L’avis des libraires - 30ème chronique : Max de Sarah Cohen-Scali

09/05/2017

L’avis des libraires - 30ème chronique

Max de Sarah Cohen-Scali

Plongée infernale dans le programme « Lebensborn »

 1936, Bavière. Himmler a lancé le programme Lebensborn : des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde les « Allemands du futur » voulus par Hitler, parfaits prototypes de la race aryenne. Parmi ces enfants il y a Max…

 

 Les récits qui ont choisi pour époque la 2nde Guerre Mondiale sont légions... Pourtant, peu sont parvenus à égaler Max. Car l’œuvre de Sarah Cohen-Scali n’est pas un simple roman. Je l’ai découverte il y a 5 ans : depuis, son souvenir ne m’a jamais quitté et a éclipsé bon nombre de fictions traitant du même sujet. Estampillée « littérature adolescente », elle ne saurait pourtant se limiter à une tranche d’âge, pas plus qu’elle n’est assujettie à des cases.

En raison de ses thématiques, ce livre est violent, viscéral, oppressant - évoluer au sein d’un foyer du programme Lebensborn comprend son lot d’horreurs et de souffrances. Mais ce n’est pas tant sur le fond que sur la forme qu’il se démarque : avant même sa naissance, on suit les pensées de notre antihéros, fétus gangréné par l’idéologie nazie ! Relaté à la 1ère personne, il apparaît dès l’incipit que Max est le rejeton arien idéal ; un concentré de haine et de fanatisme, amené à devenir une séduisante machine dévouée au Führer. Autant dire que le lecteur n’a pas fini d’être déstabilisé par ce narrateur atypique...

Car au fond, Max ne se serait en rien différencié des autres enfants du programme s’il n’avait pas rencontré Lukas, un jeune polonais enlevé par les nazis. Et le fait est que, sans le talent de Cohen-Scali, le personnage de Lukas aurait très bien pu se limiter au stéréotype du beau résistant juif valeureux. Heureusement, l’auteure n’a pas cédé à la facilité et est parvenue à créer un protagoniste certes attachant mais réaliste. Lukas est dur, animé d’un solide instinct de survie et bien qu’il soit idéologiquement à l’opposé de Max, il n’est pas exempt d’une certaine brutalité. Outre son style inhabituel, c’est l’amitié complexe entre ces 2 garçons qui fait l’intérêt du roman.

Thriller historique solidement documenté et addictif, Max est plus que saisissant… Il est inoubliable.

 

Sarah Cohen-Scali : Max aux Éditions Gallimard Jeunesse. 480 pages. 8€15

 

Article paru dans le Pays Briard le 09.05.17

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