbor ! Le long-métrage de Fred Zinnemann parle adultère, prostitution, corruption, harcèlement avec un regard étonnamment contemporain pour un film de 1953... La scène où Milton et Karen s'enlacent et s'embrassent sur une plage hawaïenne, la peau irritée par le sable et les corps submergés par les vagues, atteint des summums de sensualité. L'explosion de la passion charnelle, renforcée par la brutalité de l'océan, dans un va et vient perpétuel destructeur à l'image de l'acte sexuel.

 
Friends : le plus drôle

Certains ne jurent que par Rachel et Ross mais personnellement je trouve le couple Chandler/Monica plus drôle, plus passionné plus touchant et plus complexe. Il faudra cinq saisons à Monica et Chandler pour enfin être ensemble, à l'occasion d'une escapade londonienne et d'ébats provoqués par l'alcool...

Les vieux amis deviennent amants et cherchent tant bien que mal à cacher leur relation au reste du groupe. Ce qui donne parfois lieu à des stratagèmes douteux : Chandler, pris en flagrant délit alors qu'il embrassait langoureusement Monica, tente de se justifier comme il le peut. Agissant comme si rouler des pelles à ses meilleures amies était totalement normal, il embrasse donc avec fougue Rachel et Phoebe avant de s'éclipser aussi vite que possible ! Un gag récurrent de l'épisode 2, saison 5.

 
My PS Partner : le plus reconnaissant

Dans cette comédie romantique sud-coréenne délurée qu'est My PS Partner, la belle Yoon-jung décide de relancer la flamme dans son couple au moyen d'un appel téléphonique classé - 18 ans avec son petit ami... Et contacte par inadvertance un musicien fauché, Hyun-sung ! Au fil des conversations, une amitié avec affinités se noue entre eux jusqu'au moment fatidique de la rencontre IRL. Une évolution logique et pertinente, tendre et pétillante, entre érotisme, confession et confiance.

Ils se soutiennent, se conseillent, se rassurent... Tout comme dans cette scène où Hyun-sung descend en flèche une soi-disant amie de Yoon-jung qui vient de la rabaisser en public ! Cette tirade plutôt piquante vaudra à Hyun-sung une gifle magistrale aussitôt suivit d'un baiser tendre et reconnaissant de sa (presque) petite amie. Un baiser qu'il s'empressera de poursuivre, l'empêchant de s'esquiver comme elle en avait l'intention.

 
Un long dimanche de fiançailles : le plus enfantin

Retour à la France avec ce film historique dramatique signé Jean-Pierre Jeunet ! L'histoire de Mathilde et Manech a ému bon nombre de spectateurs et il faut dire qu'elle commence de la manière la plus mignonne qui soit : à l'âge tendre de l'enfance.

Alors qu'ils sont encore gamins, il paraît évident que Mathilde et Manech sont des âmes sœurs. En témoigne cette scène adorable où les deux enfants s'embrassent, chacun d'un côté d'une vitre, perchés au sommet d'un phare. La mer bretonne en arrière plan, le regard bienveillant de l'oncle et le début d'une histoire d'amour incroyable qui survivra à la 1ère Guerre Mondiale.

 
Peter Pan : le plus revigorant

Si Peter Pan a été adapté de nombreuses fois, la version de PJ Hogan est sans doute celle qui creuse le plus les difficultés de l'adolescence. Wendy s'oppose à Peter, incapable de grandir et donc d'aimer ; elle le quitte, accompagnée des garçons perdus mais la bande est vite capturée par Crochet.

Dans le duel qui opposera Peter à son Némésis, la dispute entre l'éternel enfant et la jeune adolescente sera un coup presque fatal : le capitaine pirate rappelle à Peter que Wendy grandira, l'oubliera, mettra des barreaux à sa fenêtre, ne sera bientôt même plus capable de l'entendre et le remplacera par un autre - un mari, assène Crochet. Ce monologue déstabilise le jeune garçon qui, incapable d'éprouver des pensées positives et donc de voler, chute. A la suite d'un coup particulièrement violent, il gît sur le pont, incapable de se relever. Wendy le rejoint et lui donne alors un baiser, murmurant au passage : "Je te l’ai donné, il t’appartient et pour toujours."

De quoi conférer à Peter la force dont il avait besoin pour vaincre son ennemi.

 
Coffee Prince : le plus gender bender

Je ne détaillerai pas ici l'histoire de Coffee Prince, dont j'ai déjà beaucoup parlé. Mais j'avoue être incapable d'ignorer le baiser d'Han-Gyul et Eun-Chan. Pourquoi ? Parce qu'il symbolise l'amour le plus vrai qui soit : celui qui dépasse tous les codes, les fait voler en éclat ! L'orientation sexuelle, le genre, le milieu social... A ce stade, son patron ignore qu'elle est une femme. Han-Gyul est prêt à balayer tout cela pour être avec Eun-Chan, qu'elle soit "un homme, une femme ou un alien". Un baiser passionné que la jeune femme lui rendra avant de se laisser aller dans ses bras.

Toutefois, alors qu'il sourit, comblé, elle n'a pas cette légèreté, cette libération ; elle sait qu'elle sera bientôt obligée de lui révéler son secret et craint la double peine : perdre son emploi et son amour...

Ce baiser est un tournant majeur dans le couple Eun-Chan/Han-Gyul et dans l'acceptation de leurs sentiments respectifs.

 
Stardust : le plus brillant

Dans ce conte de fée moderne et palpitant, le jeune et naïf Tristan a promis à celle qu'il aime, la vaniteuse Victoria, de lui ramener une étoile tombée du ciel. Evidemment, les choses ne se passent pas exactement comme prévu. Cette étoile a l'apparence d'une jeune femme, Yvaine, aussi acariâtre et têtue qu'elle est brave et indépendante. Après des débuts conflictuels et houleux, les jeunes gens se rapprochent au fil de leurs aventures.

Yvaine est d'ailleurs beaucoup plus au fait de ce qu'est l'amour que Tristan, c'est elle qui le guide et l'éclaire - sous ses dehors revêches, elle est romantique, désintéressée et sage, elle a sans doute la plus belle réplique du film : « Je connais très bien [l'amour], je le vois du ciel, ça fait des siècles et des siècles que je ne vois que ça. Il le faut sans quoi observer la Terre deviendrait insupportable. Tellement de mensonges, de misère, de guerres, de haine. J'ai même déjà songé à m'interdire de vous regarder. Mais vous avez vous, les humains, une façon de vous aimer... On pourrait aller jusqu'aux confins du tréfonds de l'univers sans trouver quoi que ce soit de plus magnifique. Alors, il est vrai, je le sais, que l'amour est inconditionnel mais comme je sais aussi qu'il peut être imprévisible, inespéré, incontrôlable, impossible, très proche de la haine, si bizarre que cela puisse être. Tout ça pour... tout ça pour essayer de te dire, Tristan, que je crois que je t'aime en fait. Voilà, mon cœur est, je le sens, comme si ma poitrine, comment dire, peinait à le contenir. À croire que mon cœur ne m'appartient plus, comme si maintenant il était à toi. Si tu en voulais, je ne te demanderai rien en échange, aucune chose de valeur, aucun cadeau, aucune démonstration d'adoration. Rien de plus que savoir que tu m'aimes aussi, juste ton cœur en échange du mien. »

C'est peu après cette tirade qu'à lieu leur premier baiser où, éperdue d'amour et désormais convaincue que leurs sentiments sont réciproques, Yvaine laisse éclater sa joie et scintille de tous ses feux. Un moment passionné, romantique et atypique digne d'un final à la Walt Disney.

«What do stars do ? Shine. »

 
Gangs of New York  : le plus violent

Dans un genre radicalement différent de Titanic, le baiser de DiCaprio avec Cameron Diaz est assez marquant. A l'image du film, la scène est violente, d'une brutalité animale... Les acteurs sont sur le fil, DiCaprio est plus sexy que jamais sous ses dehors rugueux, Scorsese s'attarde longuement sur les visages.

Depuis le début du long-métrage, Amsterdam Vallon, fils d'un pasteur prêt à tout pour venger la mort de son père, et Jenny, pique-pocket à la botte de son ennemi juré le Boucher, se tournent autour, mêlant animosité primaire et attraction physique.

Soyons honnêtes : Jenny n'est pas franchement l'atout phare de Gangs of New-York. C'est un personnage fort et indépendant mais sa présence est plutôt superficielle. En effet, la relation centrale au film est clairement celle d'Amsterdam et du meurtrier de son père, Bill le Boucher : elle oscille entre haine et respect, rancœur et complicité, violence et affection... Leur rapport très singulier est presque filial, malgré la vengeance d'Amsterdam qui plane à chaque instant sur le Boucher et qui, on le sait d'avance, aboutira à une confrontation sanglante. Jenny étant considérée comme la "propriété" de ce dernier, elle est plus un ajout supplémentaire dans l'opposition d'Amsterdam et du Boucher qu'un protagoniste à part entière. Elle n'existe qu'à travers le héros du film. La performance de Diaz a été vivement critiquée, en réalité elle est loin d'être mauvaise, sa puissance de jeu n'égale tout simplement pas celle de DiCaprio ou Daniel Day-Lewis.

Il n'empêche que cette scène est non seulement emblématique du couple Amsterdam/Jenny mais du film tout entier : violent, passionné, désespéré... Elle montre un Amsterdam jaloux, drogué et ivre, cherchant la confrontation avec Jenny alors que celle-ci vient de panser les plaies de Bill. Elle rétorque violemment, verbalement et physiquement, avant d'aboutir sur un baiser à leur image : bestial et imprévisible.

 
Thelma & Louise : le plus tragique

Ah Thelma et Louise... Variations au féminin de Bonny et Clyde, elles sont lancées malgré elles sur la voie du crime, elles nous auront fait rire, pleurer et trembler durant l'ensemble de ce road-trip imprévisible signé Ridley Scott.

Dans leur quête de liberté, elles vont abandonner leur conjoint néfaste, transgresser leur genre, s'opposer à un violeur et l'incapacité de la société à lutter contre ce type d'enflure, parcourir des centaines de kilomètres, préférer la mort à toute forme d'entraves...

Si elles ne sont pas à proprement parler en couple, l'amour que se voue les deux femmes, au-delà de l'amitié fusionnelle qui les lie à l'origine, semble évident.

Comme bon nombre d'héroïnes tragiques, elles décident de conclure leur périple par leur mort conjointe, s'échangent un baiser bref mais intense... Avant de lancer leur voiture dans le vide en se tenant la main. Le Grand Canyon est ainsi leur tombeau, le sépulcre des prémices de relation amoureuse.

Couple avorté, Thelma et Louise se suicident sur un baiser qui vint sceller leur pacte morbide.

 
Roméo et Juliette : le plus classique

Pour parler de la pièce phare de Shakespeare, j'aurai pu évoquer la scène de la piscine de Romeo + Juliet, l'étreinte langoureuse de Ram et Leela durant la fête de Holi, le téléfilm fantastique mettant en scène des Leprechauns et des Esprits de la Forêt...

Mais j'ai décidé d'évoquer la pièce sous son angle plus classique : l'adaptation de Franco Zeffirelli et le baiser échangé au balcon. Roméo et Juliette sont parfaitement incarnés par Leonard Whiting et Olivia Hussey, éblouissants de jeunesse, de passion et de naïveté. La sobriété de la mise en scène sert à merveille le texte original, les costumes sont réussis, le balcon et le jardin tels qu'on pourrait les imaginer dans la cité véronaise.

Ce baiser est un au revoir, la promesse d'un lendemain commun, d'une union à venir, d'une étreinte charnelle... Dans le genre, on a jamais fait mieux ! 

Bonus

 

Expiation de Ian McEwan : le plus littéraire

Si de nombreux romans m'ont marquée, il est rare que les scènes de baiser m’interpellent particulièrement dans le domaine littéraire. A quelques exceptions. La plus notable n'est autre que le premier baiser de Cécilia et Robbie dans Expiation de Ian McEwan : une scène torride et magnifiquement bien écrite. Même si j'adore son adaptation signée Joe Wright (Reviens-moi), je trouve son origine littéraire divine, d'une grande justesse et d'un érotisme palpable. Un extrait que je vous partage ci-dessous, comme la plus belle des conclusions.

« Il posa les mains sur ses épaules et rencontra la fraîcheur de sa peau nue. Lorsque leurs visages se rapprochèrent, il était si peu sûr de lui qu'il crût qu'elle allait s'enfuir, ou le gifler du plat de la main, comme dans les films. Sa bouche avait un goût de rouge à lèvres et de sel. Ils s'écartèrent, le temps d'une seconde, il la prit dans ses bras et ils échangèrent un nouveau baiser, plus confiants cette fois. Avec audace, ils se touchèrent du bout de la langue, et c'est alors qu'elle laissa échapper ce soupir de défaillance qui, il le comprit plus tard, était le signe d'une transformation. Jusque-là, le ridicule d'avoir un visage familier si près du sien avait perduré. Ils se sentaient observés par les yeux stupéfaits des enfants qu'ils avaient été. Mais le contact des langues, muscles vivants et fuyants, chair humide contre chair, et l'étrange plainte qu'il lui arracha changèrent tout. Il eut l'impression d'être pénétré, transpercé de haut en bas, de sorte que son corps s'ouvrait et qu'il fut capable de sortir de lui-même et de l'embrasser librement. Cette conscience de soi était maintenant devenue quelque chose d'impersonnel, de presque abstrait. Le gémissement qu'elle avait poussé était avide, et le rendait avide à son tour. Il la poussa brutalement dans l'angle, entre les livres. Pendant qu'ils s'embrassaient, elle tira sur ses vêtements, s'acharnant sans résultat sur sa chemise, sa ceinture. Leurs têtes roulèrent et chavirèrent l'une contre l'autre tandis que leurs baisers se faisaient plus dévorants. Elle le mordit à la joue, pas vraiment par jeu. Il s'arracha d'elle, puis revint et elle lui mordit profondément la lèvre inférieure. »

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L’avis des libraires - 150ème chronique : Le corps

05/11/2019

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