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Cin’express : Juillet 2019

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Juillet 2019

🎬 Spider-Man - Far From Home : 3/5

AprÚs le trÚs réjouissant Homecoming, Spider-Man exécute son grand retour solo avec Far From Home.

Suite aux Ă©vĂ©nements tragiques d'Endgame, la petite araignĂ©e sympa s'Ă©loigne de son quartier pour des vacances bien mĂ©ritĂ©es : direction l'Europe ! Comme on peut s'y attendre, Peter ne va pas connaĂźtre un voyage scolaire de tout repos puisqu'il va devoir affronter une toute nouvelle menace, toujours Ă©paulĂ© par Ned et surveillĂ© de prĂšs par Fury. En parallĂšle, il doit gĂ©rer, comme n'importe quel adolescent, ses dĂ©boires sentimentaux et notamment son coup de cƓur pour la cynique et (un peu trop) perspicace MJ...

Peter jongle donc entre son statut de lycĂ©en lambda et celui de super-sauveteur, affrontant du mĂȘme coup un ennemi sympathique et intĂ©ressant, quoi que prĂ©visible.

L'Homme-AraignĂ©e de Tom Holland est toujours aussi attachant et le dĂ©veloppement de son personnage continue d'ĂȘtre trĂšs satisfaisant - l'adolescent, crĂ©dule et gĂ©nĂ©reux, est ici au cƓur d'un parcours initiatique fort, entre deuil, prise de conscience et volontĂ© d'affirmation. Il va devoir gagner en maturitĂ©, grandir, prendre conscience de ses responsabilitĂ©s. Enfin, et c'est lĂ  son plus grand dĂ©fi : mettre de cĂŽtĂ© sa nature profondĂ©ment candide, renier sa foi en la nature humaine pour faire face Ă  cet ennemi qui, sur de nombreux points, est son parfait opposĂ©. Peter ne peut plus se permettre d'agir en ado et les rebondissements du long-mĂ©trage le lui font cruellement comprendre...

En sortant du visionnage de Far From Home, on ne peut que constater à quel point cette suite s'éloigne de son prédécesseur : exit le film pour ados super-héroïque, pop, intimiste, fun et bourré de références proposé par Homecoming.

Marvel nous offre une virée palpitante en Europe, augmentant drastiquement les enjeux autour de Peter, catapulté successeur de Tony Stark sans y avoir été préparé. Ce voyage aux quatre coins du vieux continent propose du grandiose et beaucoup d'explosions mémorables, le tout dans des décors de carte postale ; les paysages sont ceux de Venise, Londres, Prague ou encore des Pays-Bas - les Pays-Bas, largement stéréotypés, sont d'ailleurs le seul véritable loupé du film dans cet hommage touristique.

Mais cette volontĂ© d'en mettre plein les yeux perd aussi l'ingĂ©nuitĂ© adolescente et l’effervescence lycĂ©enne qui Ă©taient pour beaucoup dans le charme du premier volet. Far From Home est nettement moins original qu'Homecoming et, Ă  certains Ă©gards, moins rĂ©ussi : le film souffre de sĂ©rieux problĂšmes de continuitĂ©, de rythme et d'humour - lĂ  oĂč les ressorts comiques marchaient plutĂŽt bien dans l'opus prĂ©cĂ©dent, cette suite en fait des tonnes et atteint rarement l'effet escomptĂ©.

Toutefois, inutile de bouder son plaisir. Tom Holland reste parfait, tout comme l'ensemble du casting, Ă  savoir les habituĂ©s Samuel L. Jackson, Zendaya, Marisa Tomei mais surtout le nouveau venu, Jake Gyllenhaal. La trame est suffisamment bien menĂ©e pour ĂȘtre apprĂ©ciable, assez maligne pour offrir une rĂ©flexion intĂ©ressante sur le poids d'un hĂ©ritage, le monde virtuel et la volontĂ© de conserver son anonymat Ă  l'heure oĂč l'on sait tout, sur tout le monde. Le long-mĂ©trage nous offre quelques moments rĂ©ellement Ă©bouriffants - notamment des scĂšnes psychĂ©dĂ©liques Ă  souhait dans la veine de Doctor Strange. Le dĂ©nouement, enfin, nous laisse entendre que le troisiĂšme volet des aventures de Peter possĂ©dera des enjeux majeurs quant au sort de Spider-Man.

Far From Home est une bonne transition, qui permet d'entamer le Second cycle du MCU en toute sérénité.

🎬 Charming : 2,5/5 (direct-to-video)

AprÚs avoir sérieusement égratigné l'image supposément lisse et gentillette des contes façon Disney avec sa saga Shrek, le producteur John H. Williams s'attaque de nouveau à son sujet favori.

Charming dénonce ainsi la superficialité des princesses (La belle au Bois Dormant, Blanche-Neige et Cendrillon), détournant avec joie leur caractÚre et leur lubie : niaises et frivoles, toutes ont pour ambition de rafler leur "trophée", à savoir un mariage avec le Prince Philippe Charmant - chose qu'elles expliqueront trÚs bien dans une chanson pop parodique dÚs le début du long-métrage.

Le Prince en question est tout aussi superficiel et nigaud que les trois gourdes qu'il risque d'Ă©pouser mais se voit en plus affublĂ© d'une terrible malĂ©diction : aucune femme ne peut lui rĂ©sister, et tombe immĂ©diatement amoureuse de sa petite personne... De quoi dĂ©clencher les foudres de tous les hommes du royaume ! Il est donc temps pour Charmant de trouver le vĂ©ritable amour et ce avant son 21Ăšme anniversaire, sans quoi son sort sera dĂ©finitivement scellĂ©. Dans cette quĂȘte pour trouver l'Ă©lue de son cƓur, il est amenĂ© Ă  faire Ă©quipe avec une voleuse cynique et avide, Lenore.

Partant de ce postulat, je suis sûre que vous avez d'ores et déjà compris la morale et la conclusion - pas trÚs originales, il faut bien l'avouer ! Mais peu importe au fond : on ne regarde pas ce type de production pour sa singularité.

Premier choix judicieux, celui du casting. Comme souvent aux Etats-Unis, on fait appel au star talent pour doubler les personnages : ici, on a donc droit Ă  Demi Lovato, Sia, Ashley Tisdale, G.E.M. et Avril Lavigne. Toutes s'en sortent relativement bien mais surtout, Ă©tant chanteuses, elles gĂšrent parfaitement les moments musicaux. Niveau VF, rien Ă  signaler. C'est correct sans ĂȘtre faramineux, on recommande donc davantage la VO cette fois, ne serait-ce que pour la performance envoĂ»tante de Sia.

Sur quelques autres points, la promesse est tenue : une héroïne badass façon Fiona ; l'amour qui n'est ni un trophée ni une redevance envers qui que ce soit ; les deux protagonistes qui vont doucement s'éprendre l'un de l'autre en appréciant leurs qualités réciproques ; des animaux de compagnie plutÎt réussis en guise de comic reliefs ; des rebondissements en veux-tu en voilà... La trame comporte quelques bonnes idées qu'elle met habilement en scÚne et saura capter l'attention des plus jeunes.

Toutefois, ces bons Ă©lĂ©ments sont plombĂ©s par plusieurs dĂ©fauts majeurs sur lesquels il est difficile de faire l'impasse. En premier lieu, un humour redondant au possible, ni trĂšs fin ni trĂšs drĂŽle, au mieux passable au pire agaçant. Niveau BO, la plupart des chansons sont oubliables, Ă  deux exceptions notables : Trophy Boy (un excellent pastiche entĂȘtant Ă  souhait) et Balladino composĂ© et interprĂ©tĂ© par Sia. Mais le plus impardonnable, lorsqu'on s'illustre dans le domaine de l'animation, reste le visuel. Ici ce dernier s'avĂšre vĂ©ritablement hideux : les dĂ©cors sont d'une laideur effarante, les couleurs criardes, Charmant est une copie bas-de-gamme du Flynn Rider de Raiponce quant aux hĂ©roĂŻnes du film, elles ressemblent Ă  des versions low-cost des femmes de Moi, moche et mĂ©chant - c'est dire. Tout ceci, couplĂ© Ă  un scĂ©nario qui perd peu Ă  peu tout intĂ©rĂȘt, ne rend pas le film mĂ©morable, loin de lĂ .

Un bon concept gĂąchĂ© par un manque flagrant de moyens. Niveau animation sorti directement en DTV, on optera donc davantage pour Princesse Mila & le sorcier au cƓur de pierre.

🎬 Comme des bĂȘtes 2 : 3,5/5

Quelle agrĂ©able surprise que ce second volet ! AprĂšs un premier opus anecdotique et plutĂŽt convenu, cette suite se rĂ©vĂšle hilarante et explosive ! Si elle mise moins sur l’émotion, elle s’avĂšre aussi plus rythmĂ©e et barrĂ©e. Les enfants n’auront pas une minute de rĂ©pit face Ă  l’avalanche de gags et d’aventures qui dĂ©ferlent sous les yeux. L’humour omniprĂ©sent parviendra mĂȘme Ă  tirer quelques sourires aux adultes – dont une reprise totalement inattendue de La Grange de ZZ Top
 Le film appuie Ă©galement son message sur la protection animale en s’opposant farouchement Ă  la prĂ©sence des animaux dans les cirques. Il nous offre de plus un nouveau personnage particuliĂšrement truculent en la personne de Daisy, une petite chienne intrĂ©pide. Le doublage français, portĂ© par Philippe Lacheau, Julien Arruti, Willy Rovelli, Alain Dorval, Élodie Fontan et DorothĂ©e PoussĂ©o, est excellent ; le plaisir des comĂ©diens Ă  doubler ces personnages Ă  quatre pattes est manifeste et leur Ă©nergie contagieuse. On en attendait pas tant et on est, honnĂȘtement, plutĂŽt conquis.

🎬 Le Roi Lion : 3/5

Alors que les productions live adaptées de ses classiques continuent de déferler sur les écrans (et le box-office), Disney a battu son record en 2019 : pas moins de trois remakes live étaient en effet programmés pour cette année ! Dumbo, Aladdin et enfin Le Roi Lion.

Dessin animé emblématique de la génération Y, Le Roi Lion était sans doute le projet le plus ambitieux et le plus attendu du studio. Le plus redouté aussi. Si Dumbo avait besoin d'un bon coup de jeune, Aladdin semblait déjà plus difficilement perfectible ; mais transposer le parcours de Simba par le prisme du photoréalisme, voilà qui s'annonçait comme une tentative au mieux bassement mercantile, au pire totalement suicidaire.

Pourtant, les fans avaient envie d'y croire, ils avaient envie de voir leur film d'animation culte, de retrouver les sensations fortes que le long-métrage leur avait procuré dans leur enfance, de se laisser à nouveau bercer par la musique emblématique du trio Hans Zimmer/Tim Rice/Elton John...

Pour un temps, la nostalgie est Ă  son paroxysme : les premiĂšres images s'Ă©grĂšnent au rythme de L'Histoire de la vie (The Circle of Life), saisissent Ă  la gorge, jouent Ă  merveille sur l'Ă©motion.

Et le constat tombe : oui, ce Roi Lion version 2019 est magnifique. Il est bluffant visuellement. La toute premiÚre séquence du film permet aisément de comprendre que Disney a franchi un cap jamais atteint dans l'histoire de l'animation. C'est une prouesse qui se vit dans les salles obscures, une formidable démonstration du savoir-faire de la firme à la souris : des décors aux personnages, tout est beau, d'un réalisme sidérant.

Pourtant, passé cette prouesse de réalisation, l'admiration et la fascination qui en découlent, le long-métrage de John Favreau ne parvient guÚre à masquer la vacuité de l'entreprise.

Le problĂšme majeur repose sur ce sentiment de copier coller qui l'empĂȘche de se distinguer, de possĂ©der une identitĂ© lui Ă©tant propre : comme toute copie, le long-mĂ©trage montre rapidement ses limites en s'avĂ©rant moins spectaculaire, moins inspirĂ© et moins drĂŽle que l'original. Il n'y a aucune innovation, aucune prise de risque.

Si le Aladdin de Guy Ritchie a tant divisĂ©, on ne peut rĂ©futer qu'il parvenait Ă  se dĂ©marquer du film d'animation de 1992, Ă  y insuffler une nouvelle portĂ©e, un Ɠil neuf et un style propre Ă  son rĂ©alisateur.

Ici, les seuls moments réellement mémorables sont la transposition directe des scÚnes cultes du dessin animé, reprises pour ainsi dire plan par plan. En bon yes man, Favreau excelle à se calquer sur les directives données par des réalisateurs autrement plus talentueux que lui mais échoue lorsqu'il est laissé seul derriÚre sa caméra.

Son dĂ©faut le plus consĂ©quent, toutefois, repose surtout sur les numĂ©ros musicaux. C'est le problĂšme de miser sur une esthĂ©tique trĂšs rĂ©aliste : on ne peut pas intĂ©grer le cĂŽtĂ© colorĂ©, fun, fĂ©erique et dynamique de l'Ɠuvre animĂ©e. Impossible Ă  reproduire en conservant son cadre "plus vrai que nature", ces Ă©lĂ©ments sont tout simplement passĂ©s Ă  la trappe.

Oubliez donc la pyramide abracadabrantesque des animaux sur Je voudrais dĂ©jĂ  ĂȘtre roi (I Just Can't Wait To Be King), la tendresse malicieuse renvoyĂ©e par L'Amour brille sous les Ă©toiles (Can You Feel the Love Tonight ?) ou encore l'exubĂ©rance d'Hakuna Matata. RĂ©sultat : les passages chantĂ©s sont d'une platitude abyssale...

Heureusement, les musiques comme les paroles sont presque inchangées, et si elles perdent de leur dynamisme à cause de la mise en scÚne, elles restent magnifiquement portées par l'incroyable doublage de la VO.

Niveau VF, elle est correcte : contre toute attente, Jamel Debbouze se glisse parfaitement derriÚre l'identité de Timon ; la seule véritable fausse note du casting est Rayane Bensetti dont la voix trop juvénile détonne sur le Simba adulte. S'il est souvent convaincant face caméra, niveau doublage le jeune acteur a donc encore tout à prouver.

De fait, il aurait été beaucoup plus osé et intéressant de pousser le parti pris réaliste à son maximum et d'Îter tout dialogue et toute chanson au long-métrage. Un choix forcément moins payant lucrativement-parlant mais fort et astucieux - Disney avait déjà esquissé un pas dans cette direction avec la premiÚre demi-heure de Wall-E, sans toutefois appliquer ce choix à l'ensemble de sa production familiale SF.

Le film n'est donc ni un fiasco, ni une rĂ©ussite, juste un ersatz du dessin animĂ© original et une formidable dĂ©monstration du savoir-faire technique des studios. A trop vouloir caresser les fans dans le sens de la criniĂšre, on obtient un produit au marketing imparable mais curieusement dĂ©sincarnĂ©. Ainsi, la nostalgie a beau ĂȘtre Ă  son comble, cela ne suffit pas Ă  masquer l'inutilitĂ© de ce remake.

À la place, vous pouvez toujours redĂ©couvrir Aladdin - encore projetĂ© dans quelques salles. Quant aux fans du Roi Lion, ils peuvent se procurer le trĂšs beau et trĂšs instructif ouvrage qui lui est consacrĂ© (paru aux Ă©ditions Huginn and Muninn) et regarder la superbe vidĂ©o de M. Bobine sur le sujet ! Des passionnĂ©s qui Ă©voquent l'un des plus beaux classiques animĂ©s de tous les temps, voilĂ  qui nous permet davantage de rugir de plaisir !

🎬 Crawl : 3,5/5

Des alligators belliqueux ; une jeune championne de natation en froid avec son pÚre mais contrainte de porter secours à ce dernier en plein ouragan ; une cave inondée ; une incapacité totale à joindre les secours...

Le scénario tient sur une pancarte mais s'avÚre curieusement habile, bien amené, ciselé et cohérent. AprÚs une mise en place des plus soignées et une ambiance qui prend le temps de s'instaurer convenablement, l'angoisse, elle, monte crescendo. La tension est à l'image de cette inondation qui gagne du terrain et menace de submerger nos deux protagonistes.

La peur se veut omniprĂ©sente Ă  tous les niveaux : la claustrophobie, l'angoisse liĂ©e Ă  la noyade, la terreur provoquĂ©e par les rondes imprĂ©visibles des deux alligators, la crainte de perdre un ĂȘtre cher... Ce long-mĂ©trage survivor joue ainsi une vĂ©ritable course contre la montre.

Le gore est bien entendu de la partie mais dosé à la perfection, évitant la surenchÚre, le grand guignolesque de certains longs-métrages récents. De ce cÎté, le réalisateur insiste sur des plans particuliÚrement radicaux et douloureux : des os brisés, des membres arrachés, des chairs perforées par les mùchoires des prédateurs... Difficile de ne pas grimacer à la vision des corps martyrisés de nos héros !

Le tout est parfaitement maßtrisé. Rien d'étonnant en cela puisqu'on doit à Alexandre Aja ce film de crocodiliens tueurs.

La trame n'est certes pas sans évoquer deux co-productions australiennes des plus distrayantes : à savoir Solitaire, qui met en scÚne des touristes traqués par un crocodile et piégés par la marée ; et Bait, qui montre cette fois un petit groupe d'individus enfermé dans un supermarché inondé à la suite d'un tsunami et aux prises avec des requins blancs.

Dans la sous-catégorie formée par les films de bestioles aquatiques mangeuses d'hommes, Crawl ne se distingue donc pas spécialement par son pitch.

En revanche, il se différencie de ses prédécesseurs par le réalisme de ses effets spéciaux, la beauté de ses plans en totale immersion, la réalisation terriblement efficace d'Aja et surtout ses personnages principaux.

Ces derniers constituent sans aucun doute l'un des points forts du film. Dave Keller et sa fille Haley sont trÚs bien développés, étoffés et attachants, profondément humains.

Le parcours d'Haley la rend crédible en femme de caractÚre, endurante et arrogante mais aussi fragile, perdue et emplie de culpabilité envers sa famille. Son statut de nageuse professionnelle lui permet d'accomplir des actions inaccessibles au commun des mortels et renforce surtout la vraisemblance du scénario. La légitimité d'Haley à accomplir ses prouesses n'est jamais remise en cause par les spectateurs car ses capacités sont établies dÚs les premiÚres minutes du film.

Dave, quant Ă  lui, a menĂ© son existence par procuration, via le don de sa fille pour la natation, au point de se perdre dans ses ambitions pour elle, d'ĂȘtre davantage son entraĂźneur que son pĂšre, de dĂ©laisser sa femme et son second enfant. Il mĂšne une existence morne, incapable de se dĂ©tacher de son passĂ© et de ce qu'il a perdu. Si Dave aurait pu ĂȘtre un fardeau pour Haley, il dĂ©montre une rĂ©elle intelligence, un soutien inĂ©branlable et agit Ă  la hauteur de ses moyens. Il n'est jamais inactif.

C'est l'absence de passivité ou d'actions irraisonnées qui permet au tandem de fonctionner à merveille et encore une fois de leur accorder du crédit.

Quant aux conflits moraux qui animent le pÚre et la fille, contraints de se rapprocher et de compter l'un sur l'autre dans une situation terriblement anxiogÚne, ils sont trÚs bien exploités. Cette alliance imprévue permet des retrouvailles difficiles mais salutaires, une mise au point intense qui établira de nouveau la confiance entre eux.

Seul petit dĂ©faut du film : Aja ne voulait pas se restreindre Ă  un huit-clos et Ă©maille donc le rĂ©cit de quelques figures secondaires tout juste bonnes Ă  servir de bouffe Ă  crocos. Un choix qui ressemble plus Ă  une facilitĂ© scĂ©naristique - celle de pouvoir rajouter quelques trĂ©pas bien sanglants entre deux moments de tension pour rehausser l'intĂ©rĂȘt des spectateurs. Une prĂ©caution qui s'avĂšre parfaitement inutile puisque le public est dĂ©jĂ  totalement happĂ© par le sort de Haley et son pĂšre ! Ce parti-pris est donc dĂ©cevant ; se focaliser uniquement sur les actions menĂ©es dans la propriĂ©tĂ© des Keller aurait Ă©tĂ© on ne peut plus suffisant.

Crawl est une trÚs bonne surprise, un thriller angoissant à souhait et curieusement jouissif, porté par un duo d'acteurs talentueux - Kaya Scodelario et Barry Pepper.

Plonger dans Crawl vous permettra sous doute de vous rafraßchir en cette période caniculaire mais ce sera donc à vos risques et périls !

🎬 Le coup du siùcle : 1,5/5

Disons le tout net : c'est mauvais !

La splendide Anne Hathaway, l'absurdement mignon Alex Sharp, la BO survitaminée et la beauté des paysages méditerranéens ne parviennent guÚre à sauver du naufrage cette comédie criminelle torpillée constamment par son humour poussif.

Ce n'est ni mordant, ni culotté, ni féministe mais, à l'exact opposé, d'une lourdeur, d'un conformisme et d'un sexisme qui donnent matiÚre à grincer des dents..

L'intrigue, pas inintĂ©ressante en soit, est totalement plombĂ©e par la performance de Rebel Wilson. Cette derniĂšre est encore une fois prisonniĂšre de son rĂŽle fanfaron et gaffeur, vĂ©ritable ersatz de son personnage de Pitch Perfect. La comĂ©dienne dĂ©fraie certes les standards Ă©triquĂ©s infligĂ©s aux actrices mais se voit toujours proposer le mĂȘme genre de rĂŽles, trahissant l'absence totale d'Ă©volution de l'empire hollywoodien quant Ă  ses diktats. RĂ©sultat : Wilson cabotine, surjoue, s'ennuie Ă  mort et nous avec.

Quant Ă  Anne Hathaway, aprĂšs le fiasco Ocean's 8, on s'inquiĂšte quand mĂȘme un peu pour elle. Bien que toujours parfaitement Ă  l'aise dans ses rĂŽles (elle l'est Ă©galement ici), elle semble choisir des scĂ©narios plus insipides que jamais. D'oĂč notre impatience de la dĂ©couvrir dans le drame intimiste Dry Run et surtout en reine de sabbat dans SacrĂ©es sorciĂšres, nouvelle adaptation du classique de Roald Dahl, signĂ©e par Robert Zemeckis. Allez, disons que ces deux flops n'auront Ă©tĂ© qu'un bref Ă©garement dans la trajectoire d'Hathaway. Pas sĂ»r qu'on puisse ĂȘtre si optimiste pour la carriĂšre de Rebel Wilson...

Heureusement, il y a Alex Sharp, qui offre l'un des rares rebondissements probants du film, et impose sa bonne bouille candide sur l'ensemble du long-métrage.

A part ça, jouons carte sur table : Le coup du siÚcle est un coup manqué.

🎬 Cold Skin : 4/5 (direct-to-video)

AprĂšs avoir Ă©cumĂ© les festivals (BIFFF, l’Étrange Festival, GĂ©rardmer) pendant deux ans et rencontrĂ© le succĂšs, Cold Skin dĂ©barque enfin en France. La derniĂšre rĂ©alisation de Xavier Gens n'aura hĂ©las pas bĂ©nĂ©ficiĂ© d'une sortie cinĂ©ma dans nos contrĂ©es mais d'un direct-to-video. C'est d'autant plus regrettable que cette fable noire et tragique, inspirĂ©e du roman d'Albert SĂĄnchez Piñol, se prĂȘtait parfaitement au grand Ă©cran : ambiance lyrique, photographie sublime, paysages hors-du-temps de Lanzarote, maquillage bluffant, violence et dantesque des scĂšnes se dĂ©roulant dans le phare... La trame aurait pu ĂȘtre Ă©crite par Lovecraft et les visuels peints par Caspar David Friedrich tant le fond comme la forme sont sidĂ©rants de beautĂ©.

Le dernier long-mĂ©trage de Gens est sans nul doute son plus beau, son plus abouti, son plus complexe aussi. Cold Skin ne se limite pas Ă  l'horreur - cette derniĂšre est d'ailleurs plutĂŽt secondaire - mais tend vers diffĂ©rents genres : le conte, l'Ă©pouvante, la philosophie, le parcours initiatique, le survival, le fantastique... Il explore avec une sensibilitĂ© infinie le parcours d'un jeune mĂ©tĂ©orologue exilĂ© sur une Ăźle dĂ©sertique, devant composer avec le gardien de phare aux motivations troubles Gruner et une horde de crĂ©atures amphibiennes prĂȘte Ă  lancer l'assaut nuit aprĂšs nuit.

Notre hĂ©ros anonyme, jeune homme mĂ©lancolique et taciturne, voit trĂšs vite sa nature pacifiste ĂȘtre mise Ă  mal : le caractĂšre surnaturel de ces ĂȘtres Ă©tranges, l'isolement, l'incomprĂ©hension et la compagnie toxique de Gruner, manqueront Ă  plusieurs reprises d'avoir raison de son esprit civilisĂ©. Etre tuĂ© ou tuer, se cantonner au rĂŽle de proie ou devenir le chasseur, laisser le bĂ©nĂ©fice du doute ou tirer en premier. Affronter les monstres qui guettent Ă  l’extĂ©rieur tout en affrontant ses dĂ©mons intĂ©rieurs – soit la menace la plus fourbe, la plus intime : la nĂŽtre. Gens nous offre une plongĂ©e terrifiante dans les mĂ©andres de l’esprit humain : par l'intermĂ©diaire de son protagoniste principal, il marque l'alliance malheureuse puis la confrontation vĂ©hĂ©mente avec Gruner. Le personnage est extrĂȘmement malsain et ambigu, dĂ©stabilisant et imprĂ©visible. Le gardien du phare, poussĂ© dans ses derniers retranchements, nous montre comment un homme, ainsi acculĂ©, peut retourner Ă  l’instinct primitif, sauvage ; le scĂ©nario questionne perpĂ©tuellement sur la moralitĂ© et l’altruisme, de mĂȘme que le sens revĂȘtu par ces mots dans un contexte hostile.

On peut Ă©videment y voir une allĂ©gorie fantastique de la xĂ©nophobie, de cette peur farouche de l’autre, si diffĂ©rent, si inconnu. Si bien que, trĂšs vite, une question se pose : qui est l'ĂȘtre civilisĂ© et qui est la bĂȘte ?

Alors que Gruner s'avĂšre tomber dans les pires travers (notamment les violences physiques, psychologiques et sexuelles), notre hĂ©ros va apprendre Ă  connaĂźtre la crĂ©ature que le gardien Ă  rĂ©duit en esclavage : Aneris. Entre le jeune homme et l'ĂȘtre aquatique, un lent apprivoisement se met en place, fascinant et dĂ©routant, dont la puretĂ© dĂ©tonne singuliĂšrement avec leur univers cruel.

Le film étant particuliÚrement dense et la trame des plus éprouvantes, il fallait, pour incarner les trois personnages principaux, des acteurs à la hauteur. Et ils le sont, tous. Le trio de comédiens se résume en un adjectif : incroyable. Ray Stevenson tient là son rÎle le plus marquant depuis Rome ; il s'avÚre saisissant en Gruner, parvenant à gérer à la perfection la nature tordue et brisée de son caractÚre. La sublime Aura Garrido (révélée par la série pour ados Ángel o demonio) campe une Aneris plus vraie que nature et parvient à conférer à son expression toute la subtilité nécessaire, sans que le maquillage ne soit en rien un obstacle. Enfin, David Oakes, habitué aux rÎles dérangeants (Action ou Vérité, The Borgias, Les Piliers de la terre, The White Queen) gÚre une fois de plus magnifiquement bien les héros tourmentés : charismatique, habité, romanesque, doux et violent, il incarne à merveille cette ùme de poÚte maudit et démontre de nouveau toute l'étendue de son talent.

Gens s'est bien entendu Ă©loignĂ© quelque peu de son matĂ©riel d'origine. Il a rendu son histoire plus manichĂ©enne, moins pessimiste. Mais aussi beaucoup moins froide et dĂ©sincarnĂ©e, davantage orientĂ©e vers l'humanitĂ© de son hĂ©ros et la poĂ©sie. Les changements les plus notables sont d'ailleurs liĂ©s Ă  son protagoniste principal, nettement plus sympathique que le narrateur du roman. Le rĂ©alisateur a choisi de conserver sa nature anonyme mais, contrairement au livre, il ne fait Ă©galement jamais mention d'un quelconque passĂ©. Ce changement simple rend l'identification au hĂ©ros d'autant plus forte : il pourrait ĂȘtre n'importe qui, n'importe quand.

S'il a su se dĂ©tacher de l'oeuvre de Piñol, Gens a su nĂ©anmoins extraire les thĂ©matiques et la puissance du livre, tout en lui donnant les atours d’une fable onirique.

Dans son univers, le Beau et la BĂȘte s’y frĂ©quentent dans de sombres contrĂ©es battues par les vents, menacĂ©s par la barbarie humaine, exilĂ©s au cƓur d’un paysage sauvage oĂč le noir du sable s’oppose au bleu glacĂ© de la mer. Dans Cold Skin, la peau est froide mais le cƓur est bel et bien chaud. De quoi tomber intensĂ©ment amoureux de ce film Ă  la croisĂ©e des genres.