SĂ©rie files : Gotham (saisons 1-3)

29/06/2018

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De série policiÚre lambda au Suicide Squad (réussi et inattendu) du petit écran

 

⭐ avec Ben McKenzie, Donal Logue, David Mazouz, Sean Pertwee, Robin Lord Taylor, Camren Bicondova, Cory Michael Smith, Cameron Monaghan, Chris Chalk, Jessica Lucas, Morena Baccarin, Drew Powell, Benedict Samuel, Maggie Geha...

Difficile d'affirmer que DC a le vent en poupe ces derniers temps.

Entre le fiasco Suicide Squad, les productions aléatoires (le passable Man of Steel, le controversé Batman v Superman, le mitigé Justice League) et les séries clairement orientées ados que sont Arrow, The Flash et Supergirl, rien de réellement réjouissant sur les écrans cÎté DC !

Seul Wonder Woman a connu une rĂ©ception plutĂŽt Ă©logieuse - 92% d'avis positifs pour 309 critiques sur Rotten Tomatoes. Et encore, cela tient sans doute davantage au fait qu'il s'agit du premier film potable Ă  mettre en scĂšne une super-hĂ©roĂŻne, loin devant les catastrophiques Catwoman ou Elektra, qu'au long-mĂ©trage en lui-mĂȘme.

Et puis il y a un cas légÚrement épineux : celui de Gotham. Encensée ou détestée, la série centrée sur les origines de Batman et la carriÚre naissante du Commissaire Gordon déchire les fans de comics depuis 4 saisons - bientÎt cinq, qui fera d'ailleurs office de dénouement.

Alors Gotham, au réel, c'est si mauvais/génial que cela ? En réalité, la série passe du passablement correct au trÚs bon selon les saisons. Passons en détails les 3 premiÚres saisons de cette série controversée, pourtant l'une des rares idées intéressantes proposées par DC depuis des années.

La premiĂšre saison de Gotham ressemble Ă  n'importe quelle sĂ©rie policiĂšre, si ce n'est qu'elle prĂ©sente la particularitĂ© d'Ă©voluer dans l'univers de Batman. On suit un flic intĂšgre (Jim Gordon) flanquĂ© d'un sidekick au grand cƓur (Harvey Bullock) qui enquĂȘte dans les quartiers malfamĂ©s d'une grande ville. La plupart des Ă©pisodes connaissent une trame unique, ce qui permet au plus grand nombre de les regarder sans une assiduitĂ© exemplaire. On nous prĂ©sente une mafia locale bien orchestrĂ©e sous les ordres de Carmine Falcone, Salvatore Maroni ou Fish Mooney  ; quelques moments dĂ©crivent l'adolescence du jeune Bruce Wayne accompagnĂ© de son sempiternel majordome, ici dans la fleur de l'Ăąge, Alfred ; d'autres personnages majeurs du monde DC apparaissent tels que Selina Kyle/Catwoman, Lucius Fox, Oswald Cobblepot/le pingouin, Edward Nygma/L'Homme MystĂšre ; Ă©videment, le petit Jim est dĂ©chirĂ© entre deux femmes la blonde instable Barbara et la brune sage Lee.

Tout cela est bien sympathique mais fortement bateau. Si l'on exclut les personnalitĂ©s hautes en couleur de Fish Mooney et du Pingouin, il n'y a pas grand chose de singulier dans cette premiĂšre saison. L'histoire du Pingouin, magnifiquement interprĂ©tĂ© par Robin Lord Taylor, est et restera l'un des points forts de Gotham. Son parcours est captivant Ă  suivre, de porteur de parapluie pitoyable Ă  homme d'affaires implacable, de mĂȘme que ses sentiments excessifs : son adoration pour sa mĂšre, sa relation ambiguĂ« avec Edward Nygma, ses rapports Ă©tranges avec Fish Mooney ou Gordon... Oswald a besoin d'ĂȘtre aimĂ© et soutenu, ce qui le rend Ă©trangement vulnĂ©rable.

Sans doute les scénaristes ont-ils compris, en cours de route, que la fibre policiÚre n'était pas un élément vraiment intéressant à exploiter dans une série baptisée Gotham et qu'ils avaient sous les yeux une base autrement plus captivante : les méchants.

Gotham, berceau de la lie de l'humanité, compte en effet en son sein une flopée d'antagonistes plus complexes et tordus les uns que les autres. DÚs la saison 2, l'intrigue se focalise donc davantage sur ses méchants que ses gentils - un choix qui donnera à la série tout son potentiel.

Les saisons 2 et 3 corrigent donc de nombreux défauts de leur prédécesseur. Elles sont donc plus sombres, plus profondes et plus violentes, en questionnant constamment le spectateur sur son rapport à la justice.

Pour commencer, Bruce Wayne et Alfred, jusque là simples éléments récurrents, tiennent vraiment une place centrale aux épisodes : leur relation pÚre-fils/mentor-élÚve est trÚs intéressante, leur attachement est visible. Bruce n'est pour l'heure qu'un ado qui n'a quasiment aucun moyen d'agir et compte bien remédier à cela : son évolution est réaliste et évite les nombreux problÚmes propres au genre -  défauts que Smallville avait cumulé au cours de ses 10 saisons. Le jeune Batman reste ainsi relativement bien gérer et ses interactions avec le potentiel Joker, la future Catwoman ou Gordon sont globalement intéressants.

Alfred, en pleine fleur de l'ùge, est également un choix intéressant : il est paternel, sévÚre, distingué, profondément bienveillant, versé dans l'art du combat... Bref, le majordome parfait auquel on ne peut que s'attacher !

Les autres personnages connaissent une évolution originale et bien trouvée - dans l'ensemble. Les changements esquissés dans le dénouement de la premiÚre saison se concrétisent ici.

Gordon abandonne progressivement son rĂŽle de boy-scout idĂ©aliste, est rĂ©guliĂšrement torturĂ©, voit son intĂ©gritĂ© trahie Ă  plusieurs reprises, prend des dĂ©cisions qui vont Ă  l'encontre de sa nature...  Il est souvent confrontĂ© Ă  des problĂšmes extrĂȘmes et prend conscience qu'il ne pourra jamais ĂȘtre aussi droit qu'il le souhaiterait dans une ville corrompue : le combat du bien contre le mal est ici loin d'ĂȘtre manichĂ©en. Ses relations amoureuses pĂątissent Ă©galement grandement de l'influence nĂ©faste de la citĂ© et il perd une Ă  une toutes ses conquĂȘtes : pour l'heure, l'avenir de Gorden semble loin d'ĂȘtre radieux.

Les anciens "gentils" voient Ă©galement leur personnalitĂ© bienveillante volĂ©e en Ă©clat : Barbara Kean passe de petite-amie candide Ă  vĂ©ritable femme d'affaires Ă  forte tendance psychopathe qui noue de plus une relation libre avec Tabitha, une tueuse sanguinaire qui s'est elle-mĂȘme Ă©mancipĂ©e d'un frĂšre toxique ;  Ed Nygma, quoi qu'ayant toujours Ă©tĂ© Ă©trange et perturbĂ©, devient peu Ă  peu un tueur aux Ă©nigmes particuliĂšrement tordues, obnubilĂ© par la notoriĂ©tĂ©, qui aprĂšs la perte de plusieurs relations de couple se ferme complĂštement Ă  toute possibilitĂ© amoureuse ; le capitaine Nathaniel Barnes voit un virus transformer sa soif de justice en folie destructrice...

On assiste Ă©galement Ă  l'apparition d'antagonistes cultes : la Cour des hiboux, Hugo Strange, Mister Freeze, Azrael, Firelfy, Le Chapelier fou, Ra's Al Ghul, Poison Ivy... De mĂȘme que le Joker, que nous font miroiter les scĂ©naristes depuis la toute premiĂšre saison sans jamais expliciter clairement son identitĂ©.

Dans Once Upon a Time, durant les premiĂšres saisons, chaque personnage pouvait ĂȘtre un hĂ©ros de contes cĂ©lĂšbre ; dans Gotham, c'est exactement la mĂȘme chose : chaque nouveau venu, chaque protagoniste rĂ©current, peut potentiellement ĂȘtre un super vilain ! Il y a quelque chose de jouissif Ă  chercher qui est qui, Ă  faire des pronostics, Ă  Ă©laborer des thĂ©ories alambiquĂ©es. Et rien de tout cela ne se rapporte au fan-service puisque chaque personnage a une utilitĂ©, mĂȘme brĂšve, afin de faire progresser l'intrigue.

La plupart se rĂ©vĂšlent donc intĂ©ressants Ă  suivre. A titre personnel, je suis immensĂ©ment fan de la jeune Selina Kyle, indĂ©pendante et rentre-dedans ; de Nygma que je trouve aussi complexe qu'attachant - voir parfaitement hilarant lorsqu'il rentre dans ses dĂ©lires ; ou de Barbara Kean, qui a connu une Ă©volution les plus spectaculaires de la saga : de fiancĂ©e aimante à psychopathe parano, elle a Ă©tĂ© internĂ©e en asile oĂč elle a rejoint les Maniax (une bande de criminels tout droit sortie d'Arkham) avant de devenir une mafieuse glamour aussi crainte que respectĂ©e. Et l'actrice galloise qui la campe, Erin Richards (vue dans Merlin, Being Human et Misfits), est juste parfaite !

Globalement, la sĂ©rie a un budget suffisant pour possĂ©der une ambiance qui lui est propre : Arkham est tout Ă  fait crĂ©dible, les manoirs Wayne et Cobblepot sont magnifiques, le cirque tordu crĂ©Ă© par JĂ©rĂŽme Valeska est glaçant (et un bel hommage Ă  The Killing Joke au passage), les couleurs et l'esthĂ©tique sont travaillĂ©es de mĂȘme que la BO signĂ©e Graeme Revell et David E.Russo. Cette vision de la citĂ© du Chevalier Noir alterne entre celle ultra rĂ©aliste de Christopher  Nolan et celle, plus burlesque, de Tim Burton.

Gotham est visiblement le travail de passionnĂ©s : des fans qui certes ont tendance Ă  s'emporter face Ă  la mythologie immense Ă  laquelle ils ont Ă  faire mais ne manquent ni d'ambition, ni de moyens. Ils savent surprendre les spectateurs, y compris les inconditionnels de DC car ils crĂ©ent des histoires diffĂ©rentes de celles qui sont bien connues, et ce avec les mĂȘmes personnages - le propre des comics donc.

La sĂ©rie gĂšre parfaitement le passage des moments Ă©piques aux scĂšnes tragiques, de mĂȘme que les instants comiques qui allĂšgent considĂ©rablement une intrigue profondĂ©ment dramatique.

Indiscutablement, elle doit beaucoup Ă  son casting, qui est juste parfait : Robin Lord Taylor et Cory Michael Smith proposent sans conteste les meilleures versions du Pingouin et de l'Homme-MystĂšre, complexes et charismatiques à souhait ; Camren Bicondova a tout d'une mini Michelle Pfeiffer, agile et fĂ©line ; Cameron Monaghan, loin de son interprĂ©tation dans Shameless, est gĂ©nialement effrayant lorsqu'il campe JĂ©rĂŽme Valeska ; Alexander Siddig fait une apparition remarquĂ©e dans le rĂŽle de Ra's Al Ghul et, sans surprise, il est toujours aussi gĂ©nial ; Erin Richards, comme affirmĂ©e plus haut, est simplement formidable ; David Mazouz interprĂšte avec justesse un Bruce Wayne endeuillĂ©, particuliĂšrement crĂ©dible dans les moments d'Ă©motion ; Sean Pertwee confĂšre à Alfred Pennyworth tout le flegme britannique nĂ©cessaire ; Ben McKenzie, alias Jim Gordon, finit par ĂȘtre totalement convaincant au fil des saisons.

J'ai également une tendresse toute particuliÚre pour Maggie Geha, candide et pétillante, qui est la 2Úme actrice à incarner Poison Ivy et interprÚte parfaitement la pré-adolescente capricieuse coincée dans le corps d'une bombe plantureuse. 

Alors oui, évidement, certains points sont décevants : les intrigues de Bruce Wayne et de Jim Gordon forment deux histoires trÚs distinctes qui peinent à former un tout ; Renee Montoya et Alvarez sont mal exploités voir carrément oubliés (ce qui s'explique justement par le fait que les scénaristes délaissent les personnages bons au profit des antagonistes mais reste dommage) ; Bullock ne parvient jamais à s'affranchir de son statut de comic-relief ; Lee se montre insupportable durant l'ensemble de la saison 3 ; Fish Mooney et Harvey Dent disparaissent tout simplement sans connaßtre une fin digne de ce nom ; il y a également de nombreux changements susceptibles de faire grincer des dents aux fan-boys les plus ardus...

Mais Gotham reste trÚs agréable à suivre et découvrir, avec des personnages forts, une intrigue bourrée de rebondissements et de suspense parfaitement exécutée. Divertissante et cool.

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