L’avis des libraires - 45ème chronique : Fils de l’eau

29/08/2017

L’avis des libraires - 45ème chronique

Fils de l’eau de Byeong-Mo Gu :

Poésie lacustre à la coréenne

 Voué à mourir en martyr après le geste désespéré d’un père qui tente de les noyer tous deux pour échapper à un sort plus tragique encore, un enfant survit mais se transforme : doté de branchies, le voilà mi-humain mi-poisson. Recueilli aux abords d’un bidonville lacustre par un vieillard et son petit-fils Kangha, cet être pur baptisé Gon, attiré par le royaume aquatique, pourra t-il survivre à la cruauté terrestre ?

 

Conte ancré dans des préoccupations méchamment contemporaines, Fils de l’eau est de ces livres troublants, en perpétuel clair-obscur : lumineux et sombre, candide et cynique, poétique et violent, féerique et fataliste…

Dans le livre de Byeong-Mo Gu, l’innocence d’un garçon-poisson, incarnation de la pureté, est confrontée à notre société moderne – favela, drogue, jalousie, opportunisme, déchéance pécuniaire et morale. Au ballet sinistre du quotidien s’oppose la valse sublime des poissons dans leur monde du silence, auquel Gon aspire tant sans parvenir à se détacher tout à fait des Hommes.

Cette dualité se retrouve dans les rapports qu’entretiennent Gon et Kangha : ce dernier est sans aucun doute le personnage le plus fascinant de l’ouvrage. L’adolescent est tout pour Gon : à la fois son sauveur et bourreau, son modèle et exact opposé, Kangha lui est tout dévoué mais le malmène. Protecteur tyrannique, il développe avec Gon une relation fraternelle dysfonctionnelle, brutale mais non dénuée d’affection, oscillant constamment entre jalousie et dévotion. A la candeur de Gon s’oppose la férocité et la perspicacité de ce frère d’adoption, dont la lucidité s’avère, au final, être autant un fardeau que l’ingénuité de notre homme-sirène.

Ce parallèle, que l’auteur explore avec un talent remarquable, est au cœur de cet ouvrage coréen bouleversant, poétique et inclassable, magnifiquement traduit par Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel. Magique et sensoriel.

 

 

Byeong-Mo Gu : Fils de l’eau aux Éditions Philippe Picquier. 224 pages. 7 €

 

Article paru dans le Pays Briard le 29.08.2017

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