L’avis des libraires – 21ème chronique : Garçons de Cristal

07/03/2017

L’avis des libraires – 21ème chronique

Garçons de Cristal :

Quand Hsien-yung Pai fait rimer poésie et proscrit

 

Malmené par la vie, le jeune Aquing n'a eu d'autres choix que de se prostituer. Privé de ses repères, l'adolescent a trouvé refuge auprès d'une bande de prostitués. Dès la nuit tombée, ils hantent le Jardin Publique de Taipei et son fameux bassin aux lotus, devenu leur point de ralliement. Cette fraternité singulière puise dans sa solidarité le réconfort dont elle a été privée. Mais à quel avenir peuvent prétendre ces Garçons de Cristal ?

 

Pour cette première chronique consacrée aux Editions Philippe Picquier, direction Taïwan et sa capitale, Taipei ! Signé par Xianyong Bai, Niezi (littéralement Mauvais fils) est paru en France sous le titre de Garçons de Cristal.

Quoique méconnu dans nos contrées, Garçons de Cristal a acquis au fil du temps le statut d’œuvre culte : un titre amplement mérité, attribué pour la poésie de sa plume, l'authenticité des dialogues, la beauté des descriptions. Surtout, il a été le 1er roman taïwanais à aborder ouvertement l'homosexualité après plus d'un siècle de censure chinoise.

Engagé, poétique ? Oui et bien plus encore ! Car l'auteur dépeint ici toute une galerie de jeunes proscrits : les gamins de Taipei, Aqing, le Souriceau, Petit Jade ou Wu Min, n'ont rien à envier aux personnages de S.E Hinton ou JD Salinger, avec qui ils partagent d'ailleurs une certaine authenticité. Pai ne juge jamais ces ados paumés et attachants, malmenés par la vie mais qui s'accrochent à leur existence avec une fougue désespérée, et s'il ne noircit par le tableau de nos jeunes prostitués, c'est par quelques lignes cruelles qu'il rappelle leur infortune et le danger qui plane constamment autour d'eux. Ainsi, l'écrivain décrit le quotidien de ces petits princes de la Nuit sans jamais tomber dans le mélodrame ni le sordide, pas plus qu'il ne s'égare dans les scènes de sexe ; certes, le désir est omniprésent au long des pages mais jamais clairement montré, le voile pudique que Pai jette sur leurs activités nocturnes empêchant un déballage obscène.

Son œuvre est au-dessus de tout sensationnalisme, elle est vraie, pure, taillée par la poésie... Comme le cristal.

Aparté sur les Editions Philippe Picquier

Les Éditions Philippe Picquier tiennent une place très particulière dans ma vie de lectrice - à titre personnel, je leur dois la découverte de deux auteurs majeurs dont la plume m’a profondément marquée : Shūichi Yoshida et Xianyong Bai. Tout comme les Éditions du Chat Noir, elles sont pour moi gage de qualité. L'attention rigoureuse apportée à leur catalogue, la diversité des ouvrages choisis, l'excellence des traducteurs contribuent à faire de Picquier une véritable porte sur la culture asiatique. Une culture surprenante et complexe, exempte de préjugés. Leur diversité se retrouve dans le public visé. Si elles proposent un choix conséquent aux adultes (du roman à l’autobiographie en passant par le livre de cuisine), la jeunesse n’est pas en reste, que ce soit par d’excellents romans à destination des adolescents ou des albums richement illustrés pour les enfants (notamment le très beau Roi des singes). Cette maison d’éditions atypique et incontournable fête en 2017 ses 30 ans d'existence. Et quelle meilleure occasion pour l’évoquer ? C’est pourquoi j’ai décidé de leur consacrer ce mois de mars, en dévoilant quelques uns des bijoux figurant à leur catalogue. Chine, Japon, Corée et Taïwan seront au programme de ces quatre semaines. En espérant que ce petit voyage vous plaira, je vous souhaite de magnifiques escales en compagnie des Editions Philippe Picquier.

 Article paru dans le Pays Briard le 07/03/2017

 

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