Cin’express : A Tale of Two Coreys

09/02/2018

🎥 Cin’express 🎥

A Tale of Two Coreys

 

🎬 de Steven Huffaker
⭐ avec Elijah Marcano, Justin Ellings, Scott Bosely, Casey Leach
🗓 Sortie 2018

Corey Feldman & Corey Haim dans Dream a Little Dream.

 

Un conte noir à l'Hollywoodienne

Si, comme moi, vous avez grandi dans le culte des années 80-90, vous connaissez sans doute les deux Corey. Le duo Corey Feldman/Corey Haim, c'est huit films tournés, une émission de télé-réalité, une multitude de scandales, une chute vertigineuse sur fond de toxicomanie et de viol...

Alors qu'ils n'avaient même pas 16 ans, ils sont devenus l'idole des jeunes de leur âge, s'illustrant ensemble (Génération Perdue, Licence to Drive, Dream a Little Dream) ou séparément (Lucas, Les banlieusards, Stand By Me). Deux étoiles dont l'éclat s'est brusquement terni, obscurci par un système destructeur. Le choc sera immense et les conséquences, lourdes.

Ce n'est qu'après le décès tragique d'Haim en 2010 que Feldman révélera à la presse l'existence d'un réseau pédophile au sein de l'empire hollywoodien, réseau dont tous deux ont été victimes durant leurs années adolescentes...

 

Le retour de Feldman

Après des années de vide où le néant artistique côtoie un équilibre précaire, Feldman renaît et s'impose un combat de longue haleine : celui de révéler la vérité, alors même que ses paroles sont remises en cause. L'affaire Weinstein aidant, 2017 a marqué un tournant dans l'univers du show-business : désormais, la célébrité n'est plus un paravent suffisant pour dissimuler ses crimes. Acteur, producteur, chanteur, mannequin... Tous (et toutes !) sont susceptibles d'être accusés et doublement condamnés, juridiquement d'abord et publiquement en suite. L'opinion publique, les réseaux sociaux sont prompts à juger et lyncher. Un procès expéditif et la mort comme jugement - celle d'une carrière en l’occurrence. C'est dans ce contexte houleux que le projet A Tale of Two Coreys se concrétise enfin, pour une diffusion sur Lifetime début 2018.

 

Un faux biopic

Pourquoi déblatérer aussi longtemps sur des faits - sordides - qui se sont passés il y a plus de vingt ans ? Premièrement parce que leur ancienneté ne minimise pas l'horreur des crimes. Ensuite car ces thématiques sont au cœur d'A Tale of Two Coreys. Enfin pour s'interroger sur le statut de Feldman, producteur délégué également impliqué dans le scénario du biopic.

On touche là le cœur du problème : le manque d'impartialité. Le film offre clairement la vision de Feldman. Dès lors, le téléfilm impose de la distance avec ce qu'il nous narre. Loin d'un biopic classique, A Tale of Two Coreys ressemble davantage à une autobiographie de Feldman. Le point de vue sera donc subjectif.

 

Un téléfilm imparfait

Si le spectateur garde ce parti pris en tête, il pourra clairement apprécier le téléfilm. Car ce dernier possède de véritables atouts.

Son casting pour commencer, excellent. Il est composé de quasi-inconnus et, au delà d'une ressemblance frappante avec les vrais acteurs,  tous sont convaincants.

Elijah Marcano et Justin Ellings, qui campent respectivement Feldman et Haim, offrent des prestations remarquables, impliqués de bout en bout dans leur rôle d'ados stars à fleur de peau, prisonniers d'un cercle vicieux dont ils ne peuvent s'extraire. Ils parviennent à retranscrire les jeux et mimiques de Feldman et Haim sans jamais tomber dans la caricature. Les moments de doute, de colère, de perte de contrôle dévoilent tout le potentiel de ces jeunes acteurs. Il ne reste plus qu'à espérer que Marcano et Ellings connaîtront une fructueuse carrière sur petit ou grand écran, car ils le méritent amplement. Enfin, Scott Bosely et Casey Leach qui reprennent les rôles titres au bout d'une heure pour camper la version adulte des deux Coreys s'en sortent également avec les honneurs.

S'il se veut particulièrement sombre et sans concession (scènes de viol, prise de drogue, déchéance psychologique et physique, emprise parentale destructrice), le téléfilm montre également des aspects beaucoup plus sympathiques du parcours des jeunes acteurs : leur amitié pour commencer, l'une des plus célèbres bromance hollywoodienne ; la rencontre de Feldman avec Mickael Jackson (son idole a qui il voue une adoration sans borne) ; la relation fusionnelle d'Haim avec sa famille ; le succès et la gloire évidement ; la reconnaissance professionnelle quand bien même leur vie personnelle tombait en lambeaux...

L'histoire d'Haim et Feldman a hélas une connotation universelle : elle est l'emblème d'un système corrompu et pervers, de l’absence totale de protection vis-à-vis des enfants dans le milieu artistique, des problèmes d'addiction fréquents dans cet univers où la paillette dissimule la crasse - Drew Barrymore, ex de Feldman, a elle-même connu sa première cure de désintoxication à 16 ans.

En évoquant Barrymore, on ne peut que regretter l’absence totale des relations amoureuses dans cette biographie, le rapport aux femmes étant limité à des relations expéditives : sans montrer un intérêt majeur pour les potins de l'époque, les vies sentimentales de Feldman et Haim ont connu des moments forts. Alyssa Milano, ancienne petite amie d'Haim, avait notamment essayé de lui faire arrêter la prise de stupéfiants. De Barrymore à Milano, en passant par Susie Sprague ou Nicole Eggert, la plupart de ces femmes, qui ont pourtant eu un impact conséquent sur la vie des Coreys, n'apparaissent guère ou ne sont que brièvement mentionnées.

Côté musique, la BO respire les 90's a plein nez (John Waite, The Pointer Sisters, Gerard McMann) et confère un aspect indubitablement cool aux scènes.

Difficile d'en dire autant sur la réalisation de Steven Huffaker, qui passe d'anecdotique à tape-à-l’œil, particulièrement lors des scènes de fêtes ou de prises de drogue. Alors qu'il se rêve visiblement en Harmony Korine, ces essais artistiques sont souvent récompensé par des séances du plus mauvais goût.

En définitive, un casting au top, une histoire sombre et universelle, un rappel sur les conditions de travail désastreuses des enfants stars... Un téléfilm hélas miné par un manque d'impartialité et une réalisation totalement aléatoire.

Pour le reste, sex, drug & 90's, rien de bien nouveau sous les projecteurs. Seule la véritable histoire de ces protagonistes confèrent à ce biopic une portée et une force inattendues.

Décevant ? Un peu. Nécessaire ? Oui.

 

#Coreysforever

 

 

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