Cin’express :La Dame en noir

30/03/2012

🎥 Cin’express : La Dame en noir 🎥

 

🎬 de James Watkins
⭐ avec Daniel Radcliffe, Ciarán Hinds, Janet McTeer
🗓 Sortie : 14 mars 2012

 

Un paysage brumeux, comme à l’écart du temps, où se dresse, au milieu des marais, une sinistre maison. Les légendes sordides qui foisonnent au village de Crythin Gifford et l’angoisse fanatique qui s’est emparée de ses habitants font office de spécialités locales. Pour le jeune notaire londonien, Arthur Kipps, le moment est venu d’affronter ses démons… Sur cette histoire plutôt banale, le réalisateur James Watkins, à qui l’on doit déjà l’éprouvant Eden Lake, tisse avec un talent remarquable cette histoire de fantôme dans l’Angleterre rurale du XIXème siècle, animée par ses contes macabres et ses revenants. Instaurant une ambiance trouble dès les premières secondes de La Dame en Noir, où l’impression d’un rêve nébuleux qui tourne au cauchemar est omniprésente, Watkins mène à pas feutrés son spectateur dans un univers aussi angoissant que fantastique. Un soin extrême est apporté aux couleurs, sur lesquels Watkins joue en permanence. Les décors, qu’ils soient naturels ou non, sont somptueux (le manoir niché sur sa colline rocheuse au cœur des marais, les landes brumeuses) ; toutefois c’est surtout la reconstitution parfaite du XIXème siècle, à mi-chemin entre la modernité et les traditions, qui est remarquable et force le respect. Dans La Dame en Noir, l’inquiétude et l’angoisse, outre les éléments du film d’épouvante traditionnel, proviennent surtout du tragique qui entoure les enfants, directement menacés, alors que les adultes, impuissants, sont incapables de les protéger. Comme pour souligner cet aspect, ce sont les scènes dans la nurserie qui se révèlent être les plus inquiétantes, où un vieux fauteuil à bascule oscille au rythme d’une funeste litanie jouée par d’étranges poupées et des jouets mécaniques. Le thème des enfants, tout comme celui de la famille, essentiel, sera l’une des clefs majeures de l’intrigue, notamment via le personnage de Daniel Radcliffe : jeune père traumatisé par la mort de sa femme, enfermé dans la dépression, son petit garçon représente son unique raison de vivre. Il trouve sa volonté de lutter face à un mystérieux fantôme dans l’espoir de préserver son fils du mal qui rôde à Crythin Gifford. Au final, si La Dame en Noir véhicule cette impression entêtante de cauchemar malsain, c’est surtout en raison des jeunes proies du sinistre fantôme… La musique de Marco Beltrami tient toutes ses promesses en accompagnant l’atmosphère si particulière du film. Tout comme Walkins, il joue avec brio sur une partition inquiétante, ponctuée d’accords enfantins, renforce cette sensation de malaise déjà oppressante, qui une fois accordée avec la musique se révèle difficilement supportable. Si le but du réalisateur est évidement de faire monter l’angoisse crescendo, jusqu’au dénouement qui, d’entrée de jeu, s’annonce tragique, il n’en oublie pas pour autant d’instaurer, en notes de fond, une mélancolie profonde, un spleen plutôt lyrique, dans lequel Radcliffe s’illustre à merveille. Il interprète avec talent ce personnage sombre, emplit d’une maturité meurtrie, grave et brisé… Désormais, il ne subsiste aucun doute : en montrant son aptitude à interpréter des rôles tragiques, radicalement différents de celui qui lui a apporté le succès, Daniel Radcliffe tourne, dix ans après, la page sur la saga Harry Potter. Sans verser dans la surenchère d’hémoglobine ou d’effets spéciaux, La Dame en Noir c’est aussi un hommage direct à l’âge d’or du cinéma d’épouvante anglais et celle qui était sa société de production phare, la Hammer – c’est d’ailleurs cette dernière qui, deux ans après sa résurrection, a produit le film. Un scénario diablement efficace, une mise en scène redoutable pour un film oppressant et mélancolique à souhait… La Dame en Noir serait-elle le phénix qui fera ressurgir la Hammer de ses cendres, quarante ans plus tard ?

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