Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens #En 3 points

25/06/2018

Titre : Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens

Auteur : Becky Albertalli

Éditeur : Hachette

Genre : Chronique de vie, comédie dramatique

Date de parution  : 2015

Résumé de l'éditeur : Simon Spier, 16 ans, est gay. Personne n’est au courant. Les seuls moments où il est vraiment lui-même, c’est bien à l’abri derrière l’écran de son ordinateur. C’est sur un chat qu’il a « rencontré » Blue. Il ne sait pas grand-chose de lui. Simplement :

1/ Ils fréquentent le même lycée.

2/ Blue est irrésistible.

3/ Il l’apprécie énormément. (Pour être tout à fait honnête, Simon commence même à être un peu accro.)

Simon commet alors une erreur monumentale : il oublie de fermer sa session sur l’ordi du lycée. Résultat ? Martin, un de ses camarades de classe, sait désormais que Simon est gay. Soit Simon lui arrange un coup avec sa meilleure amie, soit Martin révèle son secret à la terre entière. Problème réglé ? Pas si sûr..

Note : 4,5/5

 

 

#En 3 points :

*Du coming out en général : Moi, Simon est un livre à part. Des romans qui parlent d’homosexualité en pleine ébullition adolescente, il y en a évidement beaucoup : Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers, Garçons de cristal, Le faire ou mourir, Appelle-moi par ton nom… Des livres excellents, complexes et profonds.

Mais le livre de Becky Albertalli se démarque toutefois, très nettement, des exemples cités. Moi, Simon est la chronique d’un moment clef dans la vie de son protagoniste, centrée tout au plus sur quelques mois. Quelques mois qui vont irrémédiablement changer sa vie. C’est à la fois une œuvre traitant du quotidien lycéen, de l’amitié et de la famille. De l’amour, évidement – Simon a 16 ans, l’âge des premiers émois, des expériences maladroites, des désirs incontrôlés. C’est aussi et surtout un roman sur le coming out, sur l’acceptation de soi, sur l’acceptation par ses proches.

Le coming out, qu’il s’agisse de celui de Simon ou de son mystérieux interlocuteur Blue, est au centre de l’intrigue. La peur de perdre ses amis, de changer à jamais ses liens familiaux, d’affronter le regard des autres, de voir sa routine bouleversée par l’intransigeance et la bêtise humaines… Le livre souligne l’importance de ce passage à l’acte ; surtout, il rappelle que c’est un choix personnel, qu’il appartient à chacun de faire ou non, comme il en a envie, quand il se sent prêt, comment il le veut et auprès de qui il le souhaite.

Le coming out donne lieu aux moments les plus forts du roman. Lorsque Simon assume son homosexualité auprès de ses camarades, de ses parents, de ses sœurs, de son établissement tout entier… Des dialogues brefs, gauches, un peu gênés d’un côté comme de l’autre mais profondément justes. C’est aussi le cas quand Simon confronte son maître-chanteur. Il lui assène cette réplique formidable, juste et imparable : « Ce n’est pas à toi de décider. C’est à moi de décider quand, où, et à qui je veux le dire. […] Tu m’as ôté ce choix ». Soit le thème du livre retranscrit en une seule phrase.

*Des personnages attachants : Simon Spier est sûrement l’un des narrateurs les plus sympathiques et crédibles qu’il m’ait été donné de lire dans le domaine de la littérature Young Adult. En pleine construction de son moi adulte, grand amateur de musique, il est spontané, drôle, cogite beaucoup, élabore des théories sur tout ce qui l’entoure. Simon est spirituel et ne manque jamais une répartie, talent qu’il partage avec son amie Leah.

Ses mails avec Blue, qui émaillent le roman et sont intercalés entre les chapitres, regorgent de conversations géniales : ils traitent pêle-mêle de sexualité, fantasmes, lycée, famille, religion, ségrégation, intolérance… Le tout avec humour souvent, tristesse parfois, honnêteté toujours.

Leurs conversations apparaissent pourtant rarement de façon suivie : Albertalli nous présente parfois des échanges dont nous n’avons pas le début ou dont nous n’aurons pas la fin. Mais tout cela reste parfaitement compréhensible et fluide, ce choix scénaristique permet même de comprendre que la relation épistolaire de Simon et Blue est très productive, insatiable, boulimique de mots et accro l’un à l’autre sans que le moindre doute ne subsiste… On imagine sans peine qu’ils puissent discuter de sujets bateaux, en apparence sans importance, et qu’Albertalli n’ait pas jugé utile de nous mettre dans cette confidence.

Peu importe puisque Simon, tout comme Blue (dont on ignore l’identité durant les ¾ de l’intrigue), sont des personnages très attachants : à la fois matures et enfantins, partisans des belles phrases, romantiques, timides, un peu perdus. En lisant leurs mails, on comprend leur attraction et on s’amourache, également, de ces deux garçons que l’on n’a pourtant jamais vu IRL*.

Simon peut s’avérer aussi terriblement craquant dans sa naïveté occasionnelle, son entêtement, sa maladresse, sa pointe d’égocentrisme… Ce qui rajoute à la crédibilité du personnage. Loin d’être irréprochable, il est entouré de personnages tout aussi imparfaits et attachants : ses sœurs qu’il peine à comprendre ; ses parents un peu trop démonstratifs ; son trio d’amis insolites (Leah la revêche grande amatrice de fanfiction slash, Nick le guitariste rêveur et l’attachante Abby, nouvelle venue au lycée). Même Martin, qui lui inflige pourtant un odieux chantage, se révèle touchant et plus profond qu’il n’y paraît.

Le livre est dépourvu de tout manichéisme et on est loin des clichés fréquemment répandus dans certaines (mauvaises) productions américaines estampillées teenager : les joueurs de foot n’ont pas un QI avoisinant les 0, les profs ne sont pas tous des dictionnaires sur pattes dénués de la moindre empathie, les parents ne sont pas des gentils lourdingues à côté de la plaque et chaque étudiant ne se distingue pas par un unique trait spécifique. Moi, Simon c’est un peu l’effet Breakfast Club : les protagonistes s’affranchissent très vite de leur statut d’archétypes (le geek, la première de classe, le footballeur, la gothique, le fêtard) pour devenir des personnages à part entière, dotés d’une véritable personnalité..

*Un roman inspirant et réaliste : Durant cette lecture, je suis tombée amoureuse de Simon, j’ai craqué pour Abby, j’ai fantasmé sur l’identité de Blue. Je me suis rappelée mes années lycée, mes moments galères durant les cours et mes soirées détentes avec mes ami(e)s. Je me suis remémorée mes premiers combats, mes découvertes culturelles majeures, mes coups de foudre et mes peines de cœur. J’avais de nouveau 16 ans, avec tout ce que cela implique.

Et j’ai alors compris en quoi l’œuvre de Becky Albertalli était si importante, si progressiste : pour aborder une sexualité encore ostracisée, elle a choisi le prisme de la normalité. Aucun livre de ce genre n’existait durant mon adolescence, ce qui sous-entend une progression certaine des mœurs. Y compris dans un état supposément fermé comme la Géorgie où se déroule l’action et avec un protagoniste athée gay dont les amis n’ont ni la même couleur de peau, ni la même morphologie. Ce qui est déjà beaucoup.

Alerbertalli signe une fiction positive, parfaitement ancrée dans la réalité, authentique et inspirante. Sous ses dehors de chronique de vie, de comédie inoffensive, de rom-com un peu prévisible, Moi, Simon participe à la normalisation de l’orientation sexuelle quelle qu’elle soit.

Mieux : elle incite a ne pas « en faire toute une histoire », élément récurrent de l’œuvre, notamment lorsqu’il aborde le sujet avec sa famille. Et en effet, pourquoi faire tant de tapage autour de quelque chose d’aussi banal et personnel que la sexualité, qui ne concerne que soi ? Sans doute parce que nous en sommes encore au stade où il faut se battre pour revendiquer le droit des minorités à être comme tout le monde. Point appuyé au passage par l’auteure dans ce mail de Blue à Simon : « C’est agaçant que l’hétérosexualité (et la blancheur de peau, tant qu’on y est) soit la norme, ou que les seules personnes obligées de s’interroger sur leur identité soient celles qui n’entrent pas dans ce moule. »

Ce roman n’a pas la poésie de Garçons de cristal, l’ampleur tragique de Le faire ou mourir, le caractère mélancolique d’Appelle-moi par ton nom ou la subtilité d’Aristote et Dante découvrent les lois de l’univers… Pourtant, il n’en reste pas moins d’une grande importance. Par la voix d’adolescents à la résonance si authentique, sont abordés, mine de rien, par petites touches, des sujets cruciaux : le harcèlement scolaire, l’homophobie latente, la grossophobie banalisée, les difficultés à communiquer etc. Le tout est porté par une plume fluide et caustique, sans emphase, qui rend ces éléments majeurs accessibles à tous.

Un livre qui fait du bien… Et qui fait réfléchir.

Je vous embrasse,

Chloé.

« Ce sentiment d’être nu, quoi qu’on fasse.

Ce sentiment qu’il avait d’être à la fois si caché et si exposé quant à son homosexualité.

J’ai ressenti une panique et une gêne étranges en lisant ce passage, mais aussi comme un murmure d’exaltation.

Il évoquait l’océan qui sépare les êtres. Et leur but : trouver un port qui vaille la peine d’être rejoint à la nage. »

~ Simon au sujet de Blue, p 13-14

« Wonder Woman et un Détraqueur gay comme uniques survivants d’une apocalypse zombie. Voilà qui n’augure rien de bon pour la survie de l’espèce. »

~ Simon, p 30

« Je crois que tu m’accordes beaucoup trop de crédit. C’est toi, le héros de la soirée, Blue. Tu as abattu ton mur tout seul. Le mien aussi, peut-être. »

~ Simon à Blue, p 81-82

« Au fait, petite parenthèse : tu ne trouves pas que tout le monde devrait en passer par le coming out ? Pourquoi l’hétérosexualité serait-elle la norme ? Chacun devrait déclarer son orientation, quelle qu’elle soit, et ça devrait être aussi gênant pour tout le monde, hétéros, gays, bisexuels ou autres. Je dis ça, je dis rien. »

~ Simon à Blue, p 93-94

« Aussi, lorsque la journée arrive à son terme sans que rien d’extraordinaire se soit produit, mon cœur se brise un petit peu. Comme si, à 11 heures du soir le jour de votre anniversaire, vous compreniez enfin que personne ne vous a organisé de fête surprise. »

~ Simon, p 129

« Je n’aime pas les fins, dis-je. J’aime quand les choses ne finissent jamais. »

~ Simon, p 193

* IRL (In Real Life, littéralement « dans la vraie vie » ; Argot Internet) : Où l’on rencontre les gens physiquement, par opposition aux relations dématérialisées que l'on peut avoir via Internet. Source : Wiktionary

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