Cin’express : Mai 2018

31/05/2018

🎥 Cin’express : 🎥

Mai 2018

🎬  Monsieur Je-Sais-Tout : 3/5

A l'heure où les comédies printanières se multiplient sur nos écrans (Taxi 5, Love Addict, Abdel et la Comtesse), on attendait beaucoup de Monsieur Je-Sais-Tout qui promettait de jolis moments d'émotion et d'humour tout en traitant un sujet délicat : l'autisme. Si le thème s'avère passionnant, son traitement l'est nettement moins. 

Pourtant, d'emblée, le film cumule des bons points : le casting est génial, les choix musicaux pertinents, la réalisation soignée, les plans mettent parfaitement en valeur la Charente-Maritime, ses plages, ses maisons à toit plat et ses pins...

Surtout, au cœur du film, on retrouve la relation fragile mais affectueuse qui lie Vincent à son neveu, Léonard, autiste Asperger. L'évolution de leurs rapports - si elle a lieu sur un temps relativement court - semble crédible et le film met particulièrement en exergue son caractère instable. Vincent, homme fruste et sans attache, se retrouve totalement désemparé face à ce gamin doté d'une intelligence rare mais incapable de communiquer simplement. La cohabitation forcée, la confiance qui s'installe progressivement, l'alliance de deux passions en une seule (les échecs et le foot), les petits bonheurs du quotidien, les angoisses face à une situation complexe, et enfin l'amour d'un oncle pour son neveu sont sans conteste les points forts du long-métrage. Touchant et drôle, le duo formé par Arnaud Ducret et Max Baissette de Malglaive bénéficie d'une belle alchimie. Dans le rôle d'un autiste Asperger, ce dernier, petit prodige du cinéma français, excelle.

C'est d'autant plus dommage que le film finisse malgré tout par tomber dans les sempiternels stéréotypes de la comédie française, clichés dont souffrait également Tout le monde debout : une histoire d'amour totalement superflue, une vision quasi-idéalisée de l'handicap, les rapports simplistes de la famille... Les grands-parents sont totalement dédouanés au dénouement alors que les parents de Léonard sont totalement absents du film. Pire, la mère est qualifiée de "folle" dans les grandes largeurs, sans que l'on sache ce qui lui vaut une telle animosité dans ce scénario censé prôner la tolérance...

Monsieur Je-Sais-Tout est un film sympathique, à défaut d'être totalement réussi - on est loin des chefs d'oeuvre Rain Man ou Gilbert Grape.

🎬  Avengers - Infinity War : 4/5

Après des années passées à nous teaser l'ultime bataille des Avengers face à Thanos, inutile de dire que l'attente avait atteint son paroxysme ! Alors, réussite ou réchauffé ?

Glissant clairement sur la vague prometteuse orchestrée par Black Panther et Doctor Strange, Avengers - Infinity War comble les attentes et offre à peu de choses près tout ce qu'on pouvait désirer dans un long-métrage de cette envergure : des scènes de batailles épiques ; de véritables enjeux ; des relations entre les personnages mieux exploitées que jamais ; un antagoniste vraiment intéressant, mégalo et despote mais tout entier consacré à ce qu'il considère comme son devoir ultime (l'extermination sans distinction de la moitié de l'univers et la sauvegarde de ses survivants).

L'alliance des Avengers avec les Gardiens de la Galaxie n'est pas sans rappeler l'effervescence provoquée par le tout premier film réunissant Captain America, Iron Man, Hulk, Thor et la Veuve Noire. C'était en 2012 (déjà !) et depuis, aucun film Marvel n'avait su égaler cette avalanche super-héroïque combiné à l'engouement public et à la production dantesque. C'était nouveau, du jamais vu sur grand écran, parfaitement maîtrisé et calibré pour séduire le plus grand nombre. Un succès qui a largement emballé les Studios Marvel au point de lancer les 2 phases suivantes... Avec plus ou moins de succès.

Avengers 2 était une déception grandiloquente ; Captain America - Civil War une très bonne surprise plus intimiste ; Les Gardiens de la Galaxie un excellent premier volume dont l'éclat a été singulièrement terni par une suite poussive ; Spider-Man - Homecoming et Thor - Ragnarok n'avaient pas fait l’unanimité alors que Black Panther se démarquait clairement de ses précurseurs en instaurant une passion mondiale autour du Wakanda et ses habitants.

On retrouve dans Infinity War la fraîcheur du premier Avengers : de cette alliance entre les sauveurs de la Terre et les bras-cassés de l'espace naît une véritable équipe aussi improbable que réussie, attachante, féroce et fragile. En terrible posture.

C'est peut-être là ce qui distingue Infinity War des autres productions Marvel : pour la première fois depuis 2008, date à laquelle Iron Man bouleversa à jamais le paysage audiovisuel, on ressent le poids des décisions, les risques encourus par nos héros, la tension mortelle qui pèse sur eux... Dès les premières secondes, le film surprend par sa noirceur et sa dimension tragique, une ambiance qu'il conservera durant la totalité de sa durée.

Il faut dire qu'en l'espace de dix ans, les spectateurs ont largement eu le temps de s'attacher à ces personnages. Ils les ont vu grandir, gagner en complexité, s'affronter, se réconcilier, tomber amoureux. Le film joue beaucoup sur ses duos, qu'ils soient construits sur l'amour ou l'attachement : Wanda et Vision, Natasha et Bruce, Gammora et Quill, Tony et Peter, Rocket et Groot, Gamorra et Nébula, Loki et Thor. L'idée de voir l'équipe réellement en mauvaise posture ou pire, anéantie, n'avait été qu’effleurée durant cette dernière décennie. Cette fois, la menace est tangible et Thanos, l'ennemi ultime, un adversaire de taille.

Complexe, dangereux, impitoyable, tyrannique, excellent combattant, il est plongé dans une sorte de délire où il s'estime être le seul en mesure de préserver l'univers. Il déroge ainsi à l'éternel stéréotype du "méchant qui veut contrôler le monde". Non, Thanos, contrairement à d'autres ennemis, est un idéaliste qui cherche à le préserver par tous les moyens. Il n'est pas sans rappeler quelques dictateurs (bien terriens ceux-là !) qui estimaient de leur devoir d'anéantir une partie de la population pour la sauvegarde de l'humanité. Un Némésis fascinant et d'ores et déjà iconique. 

Alors on pardonne volontiers à Infinity War ses incohérences, ses facilités scénaristiques et sa tendance à frôler dangereusement le pathos... Pendant 2h30, le suspense est à son comble, le spectacle largement à la hauteur, les acteurs excellent comme à leur habitude. Si bien qu'à sa conclusion, on ne peut souhaiter qu'une chose : que sa suite et potentiel dénouement, prévue en mai 2019, soit à la hauteur.

🎬  The Kissing Booth (exclusivité Netflix) : 2/5

La dernière production Netflix en date n'est autre que The Kissing Booth, une comédie romantique légère adaptée d'un best-seller young adult signé Beth Reekles.

L'intrigue prend place dans un milieu ultra privilégié et, vous l'aurez compris, tout ceci est ô combien prévisible. On y suit Elle, une jeune lycéenne qui en pince naturellement pour Noah (profession : bad-boy et cliché sur pattes). Ce dernier est le grand frère du meilleur ami de Elle, Lee. Meilleur ami qui lui a bien entendu interdit toutes relations intimes avec son aîné. Mais, face à son cœur - et ses hormones - qui la travaillent en puissance, Elle ne peut résister longtemps au ténébreux bagarreur.

The Kissing Booth est dégoulinant de niaiserie, stéréotypé au possible mais allez savoir pourquoi... ça marche ! Tout ceci reste regardable et même plutôt sympathique, dès lors qu'on passe outre les innombrables clichés qui jalonnent le tout (le trio de bimbos pompom girls, le brun mystérieux, le meilleur ami jaloux, la jeune fille écartelée entre l'amitié et l'amour, la figure paternelle bien bienveillante etc.). Il se dégage du long-métrage une évidente innocence, l'envie simple et assumée d'offrir quelques jolis moments au public cible - rien de plus rien de moins.

Le film doit beaucoup à son casting qui s'en tire honorablement malgré le peu de matière dont il dispose : Jacob Elordi parvient étonnement à donner de l'épaisseur à son archétype de bellâtre ; Joel Courtney (découvert dans Super 8) est touchant en meilleur ami possessif jaloux de la notoriété de son frère ; Molly Ringwald, l'éternelle muse de John Hughes depuis Seize bougies pour Sam, est parfaite en maman de substitution.

Joey King campe impeccablement Elle, sans conteste le personnage le plus intéressant : notre héroïne, qui a perdu sa mère, doit composer avec la puberté, son besoin de reconnaissance, un meilleur ami dévoué mais envahissant, sa passion pour le sport, son évident désir pour Noah et son envie de révolte adolescente qui s'exprime à grand coup de cuites nocturnes et de strip-tease improvisé dans le vestiaire masculin...

Le film évoque la sexualité constamment, tout en veillant (hélas !) à ne jamais tomber dans le sulfureux - on est très loin des effusions hormonales du terrifiant It follows, du foudroyant Pump up the Volume ou de l'obscur Deep End. De même, il n'y a pas entre Noah et Elle cette alchimie qu'on retrouve dans certaines de ses précurseurs, tels 10 bonnes raisons de te larguer, Heathers ou Dirty Dancing. Toutefois, Elle n'a rien d'une prude - on échappera au moins au cliché de la vierge effarouchée ou faussement bigote. De même, elle sait d'emblée ce qu'elle veut et si l'auteur se sent obligé de nous infliger une énième rupture (à laquelle on ne croit pas une seconde), elle reste dans l'ensemble agréable et cohérente avec ses choix. Son duo avec Lee est très réussi, ainsi que son attirance pour Noah.

Anecdotique mais plutôt charmant, The Kissing Booth est un teen movie lambda qui ne révolutionne pas le genre mais se suit sans déplaisir.

🎬  Deadpool 2 : 3,5/5

Le premier Deadpool avait révolutionné le petit monde des super-héros en présentant un protagoniste déluré, politiquement incorrect et hilarant, un looser magnifique et attachant, immortel de surcroît, qui prend plaisir à casser allègrement le quatrième mur... Dans le rôle titre, Ryan Reynolds avait surpris l'ensemble des spectateurs et conquis même les plus sceptiques qui gardaient en mémoire le fiasco Green Lantern et une apparition contestable dans X-Men Origins: Wolverine. Comment continuer sur cette voie sans tomber dans la répétition et conserver la singularité de ce premier volume ?

Curieusement, le film réussit son pari d'une façon très "deadpoolesque" - si on peut dire : en poussant le délire encore plus loin que son précurseur ! Le long-métrage balance ses références à la pop-culture au même débit que Deadpool envoie ses vannes, le casting est parfait (on voit passer furtivement Brad Pitt, Terry Crews et la révélation Bill Skarsgård), la musique est toujours aussi cool et même les choix les plus surprenants font sens. Le tout reste impertinent, provocateur, hilarant et accumule les scènes d'action aussi improbables que délirantes - directement dans la lignée du premier long-métrage, donc.

Le générique d'ouverture, hommage parodique à James Bond sur fond de Céline Dion, est aussi beau que drôle et les scènes de fin méritent vraiment le coup d’œil tant Reynolds manie à la perfection l'auto-dérision.

Deadpool 2, c'est du grand guignolesque soigné pour public averti, qui s'octroie de temps à autre des moments d'émotions étonnamment réussis. Une émotion basée sur le retour de personnages qu'on a aperçu et aimé dans le premier volet. Le spectateur prendra plaisir à revoir Vanessa, Dolpinder, Weasel, Blind Al, Negasonic Teenage Warhead et Colossus tout comme il adorera découvrir les nouveaux bras cassés des Studios Marvel. Les principales nouvelles recrues ne sont autres que Cable (Josh Brolin) et Domino (Zazie Beetz), tous deux géniaux, ainsi que Russel, joué par Julian Dennison. Ce dernier, s'il campe à merveille l'ado meurtri, peine toutefois à insuffler l'émotion nécessaire dans des moments pourtant clefs. Résultat : Russel est plus souvent agaçant qu'autre chose, à l'instar du personnage de Là-haut avec qui il partage le même prénom et quelques caractéristiques physiques évidentes.. Coïncidence ou pied de nez de Marvel à Pixar ? Difficile à dire tant les références sont nombreuses dans le film !

Quant à Miller, s'il est un antagoniste hélas trop absent, son interprète Eddie Marsan parvient à rendre chaque apparition glaçante et en fait un homme froid et pervers, anti-mutant de surcroît, directeur fourbe d'un orphelinat aussi sadique que fanatique.

Alors oui, déjà, on sent que la machine s’essouffle. Mais Reynolds prend un tel plaisir à camper son anti-héros qu'on aurait tort de s'en priver. Cette suite jouissive, ahurissante de bêtise, d'une violence décomplexée, fun et totalement en roue libre reste un bol d'air frais dans l'univers Marvel...

Reste à voir ce que donnera X-Force, annoncé courant 2019 ! 

🎬  Solo - A Star Wars Story : 3/5

Deux ans après la sortie de l'excellent Rogue One, Star Wars nous revient avec une nouvelle story et pas n'importe laquelle : celle d'Han Solo. Conséquence logique à un tournage compliqué et aux rumeurs annonçant d'ores et déjà un potentiel fiasco, les retours post-projection du Festival de Cannes étaient plus que mitigés : quelques retours positifs noyés sous des critiques majoritairement négatives ! Qu'en est-il alors de ce film, accouché dans la douleur par Ron Howard après le départ de Christopher Miller et Phil Lord ?

Crevons de suite l’abcès. Solo est un produit sympathique mais un mauvais Star Wars !

Pris indépendamment de la galaxie imaginée par George Lucas, le long-métrage est tout à fait correct : c'est un récit d'aventures sur fond de SF où se mêlent les péripéties d'un film de pirates associées à de multiples références au western. Quant à la BO, signée John Powell et l'irremplaçable John Williams, elle est tout simplement superbe. Le tout est certes prévisible mais appréciable, surtout lorsqu'il s'autorise quelques scènes d'action très bien menées : le train de marchandises attaqué dans des montagnes glacées, le monstre tentaculaire évoquant un Kraken de l'espace, les courses-poursuites en veux-tu en voilà... Mais ces quelques fulgurances mêlant rebondissements explosifs et réalisation stylisée restent hélas relativement rares.

Trop, en tout cas, pour parer au principal problème du film : son héros. La plupart des fans vénèrent Han Solo, le bandit cool et intrépide, courageux, toujours flanqué de son meilleur ami poilu surnommé affectueusement Chewie. La pop culture l'a érigé au rang d'idole, les cinéphiles ont loué la prestation d'Harrison Ford. La légende était établie et tout retour sur ses origines semblait vain. Sans surprise, cette affirmation se révèle juste. Alden Ehrenreich a beau s'en tirer honorablement, il est malheureusement impliqué dans un projet que personne ne voulait réellement voir. Chacun avait eu largement le temps d'imaginer les aventures d'Han Solo et Chewbacca, de songer à leur rencontre, à leur passé... Et comme souvent, la proposition officielle du studio n'égale pas les fantasmes des fans.

Le projet souffre aussi de la comparaison inévitable avec son prédécesseur ; Rogue One avait su gérer son statut de film dérivé à la perfection ! Il présentait des personnages inédits tout en laissant apparaître, de temps à autres, quelques protagonistes bien connus ou en glissant des références subtiles à d'autres volets de la saga. Le spectateur ignorait tout de Cassian, Jyn, K-2SO, Baze, Chirrut et Bodhi avant Rogue One et si leur fin semblait inéluctable, la tension et l'attachement porté à ses héros éphémères demeuraient intacts durant tout le film... C'était sombre, déchirant, shakespearien.

Solo fait tout l'inverse, trop maladroit, trop volubile, comme une fan-fiction à gros budget dont les travers sautent aux yeux constamment. Il cherche à être fun, drôle, décomplexé, à l'image de son mythique héro sans jamais réussir. La progéniture boiteuse de Ron Howard pêche pas excès de bonne volonté : à trop vouloir multiplier les références à Star Wars, il gave les fans jusqu'à la nausée puis l'overdose.

C'est d'autant plus regrettable que, curieusement, il réussit tout ce qui n'est pas directement lié à l'univers culte. A commencer par sa troupe de mercenaires, composée de personnages créés spécialement pour l'intrigue, à savoir Tobias Beckett, Val et Rio - des personnalités hautes en couleurs et prometteuses qui ne seront jamais approfondies et disparaîtront sans connaître le développement qu'ils méritaient. Mention spéciale à Beckett, que les scénaristes ne parviennent jamais à développer convenablement et qui doit beaucoup à l'interprétation de Woody Harrelson.

Le traitement d'autres protagonistes inédits, tels que L3-37 ou Qi'Ra, reste trop inégal pour les rendre appréciable ; là aussi on sent que le film cherche désespérément à être aimé sans y parvenir, en nous présentant des personnages féminins forts qui pourtant se révèlent aussi fades que stéréotypés. Et la plantureuse Emilia Clarke, révérée pour son rôle dans Game of Thrones, montre de nouveau les mêmes limites que dans Terminator - Genisys et se révèle peu convaincante dans les scènes d'action.

De même, Paul Bettany, pourtant génial dans Chevalier, La Plus Belle Victoire, Master and Commander ou le Marvel Cinematic Universe ne parvient jamais à donner le charisme nécessaire à l’antagoniste principal d'Han.

Saluons néanmoins les prestations de Donald Glover (Lando Calrissian), Joonas Suotamo (Chewbacca) et Erin Kellyman dans un rôle taillé sur mesure : tous trois s'en tirent remarquablement.

Quelques points forts mais beaucoup trop de casseroles pour permettre au Faucon Millenium de reprendre du service avec Han aux commandes. Et même s'il subit actuellement un bad buzz non mérité, il faut être réaliste : Solo était hautement dispensable.

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25/03/2020

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