Perles des libraires #En 3 points

05/05/2018

Titre : Perles des libraires : Le pire et le meilleur entendu en librairie... 100% véridique !

Auteurs : sous la direction de Jen Campbell

Éditeur : Leduc S.

Genre : humour, compilation

Date de parution : 2017

Résumé de l'éditeur : Poète et nouvelliste, Jen Campbell s'est inspirée de son expérience de libraire à Édimbourg et Londres pour rapporter dans un blog ses conversations invraisemblables, étranges ou extravagantes avec certains clients.Le succès de ce blog lui a inspiré ce livre, compilation hilarante de ces conversations.

Note : 4/5

 

📓 Petite intro :

Même si j'avoue que j'ai vraiment fini par m'épanouir Au Chapelier Lettré, il m'arrive encore d'entendre des remarques qui me hérissent au plus haut point... Et ce livre m'a d'emblée taper dans l’œil, parce qu'il me rappelait le premier Libère ta libraire qui abordait la situation sous un angle similaire XD !

Je me suis ruée dessus par curiosité et je n'ai pas été déçue. Ce livre, qui n'avait pour autre ambition que de faire rire, a été pour moi une petite révélation.

« Client : Vous savez, je mange tous les bons livres que je lis.

Libraire : ... Pardon ?

Client : J'aime sentir que le livre fait vraiment partie de moi. Donc, quand je l'ai fini, je déchire les pages et je les mets dans ma nourriture.

Libraire : Et qu'est-ce que vous faites des livres que vous n'aimez pas ?

Client : Bien évidement, ceux-là, je ne les mange pas.

Libraire : Oui, évidement (silence). Quelle est la meilleure façon de cuisiner du papier, alors ?

Client : Je vous conseille les ragoûts.

Libraire : Je vois.

Client : Et la tarte aux pommes. ça marche aussi. Mais je vous déconseille les milk-shakes. J'ai essayé une fois, ça n'était pas bon du tout.

Libraire : ... Je m'en souviendrai. »

 

#En 3 points :

 

📘 Rire de tout pour dédramatiser : Il est vrai qu'en tant que commerçants œuvrant dans le domaine culturel, nous avons un assez bon échantillon de la bêtise humaine...

Je vous passe les "Qui a écrit L'Odyssée d'Homère ?" et autres "Je n'aime pas Stephen King, c'est que du gore, y a rien derrière". Au fond, ce genre d’inepties restent inoffensives et prêtent plus à sourire qu'autre chose - enfin sourire... Tout dépend de votre niveau de tolérance du jour et à combien d'énergumènes vous avez dû faire face au préalable !

Mais il arrive parfois que nous soyons confrontés à des blagues bien plus douteuses, de la drague si lourde qu'elle semble tirée d'un nanar américain des années 80, des remarques sexistes, homophobes, mépris affiché envers la jeunesse etc. Cet ouvrage permet de dédramatiser, de se distancer de la bêtise crasse à laquelle nous sommes régulièrement confrontés. Après tout, le meilleur remède n'est-il pas le rire ?

Et, en parcourant cet ouvrage, j'ai ri. Beaucoup plus que je ne m'y attendais !

Parce que certaines remarques sont si loufoques, si improbables, que je me suis demandée comment, oui COMMENT, les libraires confrontés à ce problème avaient pu rester sérieux !

Parce que la mauvaise foi prête toujours à se moquer, surtout lorsqu'elle est si évidente.

Parce que certaines réponses aux clients étaient pertinentes au possible, percutantes et bien senties.

Parce que je me suis tellement retrouvée dans certaines situations qu'avec le recul, je ne pouvais que me moquer de cet échange et de l'importance que je lui avais accordée. Avec le temps, certaines "catastrophes" paraissent bien minimes, alors qu'elles démoralisent totalement sur le coup.

De quoi relativiser sur les aléas du quotidien. Et transformer les remarques imbéciles en article et, pourquoi pas, en livre.

 

« Client (en regardant tour à tour le libraire et une silhouette découpée grandeur nature de Legolas avant d'indiquer) : C'est vous ?

Libraire : Non. C'est Orlando Bloom. »

 

📗 Des remarques de toutes sortes : Ce qui est génial avec cette compilation c'est la diversité des remarques retranscrites ici !

Certaines vous feront rire, d'autres non mais il y en a tellement qu'il est impossible de ne pas s'y retrouver... Qu'ils s'agissent de lacunes littéraires évidentes (sur Shakespeare notamment, véridique !), de drague, de réflexions supposément profondes, de débats glissants sur la foi, de fanatisme avancé, d'un manque total de savoir vivre, des recherches de titres approximatifs, des fantasmes un peu trop évidents ou encore d'abus liés à la fameuse maxime Le client est roi, il y en a vraiment pour tous les goûts !

Perles des libraires donne aussi à réfléchir sur les gens qui fréquentent les lieux. Hélas, une constatation s'impose rapidement : l'intolérance est présente partout, y compris dans des lieux supposément culturels. L'homophobie évidente de certains clients par exemple, qu'ils ne cherchent même pas à cacher ! En témoigne cet extrait, alors qu'un client demande des infos sur Harry Potter :

« Il n'y a rien d'anormal là-dedans, n'est-ce pas ?

-Comme quoi ? Des loups-garous ?

-Non (à voix basse)... Des gays.

-Je vois... »

Alors qu'on érige la culture et l'instruction parmi les fondamentaux de l'intelligence, force est de constater que les deux ne sont pas systématiquement liés. On pense - à tort - qu'un lieu culturel (cinéma, librairie, disquaire etc) préserve de la bêtise. Preuve définitive que... Non. Une prise de conscience que j'ai faite tardivement et qui me permet de désacraliser un peu tout ça, de prendre du recul. Les librairies (dont la mienne par conséquent) restent un lieu public avec tout ce que cela comporte : des personnes de toute sorte, bienveillantes, instruites ou curieuses ainsi que des déchets foncièrement obtus, intolérants ou mesquins. De quoi détourner les commentaires snobs que se permet une clientèle qui se revendique "intelligente".

A noter que toutes les répliques retranscrites ici ne sont pas nécessairement mauvaises, insultantes et abêtissantes. Certaines sont juste mignonnes, innocentes, particulièrement lorsqu'elles proviennent d'enfants - le problème vient d'ailleurs plus souvent des parents que de leur(s) progéniture(s), demandez aux profs si vous ne me croyez pas !

 

« (Un homme s'approche de la libraire et tente d'entamer une conversation sur la religion.)

Libraire : Désolée, monsieur, mais j'essaie de ne jamais discuter religion avec mes clients.

Client : Oh c'est juste que vous me paraissiez sympathique et que je voudrais vous éviter d'aller en enfer.

Libraire : ... » 

Anecdote de Lillian Clark de la librairie Second Story (Laramie, Wyoming, Etats-Unis)

 

📙 Se sentir moins seul(e) : Là où j'ai véritablement apprécié cet ouvrage, c'est qu'il m'a permis de casser la solitude et le sentiment de patauger seule face aux co... Heu pardon... A certains clients désagréables ! A l'origine, j'étais persuadée faire preuve de "Don Quichottisme" avancé en ouvrant Au Chapelier Lettré. Mais il s'est avéré que non. 

Non, je n'habite pas dans un coin particulièrement fertile en matière d'intolérance - On trouve cette mauvaise herbe partout.

Non, je ne suis pas la seule à qui on tient des propos déplacés, misogynes etc - Tous les libraires y ont droit et hélas je crois que les commerçants en général doivent le subir !

Non, je ne suis pas la seule à maudire les parents qui laissent leurs enfants déchirer des pages ou monter sur des étagères - Mais soyons réalistes : ce genre de problème peut aussi très bien arriver chez vous, en cas de baby-sitting difficile ou de la visite impromptue de neveux turbulents ! 

Non, je ne suis pas la seule confrontée à des goinfres qui prennent ma librairie pour une pause pique-nique et se ramènent avec leurs viennoiseries et leurs doigts pleins de gras - J'ai vu des gens se pointer au cinéma avec leurs frites et leur hamburger, répandant une douce odeur de friture durant la projection du dernier Marvel !

Contrairement aux nombreuses lamentations que j'ai eu à l'ouverture, à la démoralisation constante, aux interrogations permanentes sur le fait que le problème venait peut-être de moi, de me dire que j'avais ouvert dans le patelin le moins adapté du monde...

Alors que non, ça ne tient pas au lieu, ni même à moi mais tout simplement à la nature même de l'Humain.

Le livre relate les péripéties de libraires d'Angleterre, d'Ecosse, des quatre coins des Etats-Unis... C'est un défi permanent, beaucoup de bonheur et de grincement de dents en perspective que de se consacrer à ce métier.

Mais vous savez le plus cool là-dedans ? Bien qu'elle soit un lieu public et aussi parce qu'elle en est un, une librairie est un vecteur de culture, de savoir, d'échanges et de partage. Un endroit qui voit passer toutes sortes de gens, pour le meilleur et pour le pire. Et face à ça, les perles du quotidien sont autant de faits anecdotiques dont il faut rire. Si l'on en prend conscience, reconnaissons-le : avoir pour job de découvrir des livres, de les lire, des les conseiller et d'en débattre... C'est quand même génial.

 

« Client : Excusez-moi, est-ce que vous auriez des pièces de Shakespeare dédicacées ?
Libraire : Euh... Vous voulez dire dédicacées par des acteurs qui les ont jouées ?

Client : Non, non, par William Shakespeare lui-même.

Libraire : ... »

« (Un homme entre dans la librairie en fumant une cigarette).

Libraire : Excusez-moi ?

Client : Oui ?

Libraire : Pourriez-vous éteindre votre cigarette, s'il vous plaît ?

Client : Pourquoi ?

Libraire : Parce qu'il est illégal de fumer dans un lieu public.

Client : Ce n'est pas un lieu public, il n'y a que vous et moi ici.

Libraire : Si, c'en est quand même un. Et, par ailleurs, ce magasin pourrait facilement prendre feu.

Client : Pourquoi ?

Libraire : ... Parce qu'il est plein de papier.

L'homme : Vraiment ? »

A découvrir également le site ci-dessous. Il évoque le quotidien des libraires par le prisme d'excellentes illustrations humoristiques signées Jean-Baptiste MUS : 

Libraire & fier de l'être

 

 

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