• Chloé

Mille & un mots avec... Alice Sola

Mille & un mots avec... Alice Sola

La romancière qui brûlait les planches

A l’heure où le cynisme est roi, Alice Sola fait figure d’exception. D’une candeur désarmante sans nigauderie, féérique sans kitsch, classique sans ringardise, elle propose des textes à la douceur apaisante et véhicule une bienveillance communicative. Son prénom la prédisposait au Pays des Merveilles et merveilleuse, elle l’est sans conteste.

Retours sur une auteure magique.

© Alice Sola & Magic Mirror / Au Chapelier Lettré - Profil de l'auteure


Avant d’évoquer ton parcours d’auteure, j’aimerai questionner la Alice lectrice… Quelle lectrice es-tu ? Quels auteurs te tiennent à cœur ?

Classiques ou modernes, j’aime les auteurs et les histoires qui font voyager, qui vous déconnectent complètement de la réalité. Pour le reste, ça dépend complètement de mon humeur… Je passe aisément d’un Jane Austen à un Dan Brown, tombe souvent amoureuse d’un roman de Sarah J. Maas ou de Jennifer L. Armentrout pour revenir à Théophile Gautier ou Alexandre Dumas. Sans oublier les livres à suspens type Agatha Christie ou Sir Arthur Conan Doyle, qui m’empêchent régulièrement de dormir.


Tu as un rapport singulier à l’écriture, peux-tu nous dire ce qui t’a amenée à devenir romancière ?

L’envie de créer des univers, une grande curiosité et beaucoup d’imagination m’ont toujours accompagné, depuis toute petite. Mais lorsque j’ai été alitée de nombreux mois suite à de graves problèmes de santé, je me suis lancée dans quelques chapitres. Cela promettait de n’être qu’une petite histoire mais, de fil en aiguille, il m’a été impossible de m’arrêter.


Les Editions Magic Mirror ont été les premières à te découvrir. Nous ferais-tu le plaisir de revenir sur ton beau et long parcours avec elles ?

Tout a commencé par un mail que j’ai reçu en réponse au Lac des Cygnes que j’avais soumis en appel à textes. Le message était intéressant et chaleureux, et il proposait une analyse intéressante du texte et de ce qu’il y manquait. Nous avons ensuite échangé de manière à améliorer le roman, et j’ai beaucoup aimé le travail soigné de cette maison. La directrice, Sandy Ruperti, est au moins aussi amoureuse que moi des contes et légendes, et il naît beaucoup de projets de nos discussions ! Du coup, lorsque l’idée des Dragons de l’Impératrice m’est venue, j’ai espéré très fort qu’elle plaise pour pouvoir retravailler avec eux.


Ton avant-dernier roman, Lohengrin - Le Chevalier au Cygne, est une suite à ton Lac des Cygnes centrée cette fois sur le personnage d’Odile, la grande rivale de ton héroïne Odette – à mon sens, Odile est d’ailleurs la protagoniste qui se détache le plus dans ta vision de l’œuvre signée par Piotr Ilitch Tchaïkovski… D’où t’es venue cette idée ? Que représente Odile pour toi ?

Aah Odile ! Ça c’est une héroïne ! Tout comme Le Lac des Cygnes va comme un gant à Odette, je me suis dit qu’il était temps de se pencher aussi sur l’histoire du Cygne Noir. Odile nous est présentée à travers le ballet comme un personnage fascinant : selon les versions, elle est la maîtresse/fille/nièce de Rothbar, une ensorceleuse puissante, classée dans la catégorie « méchant » mais sans vraiment prendre part au combat final… Mais pour les besoins du ballet, son personnage n’est guère plus détaillé que cela. C’est ce qui a engendré autant de question chez moi, dont la principale : qui est vraiment le Cygne Noir ? Et dans un opéra comme Lohengrin, où le personnage principal féminin à tout le long besoin d’être sauvée, je me suis régalée d’imaginer au milieu un personnage aussi débrouillard et haut en couleurs qu’Odile.

© Au Chapelier Lettré


Ton dernier né de papier, Les Dragons de l’Impératrice, puise dans la légende chinoise de Mulan et l’opéra Turandot de Giacomo Puccini... Les intrigues se déroulent dans l’Empire Céleste médiéval. Comment en es-tu arrivée à mêler ces deux univers ?

J’avais un air de Turandot en tête (Nessun Dorma), et cela m’a fait réfléchir sur l’intrigue de l’opéra, en me disant que la Princesse Cruelle devait vraiment avoir un sacré problème pour exécuter comme ça des gens à tour de bras ! M’est alors venue l’idée d’une princesse possédée, et de son pendant, une guerrière qui se battrait pour la « vraie » justice. J’ai immédiatement associée cette dernière à la légende chinoise de Mulan.


Comment définirais-tu ta Mulan ? As-tu peiné à te détacher de l’imagerie Disney ?

Mulan a été difficile à définir, mais non en rapport avec l’interprétation de Disney – qui est au passage très jolie – car je m’étais déjà documentée sur le texte original de la légende. Ce qui a été le plus pénible, c’est de rester fidèle au personnage tout en lui donnant une âme à part entière, en respectant les conventions de l'époque. J’y ai réfléchi avec l’équipe de Magic Mirror, et avec beaucoup de gens autour de moi, pour finalement revenir à l’essentiel : Mulan est une femme courageuse, comme on en voit partout autour de nous. C’est sa volonté et son acharnement qui lui font accomplir des prouesses. La différence, c’est qu’elle règle ses problèmes à coup de sabre…


On sent clairement une évolution dans ton style via Les Dragons de l’Impératrice. T’es-tu aperçue de cette évolution, de la maturité gagnée pour ce septième ouvrage ?

Pas du tout ! C’est un très beau compliment, merci. Je fais toujours attention à progresser dans tout travail que j’entreprends, en essayant de garder le cap. Être fidèle à moi-même et faire rêver les lecteurs.


Quel regard portes-tu sur les personnages féminins, centraux dans ton œuvre, et leur place dans la littérature en général ?

Je trouve le mélange de sensibilité et de force féminine très intéressant à explorer. C’est un équilibre fragile fascinant.

© Alice Sola


Tu puises régulièrement ton inspiration de la musique classique et plus spécifiquement du ballet… Alice la danseuse et Alice l’auteure sont-elles indissociables ?

Indissociables peut-être pas, mais il est évident que le ballet est une façon de vivre. Je pense que c’est quelque chose que l’on retrouvera toujours en moi.


Y-a-t-il l’un de tes ouvrages dont tu tires une fierté particulière ?

Question piège ! Je suis fière de tous mes « petits poulets », mais je dois dire que la trilogie Aeternam a été un immense pari, du fait des conditions de santé extrêmement difficiles dans lesquelles elle a été écrite. C’est aussi grâce à elle que tout a commencé, donc c’est quelque chose que je ne peux pas oublier…


Pour découvrir ton œuvre, par quel titre est-il judicieux de commencer ?

Tout dépend du genre que l’on affectionne. Je recommanderais Le Lac des Cygnes ou Lohengrin, Le Chevalier au Cygne, pour commencer par des volumes uniques.


Tu es une grande voyageuse, tes périples autour du globe ont-ils impacté tes écrits d’une façon ou d’une autre ?

Complètement ! Quand je pose mes valises quelque part, il y a deux choses que je cherche en premier sur un plan : l’opéra et la bibliothèque ! Du coup, à partir de là, j’aime m’informer sur la culture du pays, ses contes et ses légendes, son histoire. Il y a tellement de possibilités et de belles choses que je ne peux pas résister à les glisser entre les pages d’une histoire.

© Alice Sola


Tu es donc ballerine, professeur de danse, romancière et éditrice, modèle photo à tes heures perdues… Avoue, Alice ! Y-a-t-il une chose que tu ne fais pas dans le domaine de la création ? Non, blague à part, comment en es-tu venue à fonder Aeternam Editions (NDLR : maison qui a notamment publié le très bon Aeternam Opéra de Laetitia Arnould) ?

L’envie de fonder une maison pour prendre soin d’autres livres que les miens me taraudait depuis longtemps, mais j’ai vraiment eu le déclic quand je me suis rendue compte qu’il y avait pas mal de livres magnifiques qui ne trouvaient pas « preneur ».


Peux-tu nous présenter ta maison justement ?

Avec plaisir ! Aeternam AS Editions est née pour s’occuper des livres qui ont un parcours atypique, qui ont cessé d’être édités ou dont la maison d’édition a fermé ses portes. Notre but est de les présenter de nouveau au public, parce que les laisser tomber dans l’oubli nous semblait impossible.


Quels projets nous réserves-tu pour le futur ?

Nous recevons beaucoup de mail de lecteurs qui nous demandent de reprendre la traduction de séries étrangères qui ont été interrompues. N’allez pas croire que nous y sommes insensibles, mais le travail est beaucoup plus délicat qu’il n’y paraît. C’est un de nos objectifs futurs.


Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Que cela continue et plus encore !

© Alice Sola