Un si beau monstre #En 3 points

05/11/2017

Titre : Un si beau monstre

Auteur : François Forestier

Genre : biographie romancée

Date de parution : 2012

Résumé de l'éditeur : Brando, " le plus grand acteur du monde ", un monstre absolu. De ses débuts à New York dans Un Tramway nommé Désir à sa dernière apparition dans The Score, un destin hors du commun. Comment un homme d'une beauté inimaginable, d'une séduction extraordinaire, au talent hors pair a-t-il pu devenir ce fantôme obèse qui s'est enlisé dans le malheur ? Qui n'a pas cessé de déprécier son métier. Qui ne savait même pas combien il avait d'enfants. Qui a assisté, impuissant, au crime de son fils, au suicide de sa fille. ? Comme don Juan, il a eu toutes les femmes, célèbres (Ava Gardner, Shelley Winters, Ursula Andress, Marilyn Monroe, Pier Angeli, Vivien Leigh, Rita Moreno) ou pas (serveuses, vendeuses, passantes) Il a été désiré par des hommes, connus (Tennessee Williams, Jean Cocteau, Laurence Olivier) ou non (journalistes, motards, acteurs). Il a eu trois épouses et un ami. Les épouses sont passées, l'ami est resté jusqu'au bout : Christian Marquand, le comédien du film Et Dieu créa la femme, seul point d'ancrage de la vie de Brando. Mais il a tout gâché pour s'enfoncer dans la nuit : enchainant les navets, noyé dans la graisse et l'abjection. Ce récit noir, très documenté, est celui d'une déchéance : King Brando, souverain des ténèbres.

Note : 4/5

 

~ Petit aparté personnel ~

Que vous êtes tout à fait en droit de passer !

 

Avant de débuter cette chronique, je vous dois une petite confidence : j'ai lu ce livre avant même de découvrir Brando sur les écrans, il y a des années. En 2012, alors que je m'apprêtais à intégrer l'université Paris Diderot en Etudes Cinématographies (et avant mes cours orchestrés par ce Dieu de la culture hollywoodienne qu'est Pierre Berthomieu),   je suis tombée sur Un si beau monstre dans les rayons de mon antre estival, à savoir La librairie du rivage.

Ce fut mon premier rapport à Brando : un brun ténébreux, un titre accrocheur, une couverture d'une sobriété exemplaire... Il ne m'en avait pas fallu d'avantage pour acheter l'ouvrage. De là et des cours de Berthomieu a découlé mon intérêt pour Brando. Au delà de l'acteur, l'homme est fascinant, dérangeant, inquiétant, cerné d'une aura nébuleuse... Il est le beau et le déclin, tout à la fois. FS Fitzgerald se plaisait à dire : Montrez-moi un héros, et je vous écrirais une tragédie. Cette citation s'accommode à merveille à l'acteur qui, s'il semblait tout avoir, sembla dédier sa vie à la détruire.

J'aime ce livre parce que je lui dois cette découverte, qu'il a contribué à ma vie de cinéphile. Peut-être ne suis-je donc pas des plus objectives mais, 5 ans après, je voue à cette biographie romancée un attachement demeuré intact. En espérant que les 3 points ci-dessous vous poussent à vous y intéresser à votre tour,

C.

 

 

#En 3 points :

*Sombre diamant : Pour beaucoup, Marlon Brando est un mythe. Ou plutôt non, un mythe réduit à quelques moments trashs devenus cultes, tragiquement réduit à quelques images : la scène du beurre dans Le dernier tango à Paris,  l'ombre d'un colonel détraqué dans Apocalypse Now, un mafieux joufflu et patibulaire nimbé par la fumée d'un cigare dans Le Parrain. Mieux, un cri : le fameux Stellaaaaa hurlé dans Un tramway nommé désir. Mais Brando était bien plus que cela. Parcours en dents de scie, entre grandeur et décadence, aimé par les femmes comme par les hommes, séduisant ou vulgaire, parangon de beauté ou symbole de déclin... Avec Un si beau monstre, François Forestier se penche sur l'homme derrière la légende, explique ses choix professionnels intimement liés à sa vie en coulisse. Une biographie romancée mais solidement documentée.

*Une image non idéalisée : Si Un si beau monstre a connu un accueil pour le moins positif dans la presse, il n'en va pas de même des lecteurs, beaucoup ayant été désarçonnés par l'image sombre et violente que renvoyait Brando dans l'ouvrage. Et en effet, le portrait que délivre Forestier est loin d'être reluisant - de quoi hérisser de nombreux fans. Si l'auteur semble décidé à ne pas minimiser le talent de ce jeune coq débarqué d'Omaha, il n'entend pas pour autant passer sous silence ses aspects les plus sombres : caprices de diva, volontiers détestable envers ses partenaires, autodestruction, boulimie, drames... Sous l'or tape-à-l'œil d'Hollywood se cache un redoutable poison. Il en est de même pour Brando qui, autrefois Apollon félin aux dents longues, connaîtra la dégénérescence la plus brutale. Cette chute, il la doit tant à lui-même qu'aux drames dont il sera la victime. Symbole, Marlon Brando n'en est pas moins humain. Et c'est cette image cassée qui heurte le lecteur, si éloignée de la beauté parfaite qu'il véhiculait dans sa jeunesse, puis dans les derniers temps, de cette vision d'homme imposant et menaçant.

*Forestier, talentueux portraitiste : Le style vif de François Forestier transforme une biographie banale en un roman haletant, sombre et inhabituel : oubliez tout ce que vous croyez - ou pensez - savoir sur Marlon Brando ! Sans médisance, parfois avec une singulière mélancolie, l'auteur dépeint la descente aux Enfers de ceux qui ont côtoyé "le meilleur acteur au Monde" et la chute de la star elle-même. Dans la vie de Brando, toujours en clair-obscur, l'ombre éclipsait rapidement la lumière. Remarquable.

 

« Stella Adler : "Il est interdit d'être ennuyeux. La vie est ennuyeuse. La météo l'est. Les acteurs n'ont pas le droit de l'être." S'amuser, pour elle, c'est sérieux.

Elle demande à ses étudiants de mimer des poulets qui viennent d'apprendre qu'une bombe A va les vaporiser, ainsi que la ferme, le fermier, la femme du fermier, les chevaux, le facteur, la trayeuse, les silos, les greniers et le saloir. Instantanément, les étudiants se mettent à caqueter, à battre des ailes, à courir dans tous les sens. Seul Marlon Brando n'est pas saisi par la sainte peur atomique. Il reste là, posé sur un œuf, calme.

Stella Adler lui demande :

- Elle n'est pas effrayée, la poule?

- Non

- Pourquoi ?

- Qu'est-ce qu'une poule peut bien savoir d'Hiroshima ?

Moyennant quoi, Marlon, à dix-neuf ans, devient l'amant de Stella Adler. Elle croque le fruit vert. Le fruit vert fait valser la diva.

Corollaire amusant: le mari cocu, Harold Clurman, voit le jeune prodige, si beau, si sublime, si... Il tombe amoureux, lui aussi. On dit qu'il aimerait se glisser dans le lit de Marlon. Celui-ci laisse dire. Rumeur, légende ? Peu importe. Marlon Brando est double : pile, il aime les femmes ; face, il ne déteste pas les garçons. C'est un Mensch complexe, difficile à saisir. »

 

 

 

 

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