Cin’express : Mary Reilly

06/03/2012

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Mary Reilly

 

🎬 de Stephen Frears
⭐ avec Julia Roberts, John Malkovich, Glenn Close
🗓 Sortie : 17 avril 1996

 

  

Depuis sa publication, en 1886, L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de M. Hyde n’a cessĂ© de fasciner. Ce tiraillement perpĂ©tuel entre le Bien et le Mal, reprĂ©sentĂ© ici en deux parts distinctes de notre ĂȘtre, R.L Stevenson avait Ă©tĂ© le premier Ă  en saisir le potentiel mis au service de la science. L’idĂ©e de se dĂ©barrasser de tout ce qu’il y a de plus primitif et de plus abject chez l’ĂȘtre humain, pour n’y laisser que la bontĂ© et la pureté  Mais cette expĂ©rience tourne au dĂ©sastre et le Mal l’emporte sur le Bien. Dans ce combat manichĂ©en, Hyde – le cĂŽtĂ© sombre de Jekyll – est incontestablement plus fort. Le crĂ©ateur est surpassĂ© par son double malĂ©fique et dĂšs lors, la fin est inĂ©luctable. De tous les dĂ©rivĂ©s, remakes, rĂ©Ă©critures Ă  s’ĂȘtre inspirĂ©s du chef-d’Ɠuvre orignal, bien peu ont rĂ©ussis Ă  Ă©galer son gĂ©nie sombre. Toutefois, la plus Ă©loignĂ©e et la plus rĂ©ussie de ces versions est, sans conteste, celle de Mary Reilly. SignĂ©e par le remarquable Stephen Frears – qu’on ne prĂ©sente plus de son travail sur les Liaisons Dangereuses Ă  ChĂ©ri en passant par Tamara Drewe – et adaptĂ©e d’une nouvelle de Valerie Martin, cette vision du cĂ©lĂšbre classique rĂ©interprĂ©tĂ©e d’un point de vue fĂ©minin est tout simplement stupĂ©fiante. Un Londres Ă©touffĂ© par le brouillard qui camoufle les meurtres comme la perversion, un domaine lugubre et oppressant qui cache des secrets inavouables
 InquiĂ©tant et obscur, rapidement secondĂ© par une impression malsaine, Mary Reilly bĂ©nĂ©ficie d’un scĂ©nario implacable et de la formidable musique de George Fenton pour s’élever au plus haut. En premier lieu, le film raconte surtout l’histoire d’une jeune domestique qui nourrit une profonde affection pour le Dr Jekyll et un trouble irrĂ©pressible Ă  l’écart de Mr Hyde. L’idĂ©e gĂ©niale est sĂ»rement d’humaniser Hyde autant qu’il est possible de le faire : toute sa perversitĂ©, sa violence mais aussi la tentation mĂȘlĂ©e Ă  de la tendresse qu’il Ă©voque pour Mary
 Plus humain, Hyde est dĂ©sormais moins inaccessible, plus qu’un monstre, il est surtout la face cachĂ©e d’un homme respectable – la question posĂ©e revient continuellement : qui a libĂ©rĂ© l’autre, quelle partie de nous est la plus prĂ©sente ? Jekyll apparait comme plus sĂ©duisant en tant qu’Hyde que sous sa forme habituelle, ce qui ne fait qu’ajouter Ă  l’étrange dualitĂ© du personnage. La prestation de John Malkovich y est sans nul doute pour quelque chose : elle le pose en modĂšle, Ă©galant mĂȘme l’excellente interprĂ©tation de Frederic March dans la version de Rouben Mamoulian
 Et c’était en 1931 ! A notre Ă©poque, Malkovich est sĂ»rement le seul Ă  avoir pleinement jouĂ© de l’incroyable perplexitĂ© du personnage. SidĂ©rant, oscillant entre la folie et la luciditĂ© en permanence, comme en Ă©quilibre au bord du gouffre, l’acteur semble ĂȘtre A LA FOIS Hyde et Jekyll, habitĂ© par la violence et la bontĂ© de l’un et l’autre. Quant Ă  Julia Roberts, dĂ©stabilisante en servante meurtrie et dĂ©vouĂ©e, elle est Ă©clatante de retenue, de sobriĂ©té  Le combat qu’elle mĂšne en son for intĂ©rieur ressemble, de maniĂšre assez Ă©vidente, Ă  celui que mĂšne Jekyll de son cĂŽtĂ© : le respect pour son maĂźtre et sa position, en totale opposition Ă  l’amour qu’elle Ă©prouve et le trouble que lui inspire Hyde. A milles lieux de toutes les comĂ©dies dans lesquelles elle a pu tourner, c’est ici, dĂ©nuĂ©e de tout embellissement, qu’elle apparait comme la plus talentueuse. Nouvel enjeu, Mary est au cƓur de la relation Hyde/Jekyll, la seule Ă  pouvoir les comprendre, les soutenir, les aimer ou
 les dĂ©truire. Spoiler : 
SublimĂ©s par la camĂ©ra de Frears et sa capacitĂ© Ă  filmer les Ă©motions, Roberts et Malkovich livrent des prestations inoubliables, soutenus par des seconds rĂŽles efficaces mais, au final, un peu inexistants face au potentiel d’un tel duo. Dans une esthĂ©tique gothique, aussi sobre qu’inquiĂ©tante qui rappelle les fameux « films de monstre » des annĂ©es 30, l’atmosphĂšre implacable et la tension – sexuelle – qui vibre entre les trois personnages principaux (Jekyll-Mary-Hyde) atteignent leur apogĂ©e dĂšs la moitiĂ© du film. Si l’enthousiasme retombe quelque peu par la suite (le glauque pour le glauque n’est pas forcĂ©ment un bon moyen pour renouer avec le public), Mary Reilly ne perd a aucun moment son intĂ©rĂȘt, malgrĂ© certaines longueurs. La qualitĂ© du scĂ©nario et des dialogues, la complexitĂ© de Jekyll/Hyde, la capacitĂ© de Frears Ă  vĂ©hiculĂ© une palette d’émotion en l’espace d’une scĂšne assurent une formidable relecture Ă  l’Ɠuvre de Stevenson. Injustement rabaissĂ©e lors de sa sortie, il est temps de rĂ©parer cette erreur en dĂ©couvrant la magnifique histoire de Mary Reilly. Et d’acclamer une nouvelle fois le talent du tandem Stephen Fears/John Malkovich.

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