L’avis des libraires – 23ème chronique : Amour dans une petite ville

21/03/2017

L’avis des libraires – 23ème chronique

Amour dans une petite ville d’Anyi Wang

ou l’éveil à la sensualité en pleine Révolution Culturelle

 

Il y a lui et elle, membres d'une troupe de ballet sans prestige. Ils ne sont pas danseurs étoiles, ni même figurants : leurs physiques jugés disgracieux les ont relégués en coulisses. De l’enfance à l’âge adulte, incapables de réprimer ou de comprendre leur désir, tous deux vont s’entredéchirer…

 

Pour cette 3ème chronique consacrée aux Éditions Picquier, voici Anyi Wang ! Cette pionnière a offusqué les bien-pensants en publiant dans les 80’s la Trilogie de l’Amour. Dès sa parution, les courts romans qui la composent (Amour sur une colline dénudée ; Amour dans une petite ville ; Amour dans une vallée enchantée) scandalisent autant qu’ils séduisent. Quoiqu’indépendants, ils forment un tout précurseur, osé, psychologique... C’est là toute la sève du 2nd tome, Amour dans une petite ville.

Difficile en effet d’assumer son désir sous le régime Maoïste ! L’éveil à la sensualité est aussi explosif que funeste. A peine y sont-ils exposés que les protagonistes cherchent à le contenir. Or plus ils luttent contre cette volupté, plus ils y aspirent. Durant 170 pages, ils ne connaîtront ni absolution, ni répit et ce jusqu'au dénouement ambiguë.

Lui et elle, figures anonymes, n'ont rien des couples que l'on croise dans les romances mettant en scène des jeunes adultes – ils ne sont pas héroïques, n'ont aucune qualité physique ou mentale singulière : ce sont des adolescents comme on peut en voir un peu partout. Mal dans leurs peaux, leurs têtes et leurs cœurs, emprisonnés par la société. Leurs corps, présentés comme imparfaits, seront meurtris et torturés tout au long des pages ; par la danse, par les coups, par les aléas de la puberté. Roman brutal sur la complexité du désir et sa perception au sein d’une dictature, crescendo virtuose, analyse fine des rapports humains, Amour dans une petite ville véhicule un érotisme trouble, porté par la plume sans enjolivure de son auteur. L’œuvre d’Anyi Wang nous laisse avec une sensation d’éreintement et d’égarement... Mais une sensation inoubliable.

 

Anyi Wang, Amour dans une petite ville aux Éditions Philippe Picquier. 176 pages. 6€50

 

Chronique parue dans le Pays Briard le 21.03.17

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