Cin’express : Exodus

24/01/2015

đŸŽ„ Cin’express đŸŽ„Exodus

 

🎬 de Ridley Scott
⭐ avec Christian Bale, Joel Edgerton, Sigourney Weaver
🗓 Sortie 2014

 

En regardant ce film, une question me revenait sans cesse en tĂȘte : quel public est susceptible d'apprĂ©cier le dernier Ridley Scott ? Les croyants s'impliqueront-ils dans la vision trĂšs libre d'un Ă©lĂ©ment crucial de leur foi, Ă  savoir l'Exode ? Les athĂ©es parviendront-ils Ă  s'intĂ©resser Ă  un long-mĂ©trage biblique, trĂšs premier degrĂ© qui plus est ?

Si je ne peux me prononcer au nom des premiers, j'avoue qu'en tant que néophyte totale, j'ai navigué entre ennui et incompréhension durant 2 heures 30...

A premiÚre vue, Exodus cumulait pourtant les bons points : décors grandioses retransmettant à merveille le faste de l'ancienne Egypte, mise en scÚne soignée, batailles épiques sur fond de malédiction et un casting cinq étoiles - qu'on pourrait cependant facilement accusé de whitewashing mais ce n'est pas le débat ici, jugeons le film et non les relents vaguement racistes qui planent sur sa production...

Pourtant, entre les phases mystiques, la vision apocalyptique des 10 plaies de l'Egypte et les combats Ă©piques, le film est long. Mortellement. Il peine Ă  trouver son rythme, s’essouffle et tente tant bien que mal de ressusciter l'attention du spectateur aux moyens de scĂšnes chocs.

Seulement la recette, si elle fonctionne un temps, finit sĂ©rieusement par battre de l'aile. Game of Thrones est Ă  ce titre un excellent exemple ; la sĂ©rie use inlassablement de ce stratagĂšme depuis sa 2nde saison mais bĂ©nĂ©ficie d'un avantage majeur : l'intĂ©rĂȘt que porte l'audience à ses protagonistes. C'est le problĂšme rencontrĂ© par Exodus. Il pĂȘche clairement par manque d'empathie. Son hĂ©ro, MoĂŻse, ne parvient jamais Ă  susciter la sympathie ou l'admiration du spectateur : sa personnalitĂ© manichĂ©enne n'est hĂ©las guĂšre rehaussĂ©e par Christian Bale qui livre ici la prestation la plus mono-expressive de sa carriĂšre.

Le contraste est d'autant plus saisissant face à la performance incandescente de Joel Edgerton, dans le rÎle de l'antagoniste RamsÚs. RamsÚs, despote pourtant cruel, apparaßt ici beaucoup plus humain, complexe et charismatique que Moïse ne le sera durant toute l'intrigue. Ses faiblesses participent à son humanité, rendent le personnage attachant car faillible. Edgerton transcende littéralement l'écran à chacune de ses apparitions, impérial et félin, violent mais perdu : c'est lui qui, comble de l'ironie, s'attire les grùces du public. Les rares scÚnes d'émotion lui reviennent également, notamment lorsque la 10Úme plaie lui arrache son enfant. Edgerton est fascinant, jusqu'au tout dernier plan qui le montre face à la mer, vaincu, sur le sable. Quoique pathétique, il ne sera jamais aussi antipathique que Moïse. Face à sa co-star, Bale semble noyé dans son rÎle d'élu aux allures de fanatique. ProblÚme d'identification ? Sans doute.

Quant aux restes des personnages, disons qu'ils font acte de prĂ©sence. Anecdotiques, ils n'ont pour exister que des apparitions Ă©claires, jamais suffisamment dĂ©veloppĂ©es pour susciter de l'intĂ©rĂȘt.

Autre choix douteux : le parti prix ultra-réaliste voulu par Scott. Il tourne Exodus comme un film historique, non comme un récit biblique. Hélas, il est trÚs difficile de rationaliser les 10 plaies de l'Egypte et autre mer séparée en deux. En découle des explications bancales qui peinent à convaincre. Scott choisit donc de se focaliser sur Moïse mais là encore, le manque d'empathie envers le personnage plombe considérablement l'intensité du blockbuster.

En définitive, Exodus est une grande fresque, un trÚs bel objet visuel qui, hélas, sous la débauche d'effets spéciaux, se révÚle creux et impersonnel. Inutile en somme.

 

 

 

 

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