Cin’express : Dellamorte Dellamore

23/02/2012

🎥 Cin’express : 🎥

Dellamorte Dellamore

 

🎬 de Michele Soavi
⭐ avec Rupert Everett, Anna Falchi, François Hadji-Lazaro
🗓 Sortie : 1994

 

 

A peine une minute d’écoulée et déjà, le spectateur comprend d’instinct que ce Dellamorte Dellamore sera loin de tout ce qu’il a déjà pu voir : un OVNI poussé à son paroxysme, une histoire dont il ne sera à aucun moment sûr de tout comprendre, un chef-d’oeuvre trouble d’une virtuosité visuelle transcendante… Signé Michele Soavi et adapté d’un roman de Tiziano Sclavi, le synopsis du film retient l’attention : un jeune homme associable qui, une fois la nuit tombée, rétabli l’ordre dans son cimetière profané par des morts ayant la fâcheuse manie de revenir squatter notre monde, en quête de chair fraîche, sept jours après leur trépas… Mais le résultat dépasse toutes les attentes, tant il se plaît à effleurer des genres radicalement différents pour les réunir en un seul et même film. Des éléments horrifiques – volontairement kitsch – qui rappellent la dimension surnaturelle de l’intrigue, un humour noir détonnant, des personnages plus étranges, malsains ou burlesques que jamais (Gnaghi, le fidèle muet qui accompagne Francesco dans sa lutte contre les revenants, a la palme des trois catégories. Avouez qu’un amour inconditionnel voué à une tête à quelque chose de légèrement dérangé !)… A cela, pourquoi ne pas mêler également une réflexion sur la Vie et la Mort, ainsi qu’une histoire d’amour – ou plutôt la quête d’un amour – présenté comme absolu ? Dans Dellamorte Dellamore, la société est descendue en flèche et la totalité des personnages en prennent pour le grade : le rejet de la différence, la capacité à encaisser le regard des autres, la dévotion amoureuse bâclée, la petite bourgeoisie italienne habituée à ce qu’on lui passe tous ses caprices, le moyen d’exploiter un drame pour s’attirer la renommée… Et, au milieu de cette foule perturbée, un (anti-)héros inhabituel, l’un des plus déroutants du monde artistique : Francesco Dellamorte, aussi ténébreux que marginal, philosophe à ses heures qui disserte sur (ou avec) la Mort entre deux coups de plombs bien placés. Dellamorte, c’est aussi cette image de romantique macabre, profondément imprégné d’ELLE, cette veuve mystérieuse qui lui a été arraché et sa quête pour la retrouver. Par deux fois, il croira l’avoir et par deux fois elle lui échappera *spoiler : la première dans une pathétique esquisse de niaise abstinente, la dernière avec une prostituée aux motivations purement financières.[/spoiler] Jamais il ne parviendra, au travers de ses deux copies, à atteindre la perfection qu’Elle représentait à ses yeux lors de la première rencontre. Ses échanges avec Elle sont d’ailleurs le prétexte à des scènes d’une sensualité troublante et funèbre, prodigieuse vision de deux vies qui se réunissent dans la mort, comme cette sublime et macabre scène de baiser sous un linceul, dans un ossuaire ou celle, charnelle, qui unie les corps à la lumière de feux follets sur une tombe cernée de lys. Ce romantisme sombre, dérangeant, hante presque chaque scène, dans de longs plans saisissants entre des anges de pierre, des tombes recouvertes de bougies et l’éclat grenat du sang… Derrière les images à la beauté sépulcrale se cache la profondeur d’un scénario labyrinthique, extravagant par moment, qui s’assume de bout à l’autre en abordant, parfois, des thèmes plus complexes qu’il n’y parait telle que la folie, la schizophrénie et la lassitude face à la Vie. La question qui hante Dellamorte, jusqu’au dernier moment, sera : le monde existe-t-il par-delà ce que l’on connait ? Est-il possible d’envisager une vie ailleurs ou sommes-nous toujours prisonniers de ce que nous cherchons à fuir ? La réponse, symboliquement mise en scène lors du dénouement, offre les intonations mélancoliques et pessimistes qui manquaient à cette étrange compilation. Dellamorte voit un éternel recommencement, dans la Vie comme dans la Mort – « Je donnerais ma vie pour être mort ». Si le scénario est donc exploité d’une main de maître par Soavi, son équipe est tout aussi remarquable : la musique de Riccardo Biseo et Manuel De Sica accompagne les décors gothiques du cimetière, soulignant avec intensité les moments forts du film ; quant au casting, il bénéficie d’un trio d’acteurs principaux plutôt talentueux. A commencer par Rupert Everett, dans le rôle de Dellamorte, dont Sclavi, l’auteur original, est un fan inconditionnel : son flegme naturel, son regard mélancolique et sa capacité à jouer sur la complexité de son personnage sont saisissants. Puis, dans le rôle du très peu parlant et mentalement perturbé Gnaghi François Hadji-Lazaro et dans celui de la sensuelle et mystérieuse Elle, la belle Anna Falchi, saisissante en femme mystifiée. Un étrange malaise s’empare progressivement du spectateur au fur et à mesure qu’il découvre ce chef d’oeuvre dédaléen où se mêlent philosophie, critique sociale, poésie sombre, sensualité macabre aux combats sanguinolents et à l’humour sombre de Dellamorte. S’il ne fera évidemment pas l’unanimité, gageons que cette traversée du cimetière de Buffalora ne laissera personne indifférent. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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