L’avis des libraires ~ Chronique invitée : L'herbe bleue

06/02/2018

L’avis des libraires ~ Chronique invitée :

L'herbe bleue attribué à Beatrice Sparks

 Drogue, dépendance & drame

Cette histoire n'en est pas vraiment une. C'est un journal. Sa détentrice, quinze ans, est une jeune fille comme les autres avec ses doutes, ses envies, ses peurs... Puis débarque la drogue dans son existence, colorée et jouissive. Une merveille qui se fera poison.

 

Adolescent, on nous met souvent en garde contre les risques d'addiction. Alors oui, on écoute les interventions, d'une oreille distraite. Ces problématiques existent, on le sait, mais elles semblent si éloignées de nous et de notre quotidien qu'il est difficile de s'y intéresser vraiment.

Mais en lisant L'herbe bleue, pour la première fois, je me suis sentie glisser dans la peau d'une droguée. J'ai découvert ses émotions, son addiction, cette envolée brutale vers les cieux pour retomber direct en Enfers. De la prise - par inadvertance, sans vraiment le vouloir, au cours d'une soirée -  au manque, à cette soif que rien ne peut étancher. J'ai vu ce moment de bascule où elle passe d'un peu perdue, de sa recherche d'elle-même à une junkie. Elle a parfaitement conscience de sa déchéance mais se trouve incapable d'y résister : « [...] il n'y a plus de vie possible sans drogue, mais c'est une existence d'esclave. Et pourtant, je suis ravie d'y retourner. [...] Ça n'a jamais été meilleur qu'hier soir. Chaque nouvelle fois est la meilleure ! »

Ce livre est sombre, très dur et surtout profondément triste. Ce qui est le plus frappant c'est de voir ce pays des merveilles artificiel, conçu sur sa toxicomanie, s'effriter pour laisser place à un sentiment de vide cauchemardesque, de manque et de souffrance. L'herbe bleue, un nom bien poétique pour décrire le LSD, est l'instrument de son bonheur qui finira par la détruire.

Le livre, bien que publier anonymement à l'origine, a été depuis attribué à la psychologue Beatrice Sparks, elle-même confrontée à de nombreux jeunes patients dépendants : autant dire que l'auteur ne nous épargne pas !

La narratrice, outre son addiction, subit des épreuves quotidiennes aussi plausibles qu'amères - la mort de membres de sa famille, le rejet des autres, le premier chagrin d'amour, les fugues à répétition...

La justesse de la plume, la force des mots, le récit âpre et sans concession évoque bien sûr d'autres grands livres ayant trait au même sujet : Flash ou le Grand Voyage de Charles Duchaussois ; Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée de Kai Hermann et Horst Rieck ; The Basketball Diaries de Jim Carroll…

J'ai adoré cette chronique de vie, réaliste et tragique, et je vous la recommande à tous, sans hésiter.

 

« Je me fais l'effet d'Alice au Pays des Merveilles. Lewis Carroll était peut-être bien un drogué ! [...] Je ne reconnaissais plus du tout la pauvre petite complexée minable que je suis ! J'étais bien, heureuse, libre, abandonnée, un être différent et amélioré, dans un monde plus beau, plus parfait. »

~ 41-42

Chronique parue dans le Pays Briard le 06.02.2018

 

L'herbe bleue, aux Editions PKJ. 5€95. 216 pages. 

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