SĂ©rie files : TUT

20/09/2017

đŸŽ„ SĂ©rie files : TUT (intĂ©grale)Â đŸŽ„

⭐ avec Avan Jogia, Ben Kingsley, Sibylla Deen, Alexander Siddig, Kylie Bunbury, Peter Gadiot, Iddo Goldberg, Nonso Anozie

De tous les souverains qui ont jadis rĂ©gnĂ© sur l’Egypte, un nom se dĂ©tache des autres : Toutankhamon. Il demeure, Ă  ce jour, le plus cĂ©lĂšbre mais le plus secret des pharaons. Enfant-Roi mort Ă  19 ans sans avoir marquĂ© ses contemporains, il ne doit sa notoriĂ©tĂ© qu’à la dĂ©couverte de son tombeau quasiment intact en 1922.

De Toutankhamon, on sait bien peu de choses. Une aubaine royale pour les scĂ©naristes de la chaĂźne TV Spike : un patronyme mondialement connu nimbĂ© de mystĂšres, une Ă©poque qui n’en finit pas de fasciner (l’Egypte Antique) et une destinĂ©e nĂ©buleuse qui tend aux plus folles hypothĂšses. Tous les ingrĂ©dients Ă©taient rĂ©unis pour une fiction historique palpitante et le dĂ©fi est relevé  Du moins en parti !Le premier point fort de Tut rĂ©side sans nul doute en son casting. Ben Kingsley, sans surprise, se rĂ©vĂšle brillant dans le rĂŽle d’AĂż, vizir manipulateur aux motivations Ă©quivoques, uniquement guidĂ© par son ambition. Nonso Anozie (qui rĂ©ussissait dĂ©jĂ  l’exploit de tirer son Ă©pingle du jeu dans l’effroyable Cendrillon live de 2015) campe avec talent le gĂ©nĂ©ral Horemheb. Quant Ă  Sibylla Deen, elle incarne avec toute la dignitĂ© et la force nĂ©cessaire l’ambiguĂ« Reine ÂnkhĂ©senamon : Ă  la fois sƓur et femme de Toutankhamon, alliĂ©e et rivale, guide et conspiratrice, elle est sans nul doute le personnage fĂ©minin le plus intriguant de la sĂ©rie. On prend Ă©galement beaucoup de plaisir Ă  retrouver Ă©pisodiquement le fantastique Alexander Siddig, dont l’aura vaguement inquiĂ©tante demeure intacte ! Injustement cantonnĂ© aux seconds rĂŽles (guide spirituel dans Da Vinci’s Demons, tyran dans Atlantis, souverain magnanime dans Game of Trone) le voici dĂ©sormais grand prĂȘtre dĂ©vouĂ© au culte d’Amon pour les besoins de Tut. Un rĂŽle qu’il endosse comme toujours Ă  la perfection.​

Au final, de tous les protagonistes qui gravitent autour du jeune pharaon, seule Suhad peine Ă  exister : non pas que Kylie Bunbury soit mauvaise mais son rĂŽle, lisse et un peu fade, ne parvient jamais Ă  s’imposer face Ă  ÂnkhĂ©senamon. C’est d’autant moins excusable que Suhad a Ă©tĂ© crĂ©Ă© pour les besoins de la sĂ©rie, les scĂ©naristes avaient donc toutes les cartes en main pour nous livrer un personnage fort. Au final, ils Ă©chouent Ă  la rendre intĂ©ressante, si bien que l’attrait qu’elle exerce sur le souverain ne semble jamais lĂ©gitime.

Et qu’en est-il de l’acteur principal dans tout cela ? Avan Jogia est LA rĂ©vĂ©lation de la sĂ©rie. AprĂšs quelques petits rĂŽles plus ou moins anecdotiques, le voilĂ  dĂ©sormais en tĂȘte d’affiche avec Tut. Un choix brillant : Jogia incarne avec toute l’intensitĂ© nĂ©cessaire cet Enfant-Roi en proie aux tourments, qui cherche Ă  prouver sa lĂ©gitimitĂ© tout en compensant sa faiblesse physique par le mental et le courage. Sans surprise, le pharaon est modernisĂ© en jeune despote Ă©clairĂ©, et ce afin de correspondre aux critĂšres du hĂ©ros contemporain. D’un charisme Ă  toute Ă©preuve, d’une beautĂ© juvĂ©nile et altiĂšre, d’un tempĂ©rament colĂ©rique mais digne, il s’impose d’emblĂ©e comme une Ă©vidence. Parfois trop idĂ©alisĂ©, le personnage de Toutankhamon se rĂ©vĂšle pourtant attachant et plus complexe qu’il ne semble l’ĂȘtre Ă  premiĂšre vue.

Si l’on peut s’étonner de l’intĂ©rĂȘt particulier vouĂ© au casting dans cette chronique, c’est parce qu’il est la raison majeure de se lancer dans Tut. L’implication et le talent des acteurs ne font aucun doute et ils portent littĂ©ralement la sĂ©rie Ă  bout de bras. Les liens alambiquĂ©s qui se nouent et se dĂ©nouent entre leurs personnages (surtout au sein du trio ÂnkhĂ©senamon/Toutankhamon/AĂż) suffit amplement Ă  maintenir l’intĂ©rĂȘt du spectateur en Ă©veil. Toutefois, pour le reste, Tut ne se dĂ©marque pas rĂ©ellement de ses concurrentes : comme la plupart des sĂ©ries historiques soignĂ©es, elle bĂ©nĂ©ficie de trĂšs beaux dĂ©cors et de costumes magnifiques, quoique bourrĂ©s d’anachronismes. Les scĂšnes de bataille, bien que visiblement limitĂ©es par manque de budget, n’en demeurent pas moins correctes. L’épisode qui montre la peste se rĂ©pandre et impose au jeune pharaon des mesures drastiques est intense et chargĂ© en Ă©motion. L’ensemble est beau, l’aura de l’Egypte antique suffit Ă  apporter un cĂŽtĂ© dĂ©paysant, un souffle de mystĂšre et d’exotisme bienvenu sur nos Ă©crans.

Evidemment, de par le voile autour de son principal protagoniste et de son statut mĂȘme de sĂ©rie, Tut prend de trĂšs grandes libertĂ©s avec l’Histoire. Ce qu’on ne peut toutefois pas lui reprocher ; ce genre d’argument n’a aucun sens lorsqu’on Ă©voque une production qui se revendique ouvertement comme de la fiction, du divertissement. Cela reviendrait Ă  blĂąmer Versailles ou Spartacus de ne pas ĂȘtre entiĂšrement Ă©crites par des historiens, ce qui serait le comble du ridicule.Toutefois, Ă  ces libertĂ©s, s’ajoutent une faiblesse bien moins pardonnable : le scĂ©nario. En effet, l’abus de mĂ©lodrame, de personnages mal ou sous exploitĂ©s (Suhad en tĂȘte) et de scĂšnes violentes ouvertement racoleuses dĂ©notent d’un certain problĂšme d’écriture. La sĂ©rie ne vous Ă©pargnera pas l’accĂšs de pathos, ni les moments inutilement gores ou Ă©rotiques, le tout avec un tel premier degrĂ© qu’on se demande si les auteurs n’ont pas cherchĂ© Ă  pasticher Shakespeare
Ces petits dĂ©tails finissent par rendre Tut lĂ©gĂšrement agaçante ; si les Ă©gyptologues s’arracheront les cheveux et que les allergiques au « drama » grinceront des dents, les autres devraient y trouver leur compte. Car au fond, la sĂ©rie ne faillit pas Ă  son ambition : ĂȘtre un divertissement honnĂȘte et grand public, qui doit beaucoup Ă  son casting.​

 

J'aime
Please reload

  • Google Maps
  • Facebook
  • Goodreads
  • AllocinĂ©
  • TV Time
  • Instagram
Mes merveilles en chronique 💖

L’avis des libraires - 190ùme chronique : Le Carrousel Infernal

24/10/2020

1/10
Please reload