L’avis des libraires - 50ème chronique : Par la grâce des Sans-Noms

03/10/2017

L'avis des libraires - 50ème chronique

Par la grâce des Sans-Noms d’Esther Brassac

Policier steampunk à la sauce napoléonienne

 

Il y a près de 20 ans, la guerre franco-prussienne s'est achevée sur une catastrophe mondiale : l'arme utilisée par Napoléon III a assuré une victoire retentissante à l'empereur mais causé la destruction d'une grande partie de la population, la faune et la végétation. Un immense dôme protège les rares survivants.

Au sein de cette bulle en apparence salvatrice, une série de meurtres abominables ne tarde pas à être perpétrée : le détective fantôme Oksibure, la flammèche Piouf-Lune, l'artiste Aldebrand, le démon  lubrique Cropityore et la vampire Katherine se retrouvent mêlés à cette sordide affaire...

L'intérêt des français pour le steampunk* ne s'est jamais démenti - et pour cause, ce sous-genre de la SF ne puise-t-il pas son origine dans les écrits de Jules Verne ? Hélas, la frilosité des éditeurs en la matière n'est plus à démontrée et peu d'ouvrages ont la chance de prendre place dans nos rayons... Heureusement, les maisons d'éditions indépendantes se chargent de nous faire découvrir des merveilles méconnues et de donner une chance à leurs auteurs ! C'est le cas des inégalables Editions du Chat Noir, qu'on ne présente plus, et de leur collection Black Steam.

 C'est par leur intermédiaire, il y a quelques années maintenant, que je suis tombée sous le charme d'Esther Brassac et de son ouvrage La nuit des cœurs froids. J'ai de suite été emballée par l'univers de l'auteure, l'élégance de sa plume, les personnages hauts en couleur, la richesse de son bestiaire...

Autant dire qu'en cette période automnale, je n'avais qu'une hâte : me plonger dans son 2nd roman, Par la grâce des Sans-Noms !
On retrouve dans ce thriller steampunk à la sauce napoléonienne tous les ingrédients qui avaient fait le charme de La nuit des cœurs froids : intrigue alambiquée, rebondissements haletants, mythologie dense, destins tragiques, style raffiné, le tout saupoudré d'une pointe macabre et d'une touche d'humour savamment dosée... Le sens du détail et le goût des descriptions permettent une immersion totale dans un monde pourtant très complexe qui réussi l'exploit de n'être jamais confus. La vision du Royaume Garonnais s'impose d'emblée sous les yeux des lecteurs qui, au fil des pages, semblent fouler ses pavés d'obsidienne. Cette virée steampunk est d'autant plus palpitante qu'elle se fait en compagnie de protagonistes hors-normes - tels l'incube Cropityore, poète narcissique féru de Baudelaire, l'elfe grisard Filbert au phrasé si particulier, le loup-garou névrosé Mortiflur et le duo Oksibure/Piouf-Lune (dont la relation rappelle celle d'Harald et Mouscarpion dans La Nuit des cœurs froids).

 

« De toute façon, le plus grand poète de notre temps, c'est moi... En dehors de Baudelaire [...] Et Percy Shelley, bien sûr. Mais je suis sans conteste le troisième. »

~ réplique de Cropityore, p 36


Paradoxalement, ces atouts seront, pour certains, un obstacle : la multiplicité de personnages intrigants ainsi que l'écriture remarquable mais très soutenue pourraient décourager un public moins aguerri. Les férus de SF, eux, en redemanderont à coup sûr !
Avec La grâce des Sans-Noms, Esther Brassac s'impose non seulement comme une référence du steampunk mais bien au delà, comme un pilier majeur de la littérature française contemporaine. Désormais, il faudra compter sur sa plume surprenante, artisane de l'imaginaire.

Et Trousse-nif, on en redemande !

 

 « Alors, doucement, simplement, les indices collectés au cours des dernières semaines se mirent en place.

Un puzzle formidable s’assembla.

Morceau par morceau.

Et une idée terrifiante jaillit.

Se fortifia.

Engraissa.

Tumeur monstrueuse et incurable.

Elle l’incendia tel un soleil miniature. »

~ p 420

Esther Brassac : Par la grâce des Sans-Noms aux Editions du Chat noir. 477 pages. 19,90€.

 

Article paru sous forme abrégée dans le Pays Briard le 03.10.2017

 

*Sous-genre de la SF prenant généralement place dans des XIXe-XXe siècle emprunts de fantaisie et caractérisés par l'utilisation de technologies inspirées par notre révolution industrielle : les machines à vapeur y sont notamment à l'honneur.

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