L’avis des libraires - 76ème chronique : Ikigai

17/04/2018

L'avis des libraires : 76ème chronique

Ikigai de Francesc Miralles & Héctor Garcia

L’art de vivre à Okinawa

Auteurs de fiction et amis, Francesc Miralles et Héctor Garcia s'embarquent pour le Japon. Direction ? L'archipel d'Okinawa, à la rencontre des supercentenaires du hameau d'Ogimi. Sur place, ils vont passer de longs mois à s'imprégner de la mentalité locale et découvrir un fabuleux concept : l'Ikigai, soit la « joie de vivre » et la « raison d'être »  de chacun.

 

La semaine dernière, j'avais évoqué Conversations avec mon chat, fiction thérapeutique réussie sur la quête du bonheur. Bien décidée à creuser davantage, je me suis retrouvée à consulter un livre de développement personnel plus poussé, en grande partie parce qu'il était rédigé par Francesc Miralles - je lui dois deux de mes romans favoris, L'amour en minuscules (encore une histoire de chat !) et Quand nous étions morts, oeuvre gothico-poétique adulescente.

L'Ikigai est une notion connue mais relativement abstraite pour tout européen qui s'intéresse à la culture nippone. Et c'est là la premier atout de cet ouvrage : il permet de cerner l'Ikigai, concept japonais qui pourrait être traduit par le « bonheur d'être toujours occupé », et qu'on peut aisément rapprocher de nos expressions françaises la « joie de vivre » et la « raison d'être ». Pour cerner l'Ikigai, nos deux auteurs ont donc posé leurs valises à Ogimi, le village des supercentenaires. Et quoi de mieux, pour atteindre cette raison d'être, que de vivre au mieux et pleinement, à la manière de ces habitants ?

Le livre offre ainsi une véritable plongée dans la mentalité locale : les villageois d'Ogimi  ont un esprit communautaire très développé, l'entraide est primordiale, l'isolement proscrit... Le sentiment d'être utile à l'ensemble, de participer à son équilibre, donne une impulsion aux habitants. Ils sont ainsi non seulement nécessaires mais bénéfiques les uns envers les autres, sereins et accomplis. Ils n'ont pas le sentiment de vide et d'inutilité que l'ont retrouvent souvent au sein de la population la plus âgée, régulièrement marginalisée.

Tous sont actifs, pratiquent jardinage, danse, marche, exercices de relaxation, activités sportives douces telles que le Yoga, le Taichi, le Qi Gong ou le Shiatsu.

Ils ont également une nourriture saine et frugale, qui repose sur les antioxydants, tels que le tofu, le miso, le thon, les carottes, la patate douce, le soja, le citron, le concombre, le piment, le thé vert... Les fruits et les baies sont également un atout phare. Ils consomment aussi des céréales (modérément), du poisson (en petite quantité) et de la viande (très rarement). Bon en toute honnêteté, ils évitent aussi les farines et les sucres raffinés, limitent le lait et ses dérivés et proscrivent la pâtisserie industrielle. RIP croissant et pain au chocolat, donc... Surtout, surtout, ils ne mangent jamais à satiété et ne se remplissent donc le ventre qu'à 80% !

Mais au-delà du corps, c'est également le mental qui est au centre des préoccupations. Durant les nombreuses interviews qui émaillent le livre, les habitants mettent en avant les petits riens du quotidien, anecdotiques pour beaucoup d'entre nous, stressés et nombrilistes que nous sommes, mais primordiaux afin de se construire une existence sereine et longue : apprécier la nature à sa juste valeur ; arrêter d'être connecté en permanence ; apprendre jour après jour de nouvelles choses ; s'entourer d'amis fiables ; compter sur un groupe qui apportera soutien moral et financier ; se lancer des défis clairs, atteignables, en augmentant progressivement la difficulté (le stress, à petite dose, est une bonne chose) ; arrêter de se revendiquer multitâche et se focaliser au contraire sur une seule afin d'accroître son efficacité. 

Bien sûr, être totalement absorbé par l'activité qui nous plaît (la source de notre Ikagai) et parvenir à associer tâches quotidiennes/passion nous évitent la frustration ou le sentiment de vide. L'Ikigai, notre raison d'être, nous permet d'être serein, c'est la raison qui nous « pousse à se lever chaque matin ». A nous de l'identifier et d'être en phase avec lui. La cuisine, le dessin, l'écriture, le jardinage, le bricolage, la mode... Le fait de parvenir à concilier son Ikigai avec sa vie professionnelle est évidement le summum de la réussite. Le plus fascinant est sans doute que les auteurs parviennent à citer des exemples concrets de personnes senior ayant trouvé leur Ikigai : Christopher Plummer, Haruki Murakami, Osamu Tezuka, Frederik Wiseman, Hayao Miyazaki... Le livre ne s'arrête donc pas aux seuls habitants d'Okinawa et contient de nombreux exemples de personnes âgées épanouies et autres supercentenaires originaires des quatre coins du globe. Aussi singulier, l'essai de Miralles et Garcia met en avant le parcours de Carmen Herrera, peintre cubano-américaine née en 1915, qui vendit son premier tableau à 89 ans ! Sa raison de vivre est : « achever le projet suivant. »

Autres conseils primordiaux avancés par la philosophie japonaise : accepter l'imperfection, la nature périssable de ce qui nous entoure et l’échec ; se focaliser sur le présent, seul temps sur lequel nous ayons un tant soit peu d'emprise.
En résumé, les dix règles fondamentales pour préserver son Ikigai sont les suivantes :

  1. Restez toujours actif, ne prenez jamais votre retraite

  2. Prenez les choses calmement

  3. Ne mangez pas à satiété

  4. Entourez-vous de bons amis

  5. Soyez en forme pour votre prochain anniversaire

  6. Souriez

  7. Reconnectez-vous avec la nature

  8. Remerciez

  9. Vivez l’instant

  10. Suivez votre Ikigai

De mon côté, à la manière de Francesc Miralles et Héctor Garcia, je vous souhaite « une vie longue, heureuse et pleine de sens ».

 

« La vie est une pure imperfection d'après le wabi-sabi*, et le passage du temps nous prouve que tout est éphémère, mais, avec un ikigai défini, chaque moment recèle tant de possibilités qu'il représente une sorte d'éternité » 

~ p 182

 

* le wabi-sabi « est un concept japonais qui enseigne la beauté de la nature périssable, changeante et imparfaite de tout ce qui nous entoure » ~ p 175

« La mission consiste à trouver son propre ikigai, son combustible existentiel pour la vie. Une fois découvert, il s'agit d'avoir du courage et de s'efforcer de ne pas perdre le cap.  »

~ p 75

 

« L'art sous toutes ses formes est un ikigai qui a le don de nous procurer de la joie et un but dans la vie. Profiter de la beauté ou la créer ne coûte rien, c'est une chose à laquelle tous les êtres humains ont accès. »

~ p 55

Francesc Miralles & Héctor Garcia, Ikigai aux Éditions Fleuve. 352 pages. 16,50 €

A lire en complément : Francesc Miralles & Héctor Garcia, La méthode Ikigai aux Éditions Solar. 272 pages. 15,90 €

 

Article paru en version écourtée dans le Pays Briard le 17.04.18

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