Cin’express : J'ai tué ma mère

07/09/2012

🎥 Cin’express : J'ai tué ma mère 🎥

 

🎬 de Xavier Dolan
⭐ avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Suzanne Clément
🗓 Sortie : 15 juillet 2009

 

Depuis quelques années maintenant, le Festival de Cannes réserve rarement de grandes surprises ; la débauche de luxe déballée aux yeux du Monde n’est qu’un prétexte pour dissimuler, maladroitement, la pauvreté culturelle d’un festival sur le déclin. Peu nombreux sont les films destinés à marquer l’imagination des spectateurs et à laisser leur empreinte dans l’Histoire du cinéma… En cela, 2009 était une exception, tant les chefs d’œuvre se sont succédés sur les écrans, dans toutes les catégories… Dans la Quinzaine des Réalisateurs, c’est un petit nouveau de l’Empire Cinématographique, Xavier Dolan qui, à tout juste dix-neuf ans, s’est imposé comme LA révélation. Son premier film (dont il est l’auteur, le réalisateur mais aussi l’interprète principal) J’ai tué ma mère, a sorti Cannes de sa léthargie. Pour ainsi dire, un miracle. Ou presque. Le sujet en lui-même n’a rien d’exceptionnel : Hubert et sa mère, Chantal, ne parviennent plus à communiquer. Chacune de leur discussion mène au déchirement, aux reproches… Et une question essentielle se pose : jusqu’où peut-on haïr sa mère… Ou l’aimer ? Les relations tumultueuses mère-fils, l’incompréhension, la haine, le chagrin et le sentiment d’abandon qui en résultent sont au cœur du premier long métrage de Dolan, un sujet que d’autres ont mainte fois évoqué avant lui. Pourtant, J’ai tué ma mère, loin de l’interminable chronique familiale bavarde, se veut une œuvre vivante, inspirée, aussi personnelle qu’universelle. Effets artistiques, jeu des couleurs, rêveries fantasmagoriques, dialogues percutants… L’empreinte de son jeune réalisateur est présente à chaque plan et impose son style avec une facilité déconcertante, n’hésitant pas à repousser, du même coup, les limites imposées par la vision traditionnelle de la famille. Les moments de grâce sont nombreux et le film regorge d’idées pour les mettre plus en avant. Comme seul exemple : les confessions devant une caméra – devenue journal intime – qui, en noir et blanc, permettent aux spectateurs de comprendre toute la complexité du personnage principal… Ses apartés où seuls cohabitent Dolan et sa caméra évitent les longs monologues : autant faire court, percutant, direct – à l’image du film lui-même, doté de cette sensibilité à fleur-de-peau quasi maladive, jamais larmoyante ou ennuyeuse. Le regard follement romanesque que porte Dolan sur cette histoire, avec toute la férocité, l’ironie et la poésie propre à une jeunesse perdue, donne au film cet effet hors de tout, du temps, du commun mais réel… Ou comment transformer le quotidien en une fresque intelligente et émouvante. J’ai tué ma mère surprend donc aussi par son lyrisme incroyable et la virtuosité de Dolan à filmer l’émotion de ses personnages ; là où il excelle vraiment, c’est dans l’intimité, lorsque sa caméra se promène sans voyeurisme dans la vie d’un adolescent de seize ans. En visionnaire égocentrique diront certains, Dolan affiche clairement sa volonté de se détacher des autres et d’imposer une vision qui lui est propre. Outre le talent non négligeable du réalisateur, niveau casting, on s’apercevra vite qu’il est difficile de faire mieux : Anne Dorval est épatante en mère dépassée, François Arnaud sensuel au possible en jeune amant érudit, Suzanne Clément convaincante en professeur troublée… Quant à Dolan, devant ou derrière la caméra, il est tout simplement incroyable. Ne vous y trompez pas : J’ai tué ma mère est Xavier Dolan et Xavier Dolan est J’ai tué ma mère. La musique, elle aussi, est choisie avec soin, équilibre parfait entre des morceaux classiques (L’Hiver de Vivaldi) et modernes (Noir Désir de Vive la Fête, le temps d’une séance de peinture qui resterait dans les annales). En écho à l’une des répliques du film, J’ai tué ma mère « nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne, mais avec la poésie fragile d’un autre temps » comme on en a rarement admiré de mémoire de cinéphile. La preuve évidente que Xavier Dolan aura beaucoup à nous montrer et à nous apprendre dans ses prochains films. Magistral.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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