Quand Oliver Parker adapte Oscar Wilde...

29/02/2012

Quand Oliver Parker adapte Oscar Wilde...

 

đŸŽ„Â Un mari idĂ©al
⭐ avec Jeremy Northam, Minnie Driver, Rupert Everett
🗓 Sortie : 15 dĂ©cembre 1999

 

Oliver Parker est un admirateur inconditionnel d’Oscar Wilde
 Il l’a prouvĂ© Ă  plusieurs reprises, en adaptant notamment avec succĂšs L’importance d’ĂȘtre constant (en 2002) et une version – moins fidĂšle – de son roman mondialement connu, Dorian Gray, sept ans plus tard. Mais son premier essai de s’adonner Ă  l’univers de Wilde eut lieu en 1999, avec Un mari idĂ©al. PremiĂšre tentative et victoire indĂ©niable : la transposition Ă  l’écran de la piĂšce du cĂ©lĂšbre dandy atteint (presque) la perfection. L’adaptation d’une Ɠuvre thĂ©Ăątrale de Wilde par Parker ne pouvait donner lieu qu’à un film drĂŽle, pertinent mais aussi cynique et fĂ©rocement critique envers la sociĂ©tĂ©. Un discours, qui curieusement, semble plus que jamais d’actualitĂ© lorsqu’il traite par exemple de la corruption politique et des capacitĂ©s de l’Homme Ă  Ă©craser les autres pour pouvoir s’élever, par enjeu ou ennui
 Et pourtant, il salue davantage le mensonge – ici salvateur – que la vĂ©ritĂ© qui menace de tout anĂ©antir. Dans sa volontĂ© de respecter la piĂšce de Wilde, Parker signe une mise en scĂšne soignĂ©e et Ă©nergique mais sur laquelle il n’appose pas encore rĂ©ellement sa marque. Qu’importe, il prouve ici qu’il n’est pas seulement un bon rĂ©alisateur – l’excellence viendra plus tard – mais avant tout un porte-parole des discours rebelles et Ă©clairĂ©s qui Ă©taient si chers Ă  Wilde. Dans des dĂ©cors somptueux de la haute sociĂ©tĂ© Londonienne, la richesse des costumes et la musique de Charlie Mole apportent un souffle de modernitĂ© esthĂ©tique rafraichissant. L’ensemble est un parfait Ă©quilibre qui accompagne le burlesque des situations et les personnalitĂ©s plus ou moins troubles des personnages
 Pourtant, en premier lieu, on retiendra surtout la prestation exceptionnelle de Rupert Everett en dĂ©cadent et misanthrope Lord Goring : entre les gestes sophistiquĂ©s, le charme faussement dĂ©sinvolte et le caractĂšre flegmatique, il semble tellement Ă  l’aise dans l’interprĂ©tation de son personnage que le rĂŽle lui semblait destinĂ© depuis toujours. Le duo vĂ©nĂ©neux qu’il forme avec la belle Julianne Moore sur fond d’intrigues politiques et de situations amoureuses sonne si juste qu’il en Ă©vincerait presque les autres acteurs, pourtant impeccables. Pour le reste, en dĂ©pit de quelques longueurs, les rĂ©pliques Ă©levĂ©es et la qualitĂ© du casting combinĂ©es au talent d’Oliver Parker, font du film une comĂ©die certes distrayante mais empreinte d’une grande profondeur. Sans nul doute l’une des meilleures adaptations dont Oscar Wilde et ses admirateurs pouvaient espĂ©rer.

 

đŸŽ„Â L’Importance d’ĂȘtre Constant
⭐ avec Rupert Everett, Colin Firth, Reese Witherspoon, Frances O'Connor
🗓 Sortie : 30 avril 2003

 

L’Importance d’ĂȘtre Constant est sĂ»rement la piĂšce la plus burlesque et la plus drĂŽle d’Oscar Wilde : elle enchaĂźne quiproquos dĂ©lirants au possible, histoires de famille complexes et relations amoureuses cocasses. Et pour un tel chef d’Ɠuvre, quelle joie de retrouver, aprĂšs le trĂšs rĂ©ussi Mari IdĂ©al, le duo Oliver Parker/Rupert Everett ! Pour sa seconde rencontre avec Wilde, Parker renoue avec cet univers dĂ©licieusement satyrique et libertin avec plus d’assurance. Si l’on ressent son style, encore trop tĂątonnant par moment, il confirmera davantage sa libertĂ© dans la mise en scĂšne avec l’excentrique St-Trinian ou le mystĂ©rieux Ă  tendance gothique Dorian Gray. Afin de restituer l’atmosphĂšre si particuliĂšre de l’Importance d’ĂȘtre Constant Ă  l’écran, Parker retrouve son compositeur attitrĂ©, Charlie Mole, lui aussi visiblement plus libre puisqu’il se permet d’instaurer quelques notes jazzy Ă  ses morceaux, en total dĂ©calage avec la pĂ©riode historique oĂč se dĂ©roule la piĂšce, histoire d’ajouter au cĂŽtĂ© burlesque. La reconstitution d’un Londres aux rues glaciales, aux cabarets animĂ©s et dĂ©licieusement libertins, aux salons prĂ©cieux surchargĂ©s, est trĂšs bien rendue. En portant son choix sur West Wycombe Park pour recrĂ©er la spacieuse maison campagnarde de Jack, aucun doute que Parker avait rĂ©flĂ©chit aux possibilitĂ©s que reprĂ©sentait ce vaste terrain verdoyant sillonnĂ© de lac et de riviĂšres : West Wycombe devient ainsi un personnage Ă  part entiĂšre, oĂč chaque lieu est associĂ© Ă  une scĂšne prĂ©cise
 Nous nous attarderons davantage sur le casting cinq Ă©toiles rĂ©uni : le film parvient l’exploit difficile de surpasser celui d’un Mari IdĂ©al. Outre le plaisir de retrouver Rupert Everett dans un rĂŽle sur mesure, Colin Firth s’invite Ă©galement en tĂȘte d’affiche : pour interprĂ©ter le tandem Algy/Jack, difficile de rĂȘver mieux. Leurs talents combinĂ©s promettent des moments de franches rigolades et leur complicitĂ© est palpable dĂšs les premiĂšres minutes oĂč ils entrent en scĂšne, provocants, manipulateurs et dĂ©cadents Ă  souhait
 Comme avec ce duo chantĂ© Ă©namourĂ©, « Lady come done », sur lequel ils s’en donnent Ă  cƓur joie sans craindre le ridicule – ils rĂ©itĂ©reront d’ailleurs l’expĂ©rience cinq ans plus tard avec « Love is in the air », toujours sous la direction de Parker, dans St-Trinian. CĂŽtĂ© actrices, le rĂŽle de la glaciale Lady Bracknell, femme de fer aux idĂ©es plutĂŽt bien arrĂȘtĂ©es, est tenu par une Judi Dench toujours aussi impeccable. En fiancĂ©e de Colin Firth et fille infortunĂ©e de Lady Bracknell, la trop rare Frances O’Connor dresse le portrait d’une jeune femme en pleine crise de rĂ©bellion (tatouage et vol/emprunt de voiture Ă  l’appui !). Mais la vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation fĂ©minine du film, c’est bel et bien Reese Witherspoon, en rĂȘveuse passionnĂ©e. C’était Ă  l’heure oĂč elle peinait Ă  se faire accepter comme une actrice sĂ©rieuse, oĂč elle n’était pas encore la captivante Becky Sharp de Vanity Fair ou l’impeccable June Carter de Walk the Line. Dans l’Importance d’ĂȘtre Constant, sa spontanĂ©itĂ© et son jeu envoĂ»tent : il semblait Ă©vident qu’elle serait promise Ă  ĂȘtre cette grande actrice dont le talent n’est plus remis en question aujourd’hui. Evidemment, puisque le scĂ©nario d’origine est signĂ© Oscar Wilde, on retrouve le ton cynique qu’il se plaisait Ă  employer pour dĂ©noncer, par le rire et l’autodĂ©rision, la sociĂ©tĂ© dans laquelle il vivait : sans s’accorder un temps mort, les rĂ©pliques acĂ©rĂ©es et faussement lĂ©gĂšres s’enchaĂźnent pour notre plus grand plaisir. Avec son excellent casting, ce pamphlet contre une Ă©poque oĂč il faut tout savoir sur chacun pour juger de son importance et toujours cette apologie du mensonge – bunburiser, comme dirait Algy –, cette critique douce-amĂšre de la sociĂ©tĂ© bourgeoise anglaise est un rĂ©gal. Une merveille acidulĂ©e, Ă  savourer Ă  l’heure du thĂ© avec des muffins et ces fameux canapĂ©s au concombre
 So British, my dear ! 

 

 

 

đŸŽ„Â Dorian Gray
⭐ avec Colin Firth, Ben Barnes, Rebecca Hall
🗓 Sortie : 2009

 

S’attaquer aux chefs-d’Ɠuvre d’Oscar Wilde n’est jamais facile. Pourtant Oliver Parker l’a fait. Et avant de s’attaquer Ă  la nouvelle la plus connue de Wilde, il avait dĂ©jĂ  connu quelques belles rĂ©ussites : Un mari idĂ©al (en 1999) et L’importance d’ĂȘtre constant (en 2002). Oscar Wilde n’aurait donc pu rĂȘver mieux pour adapter son classique gothique. Evidemment, l’histoire subie quelques modifications. Dorian Gray doit rĂ©pondre aux critĂšres de beautĂ© de notre Ă©poque : exit donc le blond aux joues roses du livre ! Dorian est dĂ©sormais un brun tĂ©nĂ©breux, aux grands yeux sombres et au charme typiquement anglais. Pour rĂ©pondre Ă  cette description, Parker choisit Ben Barnes. Un choix qui, au dĂ©but, n’est pas sans surprendre. Certes, ce jeune Londonien s’était illustrĂ© avec talent dans le film indĂ©pendant Bigga than Ben, oĂč sa prestation de Cobakka avait Ă©tĂ© saluĂ©e par la critique
 Mais il Ă©tait avant tout connu du grand public pour son rĂŽle (un peu trop lisse) de Caspian dans les Chroniques de Narnia II. Dans ces conditions, on pouvait avoir des doutes sur son interprĂ©tation. Ben Barnes signe pourtant ici sa meilleure prestation : il incarne Dorian Gray, tout d’abord timide et candide, puis exaltĂ© et immoral, enfin, dĂ©vouĂ© et brisĂ© par le pacte qu’il a conclu avec le Diable. Le second choix judicieux repose sĂ»rement sur Colin Firth : son Henry Wotton, cynique et charismatique, est irrĂ©prochable ! Difficile d’imaginer dĂ©sormais quelqu’un d’autre dans les traits du dandy manipulateur. Enfin, la grande nouveautĂ© du film est fĂ©minine : Emily Wotton. Ce nom ne vous dit rien ? Normal : elle n’apparait pas dans le roman d’origine ! Alors que Dorian ne connait qu’une grande passion dans le livre avec l’actrice Sybil Vane (Rachel Hurd-Wood, charmante mais effacĂ©e) cette relation est ici relĂ©guĂ©e au second plan par sa liaison avec la fille d’Henry et Victoria Wotton. Emily est ici une femme de caractĂšre, inscrite au mouvement des Suffragettes, qui donne bien des difficultĂ©s Ă  son pĂšre ! IndĂ©pendante et courageuse, avec un cĂŽtĂ© assez masculin, elle s’intĂ©resse Ă  Dorian et ce dernier ne tarde pas Ă  s’éprendre d’elle. Elle scellera d’ailleurs sa fin. Elle est ici campĂ©e par la gĂ©niale Rebecca Hall. N’en dĂ©plaise aux puristes d’Oscar Wilde, ce changement est le bienvenu : car, face Ă  des personnages masculins aussi forts que Dorian ou Henry Wotton, il fallait une femme au tempĂ©rament volcanique, rĂŽle auquel Sybil ne pouvait prĂ©tendre. Les sous-entendus homosexuels concernant les conquĂȘtes amoureuses de Dorian sont ici clairement explicites, de mĂȘme que sa relation avec Basil Hallward. L’enfance de Dorian est ici bien plus malheureuse que dans le livre, des souvenirs l’assaillent continuellement sous forme de flash-backs oĂč sa souffrance et sa peur sont perceptibles : Ă©levĂ© par son grand-pĂšre, il subit les coups et les insultes de ce dernier. Au final, ces changements ne choquent pas, au contraire, ils s’inscrivent dans notre gĂ©nĂ©ration, ce qui permet de donner un souffle nouveau au chef-d’Ɠuvre de Wilde. La seule chose que l’on peut regretter demeure la scĂšne finale avec le portrait : cette avalanche d’effets spĂ©ciaux criards fait l’effet d’une douche froide ! Sans cela, le film est une vraie merveille, Ă  dĂ©couvrir d’urgence. Oliver Parker s’en tire une fois de plus avec brio ! 

 

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