L’avis des libraires – 63ème chronique : Kamarades

09/01/2018

L’avis des libraires – 62ème chronique :

Kamarades

de Benoît Abtey, JB Dusséaux & Goust Mayalen

Romanov, romance & romanesque

1917. La Russie est à un tournant de son Histoire : le règne des Romanov est fragile, les bolcheviques menacent, la foule gronde... Volodia, soldat de l'armée impériale, ne tarde pas à rejoindre le camp des révoltés aux côtés de Staline. C'est sans compter sur son amour pour la belle Ania qui se révèle être Anastasia, la fille cadette du Tsar Nicolas II...

 

En ce début 2018, j'ai choisi de poursuivre nos escapades enneigées avec Kamarades, une BD en trois tomes qui prend place dans les contrées glaciales russes du XXème siècle.

Les Romanov et leur sort tragique ont, de tout temps, fascinés. Peut-être parce que leur fin macabre à la Villa Ipatiev était-elle trop cruelle et brutale pour être acceptée, nombreux sont les artistes à avoir imaginé la survie du tsar et sa famille. Les studios de la Fox avec le dessin animé culte Anastasia, John Boyne avec Ne m'appelle plus Anastasia, Steve Berry avec Le Complot Romanov...

Dans Kamarades, une fois encore, Anastasia réchappera au massacre, luttera pour survivre et aimera - passionnément. Rien de bien original me direz-vous. Pourtant, la trilogie tire réellement son épingle du jeu !

En premier lieu, sur la forme : le trait abstrait de Goust Mayalen fait des merveilles ! Le style est délicat, épuré ; l'illustratrice effectue aussi un véritable travail de couleurs à chaque planche : sur des teintes résolument froides, glaciales ou ternes (les murs, la neige, les uniformes), le rouge (la chevelure d'Ania, le rouge des communistes, le sang) tranche de façon visible sur l'ensemble qui lui est presque en noir et blanc. Tout cela est d'une beauté à couper le souffle, Mayalen réussit l'exploit à sublimer chaque scène, y compris les plus sombres.

Ces scènes qu'elle illustre sont celles de Benoît Abtey et Jean-Baptiste Dusséaux, les auteurs de Kamarades. Le duo a pris le parti de nous conter la révolution à échelle humaine et surtout, à travers le regard d'un couple amoureux et très attachant. Volodia et Ania n'ont rien des amants niais que nous délivrent parfois la littérature : pour être ensemble, ils ne vont pas hésiter à aller à l'encontre de leurs convictions, à mentir, à s'exiler et enfin, à tuer. Abtey et Dusséaux dressent des portraits en clair obscur, complexes - un ton qu'ils adopteront pour l'ensemble de leur oeuvre. Ainsi, très vite, l'intrigue ne souffre d'aucun manichéisme : les blancs comme les rouges ne sont pas épargnés et les pérégrinations de Volodia à travers l'Europe seront la source de nombreuses rencontres, positives ou non.

Fascinés par l'Histoire qu'ils explorent avec talent, Abtey et Dusséaux ont aussi  pris un malin plaisir à truffer leurs récits de personnages réels. Le lecteur croise ainsi Staline (principal antagoniste de Kamarades), Lénine, le général Kornilov, Adolf Hitler, l'auteur André Malraux, le peintre Boris Kustodiev.

L'introduction de cette trilogie, La fin des Romanov, est si parfaite en terme de rythme, de personnages et de souffle historique que ses suites, d'avantage axées sur la fiction, semblent légèrement en dessous. C'est le cas pour la conclusion, Terre Promise : le dénouement paraît forcé, d'un idéalisme de mauvais goût face au ton volontiers réaliste adopté dans le tome 1... De plus, l'intrigue se veut inutilement alambiquée et un énième retournement de situation n'aide en rien.

Kamarades reste néanmoins une belle bande-dessinée, sur le fond comme sur la forme, porté par le couple Ania/Volodia. D'ailleurs, comme l'affirme ce dernier : « Mais vous le savez bien, tout est permis, même l'invraisemblable... pourvu qu'il soit crédible. » (Kamarades Tome 3 : Terre Promise ~ P 59)

 

 

« Lénine, Kerenski, Kornimov... À présent, vous, altesse... Tous, vous vous échinez à m'offrir un destin qui dépasse de loin mes ambitions. Elles sont pures et modestes. Je veux fonder un foyer et vivre libre. Rien de plus... Rien de moins.

- Tes mots renforcent ma conviction, Volodia. Le pouvoir ne devrait être donné qu'à ceux qui n'en veulent pas... Car eux seuls, en vérité, sont en mesure d'agir pour le bien commun. »

Dialogue entre Volodia et le Tsar Nicolas

Kamarades Tome 2 : Tuez-les tous !  ~ P 38

 

 

Scénario de Benoît Abtey & Jean-Baptiste Dusséaux, dessin de Goust Mayalen : Kamarades série en 3 tomes aux Editions Rue de Sèvres (60 pages. 13€50)

 

Article publié dans le Pays Briard le 09.01.18

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