Cin’express : Pierre Lapin

29/04/2018

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Pierre Lapin

 

🎬 de Will Gluck
⭐avec Domhnall Gleeson, Rose Byrne, Sam Neill et les voix de Philippe Lacheau, Elodie Fontan, Jessica Monceau, Marie Tirmont, Julien Arruti, Véronique Augereau...
🗓 Sortie 2018

Avant qu'on ne m'accuse de blasphÚme, je tiens à préciser une chose : je suis immensément fan de Beatrix Potter. J'ai grandi avec ses histoires, ses dessins, son univers bucolique...

Autant dire que j'Ă©tais plus que dubitative Ă  l'annonce de ce long-mĂ©trage mĂȘlant prises de vues rĂ©elles et animations 3D : le doublage français (composĂ© d'acteurs français comiques en vogue), le parti-pris moderne, l'humour omniprĂ©sent me laissaient plus que sceptique.

A cÎté de cela, les lapins anthropomorphisés étaient craquants à souhait et visuellement réussis, la campagne anglaise offrait ce cadre pastoral idyllique cher à Potter et le duo principal (Rose Byrne et Domnhall Gleeson) compte parmi ces comédiens talentueux capables d'exceller tant dans la comédie que le drame.

C'est donc sans enthousiasme mais sans préjugé que j'ai découvert ce Peter Rabbit made in 2018. Et trÚs vite, un constat s'impose : l'équipe du film respecte le travail de Beatrix Potter. Mieux : il l'aime et recÚle d'hommages à la célÚbre auteure (la protagoniste s'appelle Bea, une séance en animation reprend trait pour trait son style d'illustration, tous les petits animaux qui peuplent son oeuvre font une apparition).

Surtout, le long-mĂ©trage respecte l'esprit de Pierre Lapin : le hĂ©ros de Potter Ă©tait un lapereau dĂ©sobĂ©issant en quĂȘte d'aventures, sa transposition en 2018 est sommairement animĂ©e par les mĂȘmes objectifs. Il est plus casse-cou, plus tĂȘte-brĂ»lĂ©e, plus prompte Ă  plaisanter mais n'en reste pas moins cette boule de poils rebelle qui va toujours Ă  l'encontre des consignes. De mĂȘme, Jeannot reste ce cousin un peu pataud, naĂŻf et profondĂ©ment gentil. Les sƓurs de Pierre, Flopsaut, Trotsaut et Queue-de-coton, plus dĂ©veloppĂ©es que dans le conte original, apparaissent ici comme querelleuses et aussi tĂ©mĂ©raires que leur aĂźnĂ©, jouant un rĂŽle crucial dans l'intrigue.

On voit Ă©galement apparaĂźtre (plus ou moins furtivement) l'Ă©cureuil Panache Petitgris, le hĂ©risson Madame Piquedru, la cane Sophie et son ennemi M. Tod le renard, le crapaud JĂ©rĂ©mie PĂȘche-Ă -la-Ligne, le Rebondi Cochonnet, Ernest Blaireau etc... Une galerie de personnages truculents qu'on prenait plaisir Ă  dĂ©couvrir enfant et qu'on retrouve adulte avec nostalgie.

Dans l'ensemble, la modernisation est rĂ©ussie et l'apparition d'humains au sein de cette intrigue permet de poser quelques questions intĂ©ressantes. L'opposition entre BĂ©a et Thomas, l'hĂ©ritier éloignĂ© de feu McGregor (ennemi jurĂ© des lapins) marche Ă©galement trĂšs bien. BĂ©a est une jeune femme Ă  l'esprit poĂ©tique, joyeuse, proche de la nature, amie des lapins qu'elle dessine avec plaisir et sauve occasionnellement des frasques du vieux McGregor. Thomas, Ă  l'inverse, est le modĂšle du citadin stressĂ©, horrifiĂ© par la nature et ses vermines, bourrĂ© de nĂ©vroses et maniaque Ă  l'extrĂȘme dont la vie tourne exclusivement autour de sa rĂ©ussite professionnelle. Si clichĂ©s puissent-ils paraĂźtre sur le papier, ces deux protagonistes se rĂ©vĂšlent attachants et leur duo fonctionne Ă  merveille, notamment grĂące aux interprĂ©tations de Rose Byrne et Domnhall Gleeson. Ce dernier s'en donne d'ailleurs Ă  cƓur joie et fait montre une nouvelle fois de ses talents humoristiques. Rose Byrne est comme toujours impeccable, pĂ©tillante et fantasque : sa relation avec Pierre, nĂ©e d'une tragĂ©die, a abouti à un rapport amical et protecteur des plus touchants.

Enfin, le doublage français est curieusement rĂ©ussi : pour leur premiĂšre vĂ©ritable excursion dans le doublage, la bande Ă  Fifi (Philippe Lacheau, Julien Arruti et Élodie Fontan) s'investit Ă  fond et donne de la voix pour des personnages qui leur correspondent visiblement.

Le long-métrage est trÚs rythmé et l'intrigue suffisamment palpitante pour maintenir en haleine petits et grands, le tout porté par une BO entraßnante, un concentré de bonne humeur pop. Les gags (plutÎt primaires, reconnaissons-le mais efficaces) devraient faire rire les enfants, alors que les adultes seront davantage sensibles au fond et à la nostalgie qui s'en dégage par instant.

Evidemment, on peut regretter que, à la maniÚre d'Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent, Pierre Lapin n'ait pas eu droit à une transposition plus fidÚle, qui respecterait trait pour trait les visuels de Beatrix Potter - la scÚne en animation traditionnelle qui survint à la moitié du film,  touchante et maßtrisée, est un bel exemple de ce qu'une adaptation plus conforme aurait pu donner.

Mais qu'importe : Pierre Lapin semble s'imposer comme LA comédie familiale de ce printemps.

A dĂ©couvrir et apprĂ©cier sans prise de tĂȘte.

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